TRAITEMENT
Les anomalies des testicules ne sont pas toutes de celles que l’art peut considérer comme échappant à son action. S’il n’y a rien à faire contre l’anorchidie, il n’en est pas de même de l’atrophie et de l’ectopie. Nous avons dit plus haut que l’atrophie des glandes séminales observée chez des sujets adultes, n’était souvent qu’un défaut de développement à l’époque de la puberté; en partant de cette donnée, ne pourrait-on pas chercher à exciter leur activité nutritive chez les individus où elle tarderait à se produire spontanément? L’électricité donnerait peutêtre, appliquée dans ce cas, quelques résultats heureux.
La question véritablement chirurgicale qui doit m’occuper maintenant est celle du traitement de l’ectopie testiculaire. Je laisse de côté, pour le moment, tous les cas compliqués ; je suppose seulement en cause ceux où l’anomalie n’entraîne sur le moment aucun inconvénient sérieux. 11 y a pourtant nécessité d’y remédier; autrement es fonctions de l’organe sont très-compromises, et si l’ectopie est double, la stérilité en sera à peu près certainement la conséquence. Que convient-il donc de faire?
On a conseillé, à diverses reprises, les exercices violents, la gymnastique, les pressions répétées, lesventouses, les bandages et même des opérations sanglantes. Cellesci doivent être rejetées entièrement, du moment que l’anomalie n’est pas rendue intolérable par une des conditions dont je parlerai bientôt.
Le traitement variera nécessairement suivant la variété d’ectopie à laquelle on aura affaire et suivant l’àge des sujets.
On ne possède aucun moyen d’action contre l’ectopie
iliaque, mais il n’en est plus de même en cas d’ectopie inguinale interne. Chez les très-jeunes enfants, l’abstention est de règle; il peut se faire que le testicule s’engage et opère ensuite normalement sa migration. A un âge plus avancé, l’intervention serait inutile et souvent inefficace à cause de la position profonde de l’organe; mais la crainte de voir survenir une hernie, dans le cas où le testicule descendrait trop brusquement, a déterminé Godard à défendre les exercices violents; pour la même raison, Curling conseille l’emploi d’un bandage destiné à barrer à jamais le passage au testicule (1). Chez les adultes, cette précaution sera à peine nécessaire, parce que l’organe est plus solidement fixé dans sa position.
L’intérêt de cette question de thérapeutique se concentre principalement sur l’ectopie inguinale. Ce sont les cas de cette nature qui ont le plus fourni matière à la discussion. Chez les très-jeu nés enfants que l’on observe peu de temps après leur naissance, il faut attendre que la migration s’effectue seule et la surveiller. Si elle s’arrête, on a le choix entre différents moyens, les pressions, les ventouses, les bandages. Les pressions douces dans le sens du canal, répétées méthodiquement tous les jours, peuvent amener le testicule jusqu’à l’anneau externe, puis, s’il a de la peine à franchir celui-ci, on peut employer, comme Follin (2) et Debout (3), un bandage élastique à pelote fourchue ; le testicule placé dans l’échancrure de celle-ci est doucement poussé en bas par son bord curviligne dans la direction de l’orifice. Les observations citées par Follin, par Debout, sont favorables à cette méthode de traitement. Une fois l’anneau franchi, le testicule ayant
(1) Curling, p. 35.
(2) Follin, Bull. Soc. chir., 1856.
(3) Debout, Bulletin thérapeutique, 1864, t. LXV1, p. 93.
de la tendance à remonter, il est bon de substituer k la pelote fourchue une pelote légèrement éehancrée, qui s'applique entre le canal et la glande.
M. Gosselin est peu partisan de celte pratique, parce qu'il craint, que l’organe dans ses efforts d’ascension ne se meurtrisse contre le bandage. 11 me semble pourtant que ce moyeu doit être bon, et que le chirurgien peut se mettre en garde contre cet inconvénient par une surveillance active. Ce qu’on doit recommander, c’est d’attendre pour appliquer le bandage qu’un certain intervalle sépare l’anneau de l’organe.
Ce moyen n’a guère de chances de succès que dans les premières années de la vie ; encore faut-il quelquefois une grande persévérance. Chassaignac, Michon ont essayé inutilement des ventouses, pour faire descendre le testicule; la glande subissait un certain déplacement, mais reprenait sa place dès que l’aspiration cessait. Marjolin avait coutume, lorsque l’àge du sujet faisait désespérer de la descente, de repousser le testicule du côté de l’abdomen au moyen d’un bandage; mais ce moyen est condamné par Michon, comme occasionnant souvent des douleurs. C’est, du reste, ce que faisait Richter, lorsque les pressions de haut en bas n’étaient pas parvenues à achever la migration.
Chez les adultes, toute tentative reste inutile, à moins que le testicule ne soit très-près de l’abdomen et qu’on ne puisse l’y maintenir renfermé.
En résumé, je crois que les règles de traitement préconisées par Debout méritent d’être adoptées, sans trop se presser pourtant de les appliquer chez les très-jeunes enfants.
L’ectopie cruro-scrotale , n’entraînant généralement pas d’inconvénients, ne réclame aucun traitement.
Les tentatives île Hunter pour ramener dans le scrotum un testicule situé dans le périnée, ont été imitées récemment par Curling (1); elles consistent en pressions soutenues faites d’arrière en avant. Curling fait observer que cette pratique n’a quelques chances de succès que sur les jeunes enfants, parce qu’cà un âge plus avancé, l’organe est trop solidement fixé dans sa situation anormale.
Enfin le traitement qui convient à l’ectopie crurale est la réduction, puis l’application d’un bandage herniaire ordinaire.
(1) Med. Times, 1866.