RAPPORT
faire aux hommes, quelque manière de se rendre soi-même meiU leur en les rendant plus heureux.
« A ce titre , l'attention de l'Académie a dû se porter, cette année, sur un ouvrage récent, consacré à une classe de malheureux que la nature elle-même a faite au milieu de la société , et dont la charité ne peut qu'adoucir le sort, sans le changer jamais, les ayeugles-nés. Attaché depuis vmgt ans à l'instruction de quelques-uns d'entre eux , dans un établissement public , l'auteur de ce livre, M. Dufau, a étendu son intérêt sur tous. Il a calculé leur nombre en France, et l'hisuffisance des asiles qui leur sont ouverts. Assidu témoin de leurs inclinations, de leurs études, de leurs progrès, il a décomposé le travail de leur intelligence ; et , dans l'absence même de l'organe qui leur manque, il a vu briller d'une plus vive lumière l'action libre et intérieure de la pensée.
« Un écrivain célèbre avait dit, dans le dernier siècle, que la morale dépend tout entière des sens, qu'elle change avec l'organisation physique , et qu'un aveugle-né , par exemple , est îiaturellement cruel, parce qu'il ne voit pas le sang couler. Le nouvel observateur, m repoussant cette étrange théorie, défend et les droits de l'infortune, et la dignité même de la nature humaine.
« Si l'âme, tout ensemble noble captive et maîtresse impérieuse du corps, ne peut se passer de tous les sens à la fois pour agir an dehors, du moins elle peut les remplacer l'un par l'autre, leur apprendre à faire ce qui n'est pas leur ouvrage naturel , et montrer d'autant mieux , par l'instrument imparfait qui exécute , la sublime essence qui dirige ; à peu près comme la supériorité d'un grand chef, apparaît dans la médiocrité même des serviteurs qu'il emploie et qui suffisent à son génie*
« Ainsi l'aveugle voit les objets par le toucher, mesure l'espace par le son, comprend la lumière par la pensée. Tel fut ce célèbre mathématicien, aveugle de naissance, Saunderson, qui, dans des eçons publiquesi expliquait roptic^ue de Newton ^ comme Arago
A L'ÀCÀDÉUIB FRANÇAISE. m
]à oom|déteriit, et, du Ibni de tes ténèbres, analysait la lumière devant cepi qsi la YByaièiit pour l«L
• La première partie de fEêmi 9Uf les à»eu§le$, de M. Doiia, peut de?eiiir ne lefen de aplrititaihme , dHkatant pltu per-» aaaii?e (jn'eie n'en pas eherehée, ijfa'eUe est involontaire, et qu'elle sort de Toliaervation même. BientAt à ees principes, qa*on peut tirer de son ontrage , tiennent se rénnir en (onie les expé« rienees ingéniense» et les conseils d'dtilité pratiqDe. La féritairie nonveanté de ce livre, e'est qoe Pantenr, en perfectionnant l*édtt« cation spéciale des aveugles-nés, c'est-à-dire l'art de substituer nn sens à l'autre, veut en même temps leur donner , dans une proportkin habile , Féducation eommune , de telle sorte qne ces hommes soient rendus à la société en même temps qu'ils sont secourus par elle, et que, dans les sciences, dans les arts, les métiers , ils poissttit devMiir tous hborieoi et utiles , comme quel-* quee-Hins ont été grands et sublimes. Yoilk ee que l'auteur expose tour^à-toor par des inductions ou desexemptes» Ici, l'avecq^ ioitruit est professeur habile ; là , par la subtilité d'un toucher plus inflitigabte et plni déljcat que la vue, il fabrique des ouvrages d'horii^erié. Ce sont des prodiges , dites-vous. Oui sans doute ; mais, sur un nombre annud de quarante mille aveugles-nés, qu'a supputé Tauteur (1) , il y a (dace pour les exceptions et les prodiges. £t il est beaucoup d'autres industries que tous pourraient apprendre , et qQÎ leur permettrai^t pliu tard de vivre dans b société qui senlement les aurait élevés.
« Pour attendre ce but, l'auteur prtqpose de multii^ier dans les départemens, et d'après un système sagement gradué, les institutions d'aveug^-nés, qui n'existent encore que dans deux villes du royaume. Aux détails précis qu'il donne , au résultat
(1) Celte évaluation devait être trop élevée , comme le lecteur le verra d*aprèa des donoéet établie^ dans la troUièmepartte^