CLASSIFICATION. PLAN
Il n’existe dans l’état actuel de la science aucun travail d’ensemble sur les anomalies du testicule ; les recherches consciencieuses et patientes de Godard, que nous aurons bien des fois l’occasion de citer, sont disséminées dans plusieurs mémoires qui empiètent souvent les uns sur les autres ; on sent à chaque pas que l’ordre manque à cet assemblage considérable de matériaux puisés à toutes les sources, et dont l’auteur a fourni une bonne partie. Il n’y a donc pas là de classification à adopter, mais des faits à examiner sous toutes leurs faces et des conclusions à contrôler. Le rôle du chercheur n’est pas le même que celui du compilateur. Si Godard a réuni dans son mémoire tous les travaux publiés avant lui, ce n’était pas tant pour les classer que pour les opposer à ses observations personnelles; le plan, à son point de vue, devait
céder le pas à ce qui le préoccupait davantage, à l’idée de rapprocher les faits connus de ceux que lui révélaient ses investigations. Il en résulte un certain pêle-mêle, au milieu duquel, il faut bien le dire, on se sent un peu perdu par moments.
Dans toute classification, il doit y avoir une idée dominante servant de point de ralliement à toutes les idées secondaires. Dans un travail concernant les anomalies d’un organe quelconque, la logique indique de ne pas perdre de vue la cause première des déviations, à savoir : les perturbations du développement. Peu importe que ces perturbations relèvent quelquefois manifestement de lésions morbides. S’il est démontré que le développement de l’organe est toujours en jeu à différents égards, quelle que soit la nature de ces influences nuisibles, on pourra légitimement les réunir toutes dans un vaste cadre, dont les compartiments seront reliés entre eux par un élément commun : le trouble de l’évolution organique.
Toutes les anomalies du testicule peuvent être distribuées en deux groupes principaux :
1° Anomalies de l’organe envisagé en lui-même, indépendamment de ses rapports avec les parties voisines.
2° Anomalies dans ses rapports avec les parties qui l’entourent.
Dans le premier groupe, il y a des anomalies par excès ou par défaut portant sur le volume et sur le nombre; dans le second, il y a deux divisions à établir, suivant que le testicule est ou n’est pas dans le scrotum. A la première correspondent les ectopies, ou erreurs de siège ; à la seconde l’inversion, ou anomalie dans les rapports de l’organe avec ses enveloppes.
On trouvera cette classification tracée à grands traits dans le tableau suivant :
Envisagées indépendamment des rapports et de la position de l’organe.
Anomalies de volume
Anomalies de nombre
par excès. . .
par défaut
par excès
(apparentes ou par
fusion
réelles ou par absence. .......
Hypertrophie
Atrophie.
Polyorchidie.
Synorchidie.
Anorchidie.
Envisagées au point de vue de la position et des rapports de l'organe. . .
non descendu dans le scrotum. Ectopie
descendu dans le scrotum
dans un point du parcours normal, dans un point situé en dehors du parcours normal.
Inversion .
Je suivrai à peu de chose près dans mes descriptions les divisions de ce tableau, sauf deux points. L’inversion étant de toutes les anomalies du testicule la plus simple, j’en traiterai avant toutes les autres; et je ne parlerai de la synorchidie qu’après les considérations d'anatomie comparée qui précéderont l’étude des ectopies. Peut-être cette double infraction à ma classification va-t-elle fournir matière à une objection. J’aime mieux y répondre à l’avance. Exiger d’une classification qu’elle représente toujours le meilleur ordre à suivre dans le développement d’un sujet, c’est méconnaître en partie son but. Elle est destinée surtout à mettre entre les mains du lecteur le fil qui a guidé l’auteur dans la conception de son œuvre; elle relie intimement entre elles les parties en apparence disparates d’un travail, en en révélant la parenté; mais lorsque l’idée qui la domine est assez vraie pour ne plus s’effacer après la première impression produite, un écart imposé par les besoins de la description ne peut constituer une preuve de son insuffisance, ni nuire à l’unité de l’œuvre. En un mot, une classification est toujours un
cadre, mais pas toujours un plan; elle n’esl pas une chaîne, mais un guide.
Le plan que je vais suivre est le suivant :
Après un court aperçu historique et un résumé rapide de l'histoire du développement du testicule, je m’occuperai tout d’abord de X inversion; ensuite je passerai à l’étude des anomalies de volume et de nombre; puis viendront les différentes espèces d 'ectopie.
L’influence des anomalies sur la sécrétion spermatique et l’organisme entier fera l’objet d’un chapitre à part. La partie chirurgicale du sujet, étudiée dans les cas simples, terminera la première partie de ma thèse.
Dans la seconde, je traiterai des anomalies du testicule dans leurs rapports avec l’hermaphrodisme, et des complications tenant, soit à une maladie de la glande elle • même, soit à une affection développée dans son voisinage, et se rattachant au moins par un point à l’anomalie ellemême. Cet exposé résume, je crois, toutes les questions susceptibles d’entrer dans le cadre qui m’est tracé.