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DU CHOIX DE LA PLAGE

DE LA NÉCESSITÉ DE CHOISIR LA PLAGE QUE l'ON DESTINE AUX ENFANTS. — CONDITIONS PHYSIQUES QUE DOIT REMPLIR CETTE PLAGE. — DANGERS QUE PRESENTENT CERTAINES PLAGES DE LA MANCHE. — LES PLAGES DESTINEES A l'eN- FANCE DOIVENT ÊTRE EXCLUSIVEMENT SABLONNEUSE*!. — TOUTES LES PLAGES CONVIENNENT AUX ENFANTS BIEN POR- TANTS.^ — IL n'en est pas ainsi lorsque les enfants sont

MALADES. — AVANTAGES QU'OFFRENT, DANS CE CAS, LES PLAGES TEMPÉRÉES SUR LES PLAGES DU NORD. — PLAGE DE LA TREMBLADE. — FORÊT DE PINS. — DUNES. — MARAIS SALANTS.. — VIVIERS ET PARCS A HUITRES. — IHJITRES VERTES.

TiOrsque Ton conduit des enfants aux bains de mer pour les fortifier ou pour les guérir, le choix de la plage mérite la plus grave, la plus sérieuse attention ; c'est à peine cependant si les auteurs ont consacre quelques lignes à un sujet aussi important. H. Russel a dit avec beaucoup de raison que lorsque

— 1B2 — l'on emploie la médication maritime dana l'enfance, St ne s'agit pas do guérir mais de retaire et créer. ToUe est, en effet, la puissance de cette médication qu'elle refait la nature, a Vivre à la terre, c'est un tt repos; vivre à la mer, c'est un combat, un combat tt vivifiant pour.qui peut le supporter [1). ■ Mais pour atteindre ce but il faut nécessairement que la plage choisie renferme les éléments de cette viviflcation. Le souffle de la mer, en effet, n'est pas le même partout, il est essentiellement différent sur les câtes de l'extrémo nord de la France etsur celles du goKe de Gascogne.

La géographie physique et la géographie médicale fournissent pour le choix des plages une infinité de données que le médecin doit toujours prendre en considération. Au point de vue do la géographie physique, une plage que l'on destine aux enfants doit être sûre, commode, peu profonde ; c'est-àdire qu'elle doit être exempte de tous les dangers qui dépendent de la configuration de la côte ou de sa topographie proprement dite. Lorsque nous confions à la mer des êtres qui nous sont chers, nous ne devons, en effet, jamais oublier ce mot de Shakspeare : « Perfide comme l'onde, »

La première condition que doit remplir une plago destinée à l'enfance est donc la sûreté; il faut pour cela que cette plage soit exclusivement sablonneuse. Des rochers sur lesquels les flots viennent se briser

(1) Miclielet. LaMei, p. 351.

en écumant offrent sans aucun doute un beau, un magnifique spectacle, mais la surface glissante de ces rochers, les fissures qui existent entre eux exposent les enfants à des chutes graves. Sur de telles plages d'ailleurs la mer est presque toujours houleuse ; les petits baigneurs ne peuvent ni se promener sur la côte ni jouer dans les flots sans être Tobjet d'une surveillance incessante ou sans donner lieu à des inquiétudes continuelles. Sur les plages sablonneuses au contraire, le terrain est régulier, la mer tranquille et peu profonde. Les enfants y trouvent donc beaucoup moins d'éléments de danger ; mais encore faut-il que ces plages soient parfaitement unies.

• Le docteur Bertillon, qui s'est livré dans V Union Médicale à une excellente étude sur les dangers qu'offrent les diverses plages de la Manche, classifie ainsi les plages maritimes de cette partie du littoral de la France : 1° Plages à galets ; 2° Plages mixtes; 3^ Plages de sable.

« 1** Plages à galets, — La forme et la nature des a plages, dit ce praticien, sont cause de certains a accidents particuliers à chaque plage. Ainsi, tout « le département de la Seine-Inférieure présente un a littoral bordé de galets arrachés à la falaise, puis a roulés l'un sur l'autre et arrondis par l'effet des « flots et des siècles Ce galet forme une pente race pide sur laquelle la vague vient se briser avec un a long fracas. Cette pente assure au nageur, tout a près de la rive, une profondeur d'eau suffisante ;

— 194 ^ a le baigneur y entre presque subitement. Mais à « côté de ces avantages, ces côtes excluaivement ' à galets présentent des inconvénients assez B graves. Los personnes qui ne savent pas nager se a tiennent difDcilement sur une grève inclinée ,

■ pavée de galets mobiles que le flot pousse, roule, a entraîne et ramène incessamment ; pour cela, le a bain devient impossible dhs que la mer est un a peu forte

a 5° Plages mixtes. — C'est ce que l'on rencontre » à Dieppe, au Tréport, à Saint- Val éry-en-Caux. a Cette réunion de la pente rapide du galet suivie a de la pente plus douce du sable, constitue certai-

■ nement un des mélanges les plus heureux. Labor* B dure de galets, si dure, si douloureuse pour les « pieds nus, a cet avantage, d'ofErir au baigneur, à a la haute mer, autant d'eau qu'il peut en désirer, u Mais la mor cst-cllc agitée? le buin est dangereux a tant que la mer liai le galet : il peut être mortel. a La station verticale devient impossible, car, tandis B que le flot qui arrive pousse brusquement le haut a du corps vers le rivage, la vague précédente, en ose retirant, fait rouler sous les pas, en sens a inverse, le sol inêgnl, dur et mobile, sur lequel a les pieds blessés cherchent un appui. Dans quel- « ques localités ce sonL partout des rochers qui rendent îe bain périlleux-

a 3° Plages de sable. — Ces plages sont niagni- B fiques ; formées d'un sable fin, doux et moelloiix a comme un (apis, sur lequel on se sent pris d'un

« irrésistible désir de marcher nu-pieds. Mais elles « présentent parfois un danger menaçant pour les a personnes qui ne savent pas nager. Ce^ vastes « plaines de sable, qui semblent si unies à la marée « basse, présentent cependant des ondulations qui, « quoique peu. sensibles à la vue, constituent des a bancs dont les différences de niveau sont encore <i assez notables pour amener les plus douloureux « accidents. Un baigneur va à la mer à la marée a montante ; il s'avance hardiment sur cette douce « plage, franchit, sans même s'en apercevoir, ces a légères ondulations, jusqu'à, ce qu'il ait trouvé a l'eau à la hauteur convenable ; il prend son bain, <c nage, se joue avec les flots, il a pied, il est sans « inquiétude. Le bain pris, il se retourne, il se dU a rige vers le rivage ; mais, ô terreur î plus il a avance, plus l'eau monte, ou plutôt c'est le col oc qui s'abaisse sous ses pieds ; il a déjà de l'eau a jusqu'à la bouche, et le sol s'abaisse toujours! a C'est que, sans s'en apercevoir, il a pris son bain (c sur un banc de sab/e, légère saillie qu'il n'avait « pas seulement remarquée à la mer basse, et qui a va causer sa perte, car le voilà entouré : il faut a qu'il perde pied pour revenir à bord ; s'il ne sait « pas nager, si la mer est forte, s'il a avec lui des « femmes ou des enfants, qu'on juge de sa pera plexité, de son effroi !

a C'est à un accident de cet ordre qu'il faut attria buer la terrible catastrophe de Trouville, en 1 86 1 , a qui s'est terminée par la mort de trois personnes.

« Cinq baigneuses se sont trouvées prises par la « marée montante, sur un banc voisin , et n'ayant a plus pied pour revenir au rivage. A leurs cris de « détresse, les guides baigneurs, les pères et ks « maris de ces dames se précipitent à leur secours, a Deux guides baigneurs et un père, qui venait de « sauver sa fille, ont été submergés par Ténergie « des vagues (1). »

Cette énumération des dangers que les baigneurs courent sur les plages de la Manche, faite par un praticien aussi impartial et aussi compétent que le docteur Bcrtillon, permet de comprendre combien ces plages, envisagées seulement sons le rapport topographi(iuo, conviennent peu aux enfants.

Pour qu'une plage soit sûre^ commode^ elle doit n'avoir ni roclicrs, ni galets qui puissent faire tom- ])er les petits baigneurs : elle doit être exclusive^ monl sablonneuse ; il faut do plus qu'elle ne présente pas la moindre ondulation. Certaines plages océaniques très-larges, très-plates, réunissent toutes ces conditions; elles ont, en outre, un mérite qu'apprécieront vivement les pères et les mères de famille. D'après le tableau que j'ai donné, d'après les principes que j'ai posés, la mer monte beaucoup moins rapidement et s'élève beaucoup moins sur ces plages que sur les côtes de la Manche ; les enfants ne peuvent donc jamais être surpris par la. marée montante. D'un autre côté, les vagues rou-

(1) Union médicale, Juillet el Août 1862.

lant doucement sur le sable fortement échauffé par le soleil, T^au acquiert une température plus élevée qui convient parfaitement aux enfants débiles.

Si nous examinons maintenant les différents points de notre littoral, sous le rapport de la géographie médicale, nous verrons que, même sous ce rapport, les plages océaniques conviennent souvent encore mieux aux enfants que les plages de la Manche. Afin que l'on ne donne pas à ma pensée une extension qu'elle est loin d'avoir, je me hâte de dire que toutes les plages, quelles qu'elles soient^ conviennent aux enfants bien portants. Habitués à l'atmosphère impure des villes ou à l'atmosphère humide du centre de la France, ces petits baigneurs se trouveront toujours bien d'un séjour momentané sur les bords de la mer, quelle que soit d'ailleurs la côte que Von aura choisie pour eux. Mais lorsqu'il s'agit d'enfants faibles ou d'enfants malades, il n'en saurait plus être ainsi ; on doit apporter au choix de la plage l'attention que Ton apporte habituellement au choix d'une station thermale. A certains enfants, en effet, les plages du Nord conviennent, à d'autres les plages méridionales, à d'autres enfin les plages tempérées. Dans une semblable question, le médecin seul peut et doit être juge.

Je ne reviendrai pas sur les avantages que les plages tempérées présentent, dans un grand nombre de cas, sur les plages du Nord. Après les faits que j'ai cités, après les observations que j'ai rapportées, le praticien comprendra sans peine qu'il

trouvera, dans un climat sec et chaud, des agents hygiéniques précieux, qui lui feront toujours défaut dans un climat froid et humide. Il est évident que les enfants débilités par la maladie ou la croissance, ou qui sont atteints d'une affection chronique des muqueuses, supporteront beaucoup mieux des bains de mer sur une plage tempérée, où la réaction sera toujours facile, que sur une plage froide, où la réaction sera lente et où ils resteront glacés, grelottants en sortant de Teau. Je me rappellerai toujours que revenant, il y a quelques années, vers.lafîn du mois de septembre, de visiter la Hollande, je m'arlôtal à Ostende. Malgré le temps froid et brumeux, beaucoup de personnes prenaient des bains. La marée n'était pas très-haute à ce moment, et je me promenais sur la plage. Je voyais des femmes et des enfants en grand nombre, parmi les baigneurs, sortit* de Teau, pâles, frissonnants, et se hâter de regagner leurs cabanes qui étaient un peu éloignées. Des bains de mer pris dans de telles conditions et sans soleil, pouvaient-il produire d'heureux effets sur des femmes débiles et sur de jeunes enfants ? Je ne le pense pas. Si de semblables bains conviennent à un certain nombre de personnes, à cause de la réaction qu'ils occasionnent et de la tonicité qu'ils donnent, ils ne sauraient convenir aux organisations faibles auxquelles il faut toujours les modificateurs hygiéniques dont je parlais tout à l'heure, et qui sont l'air, la chaleur et la lumière. Groit*on qu'un enfant faible ou un enfant atteint

de bronchite chronique, qui prendra des bains sur le galet froid de Dieppe ou du Tréport, pourra retirer de ces bains le même effet que s'il les prenait sur une plage tempérée de TOcéan, là où l'eau se réchauffe doucement sur le sable ? Dans les premiers cas, il sera obligé de mettre son manteau et de fuir la côte dès qu'il fera du vent ; dans le second, il sera légèrement vêtu, vivra continuellement sur la plage et parcourra , quelque temps qu'il fasse, les bois de pins dont les senteurs balsamiques sont si salutaires dans le jeune âge. N'est-il pas évident que dans ces deux circonstances la peau et la muqueuse bronchique des enfants éprouveront des modifications essentiellement différentes ?

La iDiage de La Tremblade, plage agreste s'il en fut, puisqu'elle se trouve au milieu des dunes, réunit toutes les conditions de sûreté que je viens d'énumérer. Sur l'Océan même, en face de Tîle d'Oléron, exclusivement sablonneuse, elle ne présente aucune irrégularité, aucune ondulation. D'un autre côté, située entre le 45® et le 47® degré de latitude, elle se trouve dans un climat essentiellement tempéré et n'a ni les inconvénients des froids trop vifs du nord, ni ceux des chaleurs accablantes du midi.

Par son étendue, par sa beauté , par la sûreté rare qu'elle présente, cette place convient aux enfants. Grâce à la forêt de pins qui l'abrite, en partie, des vents d'ouest, et qui mêle son arôme salutaire à la brise de l'Océan, elle réunit tout ce que

la mère la plus craintive, fout ce que le médecin le plus exigeant peuvent désirer sous le rapport do l'agrément, de l'hygièno et de la salubrité.

Elle a la forme d'une demi- circonférence de plusieura kilomctrea de développement ; le coup d'œil dont on y jouit est de toute beauté. En face, à l'extrémité sud de l'îlo d'Oléron, apparaît comme une ligne blanche le charmant village de Saint-Trojan, pittoresquement encadré dans un bois de sapins, dont le pied semble baigner dans la mer. On aperçoit à droite la ciladelle du ch&teau d'Otéron,et dans le lointain, tout à fait en pleine mer, le fort du Ghapus, le fort Boyard et les remparts de l'île d'Aix- A gauche, à huit kilomètres à peu près, on voit les vagues écumeuses du pertuia de Maumus- Bon, et plus loin, tout à fait à l'horizon, les voiles blanches et la fumée des navires qui sillonnent cette partie ai fréquentée de l'Océan.

La mer découvre beaucoup (5 à 700 mètres^ sur celte plage immense , largement ouverte sur l'Océan et bordée en arrière par un double ou un triple rang de dunes. Je n'ai pas besoin de faire ressortir l'importance de cette disposition topographique qui permet aux enfants de vivre, pour ainsi dire, sur la plage et de prendre leur bain dans une r presque tiède, de courir dans l'eaù, d'essayer à nager sans qu'il existe pour eux l'ombre même d'un danger.

La quantité énoi-me de sel que produit la saline La Tromblado prouve, d'une manière péremp-

toire, le degré de salure que possède Teau de la plage, qui se trouve à une grande distance de tout cours d'eau douce. La stimulation que cette eau si fortement salée produit sur la peau des enfants, diffère beaucoup de celle que produit Teau considérable^ ment mitigée de certaines stations maritimes qui se trouvent à Tembouchure de fleuves ou de rivières considérables. Quelques-unes de ces stations balnéaires, comme Ta dit fort spirituellement et fort judicieusement le D' Jacques, ne sont même que des établissements intermédiaires entre les établissements maritimes et les bains de rivière.

Il existe peu de localités situées sur les bords de rOcéan, à proximité du centre de la France, qui réunissent d'aussi bonnes conditions hygiéniques et climatériques que la plage de La Tremblade. Le clamât de cette plage, en effet, est semblable à celui de l'île d*01éron, a plus doux et moins varia- « ble que dans Tintérieur du département, en rai- « son du voisinage de la mer qui tend à élever la « température et à la rendre plus uniforme. »

L'élévation de la température du sable qui forme les dunes et la plage de La Tremblade est un fait très-important aux yeux du médecin par les ressources qu'il lui offre dans la thérapeutique des maladies du jeune âge. En effet, en courant sur ce sable qui est couvert de fleurs odorantes et qui stimule la peau par les principes salins don^t il est chargé, en gravissant et en descendant les dunes dans lesquelles ils entrent quelquefois jusqu'à mi-

jambes, les enfants prennent, sans y penser, des bains de sable, qui ne leur sont pas moins salutaires que les bains de mer (1).

a On trouve sur ces dunes des productions de « pays beaucoup plus chauds que les régions envi- « Tonnantes, comme les cystes et la bruyère arbo- « rescente. »

Ce terrain sablonneux, si chaud, si salubre en même temps, n'a pas moins de 40 kilomètres de longueur ; sa largeur est souvent de 6^12 kilomètres. Je le demande h tous les médecins et surtout à tous les médecins hygiénistes : y a-t-il, à proximité du centre de la France et sur le bord même de rOcéan, une seule autre masse de sable dont le volume soit comparable à celui des dunes d'Arvert et de La Tremblade, et dont la température clima*térique soit relativement aussi élevée, aussi remarquable ?

On ne trouvera pas, sur cette plage, les distrac*

(1) Le docteur Gaudet, que j*ai si souvent cité, regrette vivement que ces bains ne puissent pas ôtre employés sur les côtes de la Normandie h cause du peu d'élévation de la tem^ pérature, et il pense qu'il serait possible de tirer un parti fort utile du sable de mer chauffé artificiellement. Le sable de la plage et des dunes de La Tremblade est tellement chaud, tellement brûlant, qu'il est éminemment propre à cet usage. J'en ai retiré d'excellents effets dans des cas d'engorgements scrofuleux ou de rhumatismes chroniques. Le sel et les principes ioâés que contient le sable de mer rendent ces bains très- excitants et très-utiles dans la thérapeutique des mala« dies de Teniànce.

tions sans cesse renouvelées que Ton trouve dans les ports de mer. On n'assistera pas, matin et soir, au départ, à l'arrivée des bateaux de pêche, des paquebots à vapeur. On n'y aura pas, comme sur les côtes de Bretagne ou de Normandie, le spectacle d'une mer écumante, tourmentée. On n'y fera pas ces délicieuses promenades sur les rochers, sur les falaises, si agréables pour les grandes personnes, si dangereuses pour les enfants. On n'y trouvera ni Casino, ni bals d'enfants, ni orchestre de Paris. Il ne faudra pas faire trois toilettes par jour et l'on pourra, du matin au soir, se promener sur la plage, en pantalon ou en robe de toile... Tout cela est vrai. Aussi, la plage de La Tremblade, sur laquelle n'ont pas encore pénétré les courses de chevaux, en attendant que les régates pénètrent dans l'intérieur des terres, ne sera-telle jamais la plage à la mode. C'est là, pour moi, je l'avoue, son vrai mérite. Mais si les femmes mondaines et les désoeuvrés de la terre s'ennuient sur cette plage qui n'a, pour elle, que les beautés de la nature, les enfants ne s'y ennuieront jamais, car ils y trouveront des pins à l^ombre salutaire desquels ils pourront dormir, de l'eau salée dans laquelle ils barboteront sans danger, et du sable chaud et imprégné de sel dans lequel ils pourront jouer et courir toute la journée. Un enfant s'est-il jamais ennuyé là où il y a du sable, surtout lorsqu'il peut y ajouter de l'eau et se salir à son aise ? En jouant ainsf sur le bord do la mer, les enfants faibles retrouveront toujours, et sans s'en

apercevoir, force el santé. Si donc la plage de La TremblaUe ne devient jamais, ce dont je suis convaincu, la plage des femmes frivoles, elle deviendra, comme la plage do Blankenberghe, en Belgique, la plage des enfants.

Les personnes qui veulent se faire une idée exacte de l'immensité de ce terrain sablonneux, peuvent, en se promenant tanlôt dans les dunes, tantôt sur le rivage, aller de la plage des bains sur la côte d'Arvert, jouir du spectacle magnifique qu'offre le pertuis de Maumusson , ce passage si redouté des marins et que les plus expérimentés d'entre eax n'osent traverser que dans de rares circonstances.

Lorsque les enfanta voudront éviter les rayons brûlants du soleil, et faire cependant des promenades profitables à leur santé, ils pourront parcourir les dunes, qui sont aujourd'hui transformées en bois touffus dans lesquels les pins maritimes et les im> mortelles répandentune odeur aussi suave que salutaire à la poitrine.

Les jeunes baigneurs visiteront également avec plaisir les marais salants. Ils trouveront là un objet iotéresdant d'études et une promenade utile à leur santé. Des chaussées bien entretenues divisent en une inOnité de compartiments ces marais dont le fond est propre comme un damier. Debout sur l'aire, le aaulnier ramasse avec sa raclette le sel qui s'est formé et qui brille au soleil . De distance en distance, semblables aux tentes d'une petite armée en campagne, s'élèvent d'énormes tas de sel qui laissent

exhaler une odeur suave de violettes. Ces chaussées servent quelquefois à la culture des céréales, qui y poussent vigoureusement. Presque toutes sont couvertes de plantes maritimes, d'Armoises, de Tamaris, dont le parfum, mêlé à Tair déjà si imprégné de sel que l'on respire, produit un effet aussi salutaire que fortifiant sur toute l'économie.

Des marais salants , les enfants n'auront que quelques pas à faire pour visiter les parcs à huîtres. Ils pourront même savourer en se promenant les huîtres vertes que l'on y élève, et qui sont l'objet d'un commerce important.

Parmi tous les coquillages qui ont été le plus anciennement connus et qui, dès les temps les plus reculés , ont servi à l'alimentation des hommes, les huîtres tiennent , sans contredit , le premier rang.

L'huître (ostresi éd. MolL) est un aliment trèssain, d'une digestion facile lorsqu'elle est fraîche, et qui convient presque toujours aux personnes affaiblies. L'eau salée qu'elle renferme, et qu'elle a élaborée dans ses organes, est même un excitant fort utile quelquefois, pour certains estomacs faibles et paresseux.

Il est facile de comprendre, dès lors, tout le bien que cet aliment peut produire dans un grand nombre de maladies de l'estomac, et dans tous les cas où il s'agit de reconstituer la santé des enfants.

Voici comment s'exprime sur ce sujet le docteur Fonssagrives : « On ne saurait contester que la

1 di^Btion des huîtres est singulièrement facile, et

■ qu'elles stimulent les estomacs paresseux en leur u présentant, sous une forme très>favorabIe , de a fortes proportions de ce sel marin sans lequel a l'appétit et la nutrition languissent. N'est-il pas « enfin permis do croire que ces mollusques, vivant u dans un milieu trcs-ricUe en iode, emmagasinent

■ ce produit et le communiquent aux organismes « qu'ils alimentent, sans leur faire courir la moins « du monde les risques de cet iodisme constitutioni nel que tes gastronomes de profession affrontent I tous les jours impunément en dégustant les pro- « duits savoureux des parcs d'Ostonde ou de Ma^ « rennes ? J'ai l'habitude, pour mon compte, de K recommander l'usage des huîtres aux enfants fais blés, lymphatiques, à chairs molles, et de leur 1 faire boire une assez grande quantité du liquide « qu'elles répandent au moment où on les ouvre, « et je me crois fondé par l'expérience à ac- « corder à ce moyen une action très-favorable a contre les diverses manifestations du lympfaatt tisme [Ij. »

Les personnes qui vont, tous les ans, demander aux bords de l'Océan une guérison ou un soulage^ ment aux maux de leurs enfants, et qui cherchent en même temps le repos et la tranquillité, trouve^ ront à La Tremblade une plage chaude, et des con-

(I) Hyglèae allmeaU 1 vol. ia-8°. Paris, 1861. J.-D. Baillière,p. 113.

ditions climatériques que Ton va quelquefois chercher au loin d'une manière souvent pénible, toujours coûteuse.

A la place de ces plaisirs bruyants, de ces bals qui énervent les enfants et qui sont, dans toutes nos stations balnéaires, le complément obligé de la médication maritime, les enfants trouveront là des distractions d'un autre genre qui fortifieront leur santé et qui seconderont puissamment chez eux l'action des bains de mer, la pêche, les promenades en mer, les promenades sur la côte, les excursions sur les dunes, dans lesquelles ils respireront toujours un air pur et vivifiant.

Quelle que soit la plage sur laquelle on se trouve, et il y en a de délicieuses sur les côtes de Bretagne et de Normandie, comme sur les côtes de l'Océan, il faut faire passer en première ligne, parmi les distractions que l'on donne aux enfants, leur séjour prolongé sur la plage, les promenades au bord de la mer. Si la côte a des rochers, des galets, ce qui est plus gai qu'une côte sablonneuse, les enfants s'amuseront, à mer basse, à ramasser des coquillages, à prendre de petits poissons dans les criques des rochers, dans les flaques d'eau, mais ils n'auront pas les pieds nus^ et devront être l'objet d'une surveillance continuelle, si l'on veut éviter les chutes, les entorses et les accidents de toute nature.

Que la plage soit sablonneuse, qu'elle soit à galets, l'air de la mer étant toujours très-vif, les en-

— ans — fants auront toujours de l'appétit. Dea repas bien réglés, bien supportés, parce que l'assimilation se fait bien sur les bords de l'Océan, répareront leurs forces La fatigue que les promenades occasionneront sera promptement oubliée sous l'influence du sommeil aucjuel, sur le bord de la mer, les enfants doivent plus que partout ailleurs consacrer toulen les heures de la nuit. Ce n'est qu'en suivant un régime convenable, ce n'est qu'en se conformant aux préceptes d'une sage hygiène que les enfants trouveront dans lamédication maritime les éléments assurés d'une vivification et d'une constitution nouvelles.

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