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CHAPITRE XII

Réfrigérants.

L'origine de cette méthode est fort ancienne ; elle se perd dans les ténèbres du moyen âge, et elle a eu le privilège , à toutes les époques , de donner lieu à des erreurs historiques assez graves pour qu'il soit utile de les rectifier.

Lorsque Guérin , de Bordeaux , eut recours à la réfrigération , en 1790, dans le traitement des anévrysmes, il crut qu'il venait de créer une méthode nouvelle. Ses contemporains le crurent comme lui , et l'application des réfrigérants porta pendant longtemps le nom de méthode de Guérin. Plus tard , on découvrit dans un mémoire de Donald Monro, publié en 1771, une courte note où il est dit qu'à cette époque les chirurgiens portugais traitaient tous les anévrysmes par des applications de glace. Plus tard, enfin, on trouva dans un petit traité de Bartholin, à la date de 1661, les quelques lignes suivantes : « Autor (sic) Compendii « apud Nicolum Florentinum, dixit (juod quidam de vulgo amicus (( servi cujusdam propter apertionem venae basilicae aneurysma « passi prœceperit ei ut sœpe nivem supra tumorem imponeret, « unde sanus factus est (1). »

(1) Th. Bartholin. De nivis usa medicu observationcs variœ. Hafni* , 1661 , in-S" , cap. XXVII , p. 15ÎI,

A travers la barbarie du style, il est facile de reconnaître dans ce passage que la réfrigération est antérieure à Thomas Bartholin, puisque celui-ci n'en parle que d'après un autre écrivain. On aurait bien dû s'en apercevoir; mais on n'y regarda pas de si près : on admit généralement que la méthode réfrigérante remontait tout au plus au x\ir siècle, et on en attribua l'honneur à BarthoHn.

Les choses en étaient là lorsque Dezeimeris, dans la polémique mémorable qu'il soutint contre Lisfranc, sur l'histoire des anévrysmes, dit, à propos de la compression et des applications astringentes : (( Galien a enseigné et pratiqué tout cela , plus que « cela même, puisqu'il a employé aussi les réfrigérants , et qu'il « rapporte le cas d'un esclave qui fut guéri d'un anévrysme en « appUquant longtemps de la neige dessus, d'après le conseil « d'un homme étranger à la médecine (1). »

Le témoignage d'un homme comme Dezeimeris semblait de nature à trancher toutes les difficultés, et, bien que celui-ci n'eût pas cité la source où il avait puisé , il demeura acquis que la réfrigération remontait jusqu'à Galien. Lisfranc lui-même ne le contesta pas (2). J'ai tenu néanmoins à vérifier l'assertion de Dezeimeris , chose très-fatigante assurément , car il ne s'agissait rien moins que de dépouiller tout entière l'immense collection des œuvres de Galien. Mes recherches , à cet égard , ont été vaines : Galien parle plusieurs fois des applications de neige dans le traitement des hémorrhagies récentes, mais il n'en dit rien à propos de l'anévrysme, ni à propos des accidents de la saignée du bras, et nulle part, dans ses œuvres, on ne trouve la moindre allusion à l'esclave qu'un empirique soumit à des applications de neige.

J'ai hésité cependant avant de croire que Dezeimeris eût commis une semblable méprise, et comme il n'avait pas cité sa source, je me suis demandé s'il n'avait pas emprunté sa citation à quelque auteur inexact. — Après de nouvelles recherches, j'ai enfin trouvé dans Lanfranc le passage qui a donné lieu à cette

(1) Dezeimeris. Quelques rctnarqucs ah?- l'Iiistuire de l'anévrysme en réponse uti.v critiques de M. Lisfranc. Paris, 1830. Réimprima ilaiK Leilrcs sur l'Idst. de la médecine, Paris , 1838 , iri-S», p. 338,

(2) Lisfranc. Quelques recherches sur l'histoire des uncvrismes, en réponse à M. Dezeimeris. Paris , 183Û , in-8", p. 36.

HTSTORIOLE. -251

confusion : « Dixit Galienus quod quidam servus a tali disposi- (( tione ( il s'agit de l'anévrysme ) fuit curatus a quodam vulgari « qui docuit illum servum ut sœpe nivem superponeret , et sic « fecit (1). » Lanfranc vivait au xiii' siècle, époque te'nébreuse où on ne connaissait Galien que d'après des abrégés informes pleins d'erreurs et d'interpolations. Ceux de ces abrégés qui sont venus jusqu'à nous ne nous font pas regretter les autres. Voilà pourquoi on trouve tant de citations fausses dans les livres du moyen âge. Il arrivait sans cesse qu'on attribuait à un auteur des opinions ou des faits ajoutés par les compilateurs. Je crois que c'est là ce qui est arrivé à Lanfranc dans le cas qui nous occupe ; et voilà sur quoi je fonde cette appréciation.

On n'a pas oulDlié que Bartholin avait emprunté l'observation relative au traitement de l'anévrysme par des applications de neige , à l'auteur anonyme d'un certain Compendium qui se vendait, suivant lui, cbez l'éditeur Nicole, de Florence. .J'ai cherché quel pouvait être ce Compendium, mais je n'ai rien trouvé sur ce livre oublié, ni dans les Annales de la typographie, ni dans le Dictionnaire des Anonj/mes. Plein de confiance dans le témoignage de Bartholin, je me laissais aller à croire qu'il avait emprunté sa citation à une publication contemporaine, à un de ces manuels éphémères qui expient dans un oubli rapide leur courte et facile célébrité. Je ne connaissais pas encore le passage de Lanfranc, et j'en concluais déjà, comme tout le monde, que la méthode réfrigérante avait dû prendre naissance vers le milieu du wir siècle, lorsque le hasard est venu me fournir la preuve du contraii'e.

Dans un coin obscur de la bibUothèque de la Faculté existent quatre énormes et magnifiques in-folios imprimés à Venise en 1507, en caractères gothiques, par Bonet LocatelH. Cet ouvrage, inconnu à presque tous les bibliographes , est une de ces plates compilations que vit naître le moyen âge, et à qui la typographie naissante accorda sans discernement les honneurs de l'impression. Ce fut en vain que Nicolas NicoU, de Florence, auteur de cet immense travail, prit le titre de Doctor excellentissimus : il ne se

(1) Lanfr&nc. Cyrurgvt nuujmi. Doct. 111, Tract. I, cap. l.\ influe. Dans la colleciion des Arabistes, publiée à Venise en l!i98,par Bonet Locatelli, in-fol. gothique, fol. 172, recto, col. 2.

doutait guère que l'ingrate postérité le prendrait pour un simple imprimeur.

Nicolas Nicoli dit, entre autres choses, à propos de l'anévrysme, dans l'étrange langage de cette époque barbare (1) : (( Dkit nam auctor Compendii quod quidam dixit sibi quod servus « suus propter minutionem (sic) venae basilicœ ad emborisma H {lisez aneurysma) devenerat. De cujus tumore rugitum et soni- (( tum audiebat cum impellebat. »

Et il ajoute un peu plus loin : u Dixit auctor Compendii quod « quidam de vulgo amicus servi Ulius supradicti , praecepit ei ut « sâepe nivem super tumorem poneret. Unde sanus factus est. »

Le lecteur a déjà reconnu dans ces quelques lignes l'observation de Dezeimeris et celle de Lanfranc, et aussi celle de Bartholin , qui commit je ne sais comment la double méprise de prendre un doctor excellent issimus (mort en 1413) pour l'imprimeur Locatelli , puis de confondre l'indigeste compilation de Nicoli avec un Compendium anonyme qui n'a jamais été imprimé et que Nicoli cite peut-être cent fois dans son li^ re.

Cela posé , il est bien certain que ce Compendium n'a jamais fait partie des œuvres de Galien. C'était peut-être quelque abrégé de la médecine galénique. A coup sûr, c'était un manuscrit fort ancien , puisque le savant et très-savant Nicoli , à la fin du xiv*^ siècle, n'en connaissait pas l'auteur. Il est donc probable que

(1) Semionnm liber scientiœ medicinœ Nicolai Florentini, docloris excellentissimi, qui cuntinet octo sermones. Grand in-fol. goth. à 2 colonnes, publié à Venise en 1507, par Bonet Locatelli , T. IV, Sermo VII , Tract. V, Summa I, cap. XXIV, fol. 151, verso, col. 2. Le vrai nom de l'auteur est Nicolas Nicoli , ainsi que le prouve le dernier alinéa du quatrième volume. Le chapitre en question est intitulé :Z)e maire sanguinis embusiris sive emborisma (corruption arabo-Ialine du mot grec aneurysma ). Les écrivains du moyen âge désignaient souvent l'anévrysme sous le nom de mater sanguinis, abréviation de materies scmgiiinis. Puis ils prirent l'habitude de décliner le mot viater, qui lit au génitif matris sanguinis, eic.

Quant à Nicolas Nicoli , il est certain qu'il vécut à la fin du xiv^ et au commencement du XV' siècle. Les uns le font mourir en lîil3, les autres en lii37. Il me paraît probable, du reste, qu'il y eut à cette époque au moins deux Nicoli portant le prénom de Nicolas. L'un d'eux, bien connu dans l'histoire des lettres , mourut en l'iS? à Florence, à l'âge de 73 ans , après avoir consacré sa longue vie et sa grande fortune à la protection et aux progrès de la philosophie, de la littérature et de l'enseignement. Les apologistes ne lui manquèrent pas, et tous ceux qui ont écrit son histoire s'accordent à dire qu'iV ne composa aucun ouvrage ( voy. JMoreri , Tiraboschi , Léandre Alberli , etc. ). Ce Nicolas Mcoli , parfaitunient étranger du reste à l'ijtude de la médecine, ne peut donc être considéré co:nme l'auteur des quatre énormes in-folios imprimés par Locatelli. D'un autre côté, Haller, qui parle de cet ouvrage et des trois éditions qu'il obtint en quelques années , l'attribue à un Nicolas Nicoli mort en lûl3. Celui-ci était sans doute parent du précédent, qui était fils lui-même d'un troisième Nicolas Nicoli, commerçant à Florence.

Lanfranc, écrivant un sièclo avant lui, avait déjà eu connaissance de ce Compendium ; qu'il y avait lu l'observation de l'anévrysuie guéri par des applications de neige, et que, confondant ensuite ce souvenir avec quelque autre, il avait faussement attribué à Galien un fait imcomparablement plus moderne (1),

Je prie le lecteur d'excuser ces longs détails sur l'origine d'une méthode peu importante en elle-même; mais j'ai cru qu'il ne serait pas inutile, dans l'intérêt de la vérité, de démontrer que la réfrigération appliquée au traitement des anévrysmes n'était due ni à Bartholin ni à Galien, et qu'elle avait été imaginée au moyen Age par un individu étranger à la médecine. Lanfranc, qui en parla le premier, fit une erreur en l'attribuant à Galien. Nicoli rétablit les faits, mais on n'y fit aucune attention; Bartholin, enfin, ne profita de la lecture de Nicoli que pour commettre deux méprises au moins singuhères, et il embrouilla si bien l'histoire de la réfrigération qu'il finit par passer pour l'inventeur de cette méthode.

Après Bartholin, il se fit un long silence. Ln siècle entier s'érouia sans qu'il fût question du traitement des anévrysmes par les réfrigérants. Il paraît, cependant, que cette pratique s'était répandue en Portugal. Donald Monro communiqua, en 1760, à la Société d'Edimbourg, des renseignements que lui avait fournis un chirurgien anglais récemment arrivé de Lisbonne. Il résultait de ces renseignements que les praticiens portugais traitaient alors tous les anévrv smes par des apphcations de glace. Le voyageur, homme fort instruit et très-digne de foi, avait même connu particulièrement un marchand de Lisbonne dont le fils avait ainsi été guéri d'un anévrysme traumalique du coude (2). Cette com-

(1) Lanfranc était plus praticien que savant. Il étudia d'abord à Milan, sa patrie, mais les agitations poliiiques le contraignirent à quitter l'Italie où fleurissaient les sciences pour la France ofi elles étaient inconnues. 11 arriva à Paris en 1295, et s'y livra à la pratique. C'est là qu'il écrivit son livre, loin des écoles et des bibliothèques , et presque livré à ses seuls souvenirs.

On se servait alors dans les écoles d'une sorte de manuel fort abrégé, classé par Ilaller au nombre des livres arabes anonymes et inédits. Cet ouvrage éiait intitulé : Artis medicœ Compendium, ej; Galeni, Dioscoridis atiorumque scriptis coUectum in cgeneriivi gratiam ( Haller. Bibliolli. med. pract. Berne, 1776, in-i°, T. 1 , p. ft21 1. iN'était-ce pas là le fameux Compendium anonyme cité par Nicoli , et consulté avant lui par Lanfranc , qui n'avait pas su distinguer dans cet ouvrage ce qui appartenait à Galien de ce qui appartenait au compilateur? S'il en était ainsi , la méthode réfrigérante remonterait jusqu'à la chirurgie des Arabes.

(2) Donald Monho. Observations on Aneiirism (15 août 1760) , dans Edinliiii-gli F.ssays and Obserralions l'Iiiisical and Literary, \n\. lU, p. 2~li. Ertinburgh , 1771 , in-8".

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munication intéressante, perdue dans une courte note du Mémoire de Donald Monro, ne tit aucune sensation, et, quoique en 1781 Arvidsson y eût fait allusion on deux lignes (1), on put croire, en 1790, que Guérin, de Bordeaux, était le premier inventeur de la méthode réfrigérante.

Le procédé de Guérin était, du reste, bien inférieur au procédé primitif. Au lieu d'employer la glace ou la neige, il se servait d'un moyen beaucoup moins énergique : il se bornait à appliquer sur la tumeur des compresses imbibées d'eau froide vinaigrée, qu'on renouvelait toutes les sept minutes. 11 est clair que l'évaporation de ce liquide n'était pas assez rapide pour soustraire aux tissus subjacents une grande quantité de calorique ; mais Guérin y joignait le repos, la diète, la saignée et l'usage de l'eau de Rabel à l'intérieur. — Le mémoire présenté par lui à la Société de santé de Bordeaux , au mois de thermidor an IV, renfermait trois observations qui semblaient très-favorables à sa méthode. C'était d'abord un énorme anévrysme fémoral grandement améhoré par l'application des compresses vinaigrées, et opéré néanmoins par l'ouverture du sac; puis un second anéviTsme fémoral et un anévrysme de la sous-clavière, guéris complètement l'un et l'autre par la réfrigération (2). Mais, lorsqu'on analyse ces observations, on trouve qu'elles laissent quelque chose à désirer. Les tumeurs, dans les trois cas, étaient le siège d'une inflammation assez prononcée au moment où la réfrigération fut mise en usage pour la première fois. Il ne serait donc pas impossible que la coagulation sanguine eût été provoquée par cette inflammation plutôt que par les réûigérants.

Guérin n'avait eu recours qu'une seule fois à l'application de la glace. Il s'agissait d'un anévrysme de l'aorte thoracique, faisant sailhe à l'extériem". Les compresses vinaigrées n'ayant eu aucun efl'et, on leur sul)stitua la glace, qui produisit une diminution sensible dans le volume de la tumeur. La méthode se trouva ainsi ramenée au procédé primitif des Arabes et des Portugais.

(1) Afz. arvidsson. In Aneurysmata femotis obsei'vationes. Upsal, 1781, Thèse présidée par Murray. Dans la colleci. de Lautb. Scriptores de Aneurysmatihis. Strasbourg, 1785, in-a», p. 5>2.

(2) Recueil périodique de la Société de santé de Paris {.Journal de Sédillot), T. I, p. 199 à 209, 3«, W et 5« obs. ( an V de la République ). Le premier fait de Guérin est de 1790.

MODE d'application. 255

Depuis lors , la plupart des chiruigiens qui ont employé les réfrigérants ont donné la préférence aux applications de glace. Ce procédé qui paraît seul jouir d'une efficacité réelle a réussi plusieurs fois, même dans des cas très-graves. Brûckner (1), Larrey (2) , Sabatier (3) et plusieurs autres, qu'il serait inutile de nommer, ont ainsi obtenu des guérisons solides. Mais, d'un autre côté, ce traitement a échoué bien des fois, et, s'il est une chose aujourd'hui bien constatée, c'est qu'il est très -infidèle. D'ailleurs, on n'a presque jamais employé la méthode réfrigérante à l'état de simplicité ; le plus souvent on y a joint la méthode de Valsalva ou la compression directe ou indirecte, de telle sorte qu'on est conduit à se demander si la guérison doit être attribuée à la réfrigération ou à l'une des méthodes adjuvantes.

J'ai eu trois fois l'occasion d'étudier les efi"ets de la glace sur les anévrysmes. Deux fois , ces efl"ets furent à peu près nuls. Dans le troisième cas que j'ai observé en IS/iZi, à l'hôpital Beaujon, dans le service de M. Robert, la glace fut maintenue pendant une dixaine de jours sur un anévrysme crural, en attendant que M. Charrière eût confectionné un appareil propre à comprimer la fémorale au pli de l'aine. Une amélioration assez notable se manifesta au bout de trois à quatre jours ; la tumeur était un peu plus ferme, un peu moins grosse et beaucoup moins douloureuse ; elle paraissait un peu moins réductible ; mais , pendant les jours suivants, il ne survint aucun changement nouveau. On suspendit une fois la réfrigération pendant quelques heures , et cela suffit pour rendre à la tumeur un plus grand volume et une plus grande mollesse. Il m'a paru que, dans ce cas, la glace avait fait déposer dans le sac quelques caillots passifs, et

(1) LODER. Journal fur Cliirurgie uiid Gcburstliiilfe. lena, 1797, in-8°, Bd I, s. 252-280.

(2) LAnREY. Mùm. de chirurgie militaire. Paris, 1829, in-S", T. IV, p. 324.

(3) Bulletins de la Faculté de médecine, 1812, ii" U, T. m, p. 87, et T. V, p. 290 (1817, n" 1). Il parait que celte observaiion date de 179^1, mais elle n'a été publiée qu'en 1812. II est bien étonnant que Sabatier dans son livre ne parle pas de ce malade, et ne dise pas un mot des réfrigérants. Un fait aussi remarquable aurait dû cependant rester gravé dans son souvenir.— On a fait double emploi tie cette observation ; quelques auteurs l'ont attribuée àRibes, qui avait simplement disséqué la pièce anatomique dix-sept ans après la guérison. Il y a môme des auteurs qui citent séparément le cas de Ribes et celui de Sabatier, jiar un mécanisme semblable à celui que les physiologistes désignent sous le nom de génération psxipare ; comme ces auteuts sont encore vivants, je ne crois pas devoir les nommer.

que ceux-ci avaient ensuite été entraînés sans difficulté par le courant sanguin.

Lorsqu'on enleva définitivement la réfrigération, la peau conserva pendant plusieurs jours une teinte violacée, qui ne s'accompagna d'aucune douleur et qui se dissipa graduellement. Ce phénomène ne prit pas de proportions inquiétanles; mais il est arrivé d'autres fois, comme on le verra plus loin, que la peau a fini par se gangrener tout à fait.

La lecture des observations publiées prouve que les effets de la méthode réfrigérante sont extrêmement variables. C'est là, au surplus, une question difficile à résoudre, parce qu'on a presque toujours combiné la réfrigération avec quelque autre méthode.

Souvent l'application de la glace n'arrête même pas les progrès de l'anévrysme, qui continue à s'accroître, à distendre la peau, et qui finit par se rompre. Quatre faits, recueillis sur trois malades , par Moulinié , alors chef interne à l'hôpital Saint-André, de Bordeaux, le prouvent suffisamuîent (1). Moulinié ajoute que, attaché pendant six ans à cet hôpital, où les successeurs de Guérin traitaient tous les anévrysmes par des applications de glace, il n'a pas vu une seule fois cette méthode suivie de la moindre amélioration.

Il n'est pas rare, cependant, de voir la tumeur s'affaisser légèrement pendant les premiers jours, puis rester stationnaire aussi longtemps que dure l'action du froid ; mais ce n'est là qu'un palliatif temporaire, l'anévrysme reprenant sa marche fâcheuse dès que, de guerre lasse, on renonce à la réfrigération.

Dans les cas les plus heureux, qui sont aussi les plus rares, la tumeur rétrogi'ade constamment, sans pour cela cesser de battre, et il arrive un moment où, conservant encore un volume notable, elle finit par s'oblitérer tout à fait. Je ne connais qu'un seul cas où la réfrigération seule ait produit cet heureux résultat. Un anévrysme inguinal énorme, traité par des applications de glace, à partir du 16 janvier ISS/i, diminua graduellement pendant plus de huit mois, et cessa enfin débattre le 7 octobre suivant (2). Ce cas appartient à M. Reynaud, de Toulon.

li) Journal universel et liebUomadaire. Paris, 18.32, in-S", T. IX, p, 225-226. (2) fia:, médic. de Paris, 1837, p. 565.

AiODF, d'action. 257

Quelquefois, enfin, la glace provoque, au bout de quelque temps, une inflammation qui peut se propager au sac, et qui a la plus grande tendance à se terminer par gangrène. Deux malades cités par M. Petrunli de Naples ont présenté ce grave accident. L'un d'eux, nommé Noli , succomba à l'hémorrhagie qui se produisit à la chute de l'eschare. L'autre fut moins malheureux : il subissait depuis au moins deux mois des apphcations de glace pour un anévrj sme de l'artère fémorale. La peau se sphacéla , mais l'cschare ne pénétra pas jusqu'au sac, qui ne s'ouvrit pas et qui s'oblitéra par inflammation. Cette oblitération, au surplus, était due à des caillots passifs, car la tumeur ne s'aifaissa que lentement, un an s'écoula avant que le malade put reprendre ses occupations, et onze ans plus tard l'anévrysme se reproduisit. Cette fois, les réfrigérants échouèrent, et il fallut en venir à la ligature (1).

On voit combien sont incertains les effets de la réfrigération. Il y a lieu de se demander maintenant comment cette méthode agit dans les cas rares où elle est suivie de succès. Ici nous rencontrons plusieurs explications.

On a pensé tout d'abord que le froid , ayant la propriété de faire contracter les parois vasculaires, devait agir de la même manière sur les poches anévrysmales. On trouve cette idée en germe dans l'ouvrage de Matani (2). L'auteur s'occupe surtout des réfrigérants pris à l'intérieur sous forme de boissons, et explique ainsi leur utilité dans le traitement médical de l'anévrysme. On croyait alors que l'anévrysme était toujours dû à une simple dilatation des parois artérielles , et on administrait tous les médicaments qui pouvaient avoir la propriété de rendre ù ces parois leur tonicité perdue. Suivant Matani, c'est par ce mécanisme que l'application directe de la neige a pu guérir un anévrysme, dans le cas célèbre cité par Barthohn. On ne doit pas craindre, ajoute-t-il, que ce traitement fasse coaguler le sang dans la tumeur, parce que ce liquide ne se congèle qu'à 28° Fahrenheit (2° — 0 centigrade), température où on ne peut jamais le faire descendre. Notez que Matani aurait considéré comme un

(1) Gazeur, médicale de Paris, 1855 , p. 503.

(2) Matam. De aveunismaticis prœcordiorum morbis. Livourne, 1761, iii-ft", dans la collection (le l-aulli, De Aneury^inatibux scriptoves. Strasbourg, 1785, iii-4", p. SS6.

malheur la coagulation du sang dans les anévrysmes, et qu'il n'établissait aucune différence entre cette coagulation et la congélation proprement dite.

L'action coagulante du froid fut aimoncée pour la première fois par Guérin. Suivant lui le sang, en partie soustrait à la circulation dans les grands anévrysmes , tend à s'y décomposer, et les réfrigérants favorisent cette décomposition (1). A l'appui de son explication , il renvoie à l'histoire d'un de ses malades qui fut opéré par l'ouverture du sac, après avoir été traité d'un énorme anévrysme fémoral par des appHcations réfrigérantes. Un caillot pesant plus de 3 livres fut trouvé dans la poche et extrait en masse sans difficulté. Ce caillot était bien un caillot passif, puisque Guérin, en continuant son opération, trouva sur la paroi profonde du sac une couche constituée par une substance fibreuse {sic), mollasse et assez dense, c'est-à-dire par des caillots actifs, avec lesquels le caillot principal n'avait aucune ressemblance (2). Cette couche fibrineuse était déjà ancienne, et antérieure, sans aucun doute, à l'emploi des réfrigérants. Quant au gros caillot passif, Guérin n'hésita pas à le considérer comme l'effet de la réfrigération. Cette appréciation pourrait être exacte; mais o;i ne saurait l'accepter sans restriction, puisque l'anévrysme, avant l'emploi des réfrigérants , était déjà le siège d'une intlammation bien capable , comme on le sait , de produire à elle seule la coagulation du sang.

Depuis lors, tous les auteuis qui ont parlé de la réfrigération ont admis l'expUcation de Matani, ou celle de Guérin, ou toutes les deux à la fois.

Dans les séances de l'Académie du 15 et du 29 novembre 1853, à propos de la discussion sur les injections de perchlorure de fer, M. Velpeau parla d'une tentative qu'il avait faite pour faire coaguler le sang dans les anévrysmes par la congélation. Au lieu d'appliquer simplement de la glace sur la tumeur, il s'était servi d'un mélange réfrigérant qui avait en peu d'instants rendu la tumeur dure et immobile par suite de la congélation du sang. Il espérait qu'au moment du dégel le sang resterait coagulé, mais

(1) Journal de Sâdillot , T. I . p. 211 ( 2^ c-dii.). Paris , nn V, in-8°.

(2) Loc. cit. , p. 200.

AIODE d'action. 259

il n'en fut rien, et la tumeur reprit presque aussitôt ses premiers caractères (1).

Enfin quelques auteurs ont attribué au froid une action résolutive. Arvidsson , parlant de la compression directe des anévrysmes, dit qu'on peut y joindre des applications de glace ou de neige, pour faire résoudre le sang de la tumeur, scopo resolvendi (2). Depuis lors, Pelletan (3) et M. Reynaud de Toulon (h), après avoir obtenu , grâce à la réfrigération, l'oblitération du sac par des caillots pass//^, ont continué à appliquer de la glace sur la tumeur pour favoriser la résolution de ces caillots rebelles. Dans le cas de Pelletan, il s'agissait d'un anévrysme de la sous-clavière.Les battements avaient promptement cessé, mais la tumeur ne se résorbait pas, et loin de revenir sur elle-même en se condensant, elle devenait chaque jour de plus en plus molle. Craignant la suppuration du sac, Pelletan fit appliquer de la glace pilée pendant vingt jours, et réussit ainsi à conjurer l'orage. Les efl'ets de ce traitement furent beaucoup plus tardifs sur le malade de M. Reynaud. L'anévrysme, oblitéré après huit mois de réfrigération, resta ensuite stationnaire. On reprit alors les applications de glace qui furent maintenues sans aucune interruption pendant plus d'un an. Malgré cela, la tumeur devint fluctuante, mais du moins elle ne suppura pas , et elle finit par se résorber en partie. Le malade sortit après avoir ainsi passé deux ans entiers dans l'hôpital. Il paraissait guéri , et le fait fut publié comme un succès ; mais il restait toujours dans le sac des caillots passifs, qui devinrent plus tard la cause d'accidents mortels. Le malade, qui était marin , s'était embarqué de nouveau, et avait fait une longue campagne aux Antilles. Rentré en France au bout de deux ans et demi, il fut obligé de se faire admettre à l'hôpital de Lorient. Un énorme abcès s'était formé au niveau de l'ancien anévrysme ; cet abcès s'ouvrit spontanément , et l'homme mourut épuisé par la suppuration (5).

Il faut avouer que cette dernière observation est peu favorahle

(1) Moniteur des Hôpitaux, 1853, T. I, p. 1101 et p. 1151.

(2) Ar.viDssON. Thèse présidée par Muiray, Upsal,1781. Dans la colleclion de Lautîi , De Aneurysmatibiis script 07XS. Strasbourg, 1.785, in-W, p. 512.

(3) Pelletan. Clinique chirurgicale. Paris, 1810, in-8°, T. I, p. 'H. [ti) Gazette médicale de Paris, 1837, p. 565.

(5) VExpérience, IS^il , T. VIII , p. 2G4.

260 RÉFRKil'RANTS.

à l'opinion de ceux qui attribuent au froid la propriété de faire résoudre le sang des tumeurs anévrysmales. En tout cas , celte action résolutive ne commencerait qu'après l'oblitération du sac, c'est-à-dire au moment où la tumeur a réellement cessé de mériter le nom d'anévrysme. Pour ma part, je pense que les réfrigérants n'ont pas la propriété de faire résoudre les caillots passifs, mais qu'ils les empêchent de provoquer l'inflammation et la suppuration de la poche anévrysmale oblitérée.

Au milieu de ces diverses opinions sur le mode d'action des réfrigérants, il est difficile de se faire une conviction arrêtée. La coagulation instantanée, telle que l'entendait M. Velpeau, semble bien difficile à obtenir par la seule réfrigération. La congélation totale d'un membre n'empêche pas la circulation de s'y rétablir au dégel et même d'y reprendre une énergie telle que de formidables inflammations peuvent en être la conséquence. C'est à cette inflammation et non à l'oblitération primitive des vaisseaux qu'il faut attribuer la plupart des gangrènes par congélation. Tout le monde connaît l'expérience de Hunter sur l'oreille d'un lapin (1). Il est donc permis d'écarter ce premier mécanisme et de rejeter le procédé qui consiste dans l'application momentanée d'un froid très-intense.

La réfrigération moins énergique et longtemps prolongée , telle qu'on l'obtient par l'usage continu de la glace, paraît seule capable de produire des résultats durables. Comment modifiet-elle les anévrysmes ? Est-ce en agissant sur le sang? Est-ce en provoquant l'action des tissus? Ces deux opinions méritent d'être successivement examinées.

Le froid resserre les tissus et y diminue l'activité de la circulation. 11 fait contracter les parois vasculaires ; il rend la peau plus ferme , le tissu cellulaire plus dense ; et il est probable que, sous son influence , le sac anévrysmal , bien que privé de contractilité active, revient un peu sur lui-même.

Ainsi s'explique peut-être la diminution de volume que subit quelquefois la tumeur pendant les premiers jours de la réfrigération. Mais le retrait produit par le froid ne semble pas devoir

(1) John Hlnïer. OEurrcs complclfn, liad. fiunç. Paris, 18'i3, T. III, p. 130 (roy. aussi

T. m, p. ao).

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