‹ Des applications périphériques de certains alcaloïdes ou glucosides: Nouveau procédé de régulation de la thermogenèse. Nouveau traitement des maladies aiguës à détermination cutanée. Nouvel agent d'anesthésie localeChapitre 63 sur 75 · A) PEAU COMME ORGANE D’ABSORPT · texte numérisé non relu

A) PEAU COMME ORGANE D’ABSORPT

S'il est une question de physiologie qui ait prèlé à des discussions aussi nombreuses que peu concluantes, c’est bien celle de l’absorption cutanée.

L'opinion la plus généralement adoptée aujourd’hui est qu’il y a absorption de certaines substances et non absorption des autres.

Les substances que l’on admet être absorbées pré-

sentent cette propriété caractéristique d'émettre des vapeurs soit directement, soit après décomposition. Entre autres, nous citerons le mercure, qui émet des vapeurs à la température normale ; l’iodure de potas sium qui, par décomposition, émet des vapeurs d'iode; enfin le gaïacol, comme l'ont démontré d’abord MM. Guinard et Stourbe, puis MM. Linossier et Lannois.

Les corps volatiles sont donc absorbés par la peau.

Les corps fixes, au contraire, ne traverseraient pas l'épiderme.

C’est du moins l'opinion de la grande majorité des physiologistes.

Ceux mêmes qui croient à l’absorption admettent qu'elle ne se fait qu'avec une lenteur extrême et en proportion minime. |

Les travaux qui ont été faits à ce sujet se rapportent soit à des solutions aqueuses des médicaments, soit à leur incorporation dans un corps gras.

Parmi les auteurs qui ont recherché l'absorption de solutions aqueuses, nous citerons Séguin, qui nie formellement celle du quinquina.

Puriau affirme qu’il n’y a pas introduction, par la peau, de principes salins.

Roche, Poulet, Hébert parlent dans le même sens.

Demarquay nie également l'absorption.

Deschamps de même.

Parisot, qui s’est occupé en particulier des alcaloïdes (digitaline et atropine) n’a pas pu les faire absorber par la peau saine. |

Paul Bert (Dictionnaire Jaccoud), de Laurès, Réveil, Oré, Rabuteau, Scoutteten, Passabosc, Richet (Dictionnaire de Jaccoud), Grisolle, Béclard (Dictionnaire de Dechambre), Plantier (thèse de Paris 1894), Monnereau, Gubler, Rohrig, Ritter, Feadow, Tanquerel des Planches, Javéïne, Frédérici et Pierini sont tous d'accord sur ce point.

Ces auteurs rapportent des expériences aussi concordantes que concluantes, et des observations rigoureusement faites, d’où il ressort, dans l’ensemble, que les substances solubles, alcaloïdes ou autres, en solutions aqueuses ou même en pommade, ne peuvent pas traverser l’épiderme, à moins de l’altérer préalablement. Même après un jour de contact, on n’en trouve pas dans les urines.

Il y a eu des expériences ou des observations contradictoires, parmi lesquelles nous citerons celles de Homolle, Lerevs, Willemin, Delore, Roussin, Collard, de Martigny, Westrumb, Dufay, etc.

Mais tous ces faits ont été repris et soigneusement contrôlés par les auteurs cités ei-dessus qui ont toujours trouvé qu'il s'agissait d'erreurs d'interprétation. L'absorption était toujours liée à des lésions cutanées, à l’émission de vapeurs médicamenteuses; ou bien encore s'était faite en réalité par d’autres voies (pou mon).

Les travaux les plus récents sur la question nient formellement l'absorption par la peau : ainsi ceux de Richet (Les Procédés de défense de l'organisme, Revuc scientifique 1894) et la thèse de Plantier, Paris 1894,

Dans un travail tout récent, M. le D' Destot (1), a montré que même en se servant de la cataphorèse, on ne pouvait pas faire traverser aux solutions médicamenteuses les couches profondes de la peau. Les substances qui avaient pu, par ce procédé, franchir la barrière épidermique, n'étaient résorbées qu'avec une extrême lenteur, et ne commençaient jamais à apparaitre dans les urines que vingt-quatre heures après la séance. |

Il y aurait lieu, disons-le en passant, d'essayer les résultats thermiques que donnerait la cataphorèse employée pour nos applications d’alcaloïdes.

La question paraît donc bien définitivement jugée.

La peau intacte n’absorbe pas les solutions médicamenteuses. En est-il de même des pommades?

Beaucoup d’auteurs croient à leur absorption; c’est ainsi que Kœbner, Katschfzowsky, Lassar, Herbig, etc. affirmaient qu'après application sur le cuir chevelu d’une pommade à 1/1000 de sublimé, on pouvait, au bout de quelques minutes, percevoir la sensation de saveur métallique.

Liebreich admet que la lancline pénètre rapidement à travers la peau.

Les expériences de ces auteurs ont été formellement contredites par de nouvelles recherches, parmi lesquelles nous citerons celles de Fraenkel, qui refuse à la lanoline toute faculté de pénétration ; celles surtout de M. le D' Aubert.

(1) Destot. Société des sciences médicales de Lyon, du 11 juillet 1894.

M. Aubert a prouvé que la pénétration, à travers la peau, des médicaments incorporés à des corps gras, si elle existe, se fait avec une extrême lenteur.

Ainsi, pour que la substance active arrive simplement jusqu'aux éléments glandulaires de la peau, ce qui n’est pas encore absorption, il faut un minimum de deux heures, et le plus souvent trois, quatre et cinq heures.

Dans un travail d'ensemble fait sur cette question, M. Guinard (1) présente les conclusions suivantes :

« I. — Il est bien vrai que, même pour les substances incorporées dans les corps gras, l’épiderme intact est toujours une barrière infranchissable.

« II. — Dans la majorité des circonstances où la pénétration a semblé démontrée, soit par des effets thérapeutiques, soit par l'élimination du produit et sa présence dans les urines, il s'agissait d'un médicament volatile et d’une absorption par les voies respiratoires »4

Enfin, M. Guinard fait une exception pour les substances dégageant des vapeurs et adopte l’axiome de M. le professeur Soulier : Corpora non agunt nisi evaporala,.

Des travaux récents de Margherita, Lobieranski, Winternitz n’ont pas modifié la question.

En somme, on peut conclure de tout cela que l’ab-

(1) Guinard, Recherches sur l'absorption cutanée des substances médicamenteuses incorporées dansles corps gras, 1891.

sorption cutanée est nulle ou insignifiante pour tous les corps qui ne dégagent pas de vapeurs. Des substances très toxiques, mais n’attaquant pas la peau, peuvent, sans inconvénients, être mis en contact avec elle.

Les effets thermiques et thérapeutiques de nos applications ne peuvent donc pas s'expliquer par l’absorption du médicament; et c’est dans un deuxième principe de physiologie de la peau que nous trouverons la clef de leur mécanisme.

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