‹ Des Applications Pratiques du Drainage Abdomino-VaginalChapitre 9 sur 39 · ÉTUDE EXPÉRIMENTALE · texte numérisé non relu

ÉTUDE EXPÉRIMENTALE

L'action de drainage est l'élément essentiel à considérer lorsque l’on établit une contre-ouverture dans le Douglas. C’est là la véritable utilité de ce procédé opératoire. Le Mikulicz est un excellent moyen d'hémostase, c'est un agent de cloisonnement unique, mais il ne peut être qu’un agent de drainage très inférieur, dont l'emploi doit être exceptionnel, s’il est limité à cette seule indication. En dehors de quelques péritonites aiguës généralisées, non cloisonnées, des péritonites purulentes à fausse membrane, ses indications sont très restreintes. Lorsqu'il est utile d'établir un véritable écoulement correspondant à une accumulation importante de liquide, la contre-ouverture vaginale pourra seule l’assurer,

dans les cas fréquents où le drain abdominal ne suffit pas.

Cette notion n'est, d’ailleurs, pas de date récente. Du jour où fut prouvée la nocivité des liquides stagnants dans le péritoine, dès le début de la chirurgie abdominale, par conséquent, avec Peaslee, Kœberlé, Sims, on chercha à écouler ces produits exsudés par l'abdomen ou par le vagin, soit avec les drains ou avec la gaze, suivant le chirurgien et suivant les époques.

Aujourd'hui, encore mieux qu’autrefois, on voit l'importance d'un drainage complet. Des expériences

PR précises ont démontré les limites du pouvoir de résorption du péritoine, l'insuffisance, quelquefois la nocivité, des antiseptiques, les qualités de la gaze comparées à celles du drain. Nous allons tout d'abord passer en revue ces diverses notions avant d'entrer dans l'étude clinique du drainage abdomino-vaginal.

-c drainage doit se faire, soit lorsqu'il existe déjà uneinfection du péritoine, soit lorsque cette infection est à craindre, par le fait d’une exsudation. Non dangereux par eux-mêmes, ces exsudats provenant de débris de tissu septique, d’un néoplasme, d’une irritation de la séreuse, d’un changement brusque de la pression intra-abdominale, peuvent le devenir par le fait de leur non-résorption et de leur infection secondaire. |

Comme le disait Chénieux(1), en 1886, il est certain que la résorption est préférable à l'évacuation toutes les fois qu'elle est possible sans nuire. L'action résorbante du péritoine est indéniable. Sa disposition et sa constitution histologique le prouvent. C'est, en somme, un vaste sac lympathique presque exclusivement formé d’un éphitélium incessamment traversé par descellules migratrices qui, sortant des vaisseaux, cheminent à travers cette paroi et rentrent par son intermédiaire dans ie système lymphatique. Mais, comme dans son mécanisme interne, l’action défensive des cellules épithéliales elles-mêmes n’en est pas moins prouvée par l'expérimentation.

Depuis longtemps déjà Gravitz (1886) avait

(1) CHénigux. — Congrès de Chirurgie, 1886.

1 962 démontré que les microbes pyogènes en suspension dans un péritoine sain n’ont aucun effet pathologique. Reprenant ces expériences, en 1890, Delbet(1) a prouvé sa résistance à l'égard du staphylocoque et du bacille coli. Les injections des cultures de ces microbes n’ont jamais pu arriver à déterminer des phénomènes de péritonite. Si l'injection était faite dans le tissu cellulaire de la paroi, la mort s’ensuivrait rapidement.

En ce qui concerne plus spécialement les liquides exsudés, is expériences de Dubar et Rémy ont montré que les liquides albumineux injectés dans Île péritoine du lapin sont absorbés complètement dans l’espace de trente-six heures sans aucun accident. D'ailleurs, en clinique, on reconnait les cas de rupture de kystes simples de l'ovaire dans le péritoine, sans que cette affusion brusque et abondante de liquide amène quelque complication sérieuse.

En somme, double action de résorption et de résistance aux microbes, mais — et ceci est le point essentiel — à condition que le péritoine soit sain, que les liquides en présence desquels il est mis ne soient ni irritants, ni septiques. Les expériences des mêmes auteurs l'ont bien prouvé. Que la séreuse soit irritée ou déchirée, sous l'influence d’un traumatisme quelconque, que l'épithélium soit détruit par l’action des lavages, et les phénomènes ne se passeront plus de même. Il suffit de peu de chose pour cela. Il n'est même besoin, comme le faisait

(1) Decser. — Ann. de Synecologie, 1890-189r.

ane Gravitz, de mettre le péritoine en présence de bile ou de matières fécales pour qu'il réagisse dans un sens pathologique. Comme l'ont démontré les expériences de Chavannaz et Auché (1), il suffit d'un simple lavage avec des liquides même stérilisés, ou, mieux, de l'introduction d’antiseptiques dans la cavité péritonéale pour amoindrir la résistance, diminuer l'absorption, ouvrir la porte à l'infection, plus ou moins rapide.

II est à peine besoin de faire remarquer combien ces conditions se réalisent généralement en clinique. D'un côté, il est bien rare que les doigts et les instruments n'aient pas, plus ou moins, altéré l'épithélium; de l’autre, il est évident que les exsudats péritonéaux accumulés dans les parties déclives constituent un excellent bouillon de culture, à une température égale, très favorable au développement des bactéries et à l’exaltation de leur virulence.

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