‹ Des applications périphériques de certains alcaloïdes ou glucosides: Nouveau procédé de régulation de la thermogenèse. Nouveau traitement des maladies aiguës à détermination cutanée. Nouvel agent d'anesthésie localeChapitre 15 sur 75 · IV. — Action sur le système nerveux · texte numérisé non relu

IV. — Action sur le système nerveux

et les diverses fonctions.

Les auteurs sont à peu près d'accord pour admettre que la cocaïne, à faible dose, produit une stimulation générale du système nerveux ; à dose forte, des spasmes et des convulsions ; à dose massive, de la paralysie avec arrêt de la respiration.

En dehors de ces notions générales, l’action de la cocaïne à donné lieu à de nombreuses discussions.

Prenons, pour commencer, l’action qu'eile produit sur la nutrition générale :

Les premiers observateurs faisaient de la coca, un aliment d'épargne, un antidéperditeur puissant.

Fleischer est l’un des rares partisans actuels de cette opinion (1). Pour lui la cocaïne, en cas d'inanition, pourrait abaisser de 40 : 100 la proportion d’urée dans urine.

Gazeau, tout au contraire, a noté que, sous l’influence de ia coca, l’urée augmente, le poids du corps diminue, la température s'élève, le pouls et la respiration s’accélèrent ; qu’il y a, en somme, suractivité des combustions organiques.

Ces conclusions sont confirmées par Morino y Maïs, Gossé, Rabuteau, Roux, etc.

Quoi qu'il en soit, à faible dose, l’action tonique de la cocaïne n’est pas douteuse,

Tout le monde connait l’usage journalier que font de la coca les Indiens du Pérou : « L’Indien ne se met jamais en marche sans son sac de coca ; et, avec cette substance, il fait des courses prodigieuses ou escalade les montagnes presque sans manger et supporte admirablement les fatigues ». (Dujardin-Beaumetz, Dictionnaire de thérapeutique.)

Unanué, qui cite un grand nombre de faits analogues, fait de la coca le toriçqæe par excellence du système nerveux.

C’est en vain qu’on a tout voulu expliquer par l’action

(1) Ther, mon., p, 354, 1887.

analgésiante qui supprimerait la sensation de soif et de faim ; il y a certainement autre chose, et l'effet tonique est admis par tous les expérimentateurs (Gazeau, Gubler, Mantegazza, etc.) et par beaucoup de cliniciens,

«Je crois, dit Grasset {1), qu’on devrait donner la cocaïne à l’intérieur beaucoup plus souvent qu’on ne le fait, spécialement dans les dyspepsies. » Rosenthal (2), Hammond (3) préconisent la cocaïne dans les formes dépressives de la neurasthénie.

M. Audibert, dans une thèse résente (Montpellier 1892), montre l’action favorable de la cocaïne contre les vomissements, le hoquet, les spasmes œsophagiens et les symptômes douloureux d’origine gastrique.

Mais il n’a nullement cherché à se rendre compte de l’action tonique de cette substance. Cet auteur disait dans sa préface, qu'il n’existait pas de travail d’ensemble sur l’administration de la cocaïne à l’intérieur. Cette lacune n’est pas comblée.

Pour nous, nous croyons férmement aux propriétés tonifiantes de la cocaïne.

Nous avons eu l’occasion d’en faire l’essai sur nousmême, pour combattre des symptômes de neurasthénie dépressive, très accentués, consécutifs à une fièvre typhoïde.

Rapidement, nous avons constaté une remarquable

(1) Sem. méd. 1885, page 271.

(2) Ther. mon. 1888, page 249, (3) Ther, mon. 1887, page 316,

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régulation du sommeil, une augmentation de la puissance de travail, et surtout la disparition presque complète de cette sensation d’abattement et de prostration si pénible dans ces formes de neurasthénie. La céphalée frontale a été moins influencée.

Nous avons toujours retrouvé cet effet dans des cas analogues où nous avions prescrit la cocaïne. Nous la donnions sous la forme suivante :

Prises : Chlorh. de cocaine...... O0 gr. 02.

Sucre vanillé..... RER

A prendre 2 ou 3 fois par jour dans une tasse de lait,

Souvent nous ajoutions le mélange :

Vin de coca MR. in ee {litre Teinture de noix vomique......... 2 gr. 50 à 5 gr. Extrait de quassia amara......... 5 gr.

A prendre 1 verre à liqueur aux deux principaux repas.

L’impression de stimulation générale, la sensation de force et de bien être qui suit l’absorption d’une faible dose de cocaïne est souvent précédée, pendant quelques instants, d’une légère ivresse (loquacité, attendrissement) très rarement accompagnée d'ivresse réelle (Mantegazza).

L'effet stimulant se manifeste sur toutes les fonctions : cœur accéléré, pression artérielle élevée, fonctions digestives régularisées (Rieuri), fonctions intestinales stimulées (Gazeau et Von Aureso), augmentation de la diurèse (Gazeau).

Les fonctions génésiques seraient aussi influencées,

Unanué parle de vieux indiens « capables, grâce à la

coca, de prouesses que ne renieraient pas les jeunes gens dans la force de l’âge ».

« Est-ce pour rappeler ces propriétés, se demande Dujardin-Beaumetz, que la Vénus Péruvienne était représentée une feuille de coca à la main ? »

Mais, d'autre part, on a recommandé la cocaïne contre le satyriasis.

Wells (el Siglo medico) la donne à la dose de 5. centigrammes contre les excitations sexuelles exagérées.

. Ici encore, la cocaïne régulariserait simplement cette fonction.

Cette notion de régulation expliquerait peut-être, à notre avis, l'effet tonique de la cocaïne, qu'il est difficile de comprendre autrement. La cocaïne n’est pas un aliment d'épargne, bien au contraire, d’après la plupart des expérimentateurs ; ce n’est pas un excitant provisoire bientôt suivi de dépression, comme le café, le thé, la kola, l’opium, l’éther et les anesthésiques généraux ; il est, au contraire, de notion classique que la stimulation de la cocaïne n’est pas suivie de réaction en sens contraire (ce qui permet, sans inconvénients, la suppression brusque de doses considérables dans le cocaïnisme).

Nous concluerions volontiers que la cocaïne est un régulateur du fonctionnement du système nerveux. Ce n’est là, d’ailleurs, qu’une hypothèse, il faudrait pour Ja contrôler, rechercher si l'administration de ce médicament ne produit pas, sur les diverses fonctions, des effets variables suivant que le sujet est sain ou malade, pendant le repos ou pendant un travail forcé, en cas

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d'alimentation normale ou en cas d’inanition. La nutrition accélérée normalement par la coca serait retardée chez un individu soumis au jeûne ou à une grande fatigue, comme Fleischer dit l'avoir constaté,

Il y aurait là des recherches bien intéressantes à faire, et qui pourraient être généralisées à d’autres médicaments,

Avec cette explication, on comprend immédiatement l'heureuse influence de la cocaïne sur la neurasthénie.

Bien que nous soyons absolument convaincu, suivant l’opinion de M. le professeur Teissier, que la neurasthénie est toujours d’origine toxique, infectieuse ou réflexe, et n’est jamais une affection primitive, nous n'admettons pas moins, avec notre maître, que ses manifestations sont hors de proportion, le plus souvent, avec la cause productrice.

La cocaïne agirait, suivant nous, en rétablissant l'équilibre dans les fonctionsainsi troublées, en supprimant l’exagération des manifestations pathologiques d'ordre nerveux.

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