CHAPITRE II
DES ANOMALIES COMPLIQUÉES D ACCIDENTS OU DE MALADIES SURVENANT DU CÔTÉ DU TESTICULE.
§ Ior. — Douleurs.
11 arrive assez souvent que les positions anormales du testicule ne déterminent aucun accident ; c’est la règle chez les enfants jusqu’à l’âge de la puberté. Mais parfois à ce moment, l’augmentation de volume, rapide de l’organe, provoque des douleurs pouvant atteindre une grande intensité, ou cause tout au moins une gêne de tous les instants. Sous le rapport de la prédisposition à ces accidents, il y a une distinction importante à établir entre l’ectopie abdominale et l’ectopie inguinale. La première, et ceci trouvera son application dans d’autres points de ce travail, n’est presque jamais le point de départ d’aucune complication, parce que le testicule échappe par sa position à la compression des parois du canal pendant les efforts, et ne rencontre pas autour de lui une résistance difficile à vaincre lorsqu’il augmente de volume ; il n’est pas exposé non plus aux traumatismes et aux froissements de toute sorte. Aussi n’a-t-on jamais signalé dans le premier cas cette gêne dans les mouvements de flexion de la cuisse, ces douleurs plus ou moins vives survenant à la suite des efforts ou pendant le coït, qu’on trouve consignées dans un certain nombre d’observations d’ectopie inguinale. Ces douleurs peuvent quelquefois, d’après M. Gosselin, prendre le caractère franchement névral-
(1) Voyez Curling, p. 59.
gique (1); témoin le fait curieux que cite cet auteur, où elles avaient une telle intensité, que tout contact déterminait des élancements douloureux, qui s’irradiaient jusque dans la région lombaire, et que le malade s’était présenté à l’hôpital démandant à grands cris la castration. 11 est très-rare qu’on soit obligé d’en arriver là, lorsqu’il ne survient pas d’inflammation soit aiguë, soit chronique. Je ne connais guère que le cas de Solly (1), dans lequel il soit dit que le testicule ne présentait pas les traces d’une phlegmasie antérieure.
C’est dans le but de prévenir ces douleurs que Curling conseille de refouler le testicule] dans l’abdomen au moyen d’un bandage, chez tous les sujets âgés déplus de dix ou douze ans. Si le bandage ne pouvait pas être supporté, on conseillerait les narcotiques sous forme d’injections hypodermiques, les bains et surtout le repos, et le choix d’une profession qui n’oblige ni à de grands efforts, ni à des marches prolongées. En général, ces précautions suffisent; on pourrait y ajouter l'emploi d’une pelote concave pour protéger l’organe.
La castration se présente dans ces circonstances avec un caractère de gravité capable de faire réfléchir sur son opportunité ; il ne faut pas oublier que la tunique vaginale reste souvent en communication avec le péritoine, et que l’incision qu’on y fait pour l’extirpation du testicule peut être considérée comme une plaie de la grande séreuse. L’opération ne pourrait donc être tentée (pie si l’on était à peu près certain que l’oblitération du conduit s’est, faite ou naturellement, ou sous l'influence de petites inflammations répétées.
Précisément dans l’observation de Solly où il est dit
(1) Voyez Curling, p. 43.
que le testicule était sain, une péritonite intense faillit enlever le malade, et retarda la guérison de plusieurs mois. Donc, en résumé, la castration est généralement contre-indiquée, quand l’accident observé consiste simplement dans des douleurs même intenses. S’il fallait absolument en venir là, on pourrait essayer de produire l’oblitération du conduit vagin o- péritonéal par l’application préalable d’une pelote entre le testicule et le péritoine.
§ II. — Complications inflammatoires.
Les inflammations du testicule arrêté dans sa migration ont une marche aiguë ou chronique. 11 y a déjà longtemps que les inflammations aiguës ont été signalées ; on en connaît aujourd’hui un assez grand nombre d’exemples, qui sont consignés dans la thèse de M. Lecomte (1), dans le travail de Godard (2), dans la thèse de M. Paris (o) et dans les journaux français et étrangers. Il ressort de cet ensemble de faits, que cet accident est loin d’être rare.
Inflammations aiguës. — Toutes les causes qui, chez un individu normalement constitué ; peuvent donner lieu à une orchite, agissent chez le monorchide ou le cryptorchide avec d’autant plus de facilité (pie les conditions anormales où se trouve la glande rendent plus efficaces ces influences nuisibles. Tantôt c'est, un traumatisme, qui est le point de départ des accidents, tantôt un effort,;
(1) Lecomte, Thèse de Paris, 1851.
(2) Codard, Étude sur la mon. et la erypt., p. 84.
(3) Paris, Thèse de Strasbourg, 1857.
assez souvent, c’est la blennorrhagie, quelquefois le cathétérisme. Je ne connais pas d’exemples d’orchite métatastique ou morbilleuse développée dans ces conditions; mais il y a dans les différentes ectopies des prédispositions spéciales à chacune de ces variétés.
L’orchite traumatique ne s’observe guère en cas d’ectopie iliaque; le testicule est trop bien protégé contre l’action des chocs extérieurs. L’ectopie inguinale interstitielle ou inguinale externe expose la glande surtout aux inflammations traumatiques et à la compression brusque exercée par les parois du canal pendant les efforts. Cette dernière cause exerce surtout son action sur le testicule situé au voisinage de l’anneau ‘externe ou entre ses piliers. On peut encore ranger parmi les causes traumatiques les spasmes violents du crémaster, auxquels, d’après A. Cooper, on serait quelquefois en droit d’attribuer l’inflammation (1), ainsi que l’application intempestive des bandages herniaires par suite d’une erreur de diagnostic.
Le testicule en ectopie cruro-scrotale échappe à l’influence des efforts violents, et sa mobilité lui permet de mieux fuir, quand il est comprimé.
Au périnée, l’organe est exposé à être froissé dans la position assise.
Quant à la blennorrhagie, elle donne lieu à l’épididymite, quelle que soit la position du testicule, plus souvent dans l’ectopie inguinale, parce que celle-ci est plus fréquente, et que, même en cas d’inflammation spécifique, l’influence des conditions prédisposantes n’esl pas non plus à négliger.
Quand Y orchite succède à un traumatisme quelconque,
(1) A. Cooper, Œuvres chirurgicales, p. 421.
comme un coup de pied de cheval (H. Larrey) (1), ou d’homme (Curling) (*2), le mode d’action de la violence est facile à comprendre. Si l’inflammation se développe sous l’influence d’un effort, la compression exercée par les parois du canal peut-elle suffire pour expliquer les accidents? ou faut-il croire plutôt qu’au moment de la contraction, le testicule est expulsé brusquement par l’orifice superficiel du trajet inguinal, dont les bords se resserrent sur lui après sa sortie et l’étranglent? Ce dernier mécanisme paraît avoir été la véritable cause de l’inflammation dans une observation rapportée parRichter (&). Ce chirurgien a vu quatre fois chez le même individu le testicule, ordinairement contenu dans le canal, apparaître au devant de l’anneau externe et devenir le siège de symptômes inflammatoires intenses. Mais il y a une distinction fondamentale à établir entre ces cas et les autres ; il s’agit ici d’un véritable étranglement primitif, dont rinflamrnation a été la conséquence.
L’action des muscles abdominaux peut être admise chez les sujets où le testicule est resté entre les piliers de l’orifice; et encore est-il probable que, même alors, l'organe subit un certain déplacement; car les malades accusent presque toujours une sensation de déchirure ressentie au moment de l’effort. L’influence de la compression seule ne peut pourtant pas être niée. Une observation de Rosenmerkel nous apprend que les mouvements répétés de flexion de la cuisse peuvent déterminer l’apparition de l’orchite (/i).
C’est la blennorrhagie qui a fourni jusqu’ici le plus
(1) Larrey, in Lecomte, p. 51.
(2) Curling, p. 38.
(3) Richter, Traité des hernies, vol. Il, p. 122.
(4) Rosenmerkel, in Curling, p, 41.
grand nombre de cas de complications inflammatoires dans l’ectopie testiculaire. A ceux qu’on trouve dans les travaux déjà cités plus haut, je puis ajouter deux observations assez récentes dues à M. Rollet de Lyon (1). Une d’elles est intéressante en ce qu’il fut assez facile de reconnaître, après la guérison, que le testicule était très— atrophié et que 1 epididyme et le canal déférent avaient seuls été le siège de l’inflammation. Ces deux malades avaient une ectopie inguinale.
L’épididymite blennorrhagique iliaque a été vue une fois par M. Dolbeau; l’épididymite périnéale, deux fois parM. Ricord. Dansrun de ces derniers cas, le chirurgien s’apprêtait à fendre la tumeur comme un abcès, quand il songea à explorer le scrotum et s’aperçut de l’absence d’un testicule. L’inflammation est donc exceptionnelle dans les ectopies autres que l’inguinale; il y a peu de chirurgiens qui n’aient eu l’occasion d’observer l’orchite dans ces dernières conditions. Je crois donc inutile de rapporter tous les faits connus et répétés partout.
L’orchite a été produite une fois par le cathétérisme; IL Robert en rapporte une observation (2).
La phlegmasie du testicule dans l’ectopie testiculaire ne s’est montrée jusqu’ici que sur des sujets âgés de plus de dix ans; elle semble plus fréquente à droite qu’à gauche.
Le siège précis de l’inflammation est difficile à déterminer à cause de la situation profonde de l’organe; mais on peut présumer, d’après ce que l’on connaît relativement aux diverses variétés d’orchite scrotale , que les choses se passent de la même façon quand le testicule n’est pas dans sa position normale et que, sauf les cas où
(1) Rollet, Gazette des hôpitaux, 1861, p. 141.
(2) 1*. Robert, Des maladies du testicule non descendu dans le scrotum ( Mém . deméd. et dechir. militaires, vol. XXIV, p. 372).
— 1 üb —
le traumatisme est eu cause, ce sont surtout l’épididyme et la tunique vaginale qui sont iifîectés.
Quant aux symptômes, les variétés précédentes doivent être partagées en cas bénins et en cas graves. Les premiers s’observent surtout quand l’inflammation s’est transmise de l’urèthre à l’épididyme. Les deux faits publiés par Rollet rentrent dans cette catégorie.
Les symptômes sont les mômes que dans l’épididymite scrotale ; la douleur est plus ou moins forte, la fièvre variable dans son intensité. 11 n’y a de changé que le siège de la tuméfaction. On voit alors une tumeur qui rappelle par sa forme celle du testicule, mais dont le volume est supérieur au sien ; la peau est généralement rouge et un peu œdémateuse. 11 y a de la douleur à la pression au niveau du testicule et le long du cordon. Enfin, on sent parfois nettement la fluctuation due à la présence d’une certaine quantité de sérosité dans la tunique vaginale. Les conditions spéciales où se développe l’inflammation, en déterminent souvent chez le même sujet des apparitions fréquentes.
La maladie peut ne pas dépasser ce degré d’intensité, ou bien donner lieu à des complications de plusieurs ordres. M. Sédillot a vu une fois la vaginalité se terminer par suppuration ; la guérison se fit longtemps attendre (Ij.
La péritonite est la conséquence à peu près forcée de l’épididymite iliaque; de même que la vaginalité est celle de l’épididymite scrotale. L’inflammation s’étend de la même façon dans les deux cas. Les signes de celte redoutable complication sont les vomissements, la constipation, le ballonnement du ventre et les douleurs intenses dans tout l’abdomen, surtout dans le voisinage du testicule. L’inflammation peut se terminer par résolution.
(1) Paris, thèse citée, p. 25.
La péritonite s’observe aussi à la suite de l’orchite inguinale, principalement quand la communication entre les deux séreuses existe encore. Curling a perdu un petit malade de cette façon, à la suite d’une orchite traumatique (1).
Quelquefois l’inflammation, même localisée dans l’aine, donne lieu à des phénomènes sympathiques d’une intensité assez inquiétante, tels que vomissements, fièvre très-violente, agitation considérable. Enfin, une des plus graves complications qui puissent survenir dans le cas d’orchite inguinale, consiste dans l’apparition de phénomènes simulant à s’y méprendre l’étranglement herniaire ou l’iléus. Les faits appartenant à cette catégorie demandent à être étudiés attentivement; après un court examen on voit que ce qu’il y a de commun entre eux, ce sont les phénomènes généraux, mais que ce qui se passe du côté du testicule varie suivant les cas.
Le testicule peut réellement s’étrangler, mais nous retrouvons ici la distinction acceptée pour l’étranglement herniaire en étranglement primitif et consécutif. Le premier a lieu de deux façons : il survient tautôt à la suite de l’issue brusque et forcée du testicule par l’anneau externe, tantôt par la rétrocession dans le canal d’un testicule situé habituellement au dehors. Une observation due à Richter est un type de la première variété. Un jeune homtye monorchide éprouvait des phénomènes extrêmement graves toutes les fois que le testicule sortait du canal par l’orifice externe; la réduction méthodique réussit quatre fois à mettre fin aux accidents (2). On peut rapprocher de ce fait une observation de Curling (3). Un exemple très-remarquable d’étranglement primitif, dû à
(1) Curling, loc. cil., p. 38.
(2) In Lawrence, De la hernie, 2e édit,, p. 571.
(3) Curling, p. 40.
la rétrocession du testicule, a été vu par Velpeau (1). Ce fait-mérite d’être reproduit en. détail :
Étranglement du testicule dans le canal inguinal (observation recueillie par M. A. Regnard, interne du service).
Le testicule arrêté dans l’aine, souvent comprimé dans les mouvements de la cuisse, est en outre exposé à l’étranglement dans le canal inguinal, fait d’ailleurs heureusement rare, eL dont i’obsfcrvatiùü suivante est un exemple non moins remarquable qu’instructif, surtou à cause de l’intensité des accidents, dont l’ensemble simulait, à s’y méprendre, l’étranglement herniaire.
Le nommé G... (Joseph), âgé de vingt-sept ans, robuste, bien constitué d’ailleurs, entre dans le service de M. Velpeau le 31 janvier
Mon collègue M. Leroy, appelé immédiatement, constate les faits suivants : Le malade est dans un état déplorable ; il se plaint de douleurs atroces qui lui arrachent des cris, et vomit avec effort à plusieurs reprises; dans l’aine droite, il porte une tumeur offrant toutes les apparences d’une hernie étranglée , point de départ de tous les accidents dont le début remonte à deux heures ; les matières vomies sont brunâtres et exhalent une odeur infecte rappelant celle des matières fécales. Le malade est mis dans un bain, dont on le retire au bout de trois quarts d’heure sans amélioration notable. Néanmoins, la douleur est un peu moins vive, et M. Leroy peut constater dans l’aine la présence d’une tumeur du volume d’une orange environ, très-dure, légèrement mobile, sans sonorité, extrêmement douloureuse à la pression, sans apparence de gargouillement. Le scrotum du même côté est distendu, rempli de liquide, et fluctuant.
Le malade raconte que, depuis sa naissance, il a le testicule droit collé contre la racine de la verge et pouvant rentrer dans le ventre à la moindre pression. Aujourd’hui, tandis qu’il était debout et vernissait un meuble, peu de temps après son repas, il éprouva une violente douleur dans le bas-ventre, en même temps qu’il sentit une grosseur se former dans l’aine, grosseur qui peu à peu s’étendit au scrotum du même côté.
(1) Velpeau, Observation de M. Regnard, dans la thèse de M. Henrot sur les pseudo-étranglements. Paris, 1865.
On prescrit de la glace sur la tumeur, et il l’intérieur un purgatif consistant en jalap et en calomel.
A dix heures du soir, c'est-à-dire dix heures après le début des accidents, la tumeur et la douleur avaient à peu près complètement disparu.
Le lendemain matin, 1er février, leschoses sont rentrées à peu près dans l’état. normal. Ce jeune homme raconte qu’il y a deux ans, à l’occasion d’accidents analogues, il faillit subir, à l’hôpital Saint- Antoine, l’opération de la hernie étranglée. Le malade est renvoyé, le ‘6 février, avec un bandage, dont la pelote, appliquée sur l’anneau externe, empêchera autant que possible la rentrée du testicule dans le canal.
M. Velpeau a appelé l’attention à sa clinique sur ce cas intéressant à la fois au point de vue du diagnostic, du pronostic et du traitement. Les faits de ce genre sont extrêmement rares, et partant très faciles à méconnaître. Ce qui fait l’étrangeté de ce fait, tel qu’on n’en a peutêtre pas signalé de louL à fait semblable, c’est que le testicule était habituellement situé au dehors du canal et de l’anneau inguinal externe, et qu’il n’y a pas eu d’orchite, puisque, le lendemain même do l’accident, on pouvait palper la glande non augmentée de volume et non douloureuse.
On sait combien est violente la souffrance déterminée par la pression du testicule: bientôt sont venus se joindre des vomissements qui ne manquent jamais dans toutes les affections doulotireuses siégeant à l’abdomen et aux environs, et l’on a sous les yeux le formidable cortéyc des accidents de V étranglement herniaire, peut-être mêmeavcc un degré d’acuité de plus; car le; malades, dans la hernie, n’accusent pas à beaucoup près des souffrances aussi vives. Celte acuité constitue un fait important pour le diagnostic, qui se complète par l’étude attentive de la tumeur, et surtout comme dans le cas actuel, par la connaissance des antécédents.
Le mécanisme a été le môme clans une observation récente due à M. Valette', professeur de clinique chirurgicale à l’École de médecine de Lyon, où l’orchite, qui s’observe quelquefois à la suite de l’étranglement, a manqué entièrement (1). Le testiculeenlevé parce chirurgien
(1) Valette, Lyon médical, mai 1869, p. 20.
était entièrement sain et ne présentait aucune trace d'inflammation.
Rétrocession des testicules dans le canal. — Étranglement.
Jean-Eugène Ferrois, âgé de vingt et un ans, exerçant la profession de terrassier, est entré à l’Hôtel-Dieu, salle Saint-Philippe, n° 3, le 22 février 1869. La veille, le malade s’était levé bien portant.
Il lit un effort peu considérable ; sous cette influence, le testicule droit, dont je décrirai tout à l’heure la position habituelle, remonta dans la région inguinale. Immédiatement se manifestèrent de vives douleurs au pli de l’aine, des coliques violentes, qui obligèrent le malade à se mettre au lit. Ces phénomènes morbides augmentent d’intensité et se compliquent de vomissements. Le lendemain, à neuf heures du malin, Ferrois entre dans mon service. Je constate l’état suivant :
Le faciès, profondément altéré, exprime une angoisse inexprimable. Le ventre est ballonné et douloureux. Dans la journée, il y a eu plusieurs vomissements de matières bilieuses d’abord, fécaloïdes ensuite, cl des hoquets fréquents. Il n’y a pas eu de garderobes depuis deux jours. Le pouls est à 96, la respiration à 26. La peau paraît froide. L’agitation du malade est telle qu’il ne m’est pas possible de prendre ta température axillaire.
Le testicule occupe la région inguinale; une de ses extrémités semble engagée dans l’anneau externe. Il ne paraît pas, du reste, avoir augmenté de volume, et il n’est pas douloureux ; on peut même, en procédant avec quelques ménagements, l’écarter de l’orifice aponévrotique et explorer ce dernier. Je constate l’absence complète de hernie. Aussi les accidents ne me paraissent-ils pas tenir à un étranglement intestinal proprement dit; ils me semblent être sous la dépendance directe de l’ectopie testiculaire, qui a agi d’après un mécanisme sur lequel je m’arrêterai tout à l’heure.
Quinze sangsues sont appliquées en couronne autour de la tumeur. Onctions sur la paroi abdominale, avec une forte quantité d’extrait de belladone. Cataplasmes de farine de graine de lin ; à l’intérieur, hb grammes d’huile de ricin sont administrés.
Ce médicament a été presque immédiatement rendu dans un vomissement. La nuit et la journée du 23 sont mauvaises ; les phénomènes d’étranglement s’accentuent davantage encore. Le ventre est
LE DENTU
fortement ballonné ; les circonvolutions intestinales distendues se dessinent à travers les parois abdominales. La face est grippée, les vomissements et le hoquet continuels ; les extrémités sont froides ; le pouls est à '120, la respiration à 32.
Dans la nuit du 2Zi, le malade a des selles abondantes. Les symptômes morbides s’amendent avec rapidité. A ma visite du soir, le danger me paraît conjuré. Le ventre est bien moins tendu, a peine douloureux. Le pouls est à 80.
25 février. La journée est très-bonne, la physionomie a pris une tout autre expression. Le ventre est souple et indolent; le pouls à 7 lu Le malade demande à manger.
A ce moment, il est facile défaire descendre le testicule dans le scrotum, et une pression légère suffit pour l’y maintenir.
L’étranglement conséeutif est démontré par un exemple emprunté à Pott (1). L’inflammation avait débuté trèscertainement ayant l’apparition des phénomènes généraux.
Ces faits me paraissent de nature à prouver la relation qu’il y a entre ces phénomènes et la constriction exercée sur le testicule par les plans aponévroliques qui l’entourent; mais aucun ne donne l’explication de cette mystérieuse solidarité. On a vu des kystes enflammés de la région crurale, des adénites et d’autres affections inflammatoires développées dans le voisinage de l’abdomen, donner lieu aux principaux symptômes de l’occlusion intestinale, et la difficulté de l’interprétation a été dans ces cas aussi grande que dans ceux dont il est question ici.
Faut-il croire, avec MM. Henrot et Valette, que tout s’explique par une paralysie réflexe de l’intestin? La constipation et le ballonnement du ventre sans péritonite concomitante semblent donner gain de cause à celte opi-
(1) Pott, OEuvres chir., t. 111, p. 352.
nion; il faut reconnaître que si la chose n’est pas absolument prouvée, elle est du moins vraisemblable. Quoi qu’il en soit, il me semble que c’est un peu méconnaître la nature de ces phénomènes généraux que de les rapporter tous à la paralysie de l’intestin. La constipation seule, sans engouement stercoral, a-t-elle jamais donné lieu aux symptômes du pseudo-étranglement? Et pourtant l’intestin est inerte et les matières accumulées ne circulent pas. Avec cette théorie, il faudrait admettre que la dépression nerveuse, les vomissements, etc., sont à leur tour consécutifs à la paralysie intestinale. N’est-il pas plus naturel de croire que celle-ci se produit sous l’influence de la môme cause que les autres phénomènes, et qu’elle n’a qu’une place secondaire dans cet ensemble symptomatique? Il est, du reste, assez rationnel d’admettre que l’irritation partie du point douloureux agit sur le reste de l’organisme en mettant en jeu le pouvoir réflexe des centres nerveux.
L’apparition de phénomènes aussi insolites complique singulièrement le diagnostic des orchites inguinales. Nonseulement on peut croire qu’on a sous les yeux une hernie, mais on peut se demander s’il n’y a pas coïncidence d’une ectopie inguinale avec une hernie étranglée. Cette double erreur a été commise plusieurs fois. Si l’on songe à explorer le scrotum et à s’assurer de la présence du testicule, le diagnostic est déjà à mçitié posé. L’existence d’un écoulement uréthral viendrait le confirmer, sans résoudre cependant la question la plus délicate. Un purgatif pourra entièrement lever les doutes, s’il amène une évacuation de fecès. Ce moyen n’apprendrait rien relativement à une hernie épiploïque, mais alors le mal 11e serait pas aussi grand.
On a pris aussi le testicule arrêté dans l’aine et affecté
d’orchite, pour un bubon ; la ressemblance est grande, en effet, entre les deux maladies et l’erreur facile à commettre. Quant à l’épididymite iliaque, la péritonite qui l’accompagne pourrait facilement faire prendre le change.
M. Ricord me disait, il y a quelques jours, avoir vu, réunies chez le même sujet, une épididymite inguinale compliquée de hernie non étranglée et une adénite suppurée. On comprend quelle attention il faudrait dans un cas semblable pour ne pas commettre de méprise.
Le traitement de ces accidents variés a un grand intérêt pratique. Tous les cas simples comportent les mêmes moyens que l’orehite scrotale : émissions sanguines, bains, émollients, repos ; mais dès que les phénomènes généraux apparaissent, que convient-il de faire? Si l’étranglement est primitif, et produit par l’issue du testicule hors du canal, la réduction est quelquefois possible.; il faut la tenter (Richter) ; souvent on ne l’obtient qu’après un traitement antiphlogistique local. Si le testicule est dans le canal, il n’y a pas de réduction à faire, à moins qu’on ne suppose que sa place habituelle était dans l’abdomen. Les observations de Velpeau et de Polt prouvent que les réfrigérants ou les émollients, associés aux bains 'généraux, peuvent suffire pour ramener le calme. Blandin a proposé dans ces cas graves, où l’on voit la face se gripper, les extrémités se refroidir, le pouls s’affaiblir, de faire le débridement sous- cutané de l’anneau externe (1). Peut-être vaudrait-il mieux, pour être plus sûr de la marche du bistouri, faire une incision sur la tumeur et débrider l’anneau à ciel ouvert. Cette opération a, pour certains chirurgiens, le grave inconvénient d’exposer aux hernies consécutives, mais il me semble que celles-ci
(1) Demarquay, Soc. chir., 1851, p. 182, t. II.
mr
pourront on général être prévenues par un bandage. La ponction de la tunique vaginale, proposée par Godard, pourrait produire un bon résultat, surtout en casd’orcbite primitive; quant au débridement du testicule par une ponction avec la lancette, je ne vois pas en quoi elle pourrait servir, si l’étranglement est dû réellement, comme on le croit généralement, à la compression exercée par les plans fibreux de la région.
On voit par ce qui précède que la castration n'est généralement pas nécessaire. Cette opération trouve son application dans les cas où l’inflammation se réveille fréquemment sous l’influence de la violence la plus légère, avec la même intensité que la première fois, et dans ceux où la première atteinte a laissé après elle des inconvénients sérieux, comme des douleurs, pendant les mouvements, capables de gêner les fonctions du membre inférieur, ou encore une inflammation chronique de la glande. C’est pour cette dernière raison que Partridge, dans le cas d’ectopie périnéale cité ailleurs, fit l’ablation du testicule ; c’est pour la première (retour fréquent de l’inflammation) qu’Hamilton extirpa la glande située dans l'aine ; enfin, c’est à cause de douleurs très-vives, provoquées par les mouvements de la cuisse, que M. Valette (de Lyon) fit à son malade la même opération.
Réduite à ces cas particuliers, la castration est rationnelle. On trouvera plus tard la description du procédé opératoire qui convient le mieux, dans les conditions spéciales où doit agir le chirurgien.
Inflammations chroniques. — • L’inflammation chronique du testicule arrêté dans un des points de son parcours, est beaucoup moins connue. Ni M. Lecomte, ni M. Paris, ni Godard, n’en fournissent d’exemples. On
peut sans doute considérer comme dues à une irritation sourde les adhérences qui s’établissent souvent entre les deux feuillets de la tunique vaginale, ainsi que les douleurs de peu d’intensité que réveille et entretient la fatigue ; mais l’organe lui-même peut être le siège d’une phlegmasie chronique, qui en augmente considérablement le volume. Les deux observations insérées plus bas me semblent être des cas de cette nature. L’augmentation de volume du testicule y est désignée sous le nom {Y hypertrophie ; le sens précis qu’on attache à ce mot ne permet pas de le conserver ici. Lorsqu’on prend connaissance de ces deux observations, on s’aperçoit bientôt qu’il s’agit d’une inflammation à marche lente, dont le début a été assez brusque.
Dans la séance du 7 mars 18G0, M. Donzelot (de Meaux) communiqua à la Société de chirurgie le fait suivant :
Testicule droit hypertrophié à l'anneau. — Hernie épiploïque du même cêté. — Absence du testicule gauche dans le scrotum. [Bulletins de la Société-de chirurgie, 1860, p. 131, séance du 7 mars.)
Par suite de renseignements peu positifs et incomplets, M. Houzelot croit que depuis quelque temps seulement, le malade avait son testicule droit à l’anneau, sans douleurs ni gêne. Une hernie se produisit subitement, amena des douleurs, mais sans s’étrangler. Il y eut réduction et application d’un bandage qui ne put être supporté. La hernie se reproduisit; nouvelles tentatives de réduction, mais celle fois sans succès.
On constate la présence d’une tumeur volumineuse remplissant l’aine droite et remontant le long delà crête iliaque ; tout à fait, dans l’aine et un peu dans .Panneau, existe un corps dur, allongé, douloureux. La tumeur est molle, compressible; elle se réduit en partie, mais reprend bientôt sa première position. Toutes ses parties consti-
tuantes sont enflammées. Après le traitement, bains, cataplasmes, lavements, etc., la hernie ne consiste plus qu’en une petite tumeur globuleuse un peu dure qui se reproduit aussitôt après sa réduction.
Chez le père du malade, les deux testicules étaient restés dans le ventre jusqu’à quatorze ans' A celle époque, ils étaient spontanément descendus dans le scrotum, en causant une douleur instantanée.
La Société de chirurgie fut consultée par M. Houzelôt sur l’opportunité de l'intervention chirurgicale. M. Gosselin conseilla la castration, M. Broca ne se rangea pas à cet avis. Ce dernier parti était peut-être plus prudent; mais il est très-probable que la portion d’épiploon restée dans le sac avait contracté des adhérences avec ses parois, et oblitéré le canal de communication des deux séreuses; la péritonite n’était donc pas beaucoup à craindre.
11 était intéressant d’avoir la suite de cette observation. M. le D‘ Houzelot, à qui je me suis adressé pour avoir des renseignements, a eu l'obligeance de me faire savoir ■qu’il n’avait pas opéré le petit malade et que, d’après ce qu’on lui avait dit, il avait guéri.
Ce fait méritait d’être rapporté en entier; il est intéressant à plus d’un titre. J’ai déjà eu l’occasion d’en parler à propos de l’influence de l’hérédité, envisagée comme cause prédisposante des anomalies du testicule.
Le deuxième fait a été publié cette année même en Amérique par M. J. C. Hubbard. C’est un cas complexe que j’étudierai plus loin dans tous ses détails, mais que je placé ici à cause de la transformation que l’inflammation avait fait subir à l’épididyme; l'auteur la qualifie de fibreuse, néanmoins il croit qu’elle s’est produite sous l’influence d’une phlegmasie chronique. 11 est regrettable que l’examen anatomique n’ait pas été fait avec plus de soin :
Hypertrophie du testicule arrêté au pli de l'aine. — Hydrocèle multiloculaire et congénitale, par J. G. Hubbard {The American Journal, janvier 1869, p. 100.)
G. P. Z..., âgé de trente ans, vint me consulter en novembre 1866, pour une tumeur qu’il portait dans l’aine droite. Depuis son enfance, dit-il, son testicule droit était situé dans cette région, immédiatement .sous la peau, et était beaucoup plus petit que celui du côté opposé. Il y a environ deux ans, à la suite d’un coup violent, son testicule devint douloureux et augmenta de volume, Depuis deux mois, les douleurs et la sensibilité sont devenues telles qu’il fut obligé de renoncer à ses affaires.
L’examen direct fait voir une tumeur ovalaire, ayant six pouces cl demi de longueur, cinq dans sa plus grande largeur, et située précisément dans le pli de l’aine droite; son bord inférieur est couché sur le ligament de Poupart. Les extrémités interne et externe de la tumeur sont élastiques et fluctuantes ; la partie centrale est dure et donne la sensation d’un testicule hypertrophié et induré. Il est facile de la prendre entre ses doigts, de la séparer des plans sous-jacents et de lui imprimer des mouvements dans tous les sens.
Le 1.7 novembre, la tumeur fut enlevée.
Son extrémité interne était formée par une hydrocèle multiloculaire et contenait deux onces de sérosité.
La paroi de la poche était formée par l’adhérence du feuillet pariétal de la tunique vaginale avec la partie centrale du testicule! A l’extrémité externe, j'ouvris une seconde poche qui communiquait avec la cavité péritonéale et renfermait trente-deux onces d’un liquide séreux.
Le testicule faisait l’office de valvule au niveau de l’orifice interne du canal, qu’il fermait si exactement que le doigt ne sentait aucune impulsion quand on faisait tousser le malade.
Les piliers de l’anneau inguinal et les fibres intercolumnaires étaient écartés les uns des autres et considérablement amincis.
A un premier examen, je remarquai que le canal déférent descendait jusque vers la moitié du scrotum et y formait une bride.
Le cordon spermatique était très-court (un pouce trois quarts de long), fortement attaché au bord postérieur du testicule, qu’il semblait pénétrer; il avait l’apparence d’un tissu fibro-musculaire et n'était pas élastique.
A un examen superficiel, l’épididyme ne présentait aucun de ses
caractères normaux, si ce n’est sa position relativement au testicule. Le canal déférent ne se continuait ni avec l’épididyme, ni avec le testicule ou le cordon ; six petites artères furent coupées avec ce dernier, puis liées. Aprèsde très-sérieux accidents de péritonite, le malade recouvra une parfaite santé.
M. Gosselin a observé autrefois chez Blandin un malade auquel ce chirurgien pratiqua la castration ; l’épididyme était remarquable par une hypertrophie de nature probablement inflammatoire.
La castration a été faite également dans le cas d’Hubbard .
Cette opération est, en effet, bien indiquée, quand la tumeur est pour le malade une cause de gêne sérieuse ou de douleurs.
§ III. — Dégénérescences de diverse nature.
Syphilis. — Il y a lieu de s’étonner qu’on n’ait pas encore vu un testicule, arrêté dans sa migration, devenir le siège d’un engorgement syphilitique ; j’ai recherché vainement des faits de ce genre dans tous les ouvrages spéciaux et je tiens de M. Ricord que pendant sa longue carrière, il n’en a jamais observé un seul. M. Lancereaux m’a fait savoir que de son côté il n’en a vu aucun cas.
Kystes. — Je n’en connais qu’un exemple, présenté à la Société anatomique en 1868 par M. Hénocque. J’ex trais du rapport de M. Meuriot sur cette pièce la relation suivante :
Un homme de vingt-huit ans, ayant eu des enfants et dont le testicule gauche s’élait arrêté dans sa migration au niveau du pli de l’aine, entra à l’hôpital Beaujon, dans le service de M. le professeur Jarjavay. Il portait dans l’aine gauclie une lumeur du volume du poing, à grand diamètre dirigé dans le sens du pli inguinal, mobile et sans adhérences aux téguments. On ne sentait dans Je côté gauche du scrotum qu’un petit cordon noueux, qui pouvait être considéré comme formé par un plexus veineux.
A la palpation, la tumeur semblait être divisée en deux lobes, dont l’inférieur paraissait répondre à l’épididyme, et le supérieur au testicule. La pression était douloureuse et le malade éprouvait une sensation qu’il comparait à celle que produirait le froissement testiculaire du côté droit. Depuis deux mois, le malade ressentait des élancements dans la tumeur, dont le volume avait depuis cette époque considéra blement augmenté. Cette tumeur ne présentait ni fluctuation, ni transparence, mais plutôt une consistance charnue; elle était irréductible, et l’orifice du canai inguinal était libre. Rien dans les antécédents du malade, ni dans les signes perçus à l’auscultation et à la percussion de la poitrine, n’indiquait de traces de tuberculose.
L’examen clinique était insuffisant pour établir le diagnostic anatomique de la tumeur. Cependant RI. Jarjavay, rappelant la fréquence des affections cancéreuses du testicule retenu, ainsi que l’a si bien fait ressortir Godard, crut devoir pratiquer l’opération que réclamait le malade.
L’examen de la tumeur, à l’état frais, faisait reconnaître; à l’œil nu, les caractères d’une maladie kystique du testicule ; ces caractères étaient surtout prononcés dans la partie centrale, qui contenait un nombre considérable de kystes de volume variable, les uns à peine visibles, et les autres de la grosseur d’un pois. Aux deux extrémités, les kystes étaient plus rares, et le tissu présentait un aspect encéphaloïde.
A la périphérie de la tumeur, la dissection permit de reconnaître le testicule aplati et étalé ; on reconnaissait, à l’œil nu, les canaux séminifères. Le cordon perdu dans la masse put cependant être isolé.
L’examen histologique montra dans le liquide des kystes une quantité considérable de cellules épithéliales cylindriques, ou sphériques, ou polygonales, garnies de cils vibratiles. Les kystes étaient tapissés par de l’épithélium cylindrique. A côté d’eux existaient des lacunes irrégulières, des canaux ramifiés, dont les uns contenaient à leur intérieur une simple couche d’épithélium cylindrique, et étaient remplis d’un liquide renfermant les mêmes éléments que nous avons déjà signalés; les autres, avec un revêtement analogue, étaient comblés par des cellules épithéliales, pavimenteuses et sphériques. Dans les parties offrant à l’œil nu l’aspect encéphaloïde, on reconnaissait, au microscope, des kystes analogues. Dans la trame conjonctive qui séparait les kystes, on retrouvait une prolifération cellulaire abondante, des dilatations vasculaires, quelques épanchements sanguins et, dans des points rares, de petites masses de cartilage en voie de formation. Ces
diverses lésions ont d’ailleurs été signalées depuis longtemps comme caractères de la maladie kystique du testicule, et des observations de M. Cruvcilliicr, de Curling, ont montré la fréquence de ces dépôts d’enchondromes, comme éléments accessoires.
Tubercules. — P. Robert, dans l’article que j’ai déjà cité plusieurs fois, raconte avoir rencontré une fois dans une autopsie « le testicule, qui n’avait jamais fait saillie à l’aine, le rein et une partie du muscle psoas, ramollis et convertis en une substance vraiment tuberculeuse». Godard paraît considérer ce fait comme un exemple de dégénérescence tuberculeusodu testicule retenu dans l’abdomen; il me semble plus vraisemblable que cette substance, dans laquelle étaient plongés les trois organes, représentait les vestiges d’un ancien épanchement purulent. M. Lecomte cite de son côté, d’après M. H. Larrey, des cas de sarcocèle remarquables par la présence d’une matière tuberculeuse, pouvant envahir en totalité ou en partie le testicule arrêté dans l’aine. S’agit-il de vrais tubercules ou de ces productions phimatoïdes qu’on trouve parfois mélangées au cancer ? Je ne saurais répondre à cette question. On voit donc qu’on peut encore se demander aujourd’hui si la production de véritables tubercules a jamais été observée dans le testicule situé en dehors du scrotum.
Cancer . — Les cas de cette nature sont relativement nombreux. Godard en a ajouté sept aux observations publiées avant lui, soit au xviii0 siècle, soit dans la première moitié du xix°. J’en ai recueilli quelques autres exemples que voici :
Extirpation avec succès d'un cancer encéphaloïde du testicule
droit arrêté dans le trajet inguinal. Edw. J. Spry {the Lancet ,
t. XXX, juin 1857, et Schmidt's Jahrbüchcr, 1862, 114, p. 71).
Le malade avait depuis longtemps dans la région inguinale droite une petite tumeur ronde et dure, qui pourtant ne l’incommodait jamais. Deux ans avant l’opération seulement, il ressentit un craquement dans l’aine en soulevant un poids. Bientôt apparut un gonflement inflammatoire, qui atteignit, au bout de deux jours, le volume d’un œuf de poule. L’augmentation croissante de la tumeur, dans les deux années qui suivirent, détermina le malade à entrer à l’hôpital.
On constata alors une tumeur allongée, s’étendant depuis l’orifice inguinal interne jusqu’au scrotum, un peu au-dessous de la verge. Celte tumeur était solide, lisse, mobile dans ses deux tiers inférieurs seulement; sa face antérieure était fluctuante. Pas d’impulsion pendant la toux, douleurs lors d’une pression très-forte seulement; nulle part d’œdème.
Le malade réclamant l’extirpation de la tumeur, celle-ci se fit sans difficulté, niais nécessita des précautions toutes spéciales lorsqu’on voulut séparer de l’anneau inguinal la portion supérieure, qui y adhérait fortement. Les vaisseaux furent liés; le canal déférent se rétracta de suite beaucoup, mais sans amener de communication entre la plaie et la cavité péritonéale. Tl n’y eut presque pas d’écoulement sanguin.
La tumeur se présente comme un encéphaloïde renfermant un kyste rempli de sérosité citrine.
Le malade guérit, la plaie s’étant réunie par deuxième intention.
Cette observation peut être considérée comme un type assez complet du cancer du testicule développé dans ces conditions. On y retrouve une particularité, qui a été notée plusieurs fois : je veux parler de l’origine traumatique et inflammatoire de la dégénérescence. On peut, je crois, très-bien admettre qu’une violence de nature quelconque puisse agir alors à titre de cause déterminante. M. H. Larrey a communiquéà la Société de chirurgie l’histoire d’un olïicier, chez lequel la maladie s’était produite à la suite
d’une contusion de lu région inguinale. L’extirpation amena une guérison sans récidive (1).
C’est presque toujours dans l’ectopie inguinale qu’on observe celte grave complication. Voici pourtant une observation qui fait exception à la règle :
Cancer encéphaloïde du testicule droit retenu dans la cavité abdominale chez un jeune homme de vingt-sept ans, très-vigoureux , développé ensw semaines à la suite d'une partie de cricket. Georges Johnson (in Canstatt's Jahresbericht , année 1860).
Toute la partie antérieure de la tumeur était adhérente aux téguments de l’abdomen; la masse principale était lisse, polie, et contenait plusieurs kystes, dont le volume variait entre celui d’une noisette et celui d’une orange.
11 est bien évident que la maladie existait plus de six semaines avant la mort, et que, si le jeu de cricket est pour quelque chose dans cette marche insolite; il n’a fait que déterminer une irritation nouvelle dans la niasse morbide par suite des mouvements brusques et nombreux qu’il exige. On sait, du reste, avec quelle rapidité se développent certaines tumeurs cancéreuses situées dans l’abdomen, à cause de la faible résistance qu’elles rencontrent dans leur accroissement.
Le cancer du testicule arrêté dans l’aine se voit généralement sur des sujets jeunes ; il est plus fréquent à droite qu’à gauche ; son début n’est pas toujours brusque comme dans les cas précédents. Une fois développé, il se présente sous la forme d’une tumeur qui, d’abord régulière et non adhérente aux couches de tissu placées au devant d’elle, finit par se confondre avec la face profonde de la paroi abdominale, en même temps qu’elle devient bosselée,
(1) H. Larrey, Bull, de lu Société do chirurgie, t. II, p. 179.
molle et douloureuse. Elle paraît quelquefois assez superficielle pour être considérée comme sous-cutanée, bien que située dans le canal. C’est ce qui avait lieu dans le cas de Gama :
Descente anormale du testicule droit compliquée de dégénérescence cancéreuse (Gama, Gaz. méd., 1837, p, 263).
Le testicule resté engagé après la naissance dans le canal, ne pouvant descendre dans le scrotum dont la cavité était oblitérée, était remonté au devant de l’aponévrose du grand oblique.
La marche de la tumeur est parfois, comme clans l’exemple cité par Johnson, très-rapide, ou le devient tout à coupa un moment donné. L’accroissement brusque de son volume peut être dû à une hémorrhagie interstitielle. M. Yerneuil rapporte un fait de ce genre :
La tumeur, d’abord d’un petit volume, triple brusquement sous l’iniluence de violents efforts. L’opération ayant été décidée, par suite des douleurs intenses que ressentait le malade, on énucléa sans peine une masse du volume d’une grosse pomme, ne paraissant formée que de concrétions librineuses et de caillots sanguins. On aurait pu croire à une hémalocèle, tandis que c’était évidemment un cancer avec hémorrhagie interstitielle (1).
Tous les faits qui précèdent paraissent se rapporter au cancer encéphaloïde.
Le- diagnostic n’est généralement pas difficile du moment qu’on sait qu’il s’agit d’une ectopie testiculaire compliquée, le cancer étant de beaucoup la plus fréquente des productions morbides qui envahissent la glande située dans l’aine.
Néanmoins, il sera prudent de faire ses réserves pour les maladies exceptionnelles, et il faudra autant que
(l) Verneuil, U ici. encyclopéd. des sciences médicales, art. Aine, t. Il, p. 330.
possible asseoir son diagnostic sur la constatation des signes ordinaires du cancer.
Le pronostic est aggravé par le voisinage du péritoine et la persistance possible, mais peu ordinaire, de sa communication avec la tunique vaginale. Celle-ci disparaît de bonne heure et l’oblitération du conduit vagino-périlonéal doit se faire rapidement,
La castration est le seul moyen à employer, mais elle est contre-indiquée du jour où la production morbide n’est plus bien limitée du côté de l’abdomen.
La récidive est tout autant à craindre que lorsque le .testicule occupe sa position normale; elle a été observée récemment par Szymanowski (1 ). Ce chirurgien avait enlevé une masse cancéreuse développée dans l’aine droite'. Bientôt la reproduction du tissu morbide dans la cicatrice et dans les ganglions abdominaux emporta le malade.
J’ai passé en revue les différentes maladies auxquelles est sujet le testicule arrêté dans sa migration. Trois remarques importantes résultent de cette étude :
lü La prédisposition bien manifeste, constituée par la situation anormale de l’organe.
2° La fréquence relative des inflammations aiguës et du cancer.
3° Les dangers de la castration dus ;ï la persistance assez commune du canal vagino-péritonéal.
Examinons, maintenant, s’il y a des précautions particulières à prendre pour l’extirpation delà glande, et si les dangers de cette opération peuvent être conjurés par certaines modifications apportées au procédé opératoire.
De la castration dans l’ectopie testiculaire. — Bon nom-
(1) Szymanowski, CanslaUs’s Jahrbücher , 1804.
bre de chirurgiens ont opéré sans se préoccuper de la péritonite. 11 est certain que dans quelques ablations de cancer enlevés à une période peu avancée, on a vu la tumeur s’énucléer assez facilement; mais quand des adhérences se sont établies en arrière et en avant, c’est par une dissection attentive qu’on arrive à séparer la masse morbide de la mince couche de tissus situés entre elle et la cavité péritonéale. C’est là déjà une sérieuse difficulté ; en outre, le voisinage si proche de la séreuse expose celle-ci à une inflammation consécutive à peu près inévitable, mais pouvant rester dans des limites compatibles avec la vie. Quant à la persistance du conduit vagi nopéritonéal, elle a été constatée par Nægele et par Roux dans deux cas de castration; lorsqu’elle existe, la section du canal séreux ouvre inévitablement le péritoine.
Schneller, Chopart, ont imaginé de poser d’abord une ligature sur le cordon etde n’enlever le testicule que quelques jours après. Le malade de Schneller guérit sans entraves; celui de Chopart passa, au contraire, par une série d’accidents qui faillirent l’emporter. Cette modification n’est donc pas beaucoup plus sûre que l’opération ordinaire et ne mérite pas de lui être substituée.
On voit par ce qui précède qu’il reste bien peu de chances de guérison aux malades opérés dans ces conditions, et l’on est amené à se demander s’il ne vaudrait pas mieux s’abstenir, lorsqu’il y a lieu de craindre ces malheureuses complications.
La crainte d’ouvrir le péritoine, en coupant le canal qu i l’unit à la tunique vaginale, est bien plus fondée encore, lorsqu’il s’agit de faire la castration pour une maladie relativement bénigne, comme l’engorgement inflammatoire ou simplement les douleurs dues aux froissements du lesti- . cule. Ici on ne peut plus compter sur la chance de tomber sur un cas d’oblitération; il ne faut pas que la vie du
malade dépende d’un hasard malheureux. C’est dans cette intention que M. Valette, de Lyon, a imaginé un nouveau procédé de castration, qu’il a mis en usage une fois avec succès sur le sujet dont j’ai donné plus haut l’observation. Cette modification représente, il me semble, un véritable progrès, et, bien que l’expérience n’ait pas suffisamment prononcé en sa faveur, elle me paraît devoir être conseillée pour les cas dont il s’agit. Je laisse parler l’inventeur :
« Le 27 février, je pratique l’opération, acceptée avec empressement par le malade, qui veut à tout prix être débarrassé de son testicule, cause de souffrances incessantes et de dangers réitérés. Une incision longitudinale sur les téguments qui recouvrent la tumeur, et une dissection rapide, me permettent de dégager et d’isoler l’organe et son cordon. Je constate alors que la séreuse testiculaire se prolonge dans le canal; en faisant voyager le testicule dans celte poche, j’acquiers la conviction que la tunique séreuse n’est qu’un prolongement du péritoine, et que sa cavité n’est qu’un diverticulum de la grande cavité abdominale. Avant de sectionner le pédicule, je saisis les parties qui doivent être retranchées, entre les mors d’une pince, préparée ad hoc. C’est une espèce de clamp, ou si l’on veut deux branches d’acier articulées eu forme de compas par rime de leurs extrémités. Chaque branche est creusée d’une gouttière profonde de 2 millimètres environ de largeur, qui est garnie de pâte de chlorure de zinc.
» Lorsque le pédicule est convenablement serré, d’un coup de bistouri je le tranche au-dessous despinces. L’addition du caustique a une importance extrême. Les tissus sont surtout détruits par la cautérisation et un peu aussi par la constriction de l’instrument; par ce moyen les dou-
LE DENTE
leurs produites sont beaucoup moins considérables et à peu près nülles cinq ou six heures après l’opération. L'inflammation provoquée est toujours circonscrite.
Les suites de l’opération furent d’une bénignité extrême.
» Le 3 mars, l’instrument est enlevé et laisse voir une eschare sèche et résistante, qui s’est détachée au bout de huit jours; la cicatrisation était complète le 19. A partir de ce moment, le malade n’éprouve aucune gène, aucun des malaises qu’il avait coutume d’avoir auparavant.
» Le testicule a été examiné immédiatement après l’opération. A l’œil nu, on ne rencontre rien d’anormal, ni sous le rapport du volume, ni sous le rapport de la texture. L’examen histologique est fait séance tenante ; le sperme présente des spermatozoïdes en très-petit nombre et complètement immobiles. Ils ne reprennent pas leurs mouvements sous l’action d’une solution de carbonate de potasse, ee qui fait supposer que leur immobilité est déjà ancienne. Des coupes faites sur le testicule ne montrent pas d’altérations du parenchyme. Les cellules centrales des canaux séminifèrcs sont cependant plus granuleuses que de coutume » (1).
Par la lecture de cet extrait, on a pu s’assurer que l'instrument de M. Valette a été construit suivant le même principe que l’entérotome porte-caustique de M. Laugier, et répond à la même indication.
Enchondrome. — Je n’en connais d’autre exemple que le cas de tumeur mixte de Jarjavay ; on a vu que le tissu intermédiaire aux vacuoles kystiques renfermait un assez grand nombre de cellules cartilagineuses.
(1) Valclte, Lyon médical, mai 1869. Travail lu à la Société de chirurgie, dans la séance du 28 avril 1889.