OBSERVATION XIX
(GILBERT ET DoMiNIci).
Femme d'un âge avancé. — Rien dans son histoire clinique ne fit soupçonner la cholécystite suppurée.
TROUVAILLE D’AUrOPSIB. — La vésicule biliaire est toute petite, ratatinée, cachée dans sa loge hépatique. Sa cavité contient un liquide muco-purulent, blanc jaunâtre, épais, très gluant, qui est difficilement aspiré au moyen des pipettes stériles ; elle est divisée, par de nombreuses cloisons fibreuses, en quinze à vingt alvéoles qui lui donnent l'apparence intérieure d’une ruche. Chacun de ces alvéoles renferme plusieurs petits calculs, de la grandeur d’un grain de mil, agglutinés par le liquide décrit ; trois des cholélithes atteignent la grosseur d’une petite noisette.
La paroi vésiculaire est très épaissie sur certains points, ceux d’où partent les cloisons indiquées, et amincie sur d’autres. On voit de nombreux points rouges, correspondant aux vaisseaux injectés, dans toute sa couche externe.
L'EXAMEN HISTOLOGIQUE montre que cette paroi est Le siège d’altérations profondes. On ne voit, sur des coupes colorées au picrocarmin, que de très rares éléments épithéliaux, méconnaissables ; la muqueuse est dépourvue presque dans toute son étendue de sa couche épithéliale caractéristique. Les villosités glandulaires ont disparu tout à fait.
La couche sous-muqueuse est le siège d’une infiltration leucocytique très notable, qui forme parfois des bourgeons saillants dans la cavité. Du reste toute l’épaisseur de la paroi vésiculaire présente la même infiltration cellulaire, qui se collectionne souvent en de petits abcès. Les vaisseaux sanguins sont très distendus par le sang ; les lymphatiques apparaissent aussi dilatés.
Au moyen de la double coloration d'Orth on décèle, sur différents points de la paroi indistinctement, de petits bacilles, gros, à bouts arrondis.
EXAMEN BACTÉRIOLOGIQUE, — Le contenu purulent et muqueux de la vésicule fut ensemencé avec toutes les règles de l’art. Les plaques de Petri montrent la présence de nombreuses colonies d’un micro-organisme que les réactions habituelles (cultures sur pomme de terre, coagulation du lait, production d’indol, etc.) signalèrent comme étant le bacterium coli commune.
Angiocholites et cholécystites suppurées streptococciques. Le streptocoque pyogène a été constaté comme le seul agent de la phlegmasie biliaire par ÆRovighi, Leyden, Claisse, Malvoz. Dans les observations des trois premiers auteurs, le streptocoque pro-
voqua des lésions suppuratives, très peu avancées dans le cas de Claisse ; dans la quatrième, il produisit un grand nombre d’ulcérations de la vésicule, au cours d’une fièvre typhoïde.
Je regrette de ne pouvoir publier ici l'observation complète du cas si intéressant de Æovighi, n'ayant pu consulter l'original. J'en donne un résumé très succinct extrait des diverses publications italiennes.
I est juste de faire remarquer que, la constatation microbienne ayant été uniquement faite dans ces cas au moyen des méthodes colorantes, des coupes histologiques, l'absence d’autres microorganismes et particulièrement celle du bacterium coli, ne saurait
être affirmée.