V, — OREILLONS
La nature infectieuse des oreillons est aujourd’hui hors de doute, et nous ne ferons que citer pour mémoire les opinions de Franck, de Bergeron, et plus récemment de Gailhard et de Granier qui ont soutenu l'origine rhumatismale de l'affection. Depuis longtemps, du reste, leur caractère contagieux et épidémique les avait fait ranger parmi les maladies générales, spécifiques, au même titre que les fièvres éruptives ; lorsque Capitan et Charrin, en cultivant un microbe, sont venus prouver que cette classification était exacte.
Dans le sang, dans la salive de treize malades, et aussi dans les urines, ils ont trouvé des organismes toujours identiques sous forme de petits bâtonnets de 2 à 8 millièmes de millimètre de longueur, tous mobiles, dont des cultures ont pu être faites. Mais, étant donné qu'aucun animal n’est susceptible de contracter les oreillons, ils n’ont pas pu reproduire la maladie avec des liquides de culture, aussi n’ont-ils jamais affirmé qu’ils avaient trouvé le microbe spécifique des oreillons.
Dans le cours des oreillons, comme dans le cours de toute maladie infectieuse, on a observé la fréquence de diverses manifestations pathologiques, telles que orchites, stomatite, gonflement amygdalien, splénomégalie, albuminurie, affections des séreuses articulaires ou péri-articulaires.
Ces accidents articulaires avaient été signalés par Rilliet (Gaz. méd. de Paris, 1850). « Chez deux frères, l'oreillon a été rapidement suivi d’un rhumatisme aigu dont l’un d’eux avait déjà eu une atteinte grave quelques années auparavant. »
Bergeron, d’après d’'Heilly, a vu le gonflement de la bourse prérotulienne droite succéder à l'affection parotidienne. |
Gaïlhard (thèse de Montpellier, 1877) cite deux cas : le premier, d’un soldat de 21 ans, chez lequel il y eut en quelque sorte généralisation; parotidite double, orchite droite, épistaxis avec céphalalgie, arthralgies ; le second, chez un marin de 21 ans, qui, au déclin de ses oreillons, eut les articulations tibio-tarsiennes et radiocarpiennes prises.
Jourdan a signalé des accidents articulaires dans le courant d’une épidémie qui sévit sur le 28° bataillon de chasseurs : « Quatre de nos malades, vers la fin de l'oreillon, ont été pris de douleurs articulaires siégeant dans les épaules, les coudes, lés poignets, douleurs vives dont les malades demandaient à être débarrassés. Ces
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douleurs ne s’accompagnaient pas de gonflement et disparaïssaient au bout de cinq à huit jours. Chaumier, Glinereau citent des cas analogues.
E. Boisset publie, sous le titre de pseudo-rhumatisme ourlien à forme synoviale, l'observation d’un soldat qui, dans le cours d’oreillons à forme bénigne, vers le douzième jour, fut pris de douleurs vagues dans les épaules, les poignets, les genoux, qui, le lendemain, se localisent dans les gaines de l’extenseur commun des doigts, de l’extenseur propre de l’index, du long et du court extenseur du pouce de la main droite. Les gaines des fléchisseurs et jambiers postérieurs des deux côtés sont aussi envahies ; gonflement peu marqué, pas de rougeur; douleurs plus intenses la nuit, exaspérées par la pression et les mouvements. Pas de changement pendant huit jours, puis amélioration rapide, en trois Jours, et rechute quatre jours après ; nouvelle poussée des gaines, de plus hydarthrose du genou droit et de la gaine du long extenseur. Guérison en quinze jours.
Os. XIII. Le premier, soldat de 2{ ans, parotidite double, précédée d'une poussée d'érythème noueux qui reparut deux fois dans le courant de la maladie, douleurs articulaires dès le début dans les genoux et les cous de pied, qui vont en augmentant d'intensité pendant la période d’invasion, diminuant pendant la période d'état, pour augmenter à nouveau au moment du déclin, et persister après la disparition des oreillons. Pas de gonflement, ni rougeur, ni chaleur, guérison huit jours après celle des parotidites.
Le second malade, âgé de 17 ans, le huitième jour d’une parotidite double est pris d’une douleur épididymaire sans orchite vraie, et le lendemain, d'une douleur dans l'épaule droite, coïncidant avec une élévation de la température, 396, la hanche et le genou gauche; puis, quatre jours après, alors que les douleurs des autres articulations dominaient, d'une douleur dans le coude droit, qui est un peu gonflé sans rougeur; le gonflement augmente pendant deux jours, puis, guérison en huit jours.
Le troisième cas, chez un malade atteint aussi de parotidide double: huit jours après, en voie de guérison, douleur dans le pied gauche, gonflement ; le lendemain, dans le genou gauche puis dans le genou droit; cinq jours après, diminution et guérison rapide.
De Lapersonne, 8
Mais c’est surtout le Mémoire de Launoïs et de Lemoïne qui a bien établi l'existence d’un pseudo-rhumatisme ourlien. Ils ont publié trois exemples d'accidents articulaires.
En résumé, on peut dire qu’au même titre que les autres maladies infectieuses, les oreillons s’accompagnent parfois d'accidents des séreuses du mouvement. Ces manifestations sont sous l'influence directe de l’infection et produites au même titre que les oreillons eux-mêmes : elles surviennent dans le cours de la maladie, mais bien plus souvent à son déclin ; elles sont peu graves, à allures plutôt subaiguës, s’accompagnent parfois d’épanchement articulaire, plus souvent se limitent à de Ia douleur, sans rougeur ni chaleur. Elles procèdent parfois par poussées successives, et prolongent ainsi la durée de la maladie; mais n’ont jamais laissé après elles de lésions persis-
tantes.