‹ Des Automutilations Chez Les AliénésChapitre 26 sur 54 · OBSERVATION XIV · texte numérisé non relu

OBSERVATION XIV

(Dr VALLON) (1)

Le nommé B.., est atteint de paralysie générale à la dernière période. Complètement gâteux, il ne quitte plus le lit. Un soir vers huit heures, on s’aperçoit que sa lèvre inférieure est prise et fortement serrée entre les arcades dentaires. L’interne de garde arrive, à l’aide du manche d’une cuiller il écarte les mâchoires et dégage la lèvre, celle-ci est très tuméfiée, violacée, noiïrâtre par places. Que s’était-il passé ? Ce malade, qui les jours précédents faisait des mouvements continuels de succion, était arrivé par une succion plus énergique à faire passer sa lèvre inférieure entre les arcades dentaires et, en continuant les mèmes mouvements, à produire dans la partie un afflux abondant de sang et par suite un gonflement considérable. La grande richesse vasculaire de la lèvre inférieure explique et le degré de tuméfaction et sa rapidité. L'introduction de la lèvre entre les arcades dentaires avait du reste été favorisée par un léger degré de prognatisme supérieur, la mâchoire supérieure avançant sur la mâchoire inférieure, laissant un certain espace libre entre la face postérieure de Parcade dentaire supérieure et la face inférieure de l’arcade den-,

(1) Archives de neurologie 1893.

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taire inférieure. La succion continuant et par suite, la tuméfaction augmentant, li lèvre inférieure s'était trouvée bientôt comprimée entre les parties dures environnantes la circulation avait fini par s’arrêter.et la gangrène s'était produite. La compression avait dû être énergique, car s'il en avait été autrement, du moment où la lèvre a été dégagée, la circulation se serait bien vite rétablie dans une région aussi riche en vaisseaux que la lèvre.

Les suitesde l'accident furent simples : en peu de tempsil s'établit autour de la partie gangrenée un sillon d’élimination et huit jours après la plus grande partie de la lèvre intérieure pouvait être détachée d’une pièce.

D’où viennent ces automutilations ? On sait que d’après, M. Ribot (1) « les bases physiques de la mèmoire, dela conservation et delareproduction des souvenirs sont 1° une certaine modification des éléments nerveux (cellules, fibres), 2° la formation entre eux d'associations déterminées pour chaque évènement particulier, l’établissement de certaines associations dynamiques, qui par la répétition, deviennent aussi stables que les conditions anatomiques primitives... Par des groupements, les combinaisons les plus nombreuses et les plus complexes peuvent naïtre d’un petit nombre d'éléments. »

« Il est extrêmement vraisemblable, ajoute-t-1l, que les souvenirs occupent le même siège anatomique, que les impressions primitives et qu’ils exigent l’activite des mêmes éléments nerveux. »

Or dans la paralysie générale, on constate que les

(1). Ribot. Maladies de la mémoire.

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