HYOIENE DES ENFANTS SUR LES BORDS DE L'OCEAN
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Cette remarque du grand physiologiste fait comprendre de suite quelle doit être l'hygiène des enfants sur les bords de TOcéan. L'hygiène consiste pour eux à se trouver continuellement exposés aux influences salutaires de l'atmosphère maritime, afin d'être constamment baignés et pénétrés par l'air marin qui est si excitant et si bienfaisant tout à la fois.
Les raisons sur lesquelles je me suis appuyé pour démontrer qu'il faut choisir pour les enfants une plage chaude et sablonneuse, les détails que j'ai donnés, les règles minutieuses que j'ai formulées sur la manière dont les enfants doivent prendre leurs bains, prouvent l'importance que j'attache au régime des petits baigneurs, pendant qu'ils sont sur les bords de l'Océan. L'hygiène du baigneur, en effet, est une question d'une haute gravité qui, seule, assure le succès ou l'insuccès des bains de mer, et cependant, grâce à la mobilité d'esprit qui nous caractérise, c'est la question dont on s'occupe le moins, lorsque l'on se décide à employer ce moyen thérapeutique.
Sur les bords de l'Océan l'air est toujours plus frais, plus renouvelé qu'en tout autre lieu. Il est d'autant plus vif que la plage est plus largement ouverte sur la mer ; il est d'autant plus pur que la plage est sablonneuse et plus éloignée de tout cours d'eau douce. La pureté excessive de l'atmosphère maritime doit être prise en grande considération. Les enfants étiolés par l'air des villes s'en trouvent.
à merveille; il suffît d*un séjour même très-court à la côte pour amener chez eux un changement remarquable. J'ai déjà dit combien Tair de l'Océan est pur et vivifiant, combien les principes résineux qui parfument certaines plages sont salutaires. J'ai fait remarquer les avantages sans nombre que les plages tempérées ofYrent dans quelques cas, sur les plages du nord ; j'ai dit surtout combien elles sont préférables pour les enfants faibles.
Afin de ne pas soustraire un instant son corps à l'action bienfaisante de l'air et du soleil, ces deux grands modificateurs hygiéniques, le petit baigneur vivra continuellement sur la plage. On lui fera habiter une chambre xmste^ aérée^ dans laquelle il pourra largement respirer. Il portera un vêtement léger en toile blanche ou d'une couleur claire, sauf à se couvrir davantage le soir si la température l'exige. Un chapeau de paille garantira sa tête des rayons solaires.
Les enfants doivent avoir des vêtements qui ne compriment nullement le corps, qui permettent aux muscles d'agir et qui ne leur imposent aucune contrainte.
L'influence que les vêtements exercent sur la santé des enfants est beaucoup plus grande qu'on ne le croit généralement.
Lorsqu'un enfant se développe sans être ni gêné, ni contraint par un vêtement trop serré, ses muscles, exercés à balancer son corps et à maintenir l'équilibre, prennent de bonne heure le volume qui leur
est nécessaire, et Thabitudo d'une action qui les fortifie Lorsqu'au contraire un enfant est toujours étayé, toujours serré dans un vêtement qui forme une gaîne raide et inflexible, ces mômes muscles, dans une inaction contre-nature, n'acquièrent ni la force ni le volume qu'ils doivent avoir, et le corps fléchit aussitôt qu'il cesse d'être soutenu. L'enfant est pâle, ses chairs sont flasques, sa peau ne fait pas ses fonctions. Les digestions elles-mêmes se troublent et ne se font plus régulièrement.
Je fus consulté, il y a quelques années, pour une petite fille de cinq ans qui habitait Paris. Elle était pâle, maigre, étiolée. Son estomac ne supportait aucune nourriture, et elle, avait une diarrhée continuelle. On lui avait prescrit un régime très-sévère : on lui avait ordonné tous les amers, tous les fortifiants possibles. Malheureusement les médicaments n'étaient pas mieux supportés que les aliments. Cette enfant, excessivement délicate, était mise avec un soin très-grand. Elle marchait sur la pointe des pieds de peur de salir sa robe, qui lui serrait fortement la taille, et qui était aussi blanche que sa peau. C'était, en un mot, une charmante poupée. La mère, qui savait qu'on avait porté un pronostic fâcheux sur l'état de son enfant, était désolée. J'insistai pour que l'enfant ne retournât pas à Paris et pour qu'elle fût confiée à sa grand'mère, qui habitait une grande ville, il est vrai, mais qui avait un jardin attenant à sa maison. Je supprimai les amers, les fortifiants, et je prescrivis pour tout lirai*
tement des bains alcalins et des frictions aromatiques. Je mis pour condition première et expresse de ce traitement, que Tenfantne seraitjamais habillée, qu'elle n'aurait que des vêtements simples, larges, et légers qu'elle ne craindrait pas de salir sur le sable du jardin de sa grand^mère ou sur celui des promenades de la ville où elle devait, selon moi, passer tout son temps, dans un exercice presque continuel. Sous Tinfluence de ce traitement purement hygiénique, la peau de la petite malade, qui était mate et transparente, prit de la couleur, les muscles acquirent de la force, la diarrhée s'arrêta, les fonctions digestives se rétablirent et, au bout de quelques mois, cette enfant si délicate était devenue une petite fille fraîche, forte et très-bien portante.
Des chaussures très-légères, telles que des spadrilles ou des brodequins en toile à voiles, sufïîront aux enfants pour courir sur le sable. Les petits baigneurs pourront même passer une partie de la journée jambes et pieds nus sur la plage, avec un trèsgrand avantage pour leur santé.
Ils devront avoir les cheveux coupés très-court. Les cheveux longs et bouclés, qui ornent si souvent la tête des enfants et qui flattent tantTamour-propre des mères, entretiennent une transpiration continuelle sur cette partie du corps, .et prédisposent les enfants aux angines et aux coryzas.
Les enfants, dont les fonctions digestives seront continuellement excitées par Tair vif et salin du bord de la mer, trouveront, dans le poisson et dans
les coquillages, toujours abondants sur les côtes, une nourriture saine et salutaire, renfermant en quantité de l'iodo et du chlorure de sodium parfaitement assimilés. Ces aliments remplaceront donc avec avantage l'huile de foie de morue et toutes les préparations pharmaceutiques analogues. Les petits baigneurs auront plus d'appétit que lorsqu'ils habitaient la ville, mais ils devront avoir, malgré cela, des repas très-réglés ; le malin ils prendront toujours quelque chose avant de sortir.
L'effet excitant, que Tatmosphère maritime et les bains de mer produisent chez les enfants, ne peut devenir salutaire chez eux qu'à la condition expresse qu'ils répareront leurs forces. Les petits baigneurs doivent donc consacrer beaucoup de temps au sommeil ot no jamais veiller, rien ne pouvant remplacer, dans le jeune âge, le repos qui se prend la nuit. Ne sait-on pas que les veilles répétées ruinent les tempéraments les plus forts, les constitutions les plus robustes ? et Hippocrate n'a-t^ii pas dit, depuis des siècles : a Le sommeil humecte et relAche le corps, u la veille le dessèche. » Les enfants ne doivent donc prendre, sur le bord de l'Océan, que des plaisirs qui les fortifient, et non des plaisirs qui les énervent.
Tel est le langage que tiendra le médecin au\ personnes qvii conduisent leurs enfants aux bains do mer rians !o seul but de les amuser, ou qui ne les conduiserU que dans les stations où il y a des bals d'enfants devenus aujourd'hui le com-
plément obligé du traitement maritime dans le jeune âge.
Quel avantage des enfants lymphatiques ou des enfants fatigués parla croissance, peuvent-ils retirer des bains de mer, pris dans do semblables conditions et avec de tels écarts de régime ?
Il faut habituer les enfants à se coucher de bonne heure et à se lever de bonne heure, c'est-à-dire dès qu'ils sont réveillés, c'est une pratique excessivement salutaire et que tout le monde devrait suivre. Rien n'affaiblit autant les enfants que l'habitude de rester au lit le matin, après leur réveil. Rien, au contraire, ne donne de la force comme les promenades matinales au bord de la mer.
Il convient que les enfants soient couchés durement, sur un matelas, jamais sur un lit de plume. Un lit dur donne de la force et de la vigueur, un lit mollet affaiblit et énerve. On n'a pas à craindre que les petits baigneurs ne dorment pas sur un lit dur, car, comme l'a très-bien dit La Fontaine : « Tout « est couchette et matelas pour les enfants. » Jean- Jacques Rousseau a dit également avec beaucoup do raison : « Il importe de s'accoutumer à être mal a couché ; c'est le moyen de ne plus trouver de maua vais lit. En général, la vie dure, une fois tournée « en habitude, multiplie les sensations agréables ; « la vie molle en prépare une infinité de déplaisan- (c tes. Les gens élevés trop délicatement ne trouvent a plus de sommeil que sur le duvet; les gens accoua tumés à dormir sur les planches le trouvent par-
« tout. Il n'y a pas de lit dur pour qui s'endort a en se couchant, (1) »
Afin de jouir des avantages que leur offrent les conditions topographiques et climatériques d'une plage sablonneuse et tempérée, les enfants devront mettre en jeu toutes les ressources de Thygiène. Ils devront surtout prendre beaucoup d'exercice et faire de longues promenades à pied. Rien n'est plus utile à la santé que l'exercice. Cette vérité était connue des anciens, aussi firent-ils de la gymnastique la base de l'éducation nationale. Les premiers habitants de la Grèce , persuadés même que l'âme acquiert une énergie d'autant plus grande que le corps acquiert plus de vigueur, ne s'occupèrent d'abord qu'à développer les forces physiques ; c'est pourquoi la première génération de ce peuple donna des athlètes. A mesure que la civilisation fît des progrès, on s'occupa davantage à développer les facultés intellectuelles, et les générations suivantes produisirent des héros. Pendant de longues années, la jeunesse romaine trouva la force et la santé dans les exercices du Champ-de-Mars ; et tant que le peuple-roi ignora le luxe et la mollesse, il fût invincible. L'histoire ne nous apprend-elle pas que Jules César ne dut qu'aux exercices du corps et aux fatigues de la guerre de devenir, malgré sa constitution faible et délicate, le guerrier le plus robuste et le héros le plus intrépide de son temps ? Le défaut
(1) ÉmiU, liT. U.
un t'iMl iCliiprIio jiliin ou molnn y['rMUtl| TmII uttltrn (loF4 (riMi)tlpN (Idtf^ In (MriMildlinn. \\i\\\** lo4 HiM'rrMnitn; ilo lA «Iprt iMuliMriMM tliui" Im plup.irt iIpq vlrar»M'r« |,n
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Pdtuldh'P'i, P( qUP 1 nu (lUt'd itpq PUiflufH (tVi'P noi, Jp Up PiturtU'j (rup ippnninhuiilpr (lUN pniputn iIp Inlmipr uuii'phpr t*p4 ilprnlPin ilttun l'tmu ('pa piuuppa, ihiun InittipipllnM Iph puI'(Ui(miiu( iln l'ofUt titudH Jumpi'mix
chevilles, tantôt jusqu'aux genoux , les amuaent beaucoup et donnent à leur organisme une force étonnante. Riend'ailleurs ne les délasse comme cette immersion partielle des jambes dans l'eau toujours si chaude du rivage. Ils peuvent continuer à se promener, quoique leurs vêtements soient mouillés par l'eau de mer, ils ne s'enrhumeront jamais. Au lieu d'éprouver une sensation de refroidissement, ils ressentiront au contraire, sur toutes les parties du corps qui auront été mouillées, une chaleur trèsgrande, preuve certaine de l'excitation salutaire qu'a produite chez eux le contact momentané de l'eau salée.
On pourra rendre ces excursions aussi •variées qu'instructives en s'occupant de botanique, de géo< logie ou d'histoire naturelle.
Quand on entreprend de ces promenades avec des enfants, ces derniers doivent toujours avoir dans leurs poches du pain et quelques fruits qu'ils mangeront lorsque la faim se fera sentir. Sans cette précaution on serait quelquefois très-embarrassé, car sur la c6te ou dans les dunes on est souvent fort éloigné de toute habitation.
II existe au bord de la mer une espèce de voiture que l'on peut utiliser pour faire de longues excursions sur la plage. Ce sont des charrettes traînées par des boeufs et dont les roues très-larges ne peuvent pas enfoncer dans le sable. Ces charrettes, qui servent à faire les charrois sur la plage, passent partout, dans le sable, dans l'eau, dans les dunes.
C'est un moyen très-commode pour une famille d'aller faire une partie de plaisir sur un point éloigné de la côte. Dans d'autres localités ce sont des ânes, des petits chevaux parfaitement dressés.
Les promenades en mer seront également trèsfavorables à la santé des enfants ; je ne puis que les recommander vivement. « En raison de la pres- « sion atmosphérique, nous absorbons sur mer, par « le même nombre d'inspirations, une plus grande a quantité d'oxygène que sur le haut des montagnes, « car les quantités d'oxygène inspiré et d'acide cara bonîque exhalé par les poumons varient suivant a la pression barométrique. Riche de lumière, ven- « tilé presque Incessamment par les brises, pur de tt toutes les émanations délétères, moins chaud en a été, moins froid en hiver, l'air maritime doit peuta être à l'humidité saline qui imprègne ses couches « inférieures des propriétés particulières jusqu'à « présent mal appréciées; il est certain qu'il agit a favorablement sur les constitutions molles et lyma phatiques (1). »
Les enfants et les jeunes gens se trouveront trèsbien de passer quelques heures sur mer. Rien ne me paraît propre à rétablir le cours normal des sécrétions et des excrétions comme l'action tonique de l'air salin qui pendant plusieurs heures imprègne tout le corps. Les anciens étaient déjà convaincus de l'utilité de ce moyen. Suétone raconte que l'em-
(f) Michel Lévy. Op. cit. Tom. 11^ p. 447.
pereup Au^ste, lorsqu'il voulait se délasser de ses travaux, préférait cet exercice à tous les autres : •I. Si quo mari perventre posset, potius naviga- « bat (1). n Ces promenades sur mer réussissent principalement dans certaines affections de l'estomac et des intestins, par le ton qu'elles donnent à la muqueuse interne, et par la propriété qu'elles ont d'exciter l'appétit. J'ai vu plusieurs fois des enfants chez lesquels des chaleurs excessives, un travail opiniâtre ou un mauvais régime avaient amené une diarrhée qui durait depuis plusieurs semaines, se trouver radicalement guéris par une promenade en mer de dix à douze heures de durée, faite par une belle journée, quoiqu'ils n'eussent pas éprouvé le mal de mer qui, du reste, est rare chez les tout jeunes enfants.
Lorsque le temps est beau et que l'on est assis tranquillement sur le pont de la chaloupe ou du navire qui vous porte, on sent parfaitement l'action de cet air qui vous vivifie. Le littoral de La Tremblade est admirablement disposé pour ces excursions en mer. L'île d'Oléron, qui lui fait face, arrête l'action trop forte des vents de l'Atlantique, et l'on peut, sans danger aucun, sans crainte d'être surpris à l'improviste par le mauvais temps et surtout sans fatigue aucune, visiter cette île, le fort Boyard, l'ile d'Aix, le fort du Chapus, etc. Lorsque le temps le permet, on peut traverser le pertuis de Maumusson
(I) SuétODC.
et se donner le plaisir d'aller au large. Cette excursion, dans laquelle on verra la Côte Sauvage, le phare et le sémaphore de Bonne-Anse, le phare de Terre-Nègre, la tour de Cordouan, est une des plus jolies promenades en mer que Ton puisse faire. Quand on sera devant la côte si redoutée de Bonne- Anse, et que Ton apercevra au loin les dunes immenses qui la bordent, ce qui ne peut se faire que lorsque le vent vient de terre, on pourra remarquer que le vent qui a passé sur ces masses énormes de sable conserve, jusqu'à une certaine distance en mer, une tiédeur très-sensible. Ce phénomène météorologique prouve la justesse de la remarque que j'ai faite lorsque j'ai dit que la plage de La Tremblade devait le climat exceptionnel dont elle jouit aux masses énormes de sable qui l'entourent.
Afin de rendre ces promenades aussi salutaires que possible, il ne faudra jamais négliger les mesures dictées par l'hygiène et par la prudence. Quelle que soit la chaleur de l'atmosphère, quelle que soit la beauté du temps, les enfants devront toujours avoir à leur disposition des vêtements un peu chauds pour faire ces excursions. On ne devra, d'ailleurs, permettre ces promenades que lorsque le temps sera irès-sûr et le vent bien placé. Dans tous les cas, les enfants devront être accompagnés par des marins expérimentés. C'est à cette seule condition que l'on éloignera toute idée de danger. Toutes les fois que Ton va se promener en mer ou que Ton va faire une partie de pêche^ il faut tou-
— 2t4 — jours prendre un bateau ponté, monté par plusieurs hom-mes d'équipage. Les canots d'amateurs ou lea canots conduits par un seul marin doivent formel- . Xemeni être interdits aux enfants, que l'on soit sur la Manche ou que l'on soit sur l'Océan. Le mal de mer est une affection ennuyeuse, mais qui ne peut donner de l'inquiétude. Le meilleur moyen de l'éviter est do ne pas être à jeun, de rester sur le pont et de ne jamais se coucher dans les cabines.
La pèche des coquillages, toujours si facile à la marée descendante, amusera beaucoup les petits baigneurs et leur fournira le moyen de passer une bonne partie de la journée sur la plage, les jambes et les bras dans l'eau de mer. Gela secondera puissamment les elîets de la médication maritime, chen les enfanti faibles et lymphatiques.
La pèche à la courtine, la pèche h la eeine, la pèche des crevettes et des coquillages, qui se pratiquent journellement sur certaines plages, constituent, pour lea enfanta, un exercice aussi agréable que salutaire, à cause du mouvement qu'ils prennent dans l'eau de mer, sans l'apparence du plus petit danger. Mais, comme dans ces deux genres de pèche une ou plusieurs parties du corps sont constamment mouillées, les enfants devront toujours avoir, pour les faire, un pantalon et une chemise de laine ou tout au moins une chemise de laine, à longues manches, sous leur costume de bain. Par ce moyen, ils éviteront toute cause de refroidissement. La pèche en mer présente tous les avantages des
promenades au large. Outre ragrément qu'elle offre aux enfants, de voir prendre une grande quantité de poissons, elle leur donne des notions très-exactes sur une branche fort intéressante de Thistoire naturelle. Mais comme le bord des chaloupes de pêche est très peu élevé, on ne saurait user de trop de prudence à regard des enfants. Afin de faire ces parties de plaisir sans inquiétude aucune, on choisira toujours un temps très-sûr, une chaloupe bien construite et surtout parfaitement montée.
La natation est un des exercices qui conviennent le mieux aux enfants et aux jeunes gens, et auquel ils feront très-bien de se livrer, quand ils pourront le faire sans courir aucun danger, et ici je ne saurais trop recommander aux jeunes baigneurs de ne jamais se livrer à cet exercice salutaire à marée descendante, et surtout de bien prendre garde aux courants qui existent sur certaines plages et dont les étrangers, malheureusement, n'ont presque jamais connaissance.
oc La natation, dit Lallemand, de Montpellier, a doit tenir le premier rang parmi les exercices a obligatoires, à cause de son importance sous tous a les rapports, car c'est un de ceux qui dépensent le a plus de force, qui exercent le plus les muscles de a toutes les manières, l'un de ceux qui développent « le plus l'adresse et la force. L'action de l'eau a froide, pendant que le corps est en mouvement, oc est aussi d'une grande utilité pour l'économie ania maie. On sait combien l'usage des bains froids est
— 2*6 — a tonique par la sensation qu'ils excitent à la peau, « par l'énergie qui en résulte dans les fonctions des a membranes muqueuses si intimement liées à tt celles de la peau, dès que la constitution est assez x robuste pour résister avec avantage à la soustrao- « tion de la chaleur animale. Les lutt«s fréquentes u contre l'action du froid habituent peu à peu l'éu conomie à réagir énergiquement pour maintenir <i l'équilibre, et finissent par soustraire la peau à a cstte fâcheuse susceptibilité, qui la rend imprea- « sionnable au moindre changement brusque de la II température. C'est surtout quand la vie est exua bérante, que la réaction produite par les bains « froids est facile et salutaire. C'est alors aussi « qu'un instinct naturel porte à la rechercher, La a simple immersion dans l'eau froide offrirait déjà u de grands avantages, mais la natation rend les a bains froids bien autrement fructueux, par la < réaction qu'elle favorise. Tous les muscles y pren- « nent part de la manière la plus variée et la plus a, continue, car le moindre repos' menacerait l'exis- « tence. Il n'y a donc pas d'exercice plus favorable «. à la vigueur de la constitution et à la régularité a des formes, au développement de l'adresse et de «la force (1]. »
La natation était regai-dée par les anciens comme une partie easentielie de l'éducation de la jeunesse. Ils y attachaient même une telle importance qu'ilsdi-
(I) Gaxette dts Eaux, iS6l.
saient d'un hômnle illettré qui ne savait pas fiager : « Neque litteras didicit, nec natare, » Dans cette circonstance comme dans tant d'autres, nous ne pouvons mieux faire que les imiter.
Autant est salutaire pour les enfants Texercice qu'ils prennent en plein air, le jour, sur le bord de l'Océan, autant est peu salutaire pour eux l'exercice de la danse quand ils s'y livrent le soir ou la nuit, dans des salons où se presse une foule nombreuse. De tous les amusements que Ton rencontre aux bains de mer, la ds^nse est le plus dangereux, et malheureusement le plus recherché. La fatigue qu'occasionnent les bains de mer chez un grand nombre d'enfants, l'excitation de la peau que produit chez eux le contact de l'eau salée, rendent très-nuisibles dans le jeune âge les déperditions que l'organisme éprouve par la sueur, par les veilles, par la respira- • tion d'un air imprégné de matières animales, plus vicié encore par la combustion des lumières. Beau- W coup de jeunes filles sont, en outre, fâcheusement
impressionnées, en sortant de ces lieux de réunion, par l'air vif de la plage ; bien des rhumes, contractés aux bains de mer et qui ont souvent de tristes conséquences, ne reconnaissent pas d'autre cause.
Mon intention n'est pas de m'ériger.ici en mora-^ liste austère, ennemi des plaisirs que goûte la jeunesse ; ce rôle ne conviendrait ni à mes goûts, ni à mon caractère. Je ne condamne pas les distractions que les enfants prennent sur le bord de la mer lors-
— «8 — qu'ils Jouissent d'une twnne santé, ni la danse qui me paraît au contraire un exercice salutaire pour les jeunes gens, propre à développer leurs forces et à équilibrer leurs mouvements. Mais les conditions hygiéniques que trouvent les petits baigneurs au milieu des bals qui se donnent dans les établissements publics, sont trop en opposition avec les préceptes que j'ai formulés sur l'hygiène du baigneur, pour que je n'interdise pas ces réunions aux enfanta que l'on conduit aux bains de mer pour leur santé, fj,t qui sont les seuls, je le répète, pour lesquels j'ai écrit cet ouvrage.