CHAPITRE IV
Cautérisation.
On a appliqué sur les anévrysmes le fer rouge et les caustiques.
A. Fer rouge. — Sprengel , qui a écrit sur l'histoire du traitement des anévrysmes un chapitre où il y a plus d'erreurs que de lignes, a prétendu que le fer rouge avait été conseillé pour la première fois parLanfranc (1294), et que, plus tard, Marc Gatinaria, Durand Scacchi et Gabriel Fallope, avaient adopté cette pratique (2). Toutes ces citations sont fausses: non-seulement aucun des quatre auteurs en question n'a parlé de la cautérisation des anévrysmes, mais encore il se trouve, par un singulier hasard, que trois d'entre eux (les trois derniers) n'ont pas dit un seul mot qui puisse de près ou de loin se rapporter aux tumeurs anévrysmales.
Le plus ancien , et presque le seul cas d'anévrysme traité par le cautère actuel, appartient à Marc-Aurèle Séverin, et date de 1641 (3). Il s'agissait d'un anévrysme inguinal compliqué de gangrène au niveau de la tumeur. Dans le double but de hâter la chute de l'eschare et d'empêcher l'hémorrhagie , le chirurgien
(\) Voy. i)lus lianl , p. 132, en note. J'ajouterai que M. Ileyfi'lder a une fois pratiqué l'amputation de la cuisse pour un anévrysme poplitû presque cniiiMcment oblitéré et simulant une tumeur enci'plialoïde [Avcliices générales de méd., 1853, sér, V, T. I , p. /»81).
(2) Spi\ENr.KL. Ilisl. de la médeeine , Irad. fr. Paris, 1815, T. VII, p. 336. Sprengel cite liouhôtcmcnt l.i souicc où il a puisé ; mais on trouve qu'il s'agit des varices et non de l'anévrysnic.
(3) M. -A. Sêverin. De recondilâ abscessuum naturâ, \ih. IV, cap, VII. I.eyde, 1724, in '4°, p, 200. Celle observation manque dans les premières éditions.
appliqua le feu chaque matin pendant cinq jours de suite. De là à dire que M. -A. Séverin conseillait de traiter les anévrysmes par le cautère actuel , il y a loin. Ce moyen avait été dirigé par lui contre la gangrène pkitcH que contre l'anévrysme même.
Tout récemment , M. Teirlinck a guéri par le fer rouge un petit anévrysme de l'artère palatine supérieure (1). On pourrait sans inconvénient recourir au même traitement dans un cas semblable ; mais cette méthode n'est applicable que lorsque l'anévrysineest très-superficiel et extrêmement petit. Dans toute autre circonstance, le cautère actuel exposerait à une hémorrhagie inévitable, car l'action du fer rouge ne pénètre pas bien profondément. Il faudrait pouvoir, en une seule séance, détruire toule la tumeur et atteindre directement l'artère, chose souvent impossible et toujours douteuse. On remarquera que, dans le cas de Séverin , la tumeur était déjà dans un état gangreneux, ce qui explique pourquoi il n'y a pas eu d'hémorrhagie.
Si on commençait par fendre largement l'anévrysme , il serait facile d'absterger le sang et de porter le fer rouge sur le tronc de l'artère; mais ce ne serait plus qu'un procédé, très-mauvais d'ailleurs , de la méthode de l'ouverture du sac.
B. Caustiques. — Si l'on en croyait Sprengel , Fallope aurait eu recours avec succès à l'emploi des caustiques pour faire suppurer les anévrysmes (2); mais je répète que Fallope n'a même pas écrit le mot anévrysme. Il est certain pourtant qu'au xvr siècle les empiriques se permettaient quelquefois de cautériser les tumeurs anévrysmales. A. Paré parle d'un prêtre , nommé .lean Mallet, qui fui victime d'une tentative de ce genre. L'eschare, en se détachant, ouvrit passage à une terrible hémorrhagie, et lorsque Paré arriva le patient était déjà mort (3).
J'ai lieu de croire que Wisemann est le premier chirurgien qui ait approuvé l'usage des caustiques; mais le fait qu'il invoque ne prouve absolument rien. Une tumeur de la jambe fut guérie par des applications réitérées de trochisques de minium. Or, cette tumeur sanguine, située à la partie interne de la jambe, molle, indolente, entièrement privée de pulsations, augmentant lorsque
(1) liuUetin de tliérapeiUique, 185^, T. XLVII, p. 293.
(2) Sprengel. Lor. cit., T. Vn, p. 336.
(3) A. Par£, livre VII, cliap. XXXIY.