‹ Des Arthrites InfectieusesChapitre 28 sur 55 · EE · texte numérisé non relu

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$ Fig. 5, obs. XI. M. Bucquoy.

Les 16 et 17, la température présente le type inverse. Elévation considérable le matin. Rémission vespérale de un degré.

Pendant ce temps, l'état général du malade s'aggrave d’une manière rapide. D... devient agité. Il a du délire par moments. Pendant ses moments de lucidité, il annonce sa mort prochaine. Il déclare qu’il n'y a plus aucun espoir de le sauver. Ce pessimisme ne faisait d’ailleurs que s’exagérer. A son entrée à l’hôpital, le malade s'était senti mortellement frappé.

Simultanément la langue se séchaït, les lèvres devenaient fuligineuses. Les urines qui jusque-là n'avaient pas renfermé d’albumine commençaient à en contenir une notable proportion.

Il n'existait aucun signe permettant de croire qu’un abcès métastatique s'était formé dans le foie, la rate ou les poumons,

Le 18, le délire est devenu à peu près continu. De nouvelles arthrites purulentes ont fait leur apparition.

Le poignet droit est devenu rouge, s’est gonflé. Les téguments qui revouvrent l'articulation sont œdématiés; le genou gauche qui, la veille, était déjà légèrement gonflé, présente un volume considérable. L’articulation est distendue par du liquide.

L'abcès, qui existait au niveau de l'articulation tibio-tarsienne droite, a pris un développement considérable. Poncetionné, il laisse écouler une quantité considérable de pus.

Le lendemain, l'état était désespéré; le malade avait perdu complètement connaissance.

Ce jour-là, apparaissait sur le corps une éruption bulleuse tout à fait remarquable; les bulles, au nombre d’une vingtaine, occupaient principalement la face, le dos des mains, les membres inférieurs ; ces bulles, d'une largeur variant de celle d’une pièce de 50 centimes à celle d’une pièce de 2 francs étaient remplies de liquide séreux.

Cette éruption fut une révélation. N'avait-on pas à faire à un cas de farcin ou de morve? L'absence de jetage nasal faisait écarter l'idée de morve. Restait l'hypothèse d'un cas de farcin. Et de fait! l’éruption bulleuse rappelait celles décrites par les auteurs qui se sont occupés de cette question. Le malade était cocher ; il portait une ulcération, d’origine inconnue, mais qui pouvait bien avoir été déterminée par la morsure d'un cheval contaminé.

D..., mourut dans la journée du 22.

À l’autopsie, nous trouvâàmes le cerveau, le cœur et les poumons absolument sains ; les poumons, en particulier, où nous nous attendions à trouver des lésions caractéristiques, ne nous présentèrent au cun nodule farcineux.

L’intestin déroulé dans toute son étendue n'offrait aucune lésion; les plaques de Peyer étaient saines; les follicules élos n'étaient pas augmentés de volume.

Le foie contenait un abcès volumineux. Les articulations qui avaient été pendant la vie le siège d’arthrites, c'est-à-dire le poignet, le coude-pied, le genou, renfermaient du pus et cela sans que la synoviale et les cartilages présentassent la moindre altération visible à l'œil nu.

Pour résumer : les seules lésions, constatées à l’autopsie, étaient de volumineux abcès du foie et des arthrites purulentes,

Aucune de ces lésions ne nous permettait de dire si nous avions eu affaire à un cas de farcin, simulant dans son évolution une infection purulente, ou à une véritable infection purulente. Seule l'expéri mentation dévait nous donner la solution de co problème. Et si cet!e partie de notre tâche a été facile, nous le devons à M. Leblanc, vété: rinaire, membre de l’Académie de médecine, qüi a bien voulu nou: aider de ses conseils et de sa vaste expérience,

Pour établir la véritable nature de la maladie que nous avions observée, nous devions : |

40 Faire une enquête qui nous apprit si D... avait été en contactavec des animaux morveux ou farcineux ;

: 29 Examiner divers liquides recueillis pendant la vie ou MAN la mort;

3° Inoculer ces liquides à des animaux susceptibles de contracter la même maladie, et en particulier à des solipèdes.

L'enquête a été faite par les soins de M. Leblanc. Elle a appris que dans l'écurie du loueur de voitures dont D... était le cocher, se trouvait un cheval atteint depuis deux mois de morve chronique. Il est donc permis de penser que notre malade a été contaminé d’une manière ou d'une autre et qu'il a contracté le farcin dans l'écurie même. Peut-être faut-il incriminer les objets en cuir qui servaient à atteler l'animal? Peut-être et plus vraisemblablement, D... a-t-il été mordu par cet animal? Dans cette hypothèse, la plaie du mollet LRERTÉSORTEr rait la porte d'entrée du virus farcineux ?

L'examen microscopique a porté sur la sérosité contenue dans les bulles, sur la sueur, sur les larmes, sur du sang. Ces liquides ont été recueillis pendant la vie avec toutes les précautions possibles et gardés dans des tubes Pasteur. L'examen a été négatif au point de vue de la recherche des microbes décrits par MM. Bouchard, Capitan ct Charrin.

Tout autrement probants ont été les résultats que nous avons obtenus par l’inoculation.

Un âne mis à notre disposition par M. Leblanc et ne présentant aucun signe d'intoxication morveuse ou farcineuse fut inoculé le 22 novembre. Deux piqûres lui furent faites, la première, sur la muqueuse nasale, la seconde à la partie interne de la cuisse du membre postérieur. Ces piqûres furent faites avec un bistouri trempé dans le pus provenant de l’abcès situé au niveau de l'articulation tibio-tarsienne.

Huit jours après, l'animal commençait à dépérir. Il avait du jetage nasal, un gonflement considérable des ganglions sous-maxillaires.

Dix jours après l’inoculation, il succcombait.

A l’autopsie, on trouvait de très nombreux nodules morveux disséminés dans les poumons, et la muqueuse nasale présentait des ulcérations chancreuses caractéristiques de la morve.

L'examen histologique du cartilage sous-jacent à la muqueuse nous a montré une lésion assez avancée des cellules de ce cartilage. La plupart des cellules étaient en voie de dégénérescence granuleuse.

Du pus provenant des ulcérations nasales de cet âne fut inoculé à un cobaye et, quinze jours après, cet animal mourait.

À son autopsie, nous trouvâmes une hypertrophie considérable de . la rate, des nodules purulents très probablement morveux en grand

nombre, dans. Îe foie et les poumons. La muqueuse nasale de ce cobaye était saine.

Un deuxième cobaye fut inoculé avec du pus séreux provenant de l'articulation du genou de notre malade. Un mois après nous faisions l'autopsie de cet animal et nous trouvions également des nodules morveux dans le foie et dans les poumons,

Ces diverses inoculations, toutes suivies du même résultat, à savoir: la mort par la morve de l'animal inoculé, l'enquête qui nous a appris que D... avait fréquenté une écurie où était enfermé un cheval atteint de morve chronique, nous semblent mettre hors de doute la nature de la maladie, en présence de laquelle nous nous sommes trouvé.

Ici la présence d’une ulcération douteuse sur les membres inférieurs pouvait mettre sur La voie d’une inoculation directe. Maïs le diagnostic présentera des difficultés bien plus grandes lorsqu'il s’agira d’une de ces observations rares, il est vrai, dans lesquelles il est impossible de reconnaître une porte d'entrée et où l’on est obligé d’admettre une contagion à distance. D'ailleurs, à tout prendre, les manifestations articulaires de la morve ne sont-elles pas des lésions de l'infection purulente vulgaire ? Les inoculations sur les animaux et l’étude des bacilles caractéristiques permettent seules de répondre négativement.

Dans le cas que nous venons de rapporter l’inoculation fut faite avec le pus provenant de l'articulation tibiotarsienne et on a vu que cette inoculation avait donné lieu, chez un âne, au phénomène caractérisque du jetage dès le septième jour, et que bientôt tout le cortège des symptômes ordinaires de la morve aiguë s'étaient rapidement succédés. Ce n’est pas ainsi certainement qu'agirait du pus provenant d’une arthrite métastatique de l'infection purulente.

La démonstration sera plus certaine encore lorsqu'on aura trouvé dans les jointures et surtout cultivé le micro. organisme de la morve. On sait que la démonstration est faite pour un certain nombre d’humeurs de l’économie et pour le liquide provenant d’un chancre morveux du cheval. MM. Bouchard, Charrin et Capitan ont pu repro-

duire la maladie typique avec sa forme aiguë chez le solipède, en prenant le microbe à la cinquième culture et en inoculant successivement cinq animaux d'espèces différentes. Israël, assistant de Virchow, est arrivé aux mêmes résultats en cultivant les nodules morveux du

poumon d’un cheval.

Jusqu'ici, à notre connaissance, cette culture des bacilles de la morve n’a pas été faite avec les produits recueillis chez l’homme et en particulier avec le liquide pris dans les articulations. Ce serait un supplément d'observation qui viendrait confirmer les expériences

dont nous venons de parler.

IL, — cHARBoN.

Existe-t-il des manifestations articulaires dans cette affection essentiellement infectieuse et dont la nature parasitaire est si nettement démontrée par les travaux de Davaine et de Pasteur? Elles doivent être évidemment très rares, aujourd’hui surtout que, grâce à des traitements tout à fait rationnels, on arrive à localiser l’infection. Aussi dans les observations récentes on ne signale pas, à notre connaissance, d’arthrite charbonneuse.

Chassaignac, dans son traité de la suppuration, rapporte une observation que nous résumons brièvement.

Oss. XII. Un homme de 34 ans, bien portant auparavant, contracte le charbon d'un mouton mort de cette maladie. Pustules multiples de l’avant-bras et de la main droite. Cautérisations au fer rouge plusieurs fois répétées. Empâtement et tension élastique qui se propagent les jours suivants à la partie latérale du tronc. Fièvre, endolorissement général des membres et principalement des jointures. Collections séreuses et douleurs rhumatoïdés courant d’une articulation à l’autre. Cou-de-pied, genoux, hanches et ainsi de suite. Nitrate de potasse à haute dose.

L'eschare se délachant, les plaies se cicatrisent, maïs le malade n'éprouve plus de douleurs dans les jointures jusqu'à la guérison.

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En Allemagne, Bollinger en a décrit quelques cas isolés. En somme, pour juger cette question il serait nécessaire d'apporter de nouvelles observations plus concluantes qué celle de Chassaignac; ce qui sera peut être difficile étant donnée l’innocuité relative que l’on est arrivé à produire.

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