‹ Des bains de mer chez les enfantsChapitre 17 sur 33 · V-VlJ · texte numérisé non relu

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« autres à éprouver tous les symptômes de cette (i maladie. Mais de nombreux exemples nous prou- « vent suffisamment que cette afTection vient soutt vent à la suite du régime végétal , joint au tt mayique d'air pur et d'un exercice convenable ; a qu'on la rencontre parmi les enfants des mar- « chands , des artisans , spécialement parmi ceux « qui habitent les caves humides et privées d'ai» a des grandes villes (1). » Le même auteur pense que l'humidité qui règne dans une contrée est , comme je Tai déjà fait observer, une cause très-fréquente de scrofules. Le docteur Hamilton, de Lyn, attribue, selon lui, la fréquence des maladies scrofuleuses que Ton observe dans cette ville à Thumidité qui y règne et à sa situation dans un endroit bas, circonstances toujours favorables au développement de cette maladie. « Si les enfants scrofuleux « nés dans le voisinage de Lyn , ajoute-t-il , sont « envoyés à Mulwern ou dans tout autre endroit où a l'air soit pur, ils recouvrent presque toujours la a santé. L'air et l'eau de ces lieux ne devront cepena dant pas être considérés comme spécifiques des tt scrofules. Ce qu'il y a de certain, c'est que lechan- « gement d'air amène la guérison, d'après les obser- « vations que j'ai été à même de recueillir, de « tumeurs scrofuleuses dissoutes, d'abcès scrofuleux « guéris après un séjour bien choisi sur la côte, et <i après avoir pris les bains de mer^:, je puis assurer

(1) Bucban. Op. cit.^p. 121.

« que des scrofuleux, habitant une grande ville, qui a iront respirer Vair pur de la me?', et qui feront a en même temps usage de bains, prendront les « meilleurs moyens de donner à leur constitution « cette force et cette vigueur nécessaires pour vaincre « cette espèce d'action morbide du système lym- « phatique (1). »

Par le mot diathèse scrofuleuse, je n*en tends pas seulement la scrofule portée à son plus haut degré, je veux encore désigner cet état pathologique alors même qu'il ne se révèle dans Téconomie que par de légers symptômes. Combien d'enfants qui ne sont, pour le public et pour leurs parents eux-mêmes, quO'des sujets faibles et délicats, et qui, pour le praticien versé dans la connaissance *des maladies du jeune âge, sont des enfants scrofuleux ! Il suffît de voir leur peau blanche et transparente, leurs longs cils noirs, leur lèvre supérieure un peu tuméfiée, leurs oreilles souvent humides, pour reconnaître le vice constitutionnel dont ils sont atteints, pour comprendre Turgence qu'il y a de les soumettre à un traitement spécial. C'est probablement cette pensée qui a inspiré ces paroles si vraies au docteur Barrier, de Lyon : a Quelle différence <c entre deux médecins dont l'un, méconnaissant la tt nature de certaines modifications de l'organisme, a n'y voit que les indices d'une prédisposition qu'il a n'est pas en 9on pouvoir de changer, tandis que

(1) Buchan. Op. cit., p, i26.

« l'autre, avec cette sagacité et cet esprit philoso- « phique sans lesquels il n'y a point d'art hippoa cratique, voit dans ces modifications les premiers a effets d'un véritable état pathologique qu'il se « hâte d'arrêter dans sa marche et de faire rétro- « grader (1). »

On ne peut pas dire, dans la rigoureuse acception du mot, que les bains de mer constituent un remède spécifique de l'affection scrofuleuse; mais on peut dire, sans crainte d'être démenti, qu'il n'existe pas de médication plus efficace dans cette affection que la médication maritime. Le médecin prudent doit donc recourir à l'action médicatrice des bains de mer toutes les fois qu'il veut prévenir la scrofule chez un enfant, la conjurer lorsqu'elle commence, la combattre lorsqu'elle est déclarée. Mais, comme le ' fait remarquer avec beaucoup de raison le docteur Quissac, de Montpellier, c'est principalement lorsque le développement du corps n'est pas complet que l'on peut compter sur l'efficacité de cette action dans la diathèse scrofuleuse ; cette période de la vie une fois passée, il s'en faut de beaucoup que les bains de mer aient une action aussi sûre et l'on ne doit plus s'attendre alors à de grands effets de leur part. La meilleure condition pour rendre les bains de mer presque spécifiques dans le traitement de cotte maladie est donc, d'une part, l'âge moins avancé du sujet, de l'autre, le degré moins élevé de

(1) Maladies de l'enfance . T. !•', p. 495.

la diathèse. ^Test-ce pas la même idée que le docteur Bertillon a émise d*une manière beaucoup plus générale lorsqu'il a dit : « De toutes les indications c du bain de mer que Ton peut signaler, aucune n'est a plus vive que celle qui concerne Tenfant. Les ri- « vages de la mer nous paraissent appelés pour Tun a et pour Tautre sexe à corriger les insalubres « conditions de la vie urbaine» Les influences fa- « vorables s'en font sentir à presque toutes les pé- « riodes de la vie ; elles vont s'afTaiblissant avec c l'âge : elles paraissent l'être, en raison de l'acti*c vite des fonctions de la peau, au plus haut degré a pour l'enfance et la jeunesse; elles vont ensuite « en diminuant (1). »

Lorsque les enfants n'ont que de petits ganglions autour du cou, lorsqu'ils ne sont atteints que de ces accidents légers qui annoncent une prédisposition plutôt qu'un constitution scrofuleuse bien déterminée, on peut être assuré que les bains de mer réussiront et qu'ils modifîeront toujours la constitution de ces enfants, o Les bains de mer, dit le a docteur Lebert, de Breslau, sont utiles dans les a formes légères des scrofules et ils combatlent a plutôt la diathèse scrofuleuse qu'ils ne constitt tuent un moyen puissant de guérir les localisatt tions graves. — Que d'enfants scrofuleux j'ai ena voyés aux bains de mer! dit encore le docteur « Dugas, de Montpellier. Tous ceux chez lesquçlg

(i) Union médicale, iS^ft,

« Texpression de la maladie n*était encore que dans « le tissu glandulaire ont parfaitement guéri ; les « maladies profondes des os ont été plus rebelles. »

R. Russel, qui le premier a parfaitement apprécié l'heureuse influence de Tatmosphère maritime dans TafTection scrofuleuse, faisait couper les cheveux de tous les enfants scrofuleux, même des plus faibles, qu'il traitait en les exposant à l'air froid de la mer, avec le col découvert, et les renvoyait avec les membres fortifiés et la contenance assurée qui est propre à leur âge. L'expérience vient chaque jour confirmer les préceptes du praticien de la Grande-Bretagne. Tous les auteurs qui se sont occupés de la pathologie de l'enfance ou qui ont traité de la médication maritime ont vanté cette médication dans le traitement de l'affection scrôfuleuse. Guersant, Gaudet, Pouget no connaissent pas de remède plus sûr, plus efficace. Le professeur Trousseau dit également « que les bains de mer constituent un des a agents les plus énergiques qui existent contre « cette triste affection (1). » Presque tous les écrivains modernes tiennent le même langage.

Lorsque la diathèse scrôfuleuse a atteint un degré plus élevé, l'action des bains de mer, tout en étant encore efficace, est beaucoup plus lente. Le docteur Gaudet et un grand nombre de praticiens citent de fréquents exemples de guérison, chez des enfants qui portaient des glandes volumineuses au couj

;i) Traité de Thérapeutique. Paris. T. II, p. 399-

scms rinfluence de deux ou trois saisons de bains de mer ; tous sont d'accord sur la nécessité qu'il y a, en pareil cas, de prolonger, pendant un certain temps, l'action stimulante de l'eau de mer. « Une a diathèse, un état constitutionnel comme la scro- « fuie, dit le docteur Roccas, ne peut disparaître « au bout dhine seule saison de bains; il en faut a deux, trois et même quatre. Il serait mieux en- « core, quand la chose est possible, de revenir une tt longue suite d'années, afin d'obtenir un changec( ment complet dans l'état du jeune malade (1). »

Dans le cas de glandes, d'ulcérations strumeuses, Whitt regarde comme principaux moyens à employer les fomentations avec l'eau de mer et les cataplasmes faits avec la môme eau. Russel dit également : a Le bain de mer n'améliore pas seulement a l'état général de la santé et des forces du malade, a mais il facilite la résolution des glandes engor- « gées et celle des tumeurs indolentes des articulatt tiens, lors même qu'elles ont acquis un volume « considérable et qu*elles existent depuis fort longce temps (2). » L'observation suivante, que j'emprunte au docteur Robert, de Marseille, confirme toutes ces assertions :

« Il y a longues années, une dame venant du

« centre de la France m'amena son fils, âgé de

,« quinze ans. Cet enfant était d'une maigreur excès-

(1) Roccas. Op. cit., p. 62.

(2) J. Gooper. Dict. de Chirurgie, Scrofule.

« sive et malade depuis Tâge de neuf ans. Dès cette a époque, il avait éprouvé des symptômes de scrofule a au cou, qui était encore tout couturé et dont les « cicatrices se rouvraient quelquefois ; tandis que <t pour le moment le coude du bras droit et surtout € un pied étaient particulièrement malades. L'arti- « culation du coude n'était pas intérieurement at- « teinte; mais les tissus ligamenteux ambiants « Tétaient, et un trajet fistuleux, qui n'aboutissait « toutefois à aucune surface d'os carié, persistait « depuis longtemps. Quant au pied, les os, sans <t être cariés peut-être encore, étaient réellement « malades ; tout le pied était engorgé, et l'action de « le poser à terre douloureuse jusque dans les pro- « fondeurs des os du tarse. Déjà ce pied s'était ab- « cédé et cicatrisé plusieurs fois, tandis qu'il menace çait encore sur un des côtés. Mais ce qull y avait « de plus alarmant, c'était la détérioration de la a constitution de cet enfant. Il était triste, d'une « figure vieillie, sa peau sèche et flasque, ses mema bres décharnés ; de plus^ il se plaignait de borbocc rygmes dans le ventre et éprouvait de temps à tt autre une diarrhée lientérique.

a Je donnai pour conseil à cette dame d'établir « son fils sur le bord de la mer, de le faire jouer « tout le jour sur le rivage et de le faire baigner. « Sous l'influence de l'air et des bains de mer, les « forces générales se ranimèrent un peu et ensuite a les cngorgementsdu coude et du pied diminuèrent. « Alors, je conseillai à l'enfant de se baigner plu-

c sieurs fois par jour, de nager, et il exécuta si c ponctuellement mes ordres qu'il passa presque la « fin de son été dans Teau. Toujours sur le rivage, c il ne voyait rien de mieux et ne trouvait rien de c plus agréable que de nager. Aussi cet enfant « guérit à merveille et se trouve aujourd'hui un < bel homme fort et vigoureux (l). »

Une lectrice de la Jeune Mère, qui habite le nord de la France, m'écrivit, il y a deux ans, qu'elle était très-inquiète de son petit garçon, alors âgé de quatre ans. Il boitait depuis quelque temps et supportait difficilement la marche. Les os du pied étaient gonflés, douloureux. Le médecin de la famille voyait là une afTection scrofuleuse dont il ne dissimulait pas la gravité et recommandait un repos complet. On était en été. Cette jeune femme me demandait mon avis. Je la rassurai et lui donnai le conseil de conduire immédiatement son enfant à Dunkerque, où elle avait quelques membres de sa famille, et dont elle était peu éloignée. Je lui recommandai de chercher sur cette plage un endroit sablonneux et abrité et d'y laisser jouer son enfant du matin au soir, pieds nus, de manière à ce qu'il marchât toujours dans le sable ou dans l'eau de mer. Ma prescription fut rigoureusement suivie. Trois mois après, l'enfant était radicalement guéri. Le gonflement des os, la douleur du pied avaient disparu. Depuis, cet enfant n'a cessé de prendre de la force et de bien se porter.

(i) Danvergne. Op. cit , p. 240.

Une jeune fille de sept ans, atteinte d'une coxalgie du côté gauche, était restée plusieurs mois à Thôpital de la Charité, de Lyon, dans le service du docteur Delore- Malgré les soins de ce chirurgien distingué, elle n'avait éprouvé aucune amélioration. Lorsque je viscette jeune fille, elle marchait à peine avec des béquilles ; la cuisse et la jambe gauche, très-amaigries, étaient le siège de vives douleurs. Je l'envoyai à Cette. Là, sous la direction du docteur Cathala, elle prit des bains de mer et passa même une partie de l'hiver à l'hôpital maritime de cette ville. Il y eut une amélioration notable. Pendant trois ans, cette jeune fille est retournée aux bainj de mer. Elle est aujourd'hui parfaitement guérie, c'est-à-dire qu'elle jouit d'une excellente santé, et que sa cuisse et sa jambe gauches sont aussi fortes que la cuisse et la jambe droites. Elle boite légèrement. Sans les bains de mer, il eût été difficile d'obtenir un semblable résultat.

J'ai déjàparlé de l'hôpital de Berck et dit combien étaient remarquables les résultats que l'assistance publique de Paris y obtient sur ses jeunes scrofuleux. Ces résultats démontrent tout le parti que la thérapeutique peut tirer dans l'affection scrofuleuse du séjour prolongé des enfants sur le bord de la mer. Voici un résumé succinct des observations que le docteur Perrochaud, médecin de cet établissement, a recueillies et qu'il a bien voulu me communiquer : a La plupart des enfants admis à l'hôpital a de Berk présentent à la fois plusieurs formes de

c la scrofule. Les scrofulides, les abcès froids sup- « pures sont, de toutes les formes de cette maladie, tf celles qui guérissent le plus facilement. Ordinai- « rement, au bout de quinze jours je remarque une a amélioration très-prononcée. En général, j'ai pu a constater que, dans ces formes, la durée moyenne « de la guérison était de 70 à 80 jours. De vastes « abcès froids suppures ont à mon grand étonne- « ment été guéris en six ou huit semaines. La cica- « trisation des ulcérations scrofuleuses et des abcès « ulcérés se fait plus facilement pendant la saison j

« des bains. Les engorgements ganglionnaires sont « très-heureusement et très-promptement modifiés « par le séjour au bord de la mer et Thydrothérapie a marine . Presque toujours, chez nos malades, i

« Tamélioration se fait sentir au bout d'un mois, ;

a six semaines. Les ganglions diminuent de volume î

« très-rs^pidement. Les ostéites, particulièrement a celles des pieds et des mains, guérissent très- ■

a promptement; habituellement, Tamélioration se «

a manifeste au bout d'un mois, six semaines. ... Il i

« m'a été permis de constater au bout de dix à douze • a mois la guérison des manifestations les plus « graves de la scrofule. » J'ai fait sur la plage de La Tremblade des observations analogues et j'ai vu plusieurs fois des ganglions lymphatiques engorgés, que des enfants ou des jeunes gens portaient depuis longtemps au cou, disparaître avec une rapidité qui me surprenait. '

La médication maritime a donc, de l'aveu de tous

les praticiens, une action souveraine contre le vice scrofuleux. Elle exerce également une heureuse influence sur toutes les ailections qui se lient h ce principe, telles que les tumeurs blanches, lescoxalgies, le rachitisme, le mal de Pott, qui ne sont que trop souvent l'apanage de l'enfance. Mais pour que cette action soit aussi complète que possible, il faut que les petits malades habitent une partie de Vannée^ toute Vannée mênip, au bord de la mer. Ce séjour permanent des enfants sur le littoral leur sera beaucoup plus profitable que deux, trois, quatre saisons consécutives de bains de mer. Les jeunes scrofuleux des grandes villes du Nord et du centre de la Francedevront en outre toujours choisir les plages océaniques. Sur ces plages sablonneuses qu'abritent d'épaisses forêts de pins, les froids de l'hiver sont peu rigoureux et ces enfants pourront facilement, comme le veut R. Russel, se trouver exposés tous les jours à l'action salutaire et fortifiante de l'atmosphère maritime.

D'un autre côté, les huîtres, les coquillages, le poisson que l'on trouve si facilement sur les côtes, constituent une alimentation iodée et chlorurée qui facilite singulièrement chez les enfants l'action résolutive que les bains de mer exercent sur toutes les manifestations scrofuleuses

Les enfants naturellement faibles, ceux qui se trouvent affaiblis par une cause accidentelle, tous ceux qu'a épuisés l'atmosphère peu réparatrice des villes éprouveront un bien-être immédiat des bains

tions de restomac et des intestins si fréquentes dans le jeune âge.

Sous l'influence d'une constitution lymphatique ou scrofuleuse, sous rinfluence d*un travail excessif ou d'une vie trop sédentaire, on voit chez un grand nombre d'enfants Tappétit diminuer peu à peu, puis disparaître entièrement. Les fonctions dîgestives tombent chez eux dans un état de langueur qui fait souvent le désespoir des praticiens. Ces enfants éprouvent parfois des douleurs intestinales vives, sont sujets aux vers et à la diarrhée. Malgré les toniques qu'on leur donne à profusion, leur appétit ne revient pas; on les voit au contraire maigrir et se dessécher. Dès que ces petits malades ont respiré l'air de TOcéan, dès qu'ils ont pris quelques bains, leur appétit renaît comme par enchantement ; leurs fonctions digestives se rétablissent, leurs forces reparaissent avec une rapidité inouïe. Le même phénomène se produit chez les enfants dont les fonctions digestives ont été détériorées par une longue maladie. Il se produit également dans une niînité de cas semi-physiologiques, semi-pathologiques qui sont propres au jeune âge et qui se caractérisent toujours par de la faiblesse et de l'anémie.

On rencontre dans toutes les classes de la société une afTection dyspepsique particulière à l'enfance, à laquelle il est peut-être difïîcile de donner un nom précis, mais que tous les praticiens reconnaîtront aui^ symptômes qui la constituent. Les enfants qui

en sont attdnts sont trà^difBciles pour leur nourritare; ils ont horreur de la soupe, principalement de la soupe grasse. Leur estomac, prétendent-ils, ne peut pas la supporter, il se soulève à sa vue. Il en est de même pour la viande et pour tout ce qui com« pose un bon régime alimentaire. En revanche, ces petits malades aiment beaucoup les sucreries, les pâtisseries, ils vivraient volontiers de fruits, de con< fitures, de chocolat. Ils n'ont jamais faim à Pheure des repas parce qu'ils mangent sans cesse et qu'ils n'ont pas le temps de digérer. La constitution de ces enfants est en rapport avec la dépravation de leur appétit et avec la perversion de leurs fonctions digestives. Ils sont pâles, maigres, irritables, ont les yeux caves et cernés. Quelques-uns d'entre eux sont bouffis, grâce aux aliments sucrés et féculents dont ils abusent. Comme ces enfants ont souvent la peau blanche et qu'ils sont intelligents, il se trouve des mères assez aveugles pour croire que ce régime leur convient. Une telle détérioration des fonctions de l'estomac peut, sans aucun doute, être quelquefois l'efTet de la maladie, mais elle est bien plus souvent le résultat d'une mauvaise éducation. Dans ce cas, elle dépend toujours de la faiblesse des parents. Cette affection, beaucoup plus commune qu'on ne le croit, se compose d'un ensemble de symptômes dont le siège et la nature ne peuvent toujours être précisés. Afin de lui donner un nom qui la caractérise et qui fasse connaître ses causes véritables et multiples, je l'appellerai la maladie des enfants gâtés.

. Un auteur, dont le nom se retrouve toujours sous ma plume lorsque je m'occupe de Tenfance, Mgr Dupanloup, a, dans un livre que toutes les mères de famille devraient connaître (1), écrit des pages trèsvraies sur les enfants gâtés, et il a exposé avec un tact remarquable les difficultés que présente leur éducation morale. Pour faire Téducation d'un tel enfant, dit levêque d'Orléans, il faut non-seule' ment corriger mais refaire la nature. Ces paroles du savant prélat, qui ne concernent que l'éducation morale, s'appliquent parfaitement à- l'éducation physique. J'ai déjà cherché à faire comprendre ailleurs combien il était important de s'occuper de cette éducation dès le jeune âge, je n'y reviendrai pas; je dirai seulement qu'il est très-difficile de la refaire lorsqu'elle a été viciée. Dans le cours d'une carrière déjà longue et dans laquelle je me suis toujours occupé des maladies de l'enfance, j'ai constamment été frappé du grand nombre de parents qui comprenaient mal l'éducation de leurs enfants ou qui semblaient prendre à tâche de la vicier.

Il est impossible de se faire une idée de la fai« blesse des mères à cet égard. Les enfants gâtés ne mangent, en général, que de mauvaises choses ; ils sont, pour ce qui concerne leur nourriture, sujets à tous les caprices imaginables. Les uns aiment beaucoup le chocolat, mais il ne faut pas qu'ils y trouvent la moindre trace de crème. Les autres aiment

(1) Traité de l'Educatioiu P^xis, 1857.

les fruits, mais à la condition qu'ils seront verts. Quelques-uns de ces enfants ne se mettent jamais à table, ils mangentensepromenant. Je me rappellerai toujours une charmante petite fille de trois ans qui était le type des enfants gâtés : elle prenait ses repas sans interrompre ses jeux et en courant d'un appartement dans Tâulre. La mère, jeune femme que j'avais presque vu naître, voulait me persuader que sa fille ne pourrait pas manger si on la forçait de se mettre à table. Les repas de cette enfant étaient d'une longueur désespérante. Ses digestions, ainsi prolongées outre mesure, ainsi interrompues à chaque instant, devinrent nécessairement incomplètes. La nutrition s'altéra et devint elle-même imparfaite. Aussi cette petite fille eut-elle, au bout de quelque temps, la figure toute couverte de croûtes strumeuses. On suivit alors mes conseils, on modifia le régime de l'enfant, et tous ces petits accidents disparurent complètement.

Je fus consulté un jour pour un petit garçon de 1 1 ans, très-faible et sans appétit Cet enfant n'avait jamais faim à l'heure des repas, ne se mettait jamais à table avec ses parents et vivait de noix, d'amandes et de noisettes , dont il avait toujours ses poches pleines. Très-pâle, d'une maigreur extrême^ il était au lit et présentait, du côté de regtomac et des intestins, des accidents qui inquiétaient vivement sa famille. Je rassurai la mère et jlnsiatai sur la nécessité qu'il y avait de soumettre immédiatement l'onfant à un régime convenable. Je défendis,

bien entendu, les noix, les amandes, les noisettes. Le petit malade, en m'entendant faire cette prescription, fondit en larmes. Sa mère lui demanda s'il voulait faire ce que j'ordonnais; il se mit a sangloter, a Ne pleure pas, lui dit-elle, ne pleure pas ; je te laisserai manger des noisettes si tu veux manger de la soupe. » Devant une telle faiblesse, ou plutôt devant une telle déraison, il n'y a réellement rien à dire, encore moins rien a faire, on ne peut que plaindre les parents et les enfants. Les mères disent quelquefois en riant qu'il n'y a pas de mal à gâter un peu les enfants si jeunes. Elles se trompent : a Le jeune homme sera, dans un âge plus tt avancé, ce qu'on l'aura fait dans son entt fance (1). »

Cette maladie des enfants gâtés , loin de provoquer le sourire, doit au contraire exciter la pitié : elle peut avoir, pour ces jeunes malades, les conséquences les plus fâcheuses. Un tôlle dépravation de l'appétit , troublant continuellement chez eux le phénomène de la nutrition , finit nécessairement par altérer leur constitution. C'est ainsi qu'un enfant, qui était fort bien portant, devient , sous la seule influence d'habitudes vicieuses, lymphatique, scrofuleux, quelquefois même phthisique. La santé de l'homme, on ne saurait trop le répéter, se ressent toujours du régime alimentaire qu'il a suivi dans son jeune âge, et je dois avouer, à la honte de

(1) Prov., XX, 6.

notre prétendue civilisation, que Thygiène de Tonfance est aujourd'hui très-mal comprise des nourrices et des parents eux-mômcs.

Tous ces troubles de Testomac, tous ces désordres intestinaux qui ont leur source dans un mauvais régime alimentaire et qui sont l'apanage des on' fants gâtés ^ cèdent avec une facilité romaniuablo à la médication maritime Sous Tinflucnce de (juclques promenades matinales en mer ou sur la côte , sous Tinfluence de quehjues parties de pêche sur la plage, les enfants les plus gâtés et les plus dénués d'appétit voient promptcment leurs fonctions digestives se régulariser et redoubler d'activité. Lorsque je traiterai de l'hygiène que les petits baigneurs doivent suivre sur les bords de l'Océan, et du régime qui leur convient, je ferai voir toutes les ressources que la médication maritime offre au praticien dans un grand nombre d'affections qui se développent spontanément chez les enfants, ou qui chez eux sont la conséquence des maladies qu'ils ont éprouvées , des mauvaises habitudes qu'ils ont contractées.

La médication maritime guérit avec rapidité les affections vermineuses que déterminent si fréquemment dans l'enfance l'abus des fruits et des pâtisseries ou les écarts de régime. Parle ton qu'elle donne à l'économie, cette médication jouit en outre de la propriété précieuse d'empcchef la reproduction des entozoaircs, toujours si facile dans le jeune âge. Les huîtres et les coquillages, que les enfants mangent,

— )70 — en général, avec tant de plaisir, et que Ton doit, but le bord de l'Océan, leur donner en abondance , constituent un excellent vermifuge dont l'action seconde puissamment celle des bains de mer.

Certaines aflections des voies respiratoires excessi* vement communes chez les enfants guérissent promptement sur le ^ord de la mer. Mais il est nécessaire, dans ce cas, de porter un diagnostic précis, car si les bains de mer et l'atmosphère maritime sont utiles dans quelques affcctton bronchiques, ils sont très-nuisibles dans les affections tuberculeuses. Plusieurs fois déjà j'ai démontré combien l'air salin de l'Océan , imprégné des principes résineux du pin maritime, était salutaire dans certaines bronchites à forme catafrhale ou nerveuse. Il ne faudrait cependant pas trop généraliser cette pensée, recueil serait près du succès.

Sans aborder ici une question autour de laquelle il se fait depuis quelque temps beaucoup de bruit dans le monde médical, Tinflucnce de la médication maritime dans la phtbisie pulmonaire, je dirai que," pour moi, les bains de mer et l'atmosphère maritime doivent être formellement interdits aux enfants atteints de phtbisie pulmonaire. Lorsque des enfants n'ont qu'une prédisposition à la phthisie pulmonaire, prédisposition qu'ils doivent le plus souvent à l'hérédité ou à un vice organique, il peut se faire que dans un climat doux et uniforme l'atmosphère maritime exerce sur ces jeunes malades un effet salutaire. Son action fortifiante modi-

fiera peut-être la prédisposition tuberculeuse, pourra môme dans certains cas empêcher son développement fatal. C'est do cette manière seulement que Tatmosphère maritime peut avoir une influence heureuse sur la phthisie pulmonaire. Dans toute autre circonstance et des que les tubercules pulmonaires ont manifesté leur présence par des signes appréciables à Tauscultation, Tatmosphère de TOcéan, en France, devient nuisible et ne peut exercer qu'une action dangereuse sur la marche de cette maladie.

Les auteurs qui ont préconisé Taction de l'atmosphère maritime dans les maladies tuberculeuses de la poitrine ont évidemment confondu de simples affections de la muqueuse bronchique avec les affections propres du tissu pulmonaire lui-môme. C'est une erreur cependant dans laquelle Buchan recommande bien de ne pas tomber : « Les cas d'affection tt catarrlialc, dit cet cminent praticien, où l'on doit a attendre des effets salutaires de la respiration d'un a air chargé do particules salines, doivent être soi- « gneusement distingués de la vraie phthisie pulmo- « nairo ; une expérience m'ayant convaincu que «t lorsquil existe des ulcères aux poumons^ la, (f respiration de l'air de la mer augmente les « .^souffrances et accélère la m,ort du m,alade (1). »

Que certains tuberculeux se soient bien trouvés du climat de Nice, de Menton, d'IIyères, de Madère,

(i) Buchan. Op. cit.^p. 189.

nul ne peut le nier ; maïs qu'un effet semblable puisse se produire sur nos côtes de TOcéan, où le vent d'ouest souffle parfois avec une si grande force, voilà ce qu'il est difficile d'admettre et ce que réfute péremptoirement l'expérience de chaque jour.

Les plages du Nord, où l'air est vif, l'emportent certainement de beaucoup sur les plages méridionales lorsque l'on veut donner du ton à une constitution déjà robuste , rendre fort un enfant déjà fort. Elles ne sauraient être comparées aux plages tempérées de l'Ouest de la France lorsque l'on se propose de tonifier une constitution délicate , un organisme faible ou maladif, une vie entamée, selon l'expression si vraie de Michelet. Mais lorsqu'il s'agit d'affections tuberculeuses bien caractérisées, ni les pins maritimes de ces belles plages, ni leurs senteurs amères si propres à fortifier les enfants, ne peuvent pallier l'action trop vive des vents de l'Océan , dont l'influence est toujours pernicieuse chez les phthisiques.

Sachons profiter des avantages respectifs et spéciaux qu'offrent à la pathologie et à la thérapeutique les trois mers qui nous entourent. Les rivages de chacune d'elles ont des propriétés différentes que le médecin prudent saura toujours utiliser et dont il pourra toujours tirer parti. A certains enfants les eaux froides et houleuses de la Bretagne et de la Manche conviendront, à d'autres les eaux presque tièdes de la Méditerranée, à d'autres enfin les eaux tempérées du golfe de Gascogne. On réservera les

plages sablonneuses de TOuest do la France, leurs forêts de pîns et leurs ombrages salutaires aux enfants lymphatiques et scrofuleux, à ceux que la croissance fatigue, qui sont convalescents ou qui sont atteints de bronchite chronique à forme catarrhale ou nerveuse, à tous ceux enfin qui ont besoin d'être fortifiés. Mais on éloignera à jamais des côtes de rOcéan, comme de celles de la Manche, les enfants qui sont atteints de phthisio pulmonaire. Sur ces côtes, où la brise et Pair salin vivifient les enfants et leur donnent à la fois force et santé, les jeunes tuberculeux verraient infailliblement leurs souffrances s*aggraver.

Dans une question aussi grave et aussi controversée, je suis heureux de me trouver entièrement d'accord avec le savant auteur du Traité de Géographie et de Statistique médicales, le docteur Boudin, qui termine ainsi Tcxamen consciencieux qu'il fait de tous les travaux qui ont été publiés sur ce sujet : a Si l'action curative de l'atmosphère maritime dans a la phthisie pulmonaire reste encore à étudier, son « action préventive est aujourd'hui incontesta- « ble (1). » Je suis heureux également de voir mon opinion partagée par le docteur Fonssagrives, professeur à la Faculté de Montpellier. Ce praticien, auquel ses fonctions et ses travaux scientifiques donnent une grande autorité dans la question, s'exprime ainsi : 'c Quant à ces vapeurs balsa-

'{) Traité de Géogr. et de Statisl. inôd. Paris. T. II, p. 65S.

BiHHBiBRiMW«HK^Bi«BHBK3nar4VMa««M|H^i«PBVV

«t ini(iuos , à CCS principes volatils auxquels les a oiithoushistoi^ (/ï's vertus curatives de la navin jîiition onl allribuo une influence toute spéciale, •I Ivur (wistonco est nussi apocryphe que le sont » loiin^ propriété.^ (1). « S'il était besoin d'une nouvollo a\ilorilé , jo citerais le docteur Rochard , cliiruriricn on chef do la Marine, qui a étudié cette quoKlion d'une manière toute spéciale dans un Mémoire que rAcadémie de médecine a cru devoir couronner ["2] et dont voici les principales conclusions :

« Les voy.ages sur mer accélèrent la marche de « la tubcrculisation pulmonaire beaucoup plus « souvent qu'ils ne la ralentissent... Cette maladie, « loin d'être rare parmi les marins, est, au conc( traire, beaucoup plus fréquente chez eux que « dans l'armée de terre.... Les professions navales « doivent être interdites de la manière la plus a rigoureuse aux jeunes gens qui sont menacés de « phthisie et auxquels on a coutume de les concc seiller. »

Si la médication maritime ne convient nullement aux enfants atteints de phthisie pulmonaire, elle convient d'une manière toute spéciale aux enfants atteints de diverses formes de bronchite. C'est une remarque qui a été faite par tous les praticiens.

(1) Fonssagrives. Traité d'Hygiène navale. Paris, 18o6. P. 337.

(2) J. Rochard. Influence de la navigation et des pays chauds sur la marche de la phthisie. (Mém, de TÂcadémie imp. de méd. Paris, 1856. T. XX, p, 75.J

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« Il y a, dit Buchan, une espèce particulière de « catarrhe qui attaque beaucoup de monde vers la tt lin de Tété, spécialement dans les grandes villes ; a cette maladie est caractérisée par une augmenta- (i tion de sécrétion du mucus des bronches que le a malade cherche continuellement à évacuer en tt toussant. Cette maladie, qu'on peut appeler ca- « tarrhe chronique, paraît être causée par les chaa leurs de Tété qui relâchent les vaisseaux sur toute « la surface interne des poumons..... C'est un fait a curieux et bien connu dans plusieurs provinces du « nord de 1* Angleterre, que les personnes qui « gagnent leur vie à ramasser des moules et autres a coquillages, que leurs occupations obligent de « respirer constamment Pair de la mer, ne sont ja^ « mais atteintes de rhume. On fait la même obser- « vation pour les personnes employées dans les a marais salants (1). » Toutes les personnes qui habitent les côtes savent parfaitement qu'un grand nombre de marins ne s'enrhument jamais tant qu'ils sont sur mer et qu'ils toussent au contraire beaucoup aussitôt qu'ils sont débarqués.

La toux qui accompagne si souvent la croissance chez certains enfants et que caractérise une expectoration abondante et un râle sibilant prononcé disparaît presque instantanément sous l'influence de l'atmosphère maritime. Chez quelques enfants, l'expectoration manque et la toux alors a un carac-

(1) Buchan. Op. cit.^ p. 188.

tère nerveux plutôt que catarrhal. Dans ce cas, le résultat thérapeutique est le même. Le docteur Gaudet^t d'autres praticiens citent beaucoup défaits à l'appui de cette assertion. J'en ai moi-même observé un très-grand nombre. En voici deux entre autres qui m'ont vivement frappé.

Un jeune homme de dix-huit ans chez lequel le phénomène physiologique de la croissance avait, à diverses reprises, déterminé des bronchites qui avaient toujours cédé aux moyens employés en pareil cas, finissait ses études. Vers le milieu du mois de mai et sans causes appréciables qu'un nouvel accès de croissance et un excès dans le travail, cet enfant fut pris d'une bronchite tellement intense, tellement rebelle que tous les moyens employés pour la combattre échouèrent. La perte complète de l'appétit, un amaigrissement rapide, une faiblesse excessive, des sueurs nocturnes effrayèrent le médecin à un tel point, qu'il conseilla le changement d'air et le renvoi immédiat de l'élève dans sa famille. Ce jeune homme fut amené à la Tremblade.

Il toussait beaucoup; ses crachats étaient épais et grisâtres. Le soir il avait de la fièvre et il avait toutes les nuits des sueurs abondantes. L'appétit était nul, les forces entièrement perdues. L'auscultation cependant ne décelait rien chez lui qu'un râle fortement sibilant dans les grosses bronches, et dans les petites du râle muqueux ; le murmure respiratoire était très-faible. Dès le lendemain de son arrivée je conduisis ce jeune malade en voiture sur le

bord de la mer; j*en fis autant les jours suivants. Il faisait quelques pas sur la plage et lorsqu'il était fatigué il se couchait et se reposait à Pombre des pins. Il prenait pour toute nourriture des huîtres et des coquillages qu'il mangea d'abord sans pain ; il buvait tous les matins une tasse de lait récemment tiré. Au bout de quelques jours de ce traitement suivi sous mes yeux avec la plus grande ponctualité, Tappétit revint. Le malade put dès lors marcher davantage. Lorsqu'il se promenait au milieu des pins en fleurs, il se sentait moins oppressé et il cherchait instinctivement les jeunes semis où les arbres étaient à la hauteur de sa taille ; il trouvait alors qu'il respirait mieux. L'air de la côte, loin de le faire tousser, fît au contraire disparaître les quintes de toux qui venaient régulièrement chaque soir et qui le fatiguaient beaucoup. L'appétit, continuellement stimulé par les huîtres et par les coquillages, augmenta de jour en jour ; la fièvre et les sueurs nocturnes disparurent, les forces revinrent d'une manière sensible. Dès les premiers jours de juin je conseillai à ce jeung homme de se promener pieds nus sur la plage et de marcher tantôt dans l'eau, tantôt dans le sable. J'ai déjà dit combien les bains de pieds d'eau de mer pris de cette manière constituaient un excellent révulsif dans les maladies des bronches. Quelques joursaprès je lui fis prendre des bains à la lame. Sous l'influence de ces moyens sagement combinés, tous les accidents disparurent. Ce jeune homme reprit ses forces, sa fraîcheur ha-

bitucllo, et six semaines nprôs sa sortie du collège, BOUS la seule influence de la médication maritime, il était parfaitement rétabli quoique sa taille eût encore éprouvé un allongement prononcé.

Un enfant de huit ans, habitant Parts; d'une constitution délicate et éminemment nerveuse, était sujet à dos angines età des bronchites qui se renouvelaient sans cesse et qui avaient nécessité chez lui l'usage de la danelle sur la peau. Il avait la voix enrouée chaque soir et il toussait beaucoup avant de s'endormir. Le médecin de la famille, pensant qu'un séjour au bord de l'Océan pouvait lui être favorable, l'envoya à La Tremblade, mais à condition qu'il se bornerait à respirer l'air do la mer et de la forêt de pins, el qu'il ne prendrait pas de baina qu'il regardait comme dangereux pour lui. Pendant le voyage, la veiUp même de son arrivée, cet enfant toussa beaucoup; le soir en se couchant, selon l'expression de sa mère, il râla comme d'habitude. Consulté immédiatement pour ce petit malade, je donnai le conseil de lui faire prendre des bains de mer et de le laisser continuellement se promener sur la plage. Je lui permis en outre de se mouiller les pieds dans les flaques d'eau qui s'y trouvent à marée basse et qui sont alors presque tièdea Cet enfant profita de suite de la permission que je lui donnai ; il releva son pantalon, ôta ses bas et passa l'après-midi à chercher des coquillages. Le soir, il n'eut pas d'accès de loux; il dormit toute la nuit. Dès le lendemain, il prit un bain à la lame de trois minutes

qui le courbatura vivement. Le surlendemain, il en prit un de quatre minutes qui ne lui procura pas un sentiment de courbature aussi vif. Il continua ainsi tous les deux jours, puis tous les jours. Dans Tintervalle des bains cet enfant était continuellement sur la plage ou dans les bois de pins dont le sable lui édhauffait fortement les pieds; il visitait les viviers à huîtres, faisait quelques parties de pèche ou de petites promenades en mer. Sous l'influencé des bains et de Tair stimulant de l'Océan, la toux disparut chez ce petit malade. Il en fut de même du mal de gorge auquel il était sujet dès qu'il éprouvait un peu de froid. Ici encore nous voyons la médication maritime faire promptement cesser des accidents qui existaient depuis plusieurs années, mais là ne s'arrêteront pas ses effets : cette médication mettra en outre cet enfant à même de supporter les froids de l'hiver beaucoup mieux qu'il ne le faisait. Cependant, pour que le résultat eût été aussi complet, aussi durable que possible, il aurait fallu que ce petit malade eût pu vivre sur le bord de la mer pendant plusieurs mois consécutifs.

La bronchite qui persiste quelquefois indéfiniment après la coqueluche et dont l'opiniâtreté est connue de tous les praticiens, guérit avec rapidité sous l'influence de l'air marin. Il en est de même de cette espèce de catarrhe chronique ou de bronchorrée qui s'observe si fréquemment chez les enfants faibles ou lymphatiques et qui s'accompagne d'une expectoration tellement abondante, qu'ils en per-

dent souvent l'appétit. La percussion et l'auscultation ne décèlent qu'un râle niuqueux à grosses bulles. L'action seule de l'atmosphère maritime, ou cette action secondée quelquefois par les bains do mer, débarrasse ces petits malades do leur toux et do leur expectoration avec une rapidité dont il est difficile de se faire une idée.

Un enfant de trois ans, se trouvant dans les conditions pathologiques que je viens d'énumérer, était à La Tremblade pendant le mois d'août. Ses parents n'osaient pas lui faire prendre de bains de mer, parce qu'il avait une toux catarrhale intense ot que l'expectoration chez lui était trèsabondante. Je donnai le conseil de lui faire prendre . des bains malgré cette toux, ou plutôt à cause de cette toux. Comme je l'avais prévu, la bronchite avait entièrement disparu à la fin de la saison. Deux hivers se sont passés depuis lors, sans que cet enfant ait contracté le moindre rhume; il a pris beaucoup de force, et la croissance, qui s'est opérée chez lui d'une manière normale, n'a ramené aucun des accidents bronchiques auxquels il était auparavant si sujet.

Le gonflement chronique des amygdales ou delà muqueuse nasale, que l'on observe si fréquemment chez certains enfants, disparait avec facilité sous l'influence de la médication maritime. Dans tous ces cas les bains de mer doivent être administrés avec méthode et prudence, et la question du climat a une haute importance.

Certains enfants délicats , sujets ou non aux bronchites, sont presque toujours en transpiration. Afin de leur éviter une cause incessante de refroidissement, les parents les couvrent de flanelle et de vêtements chauds, oubliant le sage précepte de Bacon : a Vestes nimiœ, sive in lectis, sive portatse a corpus solvunt (1). » Il résulte de cette funeste habitude que ces enfants transpirent abondamment, dès qu'ils se livrent aux jeux et aux plaisirs de leur âge, et qu'ils ont la peau en moiteur, même lorsqu'ils sont tranquilles ; ils ont en outre presque toujours froid aux pieds. Les bains de mer et les promenades nu-pieds sur la plage , tantôt dans Teau, tantôt dans le sable, donnent dans ce cas une activité étonnante à la circulation capillaire des membres inférieurs. Ils modifient les fonctions de la peau chez ces enfants, et, par la répartition égale et uniforme du calorique naturel qu'ils produisent dans les diverses parties de l'enveloppe cutanée, ils font disparaître tous les accidents dont je parlais tout à l'heure. C'est en agissant de cette manière que la médication maritime produit d'heureux résultats dans le rhumatisme chronique.

Un grand nombre d'affections qui dépendent, chez les enfants et chez les jeunes gens, d'un état de faiblesse prononcé de l'organisme ou d'une surexcitation nerveuse excessive, trouvent un remède assuré dans la médication maritime, surtout lors-

(i) Bacou, Historia vitœ et mortis.

qu'on a lo soin de seconder Teffet do coite médication par une hygiène convenable. C'est ainsi que rinconlincnce d'urine nocturne, l'épuisement occasionne par le travail, par un mauvais régime, par des excès ou par de honteuses habitudes, la chorée, disparaissent sous Tinfluence des bains de mer et principalement sous l'influence d'un séjour jpro^ longé sur les bords de VOcéan.

Un de mes confrères de Porigueux m'adressa, pendant que j*étais à La Tremblade, une petite fille de quatre ans, paraissant forte, bien constituée, qui était atteinte d*incontinence d'urine. Cette enfant pissait au lit toutes les nuits. Les bains et le séjour C3nstant sur la plage suffirent pour guérir en trois S3maines cette afïection qui avait, jusque-là, résisté à tous les remèdes employés.

Les troubles fonctionnels de l'économie et les dérangements de la santé dus à la croissance ou au développement de la puberté chez les enfants et chez les jeunes gens des deux sexes, réclament de la manière la plus impérieuse l'usage de cette médication ; son emploi est, dans ce cas, toujours couronné de succès.

Une jeune fille de 14 ans, d'une maigreur excessive, d'un tempérament nerveux, habitant Angoulôme, avait ea pondant son enfance une chorée très* rebelle. Lo:s^ue je la vis, elle était très-grande pour son âgvi ; faible, sans appétit, essoufflée dès qu'elle marchait. L'écoulement mensuel qui avait paru une ou deux fois n'' revenu. Elle

éprouvait, en un mot, tous les symptômes d'une cMorose portée au plus haut degré. Je conseillai les bains de mer à cette jeune fille. Dès les premiers bains, qu'elle supporta parfaitement bien, son appétit commença à revenir ; elle recouvra quelques forces. Très-vive, d'une gaieté extrême, cette jeune malade passait toutes ses journées à jouer sur la plage, à se promener dans les bois qui l'entourent. Tous les jours, disait-elle, elle se sentait renaître. Après un séjour d'un mois sur le bord de l'Océan, elle partit, fraîche et bien portante, et surtout beaucoup plus forte. Depuis lors, cette jeune fille n'a éprouvé aucun des accidents nerveux qui avaient tourmenté son enfance ; la croissance s'est faite régulièrement, les règles se sont établies, et l'embonpoint, chez elle, a succédé à la maigreur. La guérison, ainsi obtenue par une seule saison de bains de mer, ne s'est pas démentie un seul instant.

Il est une maladie tout à fait spéciale à l'enfance, qui fait le désespoir de bien des mères, et qui guérit admirablement sur les bords de l'Océan ; je veux parler de la courbure des jambes chez les tout jeunes enfants. Cette courbure des jambes reconnaît plusieurs causes. Tantôt elle est due à l'habitude qu'ont les mères et les bonnes de toujours porter les enfants sur le même bras, sur le bras gauche, par exemple; dans ce cas, la jambe gauche seule est courbée en dedans. Presque toujours, cette affection est due à Thabitude que Ton a de faire

— tu ~ marcher lea enfants trop tôt. D'autres fois, elle est iluo il l'habiludc (ju'ont certaines nourrices mercenaires de laiijBcr leurs nourrissons constamment couchés. Ainsi privés de mouvement, ces eofanta s'étiolent, deviennent rachitiques. Us rapprochent instinclivement leurs jambes, les croisent mètne afin do les frotter l'une contre l'autre. Les jambes de CCS enfants restent fortement arquées en dedans.

Quelle, que soit la cause de cette courbure des jambes, il suffit, pour la faire disparaître, de conduire ces enfants sur les bords de la mer, sur une plage sablonneuse. Qu'ils prennent des bains ou qu'ils n'en prennent pas, ils guériront, pourvu qu'ils puissent constamment marcher, pieds et jambes nus, dans l'eau et dans le sable.

Je fus consulté un jour pour une petite Bile de trois ans qui avait les jambes fortement courbées on dedans et qui marchait, comme on dit vulgairement, d'une hanche sur l'autre. Cette enfant, qui avait eu deux ou trois nourrices, était une victime de l'allaitement mercenaire. On avait donné le conseil à la mère de lui mettre des brodequins mécaniques avec des attelles; je repoussai ce moyen comme propre à aggraver le mal, et engageai cette dame à aller s'installer pendant quelques mois chez un pêcheur, dans un coin retiré du bassin d'Arcachon. J'ordonnai, pour tout traitement, de laisser la petite fille constamment sur la plage jouer dans l'eau et dans le sable pieds et jambes nus. Lorsque le temps ne permettait pas de rester sur la plage,

ji.iVR jrm^m^Mmm. ^m^^y^mfmmms^mif^mf^^sms^

jj^, cette enfant avait la ressource de jouer dans le sable

j,. des dunes, à l'ombre des pins. Trois mois après,

cette petite fille était parfaitement guérie. Ses jambes, complètement redressées, no conservaient aucune trace de la courbure qui avait tant affligé sa mère.

Je ne pourrais , sans m'exposer à de longues et inutiles répétitions, faire une énumération complète de tous les cas pathologiques qui réclament remploi de la médication maritime dans Tenfance. Mais après ce que j'ai dit de l'utilité des bains de mer chez les enfants , après les détails que j'ai donnés sur la composition, les propriétés et l'action physiologique de l'eau et de l'atmosphère de l'Océan, il sera facile au praticien qui m'aura lu, de toujours faire une application judicieuse des bains de mer dans la thérapeutique des maladies du jeune âge. Il est regrettable, ^n présence des avantages que la médication maritime offre à l'enfance, que nous n'ayons pas sur notre littoral , comme en Italie, comme en Angleterre, comme en Amérique, de nombreux hôpitaux d'enfants , et que nous en soyons toujours réduits aux deux hôpitaux maritimes de Celte et de Berck, qui sont loin de suffire aux besoins de la population. Mais, dans la création de ces hôpitaux, il ne faudrait pas commettre la faute que l'on vient de commettre à Berck : L'ancien hôpital, construit en briques et en planches, atteignait parfaitement son but ; ses conditions hygiéniques étaient excellentes ; les enfants scrofuleux

et rachiliques y guérissaient parfaiteraent. II était trop petit, c'était là pon seul défaut. 11 eût fallu l'a'H'andir; il eût suffi, pour cela, d'une somme tout à fait insignifiante. Au lieu de cela, on l'a remplacé par un hôpital magnifique qui a coûté des millions, et dont les conditions hygiéniques ne sont certainement pas meilleures, si même elles sont aussi bonnes que celles de l'hôpital primitif. En revanclie, les différents services et les fonctionnaires de l'Assistance publique y sont ailmirablement installés. Le luxe de construction et d'aménagement du nouvel hôpital de Berck est un double contresens. Ce luxe ne convient nullement à des enfants pauvres qui trouveront , lorsqu'ils rentreront chez eux , une différence beaucoup trop grande entre l'hôpital qu'ils abandonnent, et la demeure de leurs parents dans laquelle ils reviennent. D'un autre côté, une construction aussi belle, avec des pierres amenées à grands frais , ne convient pas sur une plage sablonneuse , où le terrain est peu stable. Aussi , cette luxueuse construction à peine terminée, a-t-il fallu immédiatement dépenser vingtcinq à trente mille francs pour empêcher le sable et la mer de l'envahir, ce que l'on ne fera jamais. Lorsque la mer avance ou lorsqu'elle recule, nulle tovca humaine ne peut s'opposer à eon mouvement. Ijcs travaux que l'on exécute tous les ans, à la pointe du Verdon, en sont la preuve. La tour de Cordouan, aujourd'hui en pleine mer, n'était-elle pas autrefois sur cette même pointe du Verdon ?

Brouage , aujourd'hui au milieu des terres, n'étaitil pas autrefois un port de mor ? Le fastueux hôpital de Berck , dont on est si fier, n'est, aux yeux des médecins, qu'une faute administrative qui démontre avec quelle facilité l'Assistance publique gaspille quelquefois l'argent des pauvres. Avec les millions que l'on a si inutilement enfouis sur la plage de Berck, avec les centaines do mille francs que l'on y enfouira encore, on aurait pu construire trente ou quarante petits hôpitaux qui auraient rendu d'immenses services à la population infantile de la France, mais qui eussent rendu, il est vrai, moins de services aux architectes et à certains fonctionnaires^

Il est fâcheux que l'industrie privée ne comprenne pas l'avantage qu'il y aurait pour elle à construire sur notre littoral, si admirablement disposé pour cela, des hôpitaux d'enfants et des maisons maritimes destinées à toutes les classes de la société. Ces hôpitaux d'enfants et ces maisons maritimes, qui permettraient de vulgariser l'emploi des bains de mer, auraient, au point de vue de l'hygiène publique, un intérêt social considérable, et seraient, pour ceux qui les construiraient, la source de revenus certains.

J'ai déjà émis ces idées dans la première édition de cet ouvrage. Mon appel, malheureusement, n'a pas été entendu en France, mais il a été entendu en Amérique.

Lqs Américains, ces hommes si pratiques dans

— 1S8 — toutes les questions sociales, ont construit, d'après mes idcoa et en citant mes travaux, à c Atlantic City, » une maison maritime pour enfanta : « The

s MAniTIME POUR ENFANT!

AtlanUo City ( États -Ûnia).

Children's sea shore House. » Les résultats ont été si satisfaisants, au point de vue de Thygiène et de la médecine, et au point de vue financier, qu'ils en ont construit une seconde , puis une troisième.

*< » i »»wii»^tii SyM S5I^^B5iS ^* » ^^^r^B! > 5^^ ^^^

Ces maisons sont fondées et entretenues au moyen de souscriptions privées auxquelles sMntéresse le gouvernement. Contrairement aux errements de^ Berck, elles sont construites simplenient, et sont, pour les actionnaires, d'un très-bon rapport. Les enfants et les jeunes gens y affluent ; ils y sont reçus seuls ou avec leurs parents. Un grand nombre de jeunes femmes qui nourrissent leurs enfants vont s'installer là, pendant les grandes chaleurs, avec leurs nourrissons, pour les préserver ou pour les guérir de la diarrhée estivale si commune et si dangereuse en Amérique comme en France. Ce moyen réussit parfaitement, ainsi que je Tai bien des fois observé sur les bords de TOcéan. Le docteur William H. Bennett,.de Philadelphie, médecin de l'un de ces établissements, m'écrivait dernièrement, en m'en envoyant le compte rendu, que « The Children's sea shore House » allaient prendre en Amérique un très-grand développement, et il ajoutait ; Nous suivons vos idées. Où en êtes-vous en France ? Hélas ! j'ai dû répondre qu'en France on ne faisait rien , et cependant nous avons un littoral admirable ! Puissent ces lignes tomber sous les yeux de quelques personnes qui comprendront l'importance des maisons maritimes pour enfants, et qui sauront réaliser ma pensée ! Puisque l'Italie et l'Amérique nous ont devancés, sachons au moins les imiter.

Si je ne craignais de sortir du cadre que je me suis imposé, je dirais que les principes que j'ai po-

IK

— (90 — ses suffiront aux autres Ages de la vie, car quoique la mcdicalton maritime soit une médication essentiellement propre h l'enfance, elle convient aussi à toutes les personnes affaiblies. Les hommes épuisés par le travail ou par les excès, les femmes du monde débililces par le séjour des villes ou par les veilles, fatiguées par des parturitionsTéilêrées ou par des allaitements trop prolonges, en retireront d'immenses avantages.

Pour que la médication maritime appliquée à l'enfance soit toujours couronnée de succès, il faut qu'elle soit employée d'une manière rationnelle et judicieuse. 11 est nécessaire pour cela que le climat et la plage que l'on choisit soient appropriés aux phénomènes pathologiques que l'on veut combattre; il faut en outre que les bains de mer soient considères comme un traitement sérieux et qu'ils soient pris d'une manière mclhodi(iue. 11 faut surtout, cl c'est là un point important, que le régime des pctils baigneurs, sur les bords de l'Océan, ne s'écarte jamais d'une hygiène sage et prudente.

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