CHAPITRE II
ÉTUDE RAPIDE DES PRINCIPALES PROPRIÉTÉS DES QUATRE ALCALOIDES OU GLUCOSIDES EMPLOYÉS EN BADIGEONNACGES.
Nous croyons bien faire, avant de donner les résultats que nous avons obtenus par les badigeonnages de cocaïne, heliéboréïne, solanine et spartéïne, de rappeler rapidement les principales propriétés: thérapeutiques et physiologiques de ces substances.
Ce n’est pas là un hors -d’œuvre.
Tout d’abord, cette étude nous permettra de faire ressortir des analogies d’action qui pourront nous aider à comprendre le mécanisme et les conditions de l'effet thermique. : é
En second lieu, elle nous conduira à mettre en relief, dans ces alcaloïdes, certaines propriélés inconnues ou non utilisées.
Il ne faut pas s’attendre à trouver, dans ce chapitre, un travail d'ensemble ni une revue générale de thérapeutique. Notre but est simplement de faire un rapide exposé des fails qui nous ont le pius intéressés ou qui se rapportent davantage à notre travail.
DE LA COCAINE.
De toutes les merveilleuses propriétés de cet alcaloïde, la plus connue, la seule qui soit employée partout et par tous, est l’action anesthésique locale.
C'est celle, par conséquent, sur laquelle nous insisterons le moins.
Inutile de rappeler longuement ses diverses conditions et qualités : qu’elle est rapide, profonde et de courte durée, qu’elle se produit directement par contact sur tous les éléments de l’organisme excepté sur la peau saine (en l’absence de cataphorèse) qu’elle est due à la paralysie des extrémités des nerfs sensitifs.
Nous ne croyons pas non plus devoir insister sur les immenses bienfaits que cette propriété procure tous les jours en oculistique, rhinologie, laryngologie, etc., etc., dans tous les cas où l’on peut, par une application directe supprimer, ou prévenir une douleur locale, atténuer un réflexe, faire disparaître un spasme.
On connaît également les services que peut rendre celte substance en chirurgie. M. Reclus a montré quelle quantité d'opérations, même graves et prolongées, telles que l'ovario'omic, peuvent être exécutées sans douleurs, grâce à la seule cocaïne.
Dans son service l'emploi des anesthésiques généraux est devenue. la très rare exception.
Un point intéressant de l’action anesthésique locale a été récemment mis en lumière par Krogius d'Helsingfors (1), qui a montré qu’on pouvait insensibiliser toute une région par une simple injection cocaïnée faite dans le voisinage du tronc nerveux qui anime cetle région. Deux ou trois injections pratiquées perpendiculairement à l'axe d’un membre insensibiliseraient toute la portion de ce membre situé au-dessous, même les parties profondes et le périoste. On voit tous les avantages d’un pareil fait, qui permet d'obtenir une aresthésie très étendue, avec une faible dose de cocaïne.
L'emploi de la cocaïne, comme anesthésique local, rend de tels services qu’on peut dire, qu'aujourd'hui, aucune spécialité ne saurait se passer de cet agent. Cet emploi ne peut que s'étendre encore; la douleur, même modérée, n’est jamais négligeable et l’on ne saurait trop l’éviter au malade. C'est ainsi que la cocaïne rend essentiellement pratique, par exemple, la méthode de Diday dans le traitement abortif de la blennorrhagie. Bien que Diday ait écrit que l'intensité de la douleur indique le temps nécessaire à l'effet de l'injection et que « le nitrate interroge et la douleur répond » le plus souvent, en réalité, la solution de nitrate n’est pas tolérable etest aussitôt rejetée, d’où insuccès de la méthode.
(1) Sem. méd., 1894, page 172.
En faisant précéder d’une instillation préalable de cocaïne 1/10 l'injection argentique, cette dernière peut être gardée sans aucune difficuité 3, 4 ou 5 minutes.
Les mictions consécutives sont rendues également indolores de la même manière. Nous avons eu l’occasion d’enrayer ainsi, chez un jeune étudiant, sans aucune douleur pendant l'opération et pendant les mictions qui suivirent, une blennorrhagie aiguë datant de 24 heures et déjà caractérisée par l'écoulement de pus verdâtre.
En terminant ce paragraphe, mentionnons les effets accessoires qui accompagnent l’anesthésie locale, tels que, dans l'œil, la dilatation de la pupille et laugmentation de tension du globe oculaire, et tels que surtout la vaso-constriction que nous allons étudier maintenant.
Il. — Action sur le système circulatoire.
La cocaïne est avant tout un vaso-constricteur d’une extrême puissance.
C’est de celte propriété que résulte le principal danger de son emploi, par l’anémie des centres nerveux, consécutive à une dose même relativement modérée.
La vaso-constriction est naturellement accompa-guée d’élévation de la pression artérielle.
En même temps, on note une accélération du cœur, due probablement à une action parétique sur le preumo-gastrique. Cette accélération du cœur ne se produit que chez les thermothères (Soulier).
Le DO
Le pouvoir vaso-constricteur de la cocaïne peut être utilement appliqué dans certains cas. Les propriétés hémostatiques d’une solution de cet alcaloïde sont bien connues et rendent des services dans l’épistaxis, par exemple.
C’est à la contraction des petits vaisseaux provoquée par simple contact qu’est due la décongestion rapide des muqueuses enflammées.
Cette propriété, généralement peu utilisée, mériterait certainement de l'être davantage.
L’application d’une solution cocaïnée fait disparaître en moins d’une minute l’obstruction nasale du coryza; et cet effet est d'autant plus précieux qu'il peut être obtenu par des solutions très étendues, à 1/100 ou même à 1/200. I] suffit.d’aspirer fortement par les narines 3 ou 4 grammes de cette solution.
Dans le coryza aigu, on pourra, en outre, arrêter très facilement et presque instantanément l’hypersécrétion en aspirant de la même façon, une ou deux fois, quelques gouttes d’une solution de sulfate d’atropine à 4 milligramme pour 5 grammes d’eau. (Se moucher immédiatement après.)
Dans le coryza chronique, avec sécheresse de lä muqueuse et formation de croûtes, on se irouvera bien de la solution suivante :
Chlorhydrate de cocaïne... 0,30 centigr.
Chlorhydratedepilocarpine. 0,10 — Eau distilée..:..1,.522%7: 90 gr.
En aspirer une ou deux fois par jour quelques gout-
La e
tes dans le creux de la main. (Se moucher immédiatement après.)
Les poudres cocaïnées sont beaucoup moins actives,
Chez les enfants, l’obstruction nasale, dans certaines affections catarrhales, comme la rougeole, présente de sérieux inconvénients, en augmentant l’agitation et l'insomnie. On procure un grand soulagement à ces petits malades en leur «ramonant» les fosses nasales de temps en temps avec une plume d’oie, préalablement passée à l’eau bouillante et imbibée de cette solution antiseptique et décongestionnante :
Chlorhydrate de cocaïne... 0,30 centigr.
Acide Porique.ns 5m, SMART.
Eau de laurier cerise..... 5 gr.
PEAU AISÉE REPARER 25 gr.
La difficulté d'applications locales ne permet guère d'employer le pouvoir décongestionnant de la cocaïne dans les obstructions laryngées des enfants. Par contre, von Stein, de Moscou (1) en tire un grand parti dans les affections de la caisse du tympan et du labyrinthe.
C'est probablement à un effet vaso-constricteur réflexe qu'il faut attribuer la diminution de la sécrétion lactée qui a été constatée par M. Joire (2), à la suite de
badigeonnages du mamelon avec unesolution cocaïnée,
(1) Sem. méd., 1894, 17 janvier.
(2) Bul. méd. du Nord, 1894,
IT. — Action sur la température.
La cocaïne est-elle une substance antipyrétique ?
Cette question présente une grande importance au point de vue de notre travail, en ce qui concerne
l'explication que nous donnerons des faits observés.
Or, l'immense majorité des observateurs affirme, au contraire, que la cocaïae, est un agent hyperthermisant.
Toutefois, M. Soulier incline bien à croire qu’à doses physiologiques, elle abaisserait la température centrale; mais presque tous les auteurs admettent qu’elle produit une élévation de température proportionnelle à la dose employée, et absolument indépendante de l'effet convulsif. Parmi ces derniers citons Laborde, : Vulpian, Gazeau, Morino y Maïs, Gossé, Rabuteau, Roux, Rigolet, Pradal, Bignon, Langlois, etc.
Richet (Revue scientifique, 1886, tome IT, page 171), conclut dans le même sens : « La cocaïne, dit-il, est une substance qui donne la fièvre, qui accélère les fonctions chimiques des tissus par une stimulation du système nerveux ». On pourrait objecter qu’il n’en est peut-être pas de même chez les fébricitants. Or, à plusieurs reprises, uous avons pratiqué des injections souscutanées de cocaïne sur des malades hyperthermiques sans obtenir d’abaissement. Il est vrai que la dose injectée était faible (0,02 ou 0,04 centig.).
Voici, par exemple, l'effet de l’une de ces injections ; (0 gr. 02 cent.).
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Salle Montazet, n° 17. — Grippe, Pneumonie.
6 h, soir, (avant l’injection)..... 39°9 LA à VOA Rec ON ORNE 10 PE) BR. Sri ratvele ot 400 ES OR ET LS CA OEM OC LL | AO RE ren AO
La cocaïne n’a donc, par absorption, aucun pouvoir
modérateur de la fièvre, qu’elle augmente plutôt. — Nous avons vu son action sur la température par appli-
cation cutanée.
Certains cliniciens ont cherché à l’utiliser à l’intérieur dans quelques maladies aiguës.
Thorington la recommande principalement dans la fièvre jaune. (Soulier, tome I, page 393.)
Récemment Samayoa, dans la Revue thérapeutique de New-York, affirmait que la cocaïne peut rendre de grands services dans la variole, jugulant les cas bénins, rendant inoffensives même les varioles confluentes ou même hémorragiques!