‹ Des anévrysmes et de leur traitementChapitre 54 sur 217 · CAUSTIQUES · texte numérisé non relu

CAUSTIQUES

le malade marchait beaucoup, diminuant lorsqu'il gardait le repos, — cette tumeur, dis-je, était peut-être variqueuse ou érectile, mais à coup sûr elle n'était pas anévrysmale (1).

La cautérisation était abandonnée et même oubliée , lorsque M. Girouard, de Chartres , y eut recours au mois de juin 18/jl , sur un malade qui avait refusé de se soumettre à l'opération ordinaire. L'anévryme occupait le pli du coude et avait succédé à une saignée malheureuse. M. Girouard plaça un garrot sur le bras , et appliqua , sur toute la surface de la tumeur, une couche de pâte devienne, qui produisit une eschare molle. Cette eschare fut enlevée au bout de vingt minutes et remplacée par un disque de pâte de Canquoin (chlorure de zinc). Au bout de huit heures il y avait une nouvelle eschare, qui pénétrait jusque dans le sac. M. Girouard incisa cette eschare et larda l'anévrysme de bâtons de chlorure de zinc, longs d'un pouce et séparés les uns des autres par des intervalles de U millimètres. Au bout de dix minutes on relâcha le garrot. Douze heures après le sac fut ouvert et vidé; mais aussitôt le sang jaillit du fond de la plaie. Il fallut resseri^er le garrot et appliquer sur l'orifice de l'artère un nouveau disque de pâte de zinc. Cette fois l'hémorrhagie ne revint pas et le malade guérit (2).

Encouragé par ce succès , M. Girouard a , depuis lors , traité trois anévrysmes au moyen de la cautérisation ; mais il s'y est pris d'une manière toute différente. Deux fois il n'a cautérisé le sac qu'après l'avoir ouvert ou vidé au moyen d'une incision. L'un de ces malades avait un anévrysme traumatique de la paume de la main : l'autre, un anévrysme spontané de l'artère temporale. Tous deux ont guéri. Dans ces deux cas, la cautérisation n'a été qu'un procédé de la méthode de l'ouverture du sac.

Une autre fois enfin U. Girouard a traité avec succès , par la cautérisation, un anévrysme spontané de la radiale près du poignet. La tumeur avait le volume d'un petit œuf de poule. Au lieu de l'attaquer directement , il fit agir les caustiques sur le tronc même de la radiale , au-dessus et au-dessous. Les battements de l'anévrysme s'arrêtèrent ; les eschares se détachèrent et la cica-

{\) W'ïS,ZM\^N. Chinirgical Trealises, I.oiul., HSa , in-S-, vol. I, p. 121-123. Baokl, Cliap. X.VI, 2i)(l obs. (La 1" édit. est de Londres, 1676, in-fol.) (2) Revue viàlico-cliirwgicale (le Paris, 18jr), T. WII , p. 21ft.

Irisation fut complète au bout do 27 jours. La cautérisation dans ce cas n'a constitué qu'un procédé très-défectueux de la méthode de la double ligature. Le chirurgien, il est vrai, a terminé le traitement en appliquant de la pâte de Vienne sur une tumeur qui n'était plus un anévrysme ; mais c'était parfaitement inutile , et en réalité, M. dirouard n'a employé qu'une seule fois la méthode proprement dite de la cautérisation.

Les faits de M. Girouard n'étaient pas encore publiés, lorsque M. Bonnet, de Lyon, traita avec succès, parla cautérisation, un anévrysme traumalique dififus de l'artère sous-clavière. Je reproduirai en abrégé cette importante observation :

2^ Observation (Bonnet) (1). — Anévrysme traumatique de la souH' davière. — Cautérisation avec la pâte de zinc. — Hémorrhagies trèsgraves. — Guérison.

Le cas était à peu près désespéré. La tumeur était grosse comme les deux pdugs, et il est douteux que la ligature de la sous-clavière en dedans des scalènes eût été praticable. La plaie, produite un mois auparavant par un coup do couteau, n'était pas encore cicatrisée, et livrait passage à des hémorrhagies répétées qui menaçaient le malade d'une mort prochaine. M. Bonnet, connaissant les propriétés coagulantes du chlorure de zinc, résolut de se servir de ce caustique pour détruire la tumeur. Le 6 janvier 1853, il appliqua sur la plaie un disque de pâte de Canquoin, large de 2 centimètres. Il en résulta une eschare sèche qui arrêta l'écoulement du sang. De nouvelles applications du même caustique furent faites chaque malin sur cette première eschare, depuis le 9 jusqu'au 20 janvier, jour où les battements et le bruit de souffle disparurent. La tumeur cependant s'était accrue ; l'eschare avait 8 cenlimètresde large. 11 y avait une inflammation notable.

Le 23 janvier, hémorihagie artéiielle qui se reproduit le 27, le 28, le 29, le 30 et le 31 janvier. Ces hémorrhagies furent arrêtées chaque fois au moyen d'une nouvelle application de chlorure de zinc. A partir du 21 janvier, on appliqua le caustique malin et soir, pour prévenir les hémorrhagies qui , effectivement , ne reparurent plus.

Le 8 février, pour rendre la cautérisation plus égale, on commença à enlever les couches superficielles de l'eschare, qui avait alors 12 cent, de long sur 40 cent, de large. Le 12, on pénétra dans la poche anévrysmale, d'où on relira un caillot volumineux. Le 13 , on abandonna la cautérisation. Le 21, l'eschare était détachée de toutes parts, excepté par sa face profonde.

Cl) Bulletins de la Sociità de chirurgie, T. 111, p. 608. Paris, 1853, ii)-8».

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