DES ÉTATS INFECTIEUX
S 1. — Si l’on s’en rapportait à son étymologie, on pourrait dire que l’état infectieux (inficere, souiller) est dû à la contamination, la souillure de l’organisme par un principe spécial, venant du dehors, quelles que soient d’ailleurs l’origine et la nature de cet agent morbifique (Griesinger).
Mais lorsqu'on veut aller plus loin et limiter plus complètement que par cette définition très vague ce qu’on doit entendre par état infectieux, on se heurte à de très grandes difficultés ; c’est qu’en effet l'interprétation de ces faits a provoqué les discussions les plus ardentes de notre époque.
Nous n’avons pas à les rappeler ïeï : qu’il nous suffise de dire que,dans un certain nombre de cas, la nature de la maladie infectieuseetcontagieuse paraît bien d’origine vivante. Il est certain que l’aboutissant final de tous les systèmes relatifs aux maladies infectieuses serait l’existence, dans le corps d’un individu, atteint d’une maladie contagieuse, d'organismes inférieurs capables de reproduire chez un individu sain la même maladie.
La démonstration est loin d’être faite pour toutes les maladies contagieuses ; elle n’est même complète que pour un très petit nombre d’entre elles. Ainsi que le disait, ily a un an, M. Bouchard, dans sa leçon d'ouverture : « Le parasitisme est établi avec certitude pour quatre maladies de l’homme : le charbon, la morve, la tuberculose et la gangrène gazeuse ; de plus, la preuve est presque faite pour la blennorrhagie et l’érysipèle. » En admettant même que la pneumonie puisse être ajoutée à cetteliste, on voit que les
maladies démontrées nettement d’origine microbienne sont assez rares. Les progrès incessants de la bactériologie élargiront le cadre des maladies microbiennes, nous n’en doutons pas ; mais, actuellement, ce n’est pas seulement sur cette étude que nous pouvons nous appuyer pour limiter la série des maladies infectieuses, et il est nécessaire de rechercher d’autres analogies.
En somme, l’état infectieux semble être caractérisé par le conflit entre un organisme à l’état physiologique aux prises avec un élément étranger, le plus souvent vivant et organisé, et susceptible de se reproduire et de pulluler dans certaines conditions données, Getélément particulier a pu être isolé, cultivé et a servi même à reproduire la maladie primitive dans un certain nombre d’affections qui méritent d’être définitivement classées.
Aïlleurs des éléments spéciaux ont étédécouverts, mais ils ne sont pas suffisamment distincts, moins bien isolés et surtout ils manquent de cette grande démonstration exigée des maladies d’origine bactérienne, la reproduction de la maladie par le bacille isolé de tous les autres éléments.
Enfin, pour certaines affections qui se présententcependant avec tous les caractèreseliniques assignés aux précédentes, il n’a pas été possible jusqu'ici d'isoler ou même de reconnaître l'agent pathogène. Personne ne conteste, par exemple, que la syphilis ou la fièvre intermittente ne soient des maladies infectieuses, et cependant leur microbe spécifiqueest loin d’être démontré.
D’après ce qui précède, on voit que les états infectieux peuvent, au pôint de vue des connaissances bactériologiques, se diviser en trois catégories, {la première est certainement de beaucoup la moins nombreuse.
Pour réunir ces différentes catégories, il faut nécessairement tenir compte des conditions étiologiques et eliniques et, en particulier, du caractère très important qui leur estcommun, la contagionsoit directe, soit indirecte
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S 2: — Parmi les faits cliniques, un de ceux qui semblent favoriser l'union de tous les états infectieux, c’est précisément la formation de foyers secondaires, soit que la maladie protopathique n’oecupe qu’une région limitée de l’économie, soit qu’elle se généralise d'emblée, ce qui a lieu quand la Iymphe ou le sang sont l'habitat naturel de l'agent infectieux. L’accumulation et la multiplication de ces agents, dans une région circonscrite de l’économie, yprovoquent des modifications passives ou des phénomènes réactionnels qui caractérisent ces foyers secondaires (Bou chard).
Tous les organes et tous les tissus ne sont pas indifféremment les lieux où s'arrêtent et se multiplient chacune des espèces de microbes pathogènes et où se produisent les lésions deutéropathiques. Les membranes séreuses y sont plus prédisposées que les autres, aussi bien les séreuses plus ou moins complètes des articulations que les grandes séreuses splanchniques, péritoine, plèvre, méninges. Aussi a-t-on pu dire que « toutes les maladies infectieuses peuvent présenter parmi leurs manifestations contingentes des déterminations articulaires relevant de l'infection générale de l’économie » (Bourcy).
Ainsi formulée, cette conclusion est peut-être trop exelusive, du moins à l’heure actuelle ; cependant, étant donnés les grands progrès de la pathologie générale dans ces dernières années, on peut se demander si quelques états infectieux échapperont à cette loi générale.
Il est certain qu'il sera toujours nécessaire d'établir de grandes différences, suivant la fréquence relative des arthropathies. Certaines maladies infectieuses ont une prédisposition évidente à se porter versles articulations, on pourrait dire, transformant le mot de Trousseau, que la blennorrhagie, la morve aiment les articulations.
Il en est d’autres, au contraire, dans lesquelles les manifestations vers les jointures sont des exceptions très rares, telles sont par exemple la diphthérie, le choléra.
ner Entre les deux existe une série d’intermédiaires qui constituent une véritable échelle, avec progression décroissante, dont les échelons successifs seront occupés par la scarlatine, la pneunomie, l’érysipèle, etc.
Il ne suffit pas d’ailleurs qu’une arthrite survienne au cours d’une affection zymotique pour qu'elle soit nécessairement taxée d’infectieuse, nous aurons en effet à discuter, à propos du diagnostic, la grande question du rhumatisme et des rappels de diathèse dans le cours de maladies aiguës, et particulièrement de ce que l’on appelait autrefois les pyrexies.
À défaut d'examen bactériologique du liquide, pour qu'il y ait arthrite infectieuse, il faut que la manifestation articulaire se présente dans des conditions cliniques spéciales : qu’elle soit caractérisée par des localisations communes, par la tendance aux altérations profondes et à la suppuration, la marche de la température ; caractérisée enfin par l’existence concomitante d’altérations rénales, marquées par la présence de l’albumine dans les urines. C’est précisément ce que nous essayerons de montrer dans cette première partie, établissant pour ainsi dire un type d’arthrite infectieuse, tracé d’après les faits les mieux connus; nous aurons plus tard à rapprocher de ce modèle les arthropathies des différentes maladies et à voir par quels côtés elles présentent une ressemblance, un air de famille.
S 3. — ei se place tout de suite une question grosse de conséquences. Le rhumatisme articulaire aigu est-il une maladie infectieuse et à ce compte les arthrites rhumatismales ordinaires doivent-elles rentrer dans notre étude?
On sait que Klebs a décrit son monas rhumaticus et Hueter a édifié une théorie assez originale sur cette constatation. Son hypothèse peut se résumer ainsi : lorsqu'un individu est en sueur, ses orifices glandulaires dilatés rendent possible la pénétration des agents phlogogènes, des monades déposées à la surface de la peau. Ces monades
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perforent alors les parois des canalicules sudoripares, pénétrent dans les vaisseaux et vont finalement se déposer dans les articulations, les plèvres, l’endocarde. Là, elles se multiplient et engendrent des arthrites, des pleurésies, des endocardites.
Sans insister sur la théorie de Hueter, un certain nombre de pathologistes semblent admettre la conception de Klebs. « Les polyarthrites rhumatismales, dit M. Cornil dans la dernière édition de son livre sur les Bactéries, nous paraissent devoir être considérées comme l’expression d’une maladie générale infectieuse. Il s’agit, à n’en pas douter, d’une affection généralisée fébrile, dont les loalisations multiples siègent sur les séreuses articulaires, sur les grandes séreuses comme la plèvre, le péricarde, et sur l’endocarde. »
Quelque séduisante que soit cette opinion au point de vue de la pathologie générale, il ne nous semble pas possible de faire rentrer le rhumatisme articulaire aigu, franc, dans cette étude des arthrites infectieuses. En dehors de toute question de diathèse, d’hérédité, la physionomie clinique est très différente. Ici des altérations profondes qui mettent à mal la jointure ou l’économie tout entière, là des fluxions articulaires qui disparaissent sans laisser de trace et passent d’une articulation à l’autre en un instant. Ici des suppurations, des ankyloses, des luxations spontanées qui nécessitent des traitements chirurgicaux, là des altérations justiciables des agents médicaux. Devant étudier les arthrites infectieuses au pointde vue chirurgical, nous ne décrirons donc pas les polyarthrites rhumatismales.