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INDICATIONS THÉRAPEUTIQUES

Le titre que nous donnons à cette dernière partie de notre travail indique suffisamment que nous ne voulons pas étudier tout le traitement des atrophies, mais seulement les indications qui résultent, au point de vue thérapeutique, des faits nombreux dont nous donnons le résumé.

Indépendamment de la médication générale tonique qui trouve là, comme dans tous les troubles de nutrition, ses indications précises, nous pouvons avoir recours à la médication révulsive.

Les vésicatoires peuvent produire de bons effets. Il en est de même de la cautérisation. Lorsqu'elle est bien faite, elle ne va pas jusqu'au muscle; cependant on ne saurait nier qu'elle ne puisse réveiller, même par propagation, l'innervation vasomotrice dans les tissus sous-cutanés.

La gymnastique paraît avoir été appliquée avec succès au traitement de certains cas particuliers ; mais il est difficile d'en préciser les indications.

L'électricité sous ses diverses formes est le moyen thérapeutique le plus efficace que l'on puisse appliquer aux atrophies musculaires.

Nous avons dit, dans les premières pages de notre thèse, à propos de la physiologie, que l'atrophie des muscles, après section des nerfs, pouvait être enrayée par une série d'excitations électriques, — en réveillant et soutenant l'irri-

tabilité non entièrement disparue dans le muscle atrophié : c'est un résultat expérimental dû à M. Brown-Séquard et qui vient à l'appui d'une remarque faite par M. Duclienne ; dans certains cas d'atrophie infantile, on a trouvé, au milieu de muscles presque entièrement gras, quelques fibres striées non altérées. M. Duclienne pense que, dans ces cas, l'excitation électrique, longtemps prolongée, peut amener, dans les noyaux des fibres saines, un travail de prolifération capable de régénérer en partie les muscles. S'il en est ainsi, l'état atrophique des muscles n'étant jamais absolu, on peut toujours espère)^ quelque résultat d'un traitement énergique et persévérant.

Jusqu'à ces derniers temps, les observateurs français qui avaient étudié les effets thérapeutiques de l'électricité s'étaient exclusivement occupés de l'action des courants interrompus. Depuis quelques années, les courants continus ont été employés avec succès en Allemagne : et sans partager l'enthousiasme deRemak et de ses successeurs, nous croyons que ce moyen mérite d'être sérieusement étudié.

Comme les courants d'induction et les courants continus agissent différemment sur les nerfs et sur les muscles, il serait utile de savoir quel est, du nerf ou du muscle, l'organe primitivement lésé.

Les courants d'induction agissent directement sur la fibre musculaire, et la font contracter pendant tout le temps de leur passage.

Les courants continus, au contraire, ne déterminent que d'assez faibles contractions, et seulement à l'instant où le courant s'établit et où il s'interrompt. Tandis que les courants d'induction agissent directement et localement, les courants continus ont une action plus générale, et sur la circulation qu'ils relèvent, et sur les nerfs qu'ils influencent d'une manière durable sur tout leur parcours.

Erb a démontré, par des expériences que nous avons citées plus haut, qu'après la section ou la compression d'un nerf, et pendant la période de réparation, les courants interrompus perdent leur influence sur le tissu musculaire, tandis que les

courants continus acquièrent une grande puissance. A mesure que le muscle revient à l'état normal, l'effet inverse se produit; les courants continus cessent d'agir, les courants interrompus reprennent leur influence habituelle.

De ces considérations, on peut facilement déduire dés indications générales relatives à l'emploi de l'électricité dans le traitement des atrophies musculaires.

l°Si la fibre musculaire a été primitivement atteinte, les courants d'induction auront une utilité incontestable.

Il en sera de même, et pour les mêmes raisons, dans les cas où l'atrophie musculaire est consécutive à l'inflammation des régions voisines.

2° Dans les cas où l'atrophie a poUr point de départ une lésion traumatique, ou l'impression du froid , l'emploi des courants d'induction peut rendre de grands services et s'opposer, tout au moins, aux progrès de l'atrophie.

De plus, dans le cas de lésion traumatique, lorsque la régénération du nerf est complète, les courants ont pour but de l'ébranler, de lui faire éprouver coup sur coup des changements moléculaires et de le rendre ainsi apte au passage de l'influx nerveux central.

3° Au contraire, dans les atrophies qui dépendent d'une altération nerveuse, sauf le cas précédent, comme la fibre musculaire n'est affectée qu'indirectement, il est à peu près inutile de chercher à réveiller la contractilité du muscle par l'électrisation localisée. Il vaut mieux agir directement sur les centres nerveux par les courants continus.

Ces courants exerçant une action non-seulement sur les nerfs moteurs, mais surtout sur le grand sympathique, peuvent par conséquent favoriser la nutrition des muscles (1).

Dans la paralysie infantile (2), dans les paralysies qui suc-

(1) Legros et Onimus, Recherches expérimentales sur la circulation (Journal d'anat. et de phys., 1869).

(2) Plusieurs cas dans lesquels la paralysie infantile a été guérie par les courants continus ont été récemment publiés en Amérique par divers auteurs. Consulte» à cet égard le Journal de psychiatrie de Hammond (1868- 1869).

cèdent aux maladies de longue durée, par épuisement, il est également plus logique d'employer les courants continus.

Lorsque l'altération nerveuse est trop avancée, il est évi-' dent que le traitement ne peut guère donner d'espoir.

Dans les paralysies rhumatismales, lorsque les courants d'induction n'amènent aucune contraction, il est préférable d'employer les courants continus , avec d'autant plus de raison que, dans ces cas, le nerf est primitivement altéré.

Enfin, lorsqu'il existe une contraction permanente des muscles, qui peut, à la longue, amener l'atrophie, comme les courants continus seuls peuvent faire cesser la contraction, ils devront seuls être employés.

En un mot, si la lésion musculaire est primitive, on doit se servir de courant d'induction et, au contraire, employer les courants continus dans les cas où le nerf est primitivement altéré.

APPENDICE (l)

L'atrophie musculaire est un accident qui s'observe fréquemment chez les animaux domestiques (2). Quelques lignes sur ses principales formes et les causes qui la produisent compléteront utilement le tableau que nous avons tracé des atrophies chez l'homme.

I. — On voit survenir l'atrophie à la suite de la contusion, de la distension, de la déchirure et de l'inflammation des nerfs.

A la suite d'une opération grave du pied ou d'une claudication prolongée, le membre soustrait à V appui s'atrophie; il en est de même à la suite des contractions, des ankyloses, de toutes les affections qui, pendant un temps plus ou moins long, immobilisent un membre; mais cette atrophie disparaît promptement lorsque les muscles immobilisés ont repris leurs mouvements.

II. — M. Goubaux (3) a noté l'atrophie dans les formes de paralysies suivantes :

Paralysie des lèvres, simple ou double. '

(1) Nous devons les principaux documents qui nous ont servi à rédiger ce chapitre à M. Trasbot^ chef de service à Alfort, notre collègue à la Société de biologie. Nous lui en exprimons ici tous nos remercîments.

(2) Verheyen : art. Atrophie, Dictionnaire de médecine el de chirurgie vétérinaires de MM. Bouley et Reynal. — Consultez aussi Falke, Die Principien der vergleichenden Pathologie und Thérapie der Haussilugethiere unddes Menschen. Erlangen, 1860. — Gleisberg, Lehrbuch der vergleichenden Pathologie. Leipzig, in-8, 1865.

(3) Recueil de médecine vétérinaire, 1850.

Paralysie des muscles de la mâchoire inférieure : l'animal reste constamment la bouche ouverte et ne peut prendre d'aliments, — écoulement de la salive, marasme et mort.

Paralysie de la fausse narine qui s'applique sur la cloison nasale et rend ainsi l'inspiration plus difficile, paralysie de l'oreille externe, de la langue (1).

III. — Les exemples d'atrophie des muscles après les lésions des nerfs sont nombreux dans la science : nous citerons seulement l'atrophie des muscles ilio- et trifémoro-rotuliens par lésion du nerf fémoral antérieur.

Dans un cas cité par M. Aubrion , il y avait atrophie presque complète des muscles antérieurs de la cuisse; à leur place, une énorme dépression de 10 centimètres de profondeur : cette atrophie si considérable guérit cependant.

Dans un cas (2) d'atrophie par lésion locale du nerf crural, observé par M. Rodet, l'atrophie semble résulter plutôt de l'infiltration de graisse entre les fibres que de la dégénérescence des fibres elles-mêmes. « Elles sont comme noyées dans du tissu adipeux. »

IV. Comme causes d'atrophie localisée, nous ferons observer qu'on a souvent noté un travail exagéré de certains muscles (travail du limonier sur un chemin en pente, traînant une trop lourde charrette), amenant l'atrophie de ces muscles.

Cette même lésion reconnaît encore pour causes toutes celles qui peuvent produire l'anémie, si fréquente chez nos animaux domestiques, et surtout chez le mouton; la fièvre hectique, les intoxications miasmatiques chroniques, etc.

V. — Les atrophies du cœur ont été souvent observées. — Dans un cas cité par Schmidt (3), l'atrophie était telle que la paroi d'un des ventricules était presque transparente (observ. sur un chien).

(1) lbid., 1863.

(2) Ann. de méd. vétérinaire, t. VIII.

(3) Répert, de méd. vétér. de Hering, 1863.

Il ne nous reste plus à parler maintenant que de deux formes particulières d'atrophie dans la maladie du coït et le cornage des chevaux,

Dans la maladie du coït, tous les auteurs ont signalé l'atrophie musculaire de la croupe. Elle n'apparaît que longtemps après le début de la maladie, plusieurs mois, un an et plus. Le plus souvent toute la masse musculaire de la croupe est également atrophiée; dans quelques cas, c'est surtout d'un côté que l'altération est prononcée.

C'est à l'atrophie des muscles dilatateurs de la glotte que l'on attribue le cornage chronique chez les chevaux. M. Goubaux a remarqué que l'atrophie des muscles du larynx se produisait constamment du côté gauche; il rend compte de cette particularité par la position différente du nerf récurrent gauche, lequel est exposé, plus que le nerf droit, aux compressions du collier (2). M. Colin a insisté sur le même fait; une question de priorité a même été soulevée à ce sujet entre M. Goubaux et M. Colin.

Ce fait est intéressant à rapprocher d'une observation de M. Potain, rapportée précédemment, et dans laquelle un anévrysme, en agissant par compression., avait également déterminé une atrophie hémilatérale des muscles du larynx.

Il est remarquable que dans cette observation, comme dans le cornage des chevaux, l'atropine atteint la moitié seulement du petit muscle aryténoïdien.

Au point de vue de l'anatomie pathologique, l'atrophie musculaire présente chez les animaux les mêmes caractères que chez l'homme : c'est surtout la dégénérescence granulograisseuse qui prédomine.

Dans la maladie du coït, la plupart des auteurs ont signalé une atrophie spéciale des muscles, qui sont ramollis et infiltrés d'une matière gélatineuse.

En résumé, les causes de l'atrophie musculaire et les lésions qui les caractérisent sont à peu près les mêmes chez les animaux domestiques que chez l'homme.

(1) Gazette médicale, 1853, p. 432.

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