‹ Des anomalies du testiculeChapitre 1 sur 21 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Les lois qui président au développement des êtres vivants sont immuables et fatales; elles procèdent avec l’aveuglement des forces qui n’ont pas conscience d’ellesmèmes et qui ne peuvent d’elles-mêmes suspendre leur action. Tant que les conditions où elles s’exercent restent normales, leurs effets ne changent pas; elles aboutissent toujours au résultat qui est la conséquence obligée de leur mise en activité. Envisagées dans les deux règnes organisés, elles réalisent toujours, dans chaque espèce, des types semblables entre eux et reproduisant fidèlement . tous les caractères des parents, sauf des différences de détail absolument insignifiantes. Mais si des causes accidentelles, souvent difficiles à saisir, viennent entraver cette évolution régulière des lois naturelles, les perturbations apportées il la règle impriment au nouvel être des modifications plus ou moins profondes portant tantôt sur un système, tantôt sur un organe ou une partie plus restreinte encore ; ces perturbations prennent alors le nom de déviations organiques, qui exprime bien la déro-

gation à la loi, ou celui d'anomalies, dont le sens est analogue et qui, par suite de sa simplicité relative, est d’un emploi plus commode et plus vulgaire.

Ces termes, ainsi compris, renferment donc implicitement l’idée de congénitalité; ils rappellent tout de suite à l'esprit que toute déviation organique a sa cause première dans une dérogation primordiale au type normal de l’espèce, se révélant, soit avant, soit après la naissance, et que, par conséquent, elle est congénitale dans son essence, si elle ne l’est pas toujours de l'ait.

Bien des siècles se sont écoulés avant que cette notion, qui nous paraît si simple aujourd’hui, s’établît définitivement dans la science sur les données de l’observation et à l’état de vérité reconnue. Avant que Meckel eût formulé sa doctrine si pleine d’attraits, d’après laquelle les monstruosités correspondent à des états transitoires et sont dues à la persistance de ceux-ci, la tératologie flottait entre la fable et la superstition ; puis, ainsi qu’il arrive après une longue période de défaillance intellectuelle, le doute vint ébranler tout cet échafaudage à base si frêle, et sur ces ruines s’élevèrent les théories modernes patronnées par Is. Geoffroy Saint-Hilaire, Cuvier, Serres, Breschet, Blumenbach, Bonnet, Treviranus, Cruveilhier, Velpeau.

A côté de la notion introduite par Meckel dans la tératologie, se plaça bientôt la théorie dite de Yèpigènèse, due aux deux principaux représentants de l’anatomie philosophique : Serres et Is. Geoffroy Saint-Hilaire. D’après elle, « l’animal offre aux différentes périodes de son existence embryonnaire ou fœtale des caractères qui sont ceux de l’état parfait dans les espèces situées plus bas, et au contraire les êtres qui appartiennent à ces dernières, reproduisant d’une manière fixe et arrêtée les

conditions propres h l'état embryonnaire des animaux élevés, peuvent être considérés en quelque sorte comme des embryons permanents ». Celte théorie, bien que vivement attaquée par Cuvier et M. Milne Edwards, est généralement admise ; on verra plus loin quelle éclatante confirmation elle trouve dans l'étude des anomalies du testicule.

Quels que soient les reproches qu’on puisse adresser à la classification de Geoffroy Saint-Hilaire, c’est elle qui aujourd’hui répond le mieux aux besoins de la science. Je n’ai pas à la reproduire ici, ni cà la discuter; mon rôle doit se borner à mettre en relief celles de ses classes qui correspondent aux anomalies du testicule. Celles-ci appartiennent toutes à la grande division des Hémitérîes, laquelle renferme tous les vices de conformation ou les arrêts de développement compatibles avec l’existence, et n’ont, par conséquent, rien de commun avec les monstruosités proprement dites. Or, nous y trouvons des anomalies de volume, de forme, de structure, des anomalies relatives à la disposition des parties ou des organes, auxquelles se rattachent les déplacements, les connexions, les contacts irréguliers ou les disjonctions anormales ; nous y trouvons encore les anomalies relatives au nombre et à l’existence même des parties, enfin les inversions générales ou locales. Je montrerai que toutes les perturbations que présente le développement du testicule trouvent leur place dans une des sections précédentes.

Les déviations de chaque organe empruntent quelque chose de spécial aux conditions de son développement ; mais il y a un caractère qui les rend toutes solidaires, c’est que la difformité est presque toujours le résultat d’un arrêt de l’évolution formatrice ou d’un excès de développement. Par exemple, le bec-de-lièvre est in-

contestablement dû à un arrêt dans la marche des premiers arcs branchiaux, allant à la rencontre les uns des autres; par contre, la cyclopie doit être attribuée à ce que la force qui tend à rapprocher les yeux l’un de l’autre continue à agir jusqu’à les mettre en contact et à les fusionner consécutivement. Que ces vices de conformation soient dus à une aberration en apparence spontanée de la force formatrice, qu’au contraire, les dérogations aux lois naturelles puissent s’expliquer, dans certains cas, par des traumatismes, par des causes étrangères au fœtus ou par des maladies développées chez lui pendant la vie intra-utérine, les faits restent intacts et les conclusions qu’on en a tirées relativement au développement des organes, ‘absolument inattaquables dans leur brutalité de faits bien observés. N’est-ce pas en partie à l’étude des anomalies du testicule qu’on doit la connaissance du développement de cet organe, ou tout au moins, si l’observation n’a pas toujours suivi cette marche, ces anomalies n’ont-elles pas confirmé ou rectifié les déductions des physiologistes?

Un des phénomènes les plus importants du développement du testicule, c’est sa migration, sa descente jusqu’au scrotum. Le déplacement est donc la règle pour lui, et tout arrêt devient une anomalie. Il se rapproche par là des parties du fœtus qui, pendant leur formation, offrent aussi, au moins par quelques-uns de leurs points, une sorte de migration ; par exemple, des lames ventrales et dorsales ; celles-ci nev peuvent non plus s’arrêter dans leur marche sans qu’une difformité en résulte. Mais il y a une 'grande différence dans la gravité des anomalies produites dans les deux cas, c’est que l’arrêt de développement du système tégumeulaire compromet l’intégrité des organes contenus dans les grandes cavités splanch-

niques, tandis que l’arrêt du testicule n’est nuisible qu’à lui seul. 11 s’écarte, au contraire, des organes qui, comme les reins, le foie, la rate, se développent sur place, et pour lesquels tout déplacement devient une anomalie. Ainsi, d’un côté le changement de position est la règle, de l’autre c’est la fixité de siège; et, comme le mouvement a plus de chances de s’arrêter que l’immobilité de se transformer en mouvement, les anomalies de position du testicule sont bien plus fréquentes que celles du foie, des reins, de la rate. Pour ce qui concerne le rein, cette affirmation paraîtra {peut-être hasardée; mais il ne faut pas oublier que parmi les déplacements de cet organe, il y en a beaucoup d’accidentels, et que les congénitaux sont relativement rares.

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