‹ Des Automutilations Chez Les AliénésChapitre 41 sur 54 · OBSERVATION XXIV · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXIV

(Personnelle)

M..., 23 ans, célibataire, domestique, est atteint de débilité mentale avec idées contuses de persécution, tendances impulsives très marquées.

Antécédents héréditaires. — Père débile, bizarre dans ses manières, d’une nervosité extrême, un oncle a été aliéné et un deses frères quoique n'ayant pas été interné jusqu’à ce jour, est excessivement bizarre, violent.

Antécédents personnels. — Variole, fièvre typhoïde. De tout temps très irritable, la moindre contradiction l’excite, provoque une réaction violente et prolongée. Réformé au régiment « parce qu'il n'avait pas la tête solide ». Au dehors, à la suite d’une discussion avec l’un de ses voisins, fut accusé d’avoir mis le feu à une grange (l'incendie avait éclaté le soir même de la discussion), mais la preuve n'ayant pu être faite, fut relâché. Une autre fois avait tenté de tuer une jeune fille qui ne voulait pas l'écouter. Ces échecs successifs l’avaient irrité, il cherche à se venger des injures dont il se croit l’objet : « Il a acheté, dit-il, un revolver pour tuer cette jeune fille qui ne voulait pas de lui; il voulait se marier et elle lui avait fait de fausses promesses. C’est ainsi qu’elle l'avait menacé de lui jeter de l’eau pendant la nuit quand il serait couché. »

Il avait tenté de se faire moïne, avait été à Bonnecombe où on n'avait pas voulu de lui. À l'asile se montre excessivement bizarre, facilement obsédé et impulsif. Un mot, une menace, une contrariété, tournent en obsession et se dénouent par une impulsion quelquefois inoffensive, le plus souvent violente. Tendances au suicide et à l’homicide; on est parfois obligé de le surveiller étroitement pour

MR

l’'empècher de se tuer. Il lui est arrivé de dire : « Puisqu’on

- ne veut pas lui donner la liberté, il fera un malheur, il

tuera un malade où un gardien », et un jour, subitement, il se lance sur un malade et le frappe avec la dernière violence. Ce ne fut pas d’ailleurs sa seule tentative. Souvent il se dispute avec les autres malades et pour les motifs les plus futiles se bat avec la dernière fureur. Quand il a le dessous, ou qu’on l’arrête dans l’explosion de sa colère, il n’est pas rare de le voir se mutiler. Un jour, à la suite d’une de ces querelles, il s’est jeté la tête la première dans une croisée, brisant un certain nombre de carreaux et se mettant le visage en sang. Plusieurs blessures consécutives. D’autres fois, quard on le contrarie, il s’obsède facilement, passe trois, quatre, cinq jours, dans le mutisme le plus obstiné, refuse de manger, simule toutes sortes de maux et il en arrive même à se mutiler. Un jour, au cours d’une de ces périodes de mutisme obstiné, il a été surpris se frottant avec force le bras, dépourvu de tout vêtement, contre le mur, de là deux plaies assez étendues. Un autre jour est demeuré cinq heures à genoux, un livre en main. On dut le faire lever peur mettre un terme à cette façon de mutilation.

B). — Æxemple de délire chez une déséquilibrée, pouvant conduire à Pautomutilation.

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