LV. = LYMPHANGITES
M. Verneuil, dans un mémoire lu à l’Académie en 1878, rapporte cinq cas dans lesquels une lymphangite du membre inférieur a entraîné une arthrite ou une hydarthrose du genou. Nous ne faisons que rappeler l’observation suivante :
Os. VIL — Un malade de 48 ans, maigre, débile et d'apparence cachectique, entra dans le service de mon regretté ami Oulmont à Lariboiïsière, pour une affection aiguë présentant les caractères d'une fièvre continue. Pendant le cours de cette maladie, une plaque de sphacèle se forma sur le dos du pied droit et laissa à la suite une plaie atonique de plusieurs centimètres de large, au fond de laquelle on voyait à nu les tendons, les ligaments «et la face dorsale de plusieurs métatarsiens. C'est dans cet état que le patient entra dans ma salle.
Je cherchai à reconstituer la santé générale pendant que je m’efforçais de déterger la plaie qui avait assez mauvais aspect; nous avions obtenu une certaine amélioration, lorsqu'un jour survinrent un frisson, des vomissements, de la fièvre, puis une lymphangite du dos du pied. Les trainées rougeâtres étaient très évidentes et très larges à la face interne et antérieure de la jambe, au côté interne du genou et sur tout le trajet dés vaisseaux fémoraux à la cuisse. Je prescrivis le repos aulit, les émollients, les onctions mercurielles sur les points enflammés. Le mal se répandit presque partout, excepté à la face interne du genou, où un cordon lymphatique volumineux parût s’élargir, et enfin donna lieu à un phlegmon ma circonscrit occupant toute la face interne de la jointure. Celle-ci d’abord resta indemme, mais, deux jours plus tard, et, lorsque je me disposais à inciser le phlegmon sous-cutané, l'inflammation se propagea à la synoviale. Je crus d’abord à une simple hydarthrose de voisinage sans communication des deux foyers; mais lorsque j'eus ouvert le plus superficiel, je constatai que le contenu de l'articulation également formé de pus, se vidait par l'incision cutanée. Cette Tomplication, survenant chez un homme épuisé et dont les urines renfermaient d'ailleurs une proportion notable d'atbumine n'offrait guère de prise. L'amputation, proposée à regret, fut énergiquement repoussée. Je fis le drainage, les injections chlorurées et alcolisées; mais tout resta inutile et le malade s'éteignit au bout de dix-huit jours. À l'autopsie, la synoviale était vivement injectée, les cartilages diarthrodiaux détruits, ainsi que la couche osseuse sous-jacente ; le tissu spongieux était à nu, les ligaments ramollis et rompus.
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Ce qui frappe dans cette observation, ce sont d’abord les accidents à forme typhoïde qui ouvrent la scène, puis la rapidité du processus gangréneux, ressemblant beaucoup aux manifestations infectieuses, enfin, et surtout, la présence d’albumine dans les urines, quelque temps avant la mort. Aussi à côté de l'hypothèse de la propagation par la voie lymphatique, au moyen d’une marche centrifuge, à côté de l’idée d’une inflammation de voisinage, on pourrait parfaitement évoquer la cause infectieuse soit primitive, soit secondaire pour expliquer un certain nombre de ces arthrites consécutives aux lymphangites des membres inférieurs.
Dans une note additionnelle du tome [IV de ses Mémoires de chirurgie, M. Verneuil, rapproche ses observations de ces cas d’arthrites dans le cours d’un érysipèle et il rappelle l’opinion de M. Gosselin citée plus loin, d’après laquelle les affections des séreuses, aussi bien synoviales que plêvre, sont les manifestations de l’empoisonnement général de l’économie par les matières septiques, et non pas le résultat de la propagation de la dermatose superficielle à la synoviale sous-jacente.