DE GENÈVE
Messieurs et chers collègues,
Les arts graphiques, par leur nature particulière, qui les rend propres à la décoration et à la multiplication, sont en rapport direct ou indirect avec toutes les industries et tous les arts. Aussi Genève les a-t-elle vus de tout temps fleurir dans ses murs.
Très-anciennement nous y voyons établies des fabriques d'armes ornées de gravures. Plus tard, aux dixhuitième siècle ? la fabrication des montres occupe un grand nombre de graveurs décorateurs, et, comme chacun le sait, Rousseau fut graveur avant d'être philosophe.
La plupart de nos artistes distingués exercèrent cet art au début de leur carrière, et il nous suffira de citer Tôptfer père, Pradier, Chaponnière, MM. Hornung, Dortière, Deville, etc.
La gravure des médailles faisant partie des arts plastiques ne nous occupera pas, non plus que les médailleurs célèbres, tels que les Thiébaut, les Dassier et les Bovy: mais nous parlerons particulièrement de la gravure considérée comme moyen démultiplication.
Dans la première époque de la typographie genevoise il y avait des graveurs sur bois : c'était ordinairement les imprimeurs eux-mêmes qui embellissaient leurs livres d'initiales, de vignettes et de sujets. Bernard Salomon, entre autres, qui vivait vers 1 550, tantôt à Genève, tantôt
à Lyon, fut l'un des plus habiles. On le nommait le petit Bernard, à cause du petit format de ses planches. j
Le dix-septième et le dix-huitième siècle ont été ri- ' ches en graveurs genevois. Les portefeuilles des ama— ' teurs renferment un grand nombre de leurs estampes. On y remarque les gravures en taille-douce de Jean Simonin (1633)0 ; les vues de Chouet (1656), de Daudet (1669), de Jean Lacroix, de François Ferrière; les vues et les portraits de François Diodati (né en 1647), de Robert Gardelle(né en 1682); les ornements de Jean-Louis Durand (1673), et du serrurier Pierre Gignoux (né en 1678); les cartes géographiques et les vignettes sur bois d'Antoine Chopy (1750); les eaux-fortes de C. Steiner (1775); les reproductions des grands maîtres, par Michel Liotard (né en 1702, mort en 1796), frère du célèbre peintre au pastel; les estampes de Pierre Soubeyrati (né en 1709) et de l'architecte Bovey; les gravures d'après Wilter de Thomas Seguin ; le livre intitulé : Explication des médailles, par Jean Dassier (né en 1676, mort en 1763) et par son fils Jacob-Antoine (né en 1715, mort en 1759) représentant une suite de sujets tirés de l'histoire romaine, gravés par eux-mêmes et imprimés à Paris; les Plaisirs anglais, par T.-C. Portier (1787); et les vues de Genève, par C.-G. Geissler (1777).
Beaucoup de peintres genevois de cette époque manièrent, à côté du pinceau, la pointe et le burin. Les eaux-fortes de Jean Huber (né en 1721), homme d'esprit autant que peintre ingénieux , et celles du paysagiste distingué, Pierre-Louis de la Rive (né en 1753), jouissent d'une réputation méritée.
Saint-Ours, le peintre d'histoire ; Adam Tôpffer, dont
(«) Voyez sur ces artistes l'excellent ouvrage de M. J.-J. Rigaud, ancien syndic; J,es Beaux-Arts à Genève, t849,
vu
le pinceau est l'interprète spirituel et original des scènes et des sites champêtres ; Jacques Agasse, qui peint si bien les animaux ; Ami Arlaud, célèbre par ses gracieux portraits du beau sexe de Londres; Louis Bouvier, auteur d'un traité de peinture et du portrait de M,ne de Staël, qu'il peignit et grava lui-même; Henri FEvêque. peintre sur émail ; Antoine Linck, çélèbre peintre à la gouache, se sont tous également essayés à la gravure.
De nos jours, Ton préfère à la gravure sur cuivre la lithographie, cet autre art graphique qui offre tant de facilités et de ressources , et chacun connaît ces autographies spirituelles et pleines d'humour de Rodolphe Tûpffer qui jouissent d'une réputation européenne, et que Ton a souvent essayé d'imiter sans jamais atteindre à l'originalité et à la fraîcheur de l'auteur original.
L'Album de la Suisse romane , les Esquisses d'atelier, publiées par une réunion d'artistes, et un grand nombre d'autres publications, soit en feuilles, soit en recueils, contiennent de nombreuses planches dessinées nr pierre dans des manières et des genres différents, par presque tous les peintres genevois : MM. J. Coindet, Aimeras, Guigon, Muntzberger, Mmt* Goy, H. Mottu, Charles DuBois, H.-P. George, G. Castan, Fontanesie, S. Delapeine, L. Menuet, Humbert, Lugardon tils, traitent le paysage et les animaux ; MM. Hornung, d'Albert-Durade, Deville, E. Frégevise, Grosclaude, Langlois, Hébert, Elie Bovet, Abraham Bouvier, Gandon , font la ûgure; et MM. Dériaz , Aymonier . Blavignac traitent l'architecture et l'ornement.
M. Hornung a remarquablement imité en lithographie la vigueur des eaux-fortes ; MM. Diday, Calame et Guigon ont les premiers produit des dessins de paysage au lavis lithographique; M. Burdallet a excellé dans le dessin à la plume sur pierre, et M. Calame. sans se tenir aux geu-