DE LA MEDICATION MARITIME SUIVANT LES
Les personnes qui n*ont jamais habité les bords de rOcéan s'imaginent que, pour fortifier ou pour guérir des enfants, il suffît de dire à des mères de famille : Conduisez ces petits malades aux bains de mer. Il y a là une erreur que le médecin doit combattre avec toute Tautorité que lui donne son expé-
I^li
rience. Les bains de mer, on ne saurait trop le répéter, ne peuvent pas être pris d'une manière identique par tous les enfants. Il est évident, en eiïet, que la médication maritime, si éminemment utile dans le jeune âge, doit toujours être modifiée suivant la constitution des petits baigneurs et suivant les différents cas pathologiques qui réclament son emploi. Le médecin, dans ses prescriptions, in- " diquera donc toujours la manière dont les enfants doivent faire usage des bains, l'heure à laquelle ils devront les prendre, le temps qu'ils devront y rester. Il faudrait même, pour que le résultat fût aussi complet que possible, qu'il indiquât toujours la localité dans laquelle on doit conduire les petits malades. Les détails dans lesquels je suis déjà entré à cet égard me dispensant de revenir longuement sur ce sujet. Tous les médecins comprendront facilement qu'un enfant faible ou scrofuleux, un enfant atteint de bronchite chronique, ou un enfant bien portant, ne doivent pas prendre les bains de mer de la môme manière. Ils comprendront surtout que le régime et l'hygiène de ces enfants, sur les bords de l'Océan, devront être essentiellement différents.
Le cadre dans lequel je me suis renfermé ne me permettant de m'occuper ici que de la médication maritime dans le jeune âge, les conseils que je donnerai seront particulièrement applicables aux plages tempérées et sablonneuses, les seules, selon moi, qui conviennent aux tout jeunes enfants.
Heure du Bain. — Les bains de mer se prennent
en général dans la journée, dans raprèsmidi surtout, lorsque Thourc de la marée le permet. La température de Teau et celle de Tatmosphcre étant alors plus élevées, un grand nombre d'enfants s'en trouvent mieux. D'un autre côté, Faction directe des rayons solaires rend beaucoup moins pénible, chez les petits baigneurs , la sensation de froid qu'ils éprouvent au moment où ils entrent dans l'eau et au moment où ils en sortent. Cependant, lorsqu'il fait chaud et lorsque l'heure de Ja marée l'exige, les enfants peuvent et doivent môme prendre leur bain le matin.
Dans ce cas, les enfants doivent se baigner peu de temps après être sortis du lit et après avoir fait une petite promenade, mais toujours avant que la faim ne se fasse sentir. Le sentiment do la faim produit chez les enfants un état de débilité qui augmenterait nécessairement dans l'eau et qui pourrait empêcher la réaction do se produire. Il est inutile d'ajouter que les petits baigneurs doivent manger dès qu'ils sortent de l'eau et qu'ils ne doivent pas attendre l'heure du déjeuner.
Il y a des plages, et le nombre en est assez grand, où le bain du matin est beaucoup plus agréable que celui de l'après-midi, non pas que l'eau soit plus chaude le matin que dans le jour, la température (le rOcéan ne varie pas ainsi d'un moment à l'autre : cela dépend uniquement de l'état de l'atmosphère. Sur ces plages, et c'est un fait que j'ai vu se répéter souvent, on peut remarquer que l'atmosphère est
souvent très-tranquille dans la matinée , la mer est calme, n'a pas une ride. Vers le milieu de la journée il s'élève une brise nord-ouest assez forte, qui augmente d'intensité jusque vers quatre ou cinq heures, et qui rend alors les vagues un peu fortes, surtout lorsqu'on se trouve à l'époque des syzygies. Le bain est alors beaucoup plus agréable, il est vrai, pour les grandes personnes, mais il convient beaucoup moins aux enfants faibles. Certains enfants, même, préfèrent toujours prendre leur bain le matin ; ils se trouvent, disent-ils, plus dispos, plus à leur aise tout le reste de la journée. C'est une chose qui doit toujours être livrée à l'appréciation du médecin.
Le bain pris le soir doit être formellement interdit aux enfants. Lorsque le soleil est couché, la brise de terre donne toujours un peu de fraîcheur sur le bord de la mer. Les petits baigneurs alors auront froid en sortant de l'eau; ils auront beau s'essuyer, se couvrir de vêtements, se livrer même à la marche ou à tout autre exercice, ils se réchaufferont difficilement, la réaction se fera lentement chez eux, et ils demeureront toute la huit sous une influence fâcheuse qui troublera leur sommeil et qui pourra même avoir, pour eux, de graves inconvénients.
Heure de la. Marée — Beaucoup de personnes pensent qu'il est indifférent de prendre les bains de mer à la marée basse ou à la marée haute. On a même écrit dans un ouvrage médical destiné aux gens du monde que, « pourvu qu'il y eût de l'eau
« sur la plage, Theure de la marée no faisait rien à a rheure du bain (i). » C'est une opinion que jo no saurais partager et qu'il est de mon devoir de combattre.
Pour que le bain de mer produise sur l'organisme des effets salutaires, il doit être pris d'une manière agréable ; il faut qu'il procure au petit baigneur une sensation de plaisir , un sentiment de bien-ctro général. Or le bain, prisa la marée basse, a toujours quelque chose de triste, quelque chose de désagréable, quelle que soit d'ailleurs la beauté de la plage. L'eau, beaucoup moins chaude, beaucoup moins propre à cet instant, est toujours chargée de matières étrangères qui forment, sur ses bords, une écume épaisse et jaunâtre. Il faut, en outre, aller chercher la mer très-loin, traverser la plage tout mouillé ou la traverser dans une espèce do voiture ou do cabane humide. Il y a là, pour les enfants, avant et après le bain, une cause de refroidissement toujours nuisible , qui suffît seule pour proscrire entièrement l'usage des bains de mer à la marée basse.
Lorsque la marée monte il n'en est plus do môme. En roulant les unes après les autres sur une plage qui est restée pendant plusieurs heures exposée aux rayons d'un soleil brûlant, les vagues absorbent le calorique dont le sable se trouve imprégné peu à peu, lentement, jusqu'au moment où, atteignant le
(i) Guide aux Eaux minérales, par G. James. Paris.
niveau de )a hauto mer, elles restent enfin etationnaires. Il est donc évident qu'à la marée haute et sur le bord de la mer la température de l'eau sera plus élevée qu'elle ne l'était ou qu'elle ne le sera à marce basse, et cela do toute la quantité de calorique que l'eau aura absorbée sur la plage pendant la durée du flux.
Dans un temps chaud et sur une plage sablonneuse, celte difrérence est très-sensible; le sable, en raison de sa ténuité, cédant sa chaleur beaucoup plus rapidement que ne le font les rochers et les galets. Les expériences de Buchan prouvent que cette diiïcrence peut aller quelquefois jusqu'à 5° ou 6° (1). Lorsqu'il s'agit d'enfants ou de personnes valétudinaires, c'est une considération qu'il ne faut pas négliger, et qui a, dans beaucoup de cas, une haute importance thérapeutique.
Le bain de mer pris à la marée montante est donc, eous le rapport de l'agrément comme sous celui de l'élévation de température de l'eau, préférable do beaucoup au même bain pris à la marée basse.
' Une autre raison qui n'est fondée que sur une simple mesure de prudence m'engage à toujours ~ prescrire le bain pendant la marée montante aux enfants et aux personnes faibles, surtout lorsque la mer est un peu houleuse. Tout le monde sait en effet que lorsque la mer monte, elle tend à repousser
(I) PisîiicalobBeiT. coBcerDing ee»-balUBg.
vers le rivage tout ce qu'elle rencontre. Si donc les enfants sont renversés par une vague un peu forte, ils seront rejetés sur le sable. En se voyant hors de Teau, ils riront de leur chute, et ils ne seront pas effrayés comme ils le seraient à marée descendante, en se voyant entraînés par une force irrésistible du côté où la mer a plus de profondeur. Ce jeu môme les amuse beaucoup, ils recommencent et ils prennent ainsi en riant et sans avoir peur, d'excellents bains de lames.
Le moment de la pleine mer est également une heure très-propice pour le bain. L'eau est chaude et tranquille lorsque le temps est calme. C'est en gêné* rai le moment que l'on préfère pour les enfants.
Lorsque la mer commence à descendre, elle laisse sur le rivage les herbes et les autres corps étrangers qu'elle avait charriés pendant le Hux. L'eau est alors plus limpide, plus propre, et la mer, dit-on, plus agréable. Les vrais baigneurs et les nageurs choisissent quelquefois cet instant pour se baigner, qui doit être, par la raison que je viens de donner, formellement interdit aux enfants.
On voit, d'après cela, que sur les bords de 1« mer les enfants auront tous les jours, pour prendre leur bain, un espace de temps qui aura toujours la uxùuui durée , quoique à une heur^ un peu dilïuiuit^ chaque jour, pendant lequ/el l'eau de ÏV^mx icui* offrira, avec une certitude et uœ réguluiiU- iii^UiC/ matiques, toutes leswuditivnspvssii^ic*! <i V^iCuu ui et de coDveasAce.
Lorsque la mer finit do monter, lorsqu'elle est pleine où lorsqu'elle commence à descendre, Teau de la plage présente doa conditiona qui, sous tous lea rapports, sont meilleures pour le bain, que dans lout autre moment. Les enfants pourront donc toujours, en modifiant un peu et de temps en t«mps seulement les heures de leurs repas, profiter de l'un des moments de la marée que je viens de signaler. Par conséquent , l'heure du bain devra toujours être réglée sur l'heure de la mar^e ; mais on ne doit pas oublier qu'un intervalle de doux heures au moins est nécessaire entre la fin du dernier repas et le moment de l'immersion dans la mer.
CosTUMB. -^ Le costume de bain le plus commode pour les enfants, se compose d'un pantalon couit et d'une petite blouse serrée à la taille, ou d'un pantalon à corsage d'une seule pièce. Ce vêtement, en étoffe de laine légère, de couleur plus ou moins foncée, se boutonne par devant et est très- facile à mettre et à ôter.
Quelques médecins se sont élevés avec force contre l'usage de ce costume, qui gêne, discnl-ils, les mouvements et empêche les baigneurs de se livrer à l'exercice salutaire de la natation, et ils voudraient qu'il fût remplacé par un simple caleçon. Ces auteurs prétendent même que l'interposition d'un tissu de iaine sur la peau, quelque léger qu'il soit, en einpôchant le contact direct de l'eau sur la périphérie du corps, détruit l'efîet produit par l'action des vagues et atténue, s'il ne la détruit pas
entièrement, l'espèce de massage qui est dû au choc des flots, et qu'ils regardent comme un des effets les plus favorables du bain de mer.
J'ai autant de confiance que qui que ce soit dans l'action stimulante que le choc des flots produit sur la peau des enfants, et je regarde comme une chose très-salutaire Tespèco de massage que ce choc occasionne sur le système cellulaire ou sur le système musculaire. Mais est-on réellement fondé à dire .qu'un tissu de laine très-clair peut empêcher ces bons effets, qu'il peut même les atténuer ? Je ne le pense pas. Tous les praticiens ne savent-ils pas d'ailleurs que les engorgements pathologiques, contre lesquels les bains de mer sont si efficaces, sont presque toujours situés sur des parties du corps que le costume de bain laisse habituellement à découvert, comme le cou et les extrémités des membres supérieurs ou inférieurs ?
A part les idées de décence et de convenance, je ferai remarquer, en me plaçant au point de vue de l'hygiène, que loin d'avoir des inconvénients, ce tissu de laine lége rdont on couvre les enfants, a le double avantage de garantir leur peau de l'action trop vive des rayons solaires et de l'impression pénible qu'occasionne quelquefois le contact de l'air et de l'eau, au moment où ils entrent dans le bain et au moment où ils en sortent. L'usage de ce costume ne repose-t-il pas d'ailleurs sur les principes les plus vrais de l'hygiène ? Ne sait-on pas, en effet, que toutes les personnes qui sont exposées à être
mouillées par rc«au de mer, comme les pêcheurs, IcH matelots, ont constamment un vêtement de laine nlîn (rempcrlicr (ju'uno évaporation trop rapide de cette eau ne devienne chez eux une cause incessante (le refroidissement ?
Tn chapeau de paille, h bords plus ou moins larges, ou un simple mouchoir, servira à garantir la tête des petits baigneurs de l'action trop forle des rayons du soleil.
Les enfants nicLtront en outre, s'ils le veulent, des chaussures excessivement légères. Sur certaines plages ils pourront môme s'en passer, et ils se baigneront pieJa nus, tant le sable y est fin et uni. Ils éviteront ainsi Tusage grotesque des sabots que le docteur Lecœur, de Caen, conseille eji ces termes dans son Traité des Bains de mer : « Enfin, pour a ne rien laisser à désirer dans Tattirail du confort a iahlc nécessaire au baigneur, il pourra compléter a son é(iuipement par U7ie paire de sabots assez « JVïs/cs pour pouvoir y introduire ses pieds tout « chaussés do souliers ou de brodequins. » (1)
11 est possible (|ue les sabots soient indispensables, ({u'ils soient confortables même sur les plages hérissées de galets. Malgré l'autorité du praticien que je viens de citer, ce genre de chaussures me paraît é r.inemment propre à occasionner des chutes et des entorses. J'aime bien mieux voir les enfants courir et gambader en toute liberté pieds nus sur le
(1) Lecœur, de Caen. Op. cit., Tom. 1", p. 195.
sable ; ils s'en trouveront beaucoup mieux sous le rapport de Thygiène et sous celui de ragrétnent.
De l'exercice avant le Bain. — Lorsque le petit baigneur aura revêtu son costume de bain, il se promènera quelques instants sur la plage, afin de mettre la température de son corps en harmonie avec celle de Tair ambiant. Il ne devra se promener après avoir quitté ses habits que le temps qui lui est strictement nécessaire pour perdre Texcès de calorique qu'aura pu lui procurer la marche ou Texercico, et il aura bien soin de ne pas attendre à avoir froid pour entrer dans la mer. Il vaut mieux entrer dans la mer ayant un peu chaud qu'ayant froid.
En effet, lorsqu'on éprouve déjà une impression de froid avant d'entrer dans l'eau, cette sensation ne peut qu'être augmentée par l'immersion complète du corps ; car quelle que soit la température de l'eau ou celle de l'atmosphère, le bain de mer constitue toujours un bain froid. Il enlève rapidement à la peau et par suite à tout l'organisme une quantité énorme de calorique. L'anxiété épigastrique est alors plus prononcée et dure longtemps. L'énergie vitile du baigneur, déjà affaiblie avant l'entrée de ce dernier dans l'eau, est encore diminuée par le fait même de l'immersion et ne permet plus à la réaction de se produire. La faiblesse, la débilité ne tardent pas à se manifester, et le frisson se fait sentir immédiatement ; le malade est obligé de sortir de l'eau.
Pris de cette manière, les bains de mer, au lieu
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de fortifier , afîaiblissent beaucoup. Le docteur Currie a parfaitement expose le danger qu'il y a à agir ainsi. Voici comment il s'exprime : « Rien n'est plus salutaire, selon moi, qu'un bain froid pris après un léger exercice, de bon matin, avant que la transpiration ait dissipé la chaleur et que la fatigue ait débilité la puissance vitale. Cela est si vrai que j'ai pendant plusieurs années constamment recommandé à plusieurs personnes de pren* dre de l'exercice avant de se mettre dans un bain froid, pour augmenter l'action du système vasculaire, la chaleur, et conserver une force de réaction dans le saisissement qu'on éprouve en s'immergeant, ce qui n'arrive pas toujours sans cette précaution. L'opinion populaire qu'il est plus sain d'entrer dans l'eau lorsqu'on est très*refroidi est fondée sur des notions fausses et produit quelque* fois des suites fâcheuses. C'est ainsi que des personnes qui ont chaud et qui commencent à suer pensent souvent qu'il est nécessaire d'attendre près du bain qu'elles soient entièrement refroidies ; ensuite, en se plongeant dans l'eau, elles ressentent un frisson qui est alarmant et dangereux. Dans de semblables cas, on attribue le malaise qu'on éprouve à ce qu'on est entré dans Teau ayant chaud, tandis qu'au contraire c'est parce qu'on y est entré ayant trop froid. (I; * Un autre médecin qui s^'est également occupé de
(1) Xedieal Report on the effiecti of wâUr^hf James Conle.
Faction des bains de mer, Marcard, énonce ainsi le môme précepte : « Il faut opposer au bain froid un « certain jeu des organes et une certaine activité de « la circulation. » (1)
Cette observation n'a pas échappé aux médecins allemands qui étudient TeiTet des bains de mer dans des contrées encore plus froides que les nôtres. Voici ce que dit à ce sujet le docteur Pfafï : « Il est « très-salutaire que les vaisseaux se trouvent dans « une agitation modérée par de petites promenades, « pour que la réaction puisse devenir plus forte, et a il est nuisible d'entrer au bain froid avec la peau « refroidie. )»
Manière d'entrer dans l'eau. — Le petit baigneur entrera dans la mer en courant, faisant jaillir l'eau sur lui et autour de lui. Apres avoir fait quel" ques pas, il fléchira vivement les çenoux en portant le tronc en avant , et plongera trois ou quatre fois son corps dans Teau. En môme temps il se frottera le devant de la poitrine avec la paume de la main, afm de diminuer le sentiment d'anxiété et d'oppression que tout le monde éprouve à cet instant. Il avancera ensuite hardiment dans la mer.
81 l'enfant sait nager, il entrera également dans L'eau en courant, puis il s'élancera dans la mer au lieu de s'y plonger à diverses reprises, comme je viens de le dire.
Les préceptes que j'ai donnés Jout à l'heure, émail) Dd la Nature et de l'Usage des Bains. Paris^ an IX. In-8
nant tous d'hommes dont l'expérience fait autorité, prouvent combien le conseil que je donne d'entrer dans l'eau en courant est bon et salutaire pour les enfants, pour les enfants affaiblis surtout ; cela provoque et favorise singulièrement la réactiOB.
Que l'on compare cette manière de faire à celle qui est usitée sur certaines plages couvertes de gaiets. Porteurs de grosses chaussures, quelquefois même de sabots qui les gênent en protégeant leurs pieds, les petits baigneurs vont, en trébuchant, gagner la mer dans laquelle ils entrent d'un pas mal assuré, presque refroidis, au risque d'attraper une entorse, au risque mémo do se blesser si la vague les renverse. Toutes les personnes qui ont fréquenté 1 1* les bains de mer ont vu des enfants, des êtres valé-
' I tudinaircs qui avaient gagné l'eau comme je viena
à'U'i do le dire ; d'autres sortant de voitures froides et
humides, debout sur le rivage ou marchant sur des planclies mouillées, p&les, tremblants, attendant pour entrer dans l'eau, l'effroi peint sur la figure, lo moment où le guide allait venir les prendre. Puis, comme le tour de chacun arrive rcgulicrement quoique lentement, sur les plages adoptées par la mode, et quel que soit d'ailleurs l'état de l'atmosphère, le guide prend enfin ces infortunés bai= gneurs, les enlève, les plonge brusquement dans l'eau, sans que ces malheureuses petites créatures, déjLi paralysées par la crainte, puissent exécuter le moindre mouvement, puissent faire le moindre effort QLUsoulaire qui leur permette de réagir un peu
contre la sensation de froid si peu agréable qu'on leur procure. Je le demande à tout médecin consciencieux : ces bains peuvent-ils produire un effet aussi salutaire que lorsque les enfants jouent et courent, libres et joyeux, sur un sable très-chaud, avant, pondant et après le bain ? La réponse ne saurait être douteuse.
De l'exercice dans le Bain. — De toutes les manières de se baigner à la mer, la meilleure, sans contredit, est celle qui consiste à nager. Les enfants feront donc très-bien de prendre en se baignant des leçons de natation, rien ne pouvant, à la mer, remplacer les mouvements souples et réguliers qui constituent l'art du nageur.
Les enfants qui ne savent pas nager devront se donner, pendant leur bain, le plus de mouvement possible, afin de diminuer cette propension au refroidissement que Ton éprouve toujours dans la mer, et qui est cause, bien souvent, que le bain ne peut avoir la durée qu'on aurait voulu lui donner.
Les enfants se livrent quelquefois dans Teau à un exercice que je regarde comme très-salutaire. Plusieurs d'entre eux se -donnent la main et forment un grand rond. Ils se livrent alors à tous les ébats, à toutes les espiègleries que la position et les circonstances leur suggèrent. Chacun d'eux prend un point d'appui sur son voisin, et la petite troupe avance avec hardiesse dans l'eau. Lorsque la mer est houleuse, cette pratique est excellente. La vague passe quelquefois sur tous les petits baigneurs
qu'elle couvre sans les effrayer; si Tun d'eux est culbuté, son voisin le relove en riant de sa mésaventure et riant un instant après de la sienne propre.
Lorsque TOcéan est tranquille, la manière dont on présente la surface du corps à Faction de la lame est indifférente puisque les vagues ne font alors que caresser agréablement le baigneur. Mais, dès que la mer est agitée, il n'en est plus de même ; si l'on reçoit la lame en plein dos ou en pleine poitrine, on sera renversé. Il faut alors, quand on voit venir la vague, se placer de côté, écarter un peu les jambes, s'appuyer sur celle qui est en arrière, et présenter obliquement à l'action de la vague le côté opposé du corps. La vague passera par-dessus la tête du petit baigneur ainsi placé, mais elle ne le renver* sera pas.
Un autre moyen très-bon de recevoir la lame consiste à sauter, presque verticalement et un peu en avant, au retour de chaque vague. Le baigneur est ainsi enlevé par la vague elle-même, et une partie de son corps seule est soumise à son action au moment où il passe au milieu de la lame qui déferle. Cet exercice exige de la promptitude dans le coup d'œil et une grande précision dans les mouvements, afin de n'exécuter le saut qu'au moment favorable, sans quoi on perdrait l'équilibre. Il est donc prudent, pour les enfants, de ne s'y livrer que lorsqu'ils sont en nombre et en se tenant par la main : comme cela il n'y a aucun danger.
Ce qu'il faut éviter, par-dessus tout, c'est de se tenir dans la mer comme le font précisément beaucoup de petits baigneurs trop timorés, debout, ayant de l'eau jusqu'à la ceinture, et le reste du corps à découvert après qu'il a été mouillé. Lorsque l'on prend un bain de mer, on ne doit pas oublier que le corps doit être constamment ou presque constamment dans Veau,
Durée du Bain. — Il est difficile de fixer, d'une manière exacte et précise, le temps pendant lequel les enfants doivent rester dans l'eau. Cependant, on peut dire d'une manière générale que la durée du bain de mer doit toujours être courte. Cette durée variera selon l'âge et la constitution des petits baigneurs, selon le degré de chaleur de l'eau et de l'atmosphère, et aussi selon l'état de la mer. Le bain doit être d'autant plus court que les enfants sont plus jeunes et plus faibles, la température de l'eau ou celle de l'atmosphère moins élevée, et la surface de l'Océan plus agitée.
Les enfants d'un âge très-tendre et les enfants faibles doivent rester dans l'eau de une à trois minutes, et même moins. Au-dessus de cet âge, et chez les enfants qui se trouvent dans de meilleures conditions de santé, la durée du bain sera portée de trois à cinq minutes. Les enfants peu excitables et les jeunes gens peuvent rester dans l'eau de cinq à dix minutes. A mesure que l'usage des bains de mer fortifiera les enfanjts, la durée de chaque bain pourra être graduellement augmentée.
On peut dire, d'une manière générale, qu'il est prudent pour le baigneur de sortir de la mer quand, après avoir éprouvé dans l'eau un sentiment de bien-être remarquable, il commence à ressentir une Bensation do froid assez vive et un frisson prononcé.
SoiiTiB DE l'Eau.— Le petit baigneur, en sortant de l'eau, trompera ses pieds, une ou deux secondes, dans de l'eau chaude, afin de rappeler, vers les extrômitôa inférieures, le sang que le bain de mer fait toujours reiluer un peu vers la tête, et afin aussi de débarrasser les pieds du sable qui s'y sera attaché. Puis il s'essuiera très-légèrement avec du linge non chauffé, et il prendra sa chemise également non chauffée. Cette manière de faire a pour but de laisser adhérer à la peau une partie des principes salins qui entrent dans la composition de l'eau do mer et '[ui provoquent bientôt, sur toute la surface du corps, une réaction salutaire.
Aussitôt qu'il aura fini de mettre ses vêtements,, le petit baigneur prendra un peu d'exercice, et il ne tardera pas à éi>rouver une sensation do chaleur aL'réable. L'accroissement de la force musculaire, le bien-cire général que l'enfant ressentira, seront une preuve certaine des avantages qu'il retirera do l'usage des buins froids. Si ce sentiment de chaleur ne se faisait pas sentir, si le petit baigneur, au contraire, Luntinuait à avoir froid, ce serait uno preuve qu'il ser lit resté trop longtemps. dans l'eau. Une tasse de thé ferait immédiatement disparaître ce
petit malaise. Sous aucun prétexte, les enfants ne se mettront au lit en sortant de l'eau ; cette pratique vicieuse leur ferait perdre les bénéfices des bains de mer.
Age auquel les enfants peuvent prendre les BAINS DE MER. — Lcs cnfauts au-dcssous de trois ans, à moins d'exceptions rares et qui seront toujours indiquées par le médecin , ne doivent pas prendre de bains de mer. L'immensité de l'Océan, le bruit des vagues, le sentiment d'oppression épigastrique, tout se réunit pour leur inspirer de l'effroi et rendre dangereuse, chez eux, une pratique qui leur deviendra si salutaire à un âge un peu plus avancé; mais ils peuvent prendre, avec avantage, des bains d'air maritime.
Il ne faut jamais plonger les enfants dans la mer par surprise et malgré eux. Il faut, au contraire, les amener à se mettre d'eux-mêmes dans l'eau, ce qui est toujours facile. Un moyen bien simple d'habituer les jeunes enfants à la vue et au bruit de r Océan, consiste à se promener avec eux sur la plage, lorsque la mer est calme et pendant que la marée monte. On jette dans la mer des objets qui surnagent et qu'ils cherchent à saisir lorsque la vague les amène vers eux. De temps en temps, une vague un peu plus forte que les autres mouille leurs pieds, puis leurs jambes. Au bout de quelques ins* tants, le désir d'avoir les objets qui flottent l'emporte sur la peur qu'ils ont de marcher dans Teau.
— îas —
BienUt la vue, le bruit des vagues ne les effraient plus, et ils entrent réBolùment dans la mer.
On voit, tous les ans, à Trouville, àRoyan, et sur toutes les plages à la mode, de tout jeunes enfants que l'on plonge, malgré eux, dans la mer, et qui se cramponnent ou plutôt s'attachent convulsivement au cou des personnes qui les tiennent dans leurs bras. Malgré leurs cris, malgré leurs larmes, malgré leur effroi, on les plonge dans l'eau. Cette pratique irrationnelle me paraît excessivement dangereuse et capable d'amener de graves accidenla. Pour deux ou trois enfants qui peut-être retireront un peu de bien de ces bains, il y en aura un trèsgrand nombre qui n'en éprouveront que du mal.
Chez plusieurs de ces enfants, les bains de mer peuvent être remplaces, avec la plus grande facililé, par des bains de sable ou par des bains de jambes qui ne les effraieront jamais, qui les amuseront beaucoup et qui leur seront bien plus salutaires.
Les préceptes que je viens de donner s'appliquent d'une manière générale à tous les enfants âgés de quatre à quinze ans. Mais on devra toujours les modifier dans l'application que l'on en fera suivant la constitution des petits baigneurs, et aussi suivant les maladies dont ils seront atteints. 11 est inutile, en effet, de faire observer qu'un enfant qui aura la muqueuse pulmonaire susceptible, ou qui aura une bronchite chronique, sera loin de pouvoir user de la médication maritime, comme le fera un enfant atteint d'une maladie grave des fonctions digeetives.
Un enfant lymphatique, chez lequel il y aura faiblesse et atonie de tous les organes, de toutes les fonctions, ne devra pas non plus prendre les bains de mer de la même manière qu'un enfant nerveux et excitable que le simple mouvement des vagues impressionnera quelquefois d'une manière incroyable. Chez l'un, l'atmosphère excitante de l'Océan devra toujours être adoucie par les senteurs résineuses du pin maritime ; chez l'autre, cette atmosphère et le soutHe salé de la brise activeront et rétabliront en quelques jours les fonctions digestives. Chez celui-ci, le bain devra être un peu plus long ; chez celui-là, il devra être très-court. Aux uns le bain du matin conviendra, aux autres le bain de l'après-midi. Il n'appartient qu'au médecin de préciser et d'apprécier toutes ces modifications qui varient avec chaque enfant et qui, en réalité, déterminent et confirment seules le succès de la médication maritime dans le jeune âge.
PHAHE DE COaDOUAH
CIIAPITIIK VIII