V. — KYSTES HYDATIQUES
La nécessité d’un rapprochement quelconque plutôt qu’une ressemblance clinique, nous oblige à placer ici un fait des plus intéressants et qui soulève un point de doctrine important. Il s’agit d’un enfant atteint d’un kyste hydatique du foie qui est opéré par M. le professeur Verneuil, par le procédé du gros trocart. Dès le lendemain, le malade éprouve des douleurs vagues dans les jointures et une éruption confluente d’urticaire. Quelques jours après, de nouvelles articulations sont prises passagèrement; enfin, le gros orteil est atteint plus sérieusement et une arthrite suppurée se forme à ce niveau. Du côté des viscères on ne trouve rien qu’un peu
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de pleurésie de voisinage à droite. La température est élevée, et présente des exacerbations tous les trois ou quatre jours; du reste pas de frissons violents comme dans l'infection purnlente. On donne issue à la collection et le malade guérit sans autre lésion.
A-t-on eu affaire à une pyohémie ? En tous cas ce serait une infection purulente bien atténuée dans sa gravité, bien modifiée dans ses manifestations générales. Nous ne nous arrêtons pas davantage à l’idée d’un rhumatisme articulaire, puisqu’une des jointures atteintes a suppuré. Il est une autre hypothèse très séduisante, mais sur laquelle nous ne pouvons pas insister, étant donné le peu d'observations que nous avons sur ce point. L’injection du liquide kystique le plus limpide donne lieu, chez les animaux, d’après de récentes expériences, à des accidents septiques. Ne pourrait-on pas admettre qu'il s’est fait une résorption du liquide du kyste ayant entrainé une infection générale de l’économie avec locali sations articulaires ? N’est-on pas frappé dans ce cas de la coexistence d’une urticaire confluente et des douleurs vers les jointures ?
Nous le répétons, ces RbiRBses sont très séduisantes, mais, pour le moment, nous devons nous contenter d’enregistrer le fait et de le ranger dans les ob:ervations d'attente. Nous remercions M. Verneuil de nous avoir autorisé à le placer in extenso dans notre travail.
Oss. VIII Kyste. hydalique du foie. Arthrite suppurée de l'articulation métatarso-phalangienne du gros orteil. Guérison. (Communiquée par M. Verneuil.)
Tétard Louis, âgé de 12 ans, entre Le {1 février 1886, salle Michon n° 4, pour une tumeur abdominale dont il s'était aperçu il y a deux mois. Ce jeune garçon est né à Auchy-la-Montagne, petit bourg de 200 habitants, à 4 kilomètres de Beauvais, dans l'Oise. Il n’a jamais quitté son pays. On ne retrouve chez lui aucune maladie antérieure ; il ne s’est jamais alité. Les parents sont bien portants; son père a 40 ans, est un petit cultivateur de l'endroit ; sa mère à 32 ans; il ne
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se rappelle aucune maladie du côté de ses parents. Il à une sœur qui à {46 ans et qui à toujours travaillé la terre avec ses parents. Il n’a jamais vu de chien dans la ferme et même n’en a jamais approché dans le village, car, d’après ce qu’il raconte, il en avait une peur atroce. Il affirme n'avoir jamais regu aucun coup sur le côté droit du ventre ou de la poitrine.
Comme nourriture il mangeait du café au lait le matin, et ses repas consistaient principalement em lard et en aliments végétaux verts. Depuis quelques années il avaït un profond dégoût pour les matières grasses. Jamais d’urticaire ; digestions bonnes, faciles; selles normales. Etat général bon ; pas d'embonpoint ; cependant pas d'amaigrissement. Aucune gêne de la respiration. Jamais d'ictères, de point scapulaire. Par conséquent aucun trouble d'aucune sorte, lorsqu'il y a deux mois (décembre 1885) il éprouve un point de côté à droite, qui lui faisait mal en respirant. Sa mère en l’habillant constata à ce moment une tuméfaction sur les fausses côtes droites. Comme la tumeur augmentait de volume, il vient à l'hôpital le 11 février 1886.
L'examen à son entrée indique une tuméfaction notable de la région hypocondriaque droite et de la région épigastrique. La masse était intra-abdominale, molle, fluctuante, dépassaïit la ligne blanche de quelques centimètres dans la région épigastrique, et, en bas, affleurait l’'ombilie et couvrait la moitié supérieure de la région du flanc droit; en haut, elle se continuait manifestement avec le foie, et suivait tous ses mouvements pendant l'inspiration et l’expiration.
La fluctuation était manifeste: pas de frémissement hydatique, jamais non plus de vomissements porracés, de fièvre indiquant une péritonite antérieure localisée, une périhépatite; pas de frottement péritonéal au niveau de la paroi antérieure de la tumeur.
La mensuration donna, au niveau du point culminant de la tumeur,
Demi circonférence droite — 0,36 cent.
Demi circonférence gauche— 0",33 cent.
Hauteur verticale de matité du kyste — 0,18 cent.
D'après tous ces symptômes et l’état général du malade, M. Verneuil élimine les abcès du foie, la cirrhose et porte le diagnostic de kyste hydatique de la 3 variété, c'est-à-dire kyste hydatique à la fois intra et extra-hépatique.
Le 17 février 1886, on décide de l’opérer, et le diagnostic est confirmé par une ponction avec l'aiguille Dieulafoy n° 2 ; on retire un liquide limpide, transparent, clair comme de l’eau de roche.
M. Verneuil était décidé à faire l'opération du gros trocart (procédé modifié.) Le malade était done endormi sous le chloroforme et respiraît très bien et très régulièrement. A 0m,05 cent., à droite de la ligne blanche et a égale distance du 7° cartilage costal et au-dessous, on plonge le gros trocart. Immédiatement le petit malade cesse de respirer; le trocart est laissé en place, et au bout dé 40
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minutes de respiration artificielle (soulèvement rythmique des deux bras) la respiration revient ; on glisse alors dans la canule du trocart une sonde en gomme rouge et on l’assujettit avec quatre fils de coton, de la baudruche et du collodion.
M. Verneuil ne tente pas de mettre une deuxième sonde en gomme à 0®,03 cent. de la première, comme il en avait l'intention, à cause de l'acci@ent syncopal de la première ponction. Lavage de la poche avec quelques gouttes de solution phéniquée et capote en baudruche (procédé de Reybard) tenue dans le goulot d'une bouteille pour laisser écouler librement le liquide et empêcher l'entrée de l'air dans la poche. Pansement phéniqué. Bandage de corps. La sonde en gomme plonge de 0®,10 cent. à 0,12 cent. dans le kyste.
18 février. Le lendemain de l'opération, douleur de l'épaule droite très nette. Urticaire confluente, généralisée à tout le corps. Aucune douleur du côté du ventre. Pendant les quatorze jours qui suivent l'opération, on fait deux fois par jour une injection de 1/4 de seringue, de solution phéniquée pour la désinfection de la poche. Pendant ces quatorze jours, aucune fièvre. On voit donc que les adhéremces péritonéales se sont produites silencieusement, le malade continuant à bien se porter et à manger. Le liquide de la poche, dès le troisième ou quatrième jour était louche, mais n’avait aucune odeur. Très peu d’hydatides.
& mars. Sous la choroformisation on enlève la sonde et on fait au thermo-cautère une incision verticale de 0,03 cent. à 0,04 cent. s'étendant au-dessus du trou formé par la sonde ; on peut facilement introduire l'index par l’incision et on pénètre dans le kyste. On met deux sondes en gomme assujetties de la même manière.
5 mars. Il n’y a pas trace d’inflammation autour de la plaie ; indolence absolue et souplesse du ventre. Bon appétit. Le liquide suppuré sort en petite quantité ; la cavité est presque comblée ; elle est à peine de la grosseur d'une mandarine et la poche contient tout au plus de 15 à 20 grammes de liquide; ce que l’on peut constater très bien en mesurant le liquide trouble jusqu à la sortie d’un liquide clair par l'injection phéniquée.
8 mars. Le matin on enlève un tube, on en laisse un seul dans le kyste. La longueur du trajet mesuré par la sonde est de 0,04 à peine. La plaie est rosée; et il n’y a pas de liquide. Un seul lavage est fait tous les jours depuis le 5 mars.
Pendant douze jours consécutifs du 9 au 20 mars, le petit malade n’a aucun symptôme péritonéal, la plaie est très belle, il ne souffre de nulle part; peut-être y a-t-il un peu de frottement du côté de la plèvre droite; maïs on ne trouve aucune explication de fièvre, lorsque, dans la journée du 20 mars, il accuse une douleur localisée à l'articulation du coude gauche ; douleur empêchant tout mouvement ; on voit aussi apparaître une légère rougeur des ligaments à ce niveau.
M. Verneuil.
Fig. 2, obs. VIII.
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