Des assemblées représentatives. Par l'auteur des Considérations sur une année de l'histoire de France
Nous nous proposons de traiter une question qui occupe tous les esprits, qui n’a été ni ne sera peut-être résolue , et dont la solution intéresse le sort d’un empire. ,
Nous ne considérerons cependant pas cette question dans son application à tel ou tel , peuple , mais dans son principe général, et nous ne nous écarterons de cette règle que dans le dernier chapitre de cet çuvrage , qui contiendra l’application de nos idées à la première session de la chambre des députés de France. ’ ,
Cette forme de discussion moins spéciale , et qui peut convenir à tout peuple appelé à vivre sous le gouvernement représentatif, nous a paru propre à conserver
le calme que demande une discussion et l’impartialité { s’il y a lieu à impartialité ) que de grands intérêts commandent , à écarter les personnalités et à éviter d’être taxé d’esprit de parti par les hommes de parti.
Nous écrivons donc comme si nous nous trouvions dans la situation de Jlousseau et de Mably , et comme pour une nation qui aurait des lois à se donner et s’y préparerait par des observations sur les peuples voisins.
Ces rapprochements nécessaires nous conduiront par force à chercher souvent des comparaisons en France et des exemples en Angleterre. ' ' ! ' • ••/ "•
Comme nous écrivons pour Un peuple nouveau, 6n nous pardonnera peut-être plus facilement de présenter quelques by-’ po thèses nouvelles , c'est-à-dire qui ri’ont pas encore atteint une vieillesse de vingt- ^ cinq années; car, aux yeux de bien des gens, les idées de vieillesse et de stabilité ne remontent pas au-delà de ce terme. C'est cette période qu’on appelle le viétix temps ,
le long usage; c’est à elle qu’on ajuste tous les adages conservateurs des institutions antiques. L’an 1789 est le berceau du monde , et les idées préexistantes étant censées ensevelies dans le naufrage général , on les juge créées quand elles ne sont que rappelées (1). . > ■
Nous ne nous dissimulons donc pas que quelques unes de ces idées pourront paraître étranges ( notre vanité a fait étrange ou étranger synonyme de bizarre). De ce nombre seront peut-être celles que nous hasarderons sur la durée et la stabilité des corps électoraux , sur celle des assemblées représentatives , sur le lieu de leur séjour, etc. La précaution que nous prenons de les indiquer ici prouve assez à elle seule la timidité qu’on éprouve quand on représente aujourd’hui les vérités d’une génération devant une autre.
L’auteur qui en parle se présente donc la corde au cou , comme dans la république
(1) Paradoxe de la même famille et lié à la même cause que celui par lequel on prétendrait appeler un lloi légitime , au lieu de le rappeler.
de Zaleucus, et toutefois avec une condition plus dure, puisque là on était condamné pour une idée neuve, et qu’on l’est ici pour une idée vieillie.
Nous nous érigerons cependant le moins que nous pourrons en faiseurs de plans, et nous dirons plus souvent ce qui est mal que ce qui serait bien , et ce qui manque que ce qu’il faut faire. Il est des esprits positifs dans le détail qui n’approuveront pas cette réserve; car, par un sentiment naturel, on est enclin à blâmer celui qui défait sans refaire. L’homme a horreur du vide. Nous pourrions facilement les satisfaire aux dé-*pens de notre amour-propre ; appliquer , préciser , constater comme un autre , et nous laver , un volume à la main , du re*proche d’idéologie : mais , à conseiller et créer sans titre , il faut un grand talent ou une ridicule confiance. La critique , au corn
traire y est du ressort de tous ; il y suffit
d’un sens drôit , et , comme elle est aisée , on peut l’appliquer juste et l’exercer sans orgueil.
Ceci nous servira d’excuse auprès de ceux
qui , tout occupés de l’intérêt présent > prendront d’abord ce livre pour un ouvrage de circonstance , et , pleins de l’ardeur qu’on met aux choses du moment , se trouveraient désappointés en ne trouvant qu’un cadre étendu et des questions générales où ils cherchaient des faits , des noms , des plans et des narrations.
Nous leur proposerons doue un arrangement qui nous préservera , eux d’être trompés dans leur attente y et nous d’être blâmés dans notre entreprise 5 c’est qu’au lieu de regarder ceci comme ifn livre de circonstance où on les fatigue par des considérations générales , ils veulent bien le recevoir comnîe un livre de questions générales où on les intéresse par des applications de circonstance.
Nous dirons un mot du titre de cet Ou-
11 n’est peut-être pas d’un bon augure de commencer un livre français par une faute de français. Le titre de celui-ci. nous devons
l’avouer, ne nous parait pas grammaticalement exact. Un gouvernement représentatif se compose Rassemblées représentantes ou qui représentent mais des assemblées ne peuvent se dire représentatives que pour céder à l’usage et aussi à l’indigence de notre langue politique j chose surprenante en effet , et dont les inductions pourraient mener loin , que là où les idées ontététant discutées, les mots soient encore vagues et le terme propre manque à l’expression. On pourrait, dira-t-on , s’en tirer par le mot de parlements-, mais les parlements, dans l’acception moderne, impliquent l’ensemble de plusieurs pouvoirs dont nous nç voulons considérer qu'une partie , et nous ne prétendons l’employer qu’en parlant de la réunion de ces pouvoirs. On pourrait aussi faire usage du terme chambres , et ce dernier serait exact } mais , d’un autre côté, il serait pîiis local et moins générique que notre sujet ne le comporte. Ainsi , dans l’embarras du choix , nous avons cru devoir nous permettre une faute de grammaire plutôt qu’une faute de bon sens.
Nous -nous étions promis de développer dans un corollaire les principes énoncés dans nos Considérations sur une année de l Histoire de France. Nous avions fait , il faut l’avouer encore , comme ces gens qui prennent date et retiennent leurs places, et je ne sais quelle témérité d’espqjr, plus honorable à ceux qui l’inspiraient qu a notre propre jugement, noiisfit craindre quebeaucoup de bonnes choses ne vinssent à être faites avant que d etre dites. L’expérience eût du nous apprendre, et peut-être nous apprendrait-elle encore , qu’on dit longtemps les bonnes choses avant qu’elles se fassent et plus souvent sans qu’elles se fassent. - Dans lâ confiance que la carrière restera long-temps ouverte aux apôtres du bien public , ndiSfe atOns donc suspendu notre travail pour nous livrer à l’examen de quelques questions d’un intérêt plus prochain.
L’opinion des gens de bien , convergeant au même terme , semble s'être partagée sur les voies. Là où le but diffère, la discussion est sans motifs : la question est alors du bien au mal , du patriotisme à l’intérêt
personnel : le combat ne s’engage pas de si loin. Il y a vice d’une part , vertu de l’autre, conséquence partout ; la dispute est donc inutile. Mais là où de part et d’autre il y a foi et conscience, puisqu’on va au même but , si on diffère sur la route , il y a erreur^ quelque part : alors la discussion est utile et loyale ; il est juste de chercher à fixer ses idées , et on doit s’efforcer d’éclairer les autres ou soi-même.
Nous nous livrerons à cette discussion, peut-être sans talents, mais non sans conscience. Nous avouons que plusieurs choses s’y trouveront peut-être hors de leur juste saison, les événements marchant souvent plus vite que la plume. Quelques longueurs , quelques répétitions pourront encore s’y rencontrer : nous demandons grâce pour elles ; l’abstrait a besoin d’être présenté sous plus d’une forme; le vrai demande à être redit, et quand on discute un grand principe le même axiome sert à plus d’un raisonnement. ' -
Nous finirons par une légère esquisse du plan de cet Ouvrage.
Nous y examinerons d’abord en quels cas le système représentatif convient à une monarchie.
Nous traiterons ensuite des principes * qui doivent concourir à former la repré'sentation , et subsidiairement de ceux qui doivent la diriger.
Nous entrerons après dans l’examen des points les plus importants à considérer dans la marche de la représentation , et plus particulièrement dans celle d’une chambre des communes, tant en elle-même que dans
ses rapports à l’extérieur , tels que les in-
fluences qui agissent sur elle , les divisions qui la troublent, la force du grand nombre ou majorité , celle du petit nombre ou mi- 1 norité , l’opposition ; enfin , l’ambition dans les représentants.
Passant de-là à des considérations moins étendues , nous parlerons de l’initiative et de l’amendement , de la parole dans les assemblées; nous descendrons même jusqu a l’étiquette et aux formes qui méritent rang quelquefois parmi les questions importantes.
Enfin , pour résumer et appliquer nos idées, nous finirons par une notice des travaux de la chambre-basse dans la session de i8i5; et, afin de mettre en regard la règle et son application , nous ferons précéder cette notice d’un chapitre sur les devoirs et le but de la représentation.
Nous desirons que l’ordre de notre travail soit facilement conçu, et paraisse simple et régulier. Les lecteurs qui voudraient en prendre une idée plus complète , peuvent consulter la table analytique que nous avons placée à la fin : c’estNm résumé très concis , qui peut offrir à quelques uns d’eux le moyen de nous juger sans avoir la peine de nous lire.