‹ Des anomalies du testiculeChapitre 14 sur 21 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

l’hermaphrodisme.

J’ai cité plus haut quelques exemples de coïncidence' des anomalies du testicule avec d’autres vices de conformation ; mais je me réservais de consacrer un chapitre spécial aux cas où l’appareil génital tout entier a subi les profondes perturbations qui aboutissent à l’hermaphrodisme. Cette étude sera forcément très-brève ; je me bornerai à rapporter succinctement les observations relatives à ce côté restreint de mon sujet.

Dans l’hermaphrodisme apparent, caractérisé uniquement par un vice de conformation des organes externes, on observe quelquefois l’ectopie testiculaire. Suivant la remarque de M. Guyon (1), plus la perturbation du développement est profonde, plus est fréquente l’absence des testicules dans les replis cutanés qui simulent les grandes lèvres et qui sont, en réalité, les deux moitiés du scrotum écartées l’une de l’autre. Lorsque cet écartement est peu marqué et que le sillon intermédiaire n’est pas très-profond . les testicules sont généralement descendus. Mais quand la division porte sur toutes les parties qui doivent constituer plus tard l’appareil génital externe, l’arrêt de développement est plus accentué ; les testicules présentent alors bien plus souvent une anomalie de développement, qui se traduit soit par leur atrophie, soit par un trouble de rni-

(1) Guyon, Des vices de conformation de l'urcthre chez l’homme, thèse pour l’agrégation, 1863.

gration. Ce fait n’est-il pas suffisant pour prouver que les causes mécaniques ne sont pas seules en jeu dans la production des anomalies que nous avons étudiées?

Dans l’hermaphrodisme vrai, cette solidarité est plus frappante encore.

L’hermaphrodisme latéral, celui qui est caractérisé par la présence d’un ovaire d’un côté et d’un testicule de l’autre, inspire à Forster des doutes sérieux (1). Pour cet auteur, l’examen anatomique n’ayant jamais montré dans le corps que l’on regarde comme un ovaire, la texture et les éléments propres à cet organe, on doit plutôt croire qu’il n’est pas autre chose qu’un testicule atrophié.

Ou verra par l’exposé qui suit que dans plusieurs observations, les sujets avaient un ou deux testicules facilement reconnaissables et présentant tous les caractères ordinairesde l’organe. Je ne m’occuperai que de ces faitslà et je laisserai les autres de côté.

Sur les vingt observations rapportées par M. Le Fort (2), il y en a neuf où il est question d’anomalies du testicule. En voici un court résumé :

Hermaphrodisme latéral. — Dans le cas de Morand, il y avait « à gauche un ovaire et un tube de Fallope nor mal, à droite un testicule mince et allongé qui s’était porté vers le canal inguinal correspondant, mais qui ne s’était pas assez avancé pour sortir de la cavité abdominale. A la partie supérieure du testicule se trouvait un corps ressemblant à l’épididyme, et du testicule lui-même par-

(1) Forster, Missbildungen des Menschen. Iéna, 1861, p. 154.

(2) Léon Le Fort, Vices de conformation de l’utérus cl du vagin (Thèse d’agrégation, Paris, 1863).

taienl deux tubes, qui se réunissaient immédiatement en un seul avant de s’insérer sur l’utérus (1). »

Mayer (de Bonn) rapporte l’observation d’un individu qui avait un utérus, un vagin, deux trompes, un ovaire à gauche, et, comme organes mâles, un pénis, une prostate, un testicule à droite. « Près de l’extrémité de la trompe droite se trouvait un corps que l’on reconnut être un testicule; il était complètement enveloppé parle péritoine, et recevait une veine et une artère spermatiques (2). »

Le fait d’hermaphrodisme latéral décrit par Follin n’est pas un exemple d’ectopie, mais d’atrophie congénitale du testicule gauche contenu dans la grande lèvre (3).

Hermaphrodisme vertical ou double. — Sur un hypospade mâle, Colombüs trouva deux corps analogues aux testicules, occupant la place des ovaires ; de chacun partaient un canal déférent ouvert dans l’urèthre et une trompe insérée à l’utérus (4).

Petit (de Namur) observa un soldat de vingt-deux ans muni d’organes externes mâles, et qui n’avait pas de testicules dans le scrotum. On trouva chez lui un utérus pourvu de deux trompes, « auxquelles étaient adjoints deux testicules avec leur épididyme et leur canal déférent. Les vésicules séminales placées le long de l’utérus s’ouvraient dans l’urèthre par deux canaux (5). »

(1) Morand, thèse sur l’hermaphrodisme, 1749.

(2) Mayer (de Bonn), Gaz. méd., 1836, n° 39.

(3) Follin, Gaz. des hôp., 1851, p. 561.

(4) Colombüs, De reanat., lib. XV.

(5) Petit (de Namur), Bail, de l’Acad. des sc., 1720, p. 38.

Des faits analogues ont été publiés par Ackermann (1) et Steglehner (2).

Hermaphrodisme transverse. — A cette variété se rapportent les quatre cas suivants :

Sur un sujet, dont les organes génitaux externes étaient ceux d’une femme, Steghlener constata en même temps que l’absence de l’utérus et des ovaires, l’existence de deux testicules situés dans les régions inguinales, en dehors de l’anneau externe; ils étaient coiffés de leur erémaster, et enveloppés par une tunique vaginale (3).

Le fait de Ricco (de Naples) doit être rapproché du précédent, pareé que l’anomalie consistait également en une double ectopie inguinale; les testicules étaient situés très près de la ligne médiane et presque sur le pubis ; ils étaient dégagés du canal. Leur forme et leur volume étaient à peu près normaux, mais les tubes séminifères avaient subi un arrêt de développement, et les canaux déférents étaient im perforés (è).

Voici ce que dit Forster relativement à cette dernière variété :

« Dans la plupart de ces cas, les testicules sont petits, et sont encore situés dans la cavité abdominale ou dans le canal inguinal. Quelquefois l’un des testicules est descendu dans le scrotum, très-rarement ils le sont tous deux. Les épididymes sont ordinairement petits ; les canaux déférents en partent*, s’accolent aux côtés de F utérus et du vagin, et leur sont unis par un tissu cellulaire

(1) Ackermann, Edinb. med. sur g ■ Journal, vol. 111, p. 202.

(2) Steglehner, De Hennaph. nat., liambergæ, 1817, in-4, p 104.

(3) Ibid., p. 120.

(4) Ricco (de Naples), Cenno slorico si di un neulro uomn , p. 517.

tellement serré, qu’ils paraissent quelquefois cheminer dans l’épaisseur de leurs parois ; ils vont enfin s’ouvrir dans l’urèthre. Quelquefois leur cavité disparaît. Tantôt les vésicules séminales existent, tantôt elles manquent; elles sont quelquefois petites et peu développées. Il en est de môme de la prostate. »

Si l’on voulait pousser jusqu’à sa dernière limite la rigueur des mots, on considérerait comme anorchides les individus qui, pourvus d’organes externes mâles, ont les organes internes d’une femme, ainsi que ceux qui n’ont qu’un testicule ; mais ce serait évidemment envisager l’hermaphrodisme à un point de vue essentiellement faux, et en méconnaître absolument la nature et la signification.

En résumé, sur six cas d’hermaphrodisme latéral, j’ai noté deux ectopies abdominales et une atrophie congénitale ; sur dix cas d’hermaphrodisme vertical, quatre exemples d’ectopie abdominale; sur deux cas d’hermaphrodisme transverse, deux ectopies dans la région inguinale, accompagnées d’atrophie. En outre, dans presque toutes les observations, on a noté l’atrophie des testicules. Cette dernière anomalie domine donc de beaucoup. L’inclusion abdominale se rattache aux hermaphrodismes, qui sont dus à une profonde perturbation du développement; enfin l’hermaphrodisme transverse, le plus simple de tous, n’exerce plus une aussi grande influence sur la migration dçs testicules, et si ceux-ci s’arrêtent souvent au devant de l’anneau externe, c’est peut-être parce que les grandes lèvres ne peuvent leur donner accès.

Ces faits n’ayant aucun intérêt pratique, je 11e m’y arrête pas plus longtemps.

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