EE — BLENNORRHAGIE
L’arthrite blennorrhagique, qui peut être considérée aujourh’hui comme un type de deseription des arthrites infectieuses, telles que nous Îes avons définies et étudiées dans la première partie de ce travail, a été l’objet de discussions nombreuses, dont quelques-unes sont encore toutes récentes.
Historique et pathogènie. — Les rapports de la gonnorrhée avec la goutte étaient déjà signalés à la fin du siècle dernier par Swediaur et Hunter (1781-1786) et avant eux par Baglivi.
L'école du Midi, les travaux de Ricord, de Cullerier, de Velpeau, firent entrer la question dans la voie scientifique : depuis lors parurent les articles de Grisolle, de Ravel (Art Médical, 1857), d'Hervieux (Gazette Médicale, 1858) et surtout le chapitre que Bonnet lui consacre dans la pathologie des articulations. En 1866, eut lieu devant la . Société médicale des hôpitaux, la célèbre diseussion à laquelle prirent part Peter, Féréol, Fournier, Lorain, Hervieux, etc. (1).
Depuis ce moment la discussion sur le rhumatisme blennorrhagique a été bien souvent reprise, mais il semble qu'aujourd'hui son origine infectieuse possède un très grand nombre de partisans et que l'accord est bien près de se faire. Rappelons en quelques mots les opinions diverses qui ont été émises :
1° Le rhumatisme blennorrhagique n’existe pas, c’est
(1) Au sujet de l'historique de la question, nous renvoyons le lec-
teur à l'excellent article Rhumatisme de M. Besnier dans le Dictionnaire encyclopédique.
IR ie
une simple coïncidence de la blennorrhagie et de l'attaque du rhumatisme (Thiry, 1856; Jussen, 1854, Bouillaud, 1867-1868, etc.). Il estévident que cette hypothèse ne peut répondre qu'à des faits absolument exceptionnels. Elle est possible, mais ne vaut-il pas mieux approfondir davantage et rechercher la cause véritable de cette coïncidence supposée.
2° Réveil de la diathèse rhumatismale par la blennorrhagie, ou mieux par l’état génital (Lorain), de même que par d’autres manifestations générales ou locales, scarlatine, traumatisme, etc. Cette opinion est soutenue par M. Péter en 1866, devant la Société médicale des hôpitaux: elle est adoptée par Gueneau de Mussy, Pidoux, Hervieux ; actuellement elle compte encore un assez grand nombre de partisans. Il nous semble d’ailleurs que, si on ne veut pas être exclusif, cette théorie répond à un certain nombre de faits. Chez un individu nettement rhumatisant, l’état blennorrhagique, quelqu’en soit du reste l’essence, ne peut-il pas, comme une autre affection aiguë, rappeler la diathèse rhumatismale? Nous serions assez tenté de le croire, étant donné le fait positif que nous avons observé, non plus au sujet des arthrites, mais dans les manifestations oculaires du rhumatisme. Notre maître, M. Panas, a insisté dans plusieurs de ses cliniques de l'Hôtel-Dieu et dans les thèses de ses élèves (4) sur la mise en action du rhumatisme oculaire par une blennorrhagie. Nous avons particulièrement suivi dans son service, un individu essen— tiellement rhumatisant et cardiaque qui, à chaque atteinte de blennorrhagie, et elles avaient été fréquentes, avait été pris de conjonetivite catarrbale, de douleurs articulaires à fluxions passagères et à un moment donné même de poussées endocarditiques.
3 Il existe un état particulier chez les individus qui font du pus, par conséquent chez les blennorrhagiques,
(4) Union méd., 1884 et thèse de Boquin. Paris, 1885.
qui les prédispose essentiellement aux manifestations articulaires. Le rhumatisme blennorrhagique est une forme du rhumatisme pyogénique. C’est l'opinion si séduisante soutenue avec tout son talent par Lasègue ; il exprime en disant que l’arthrite blennorrhagique est l'expression d’une pyohèmie atténuée. Elle est adoptée par M. À. Guérin, défendue par les Anglais, sir Paget, Holmes, Barwell, Maymon (1875), Diday (1873) et plus récemment par Talamon (Revue mensuelle, 1881). À ce compte larthrite blennorrhagique serait toujours suppurée ; nous avons vu en effet que chez les pyémiques, avec une porte d'entrée grande ou petite, les arthrites étaient toujours purulentes : la clinique démontre que c’est la grande exception chez les blennorrhagiques.
4 [existe une diathèse passagère chez les blennorrhagiques, comme chez tous les individus atteints dans leurs organes génito-urinaires ; cette diathèse, comparable à la syphilis, pourrait atteindre non seulement les articulations, mais encore toutes les viscères, toute l’économie. Il y aurait ici quelque chose d’analogue à ce que l’on observe dans l’état scarlatineux (Lorain et sesélèves, Tixier, (1866) ; Vachée, 1868 ; Thierry, 1873) (1).
9° De l’idée d’une diathèse passagère, spécifique, compa- Fable à la syphilis, à l’opinion actuelle sur l’origine infectieuse de ces arthrites, déjà défendue en 1866 par M. Féréol, il n'y avait qu'un pas qui a été franchi le jour, où on a retrouvé dans le liquide des articulations atteintes les mêmes micro-organismes que dans le pus uréthral.
(1) Rappelons seulement pour mémoire les opinions qui paraissent avoir eu moins de succès et dont quelques-unes même ont été abandonnés par leurs auteurs. Simonnet et Maisonneuve croyaient que la muqueuse uréthrale altérée absorbaït lentement l'urine et que les phénomènes rhumatismaux résultaient d’une sorte d’urémie chronique. La blennorrhagie crée chez l'individu un état lymphaticostrumeux tout spécial (Pidoux). Le retentissement sur les jointures se fait par sympathie (Rollet), par action réflexe (opinion soutenue un moment par M. Fournier).