AVANT-PROPOS
L'histoire des atrophies musculaires, envisagée d'une manière générale, semble toucher à la pathologie presque entière. Dans quel organe en effet ne trouvons-nous point d'éléments contractiles? et dans quelle maladie la fibre musculaire n'at-elle point à souffrir, sinon dans sa constitution intime, toutau moins dans son fonctionnement normal et régulier ?
Pour donner une description complète des atrophies musculaires, il faudrait donc parcourir une étendue considérable du cadre nosologique. Une pareille tâche serait au-dessus de nos forces et nous ne songeons pas à l'entreprendre; d'ailleurs, l'abondance des matériaux dont nous disposonsnedoitpas nous faire perdre de vue les grandes lignes du sujet. C'est surtout un travail d'ensemble que nous avons à présenter ici.
Nous commencerons donc par interroger la physiologie; nous lui demanderons quelles sont les conditions qui président à la nutrition du muscle à l'état sain. Nous passerons ensuite à l'étude des causes des atrophies musculaires et nous établirons une classification fondée sur l'étiologie, qui nous permettra de grouper les diverses espèces d'après leur origine. Ce n'est, en effet, que par la considération des rapports
généraux qui les unissent, qu'il nous paraît possible de rapprocher et de réunir un si grand nombre d'affections, différentes à la fois par la nature des lésions qui les caractérisent et par l'évolution des symptômes qu'elles présentent. Après avoir établi ce point de départ, nous aborderons l'anatomie pathologique, dans laquelle nous étudierons successivement les diverses formes que peut revêtir l'atrophie musculaire. Nous tracerons alors la description clinique des principales affections qui rentrent dans le cadre que nous venons d'adopter, et nous terminerons par un chapitre consacré aux indications thérapeutiques. Nous avons pensé qu'il ne serait pas inutile de joindre à ce travail, sous forme d'appendice, quelques réflexions sur la pathologie comparée.
Nous n'avons pas voulu grouper une série de monographies sous un titre unique ; c'est une question de nosographie que nous avons cherché à traiter, en profitant des données nouvelles de la science contemporaine. Au reste, quel que soit le jugement que l'on portera sur notre travail, nous croyons avoir indiqué aux observateurs à venir la voie dans laquelle il serait utile de diriger leurs recherches, les difficultés qu'il s'agit de vaincre, les lacunes qui restent à combler; et malgré toutes les imperfections que nous sommes le premier à reconnaître, nous avons l'espérance d'avoir tracé le programme de la question, tel que l'état actuel de nos connaissances nous permet de le concevoir aujourd'hui.