CONCLUSION
Les bains de mer sont des bains froids, mais des bains froids d'une espèce particulière, car Teau de rOcoan a, pondant Tcto, une température qui varie essentiellement suivant les plages. Cotte eau, très-dense, est très-minéralisée; elle est, on outre, douce d'un mouvement incessant. Par la réaction qu'ils déterminent à la peau, par le ton qu'ils donnent à l'économie, les bains de mer mettent tous les organes à môme de remplir librement leurs fonctions ; ils donnent surtout à l'organisme la possibilité do résister & l'action des stimulants extérieurs qui ne H(mt ([ue trop souvent, chez les enfants, des cauHcs (léterminantcH de maladies. La réaction est donc la partie cHScntielle du ))ain de mer, celle qui produit, en déiinitivc, les clTcts thérapeuti(|ucs. Oelte réaction so fait d'autant mieux, que les cir-
constances hygiéniques et cliniatériques, dans lesquelles se trouvent les petite baigneurs, aident et favorisent son développement.
Tels sont les principes que j'ai exposés dans le cours de cet ouvrage; ils démontrent, d'une manière péremptoire, reffîcacitc dont jouit la médication maritime, dans tous les cas où il s'agit de fortifier ou de guérir les enfants. Les bains de mer constituent donc, sous le rapport de Thygiène comme sous celui de la thérapeutique, le moyen le plus certain de combattre un grand nombre d'affections propres au jeune âge, qui tantôt sont héréditaires, tantôt sont accidentelles, mais qui dépendent bien souvent des erreurs que Ton commet dans l'éducation physique des enfants. C'est ainsi, pour ne citer qu'un exemple, qu'ils guérissent parfaitement les phénomènes nombreux de débilité, que détermine, chez les enfants, l'abus si général et en même temps si irréfléchi, qui se fait aujourd'hui de l'eau tiède et de l'eau chaude, dans l'hygiène du premier âge.
C'est dans les premières années de la vie que s'établissent, pour tous les hommes, les fondements d'une bonne ou d'une mauvaise santé. La plupart des infirmités ou des maladies de l'âge mûr ont leur source dans les vices de la première éducation, ou dans les raffinements d'une éducation physique mal comprise. Platon raconte que dans sa jeunesse les enfants étaient élevés durement, et qu'on ne connaissait guère alors les rhumes et les catarrhes, mais il ajoute que ces maladies étaient devenues
très-communes depuis qu'on s'était relâché de la vie auslère des anciens Grecs.
La médication maritime doit donc être, chez les enfants faibles et maladifs de notre société moderne^ le complément obligé d'une éducation physique bien entendue ; elle me parait destinée à remédier, beaucoup mieux que tout autre moyen thérapeutique, aux accidents graves qu'amène, chez plusieurs d'entre eux, une éducation intellectuelle trop développée, ou du moins trop tôt commencée. On a depuis longtemps signalé les inconvénients attachés à ce dernier mode d'éducation. Il constitue, pour la jeunesse, une cause assurée d'étiolement et d'afTaiblissement, que les personnes chargées de diriger l'enseignement public ne prennent pas toujours en assez grande considération. Il appartient au médecin de signaler ce danger et de dire hautement, que s'il est nécessaire de fortifier les enfants, il est tout aussi utile de ne pas les affaiblir par un système d'éducation essentiellement vicieux.
On ne doit pas former l'esprit aux dépens du corps. L'intention de la nature, comme l'a fait observer le philosophe de Genève, est que celuici se fortifie avant que l'esprit ne s'exerce ; l'application prématurée énerve l'un et l'autre. On voit des enfants, ôtre, dès le bas âge, des prodiges de mémoire et môme d'érudition, devenir, à quinze ou vingt ans, des imbéciles, et rester tels toute leur vie. On en voit d'autres que les études précoces affaiblissent à tel point, qu'ils finissent leur carrière
àlV'poquooù ila auraient dû la commencer. Quel que soit l'âge aui]uel les enfants commencent leurs études, une parlic de la journée, chez eux, doit être consacrceauxjeux, aux amusements et auxcxercices. « Presque toujours, dit Pénelon, on met, dans l'éducation, tout l'ennui d'un côté et tout le plaisir de l'autre ; c'est un toi-t. Il faut que les exercices du corps et les travaux de l'esprit se servent réciproquement de rccréalions et de délassements. »
Ce n'est qu'en se conformant à ces sages préceptes de l'hygiène que l'on rendra des forces aux enfants affaiblis, etqueronéteindradanstouslea rangs de la population ce lymphatisme universel qui est aujourd'hui le ver rongeur de certaines classes de la société. Un séjour prolongé des enfants surles bords de l'Océan, et les bains de mer pris selon les règles que j'ai formulées, me paraissent éminemment propres à opérer cette régénération physique et morale, que doivent appeler, de leurs vœux les plus ardents, tous les pères de famille
M L'enfance de l'homme, dit Michelet, comme (t celle des plantes et de toutes choses, a besoin de » repos, d'air et de douce liberté. Ici, tout lui est a contraire, nos mérites autant que nos vices. Tout « semblerait combiné pour ctouffer les enfants. Les tt aimons-nous? Oui, sans doute. Et cependant noua a les tuons. Il est des moments, surtout dans son « développement, des crises où la vie tient à un fU. a Elle a l'air d'hésiter, de se demander: Dureral- « je? A ces moments décisifs, notre contact, le se-
« jour des villes et» la vie des foules pour ces créa-' « tures chancelantes, c'est la mort ou (pis encore) « c'est rentrée d'une longue carrière de maladies. a II faut couper court à tout cela. Il faut prévoir. Il a faut tirer l'enfant de ce milieu funeste, l'ôter à a l'homme, le donner à la Nature, lui faire aspirer oc la vie dans les souffles de la mer (1). »
a Jamais, écrit de son côté le docteur Devay, la a puissance de Fart n'apparaît plus incontestée que a dans les circonstances heureuses où l'on parvient (c à réparer les ravages dus aux maladies hérédi- (t taires. Le médecin auquel on a livré un enfant « chétif , affligé des plaies d'une naissance malsaine, a et qui a su lui donner une direction hygiénique ce. convenable, le médecin qui a lutté pendant toute a la période de l'enfance et de la première jeunesse, <£ contre les atteintes des maladies chroniques, et a qui est parvenu à faire de cet avorton un homme a solide et utile à la fois, a remporté la plus belle a des victoires. C'est là le plus noble et le plus bel «c attribut de la science médicale : c'est là que se réa vêle le pouvoir d'un traitement bien conçu, bien <( coordonné. L'honneur et l'avenir de la médecine a reposent sur le traitement des maladies constitua tionnelles par l'entraînement hygiénique^ qu'on (( nous passe cette expression empruntée au langage « pittoresque des Anglais (2). »
(1) La Mer, p. 414.
(2) Francis Dey ày* Du Danger des Mariages comanguins. Victor Masson. Paris, i862. liilrod.,p. XIIl.
Sachons profiter des enseignements que renferment ces sages paroles. Que Thygicne, que la médecine secondent de tous leurs efforts des idées aussi vraies, aussi justes. Que Ton renonce pour le jeune âgeau luxe et aux plaisirs qui partout accompagnent la médication maritime. Les enfants, désormais, doivent prendre les bains de mer d'une manière toujours profitable à leur santé. Il ne suffitpasà ces petits baigneurs de passer quelques instants chaque jour sur la plage sans oser se mouiller les pieds, sans oser, à cause de leur toilette, se livrer aux plaisirs de leur âge. Il faut qu'ils fassent un séjour prolongé sur les bords de TOcéan, il faut que pendant des mois entiers, ils puissent chaque jour et à toute heure de la journée aspirer le souffle vivifiant de la mer.
Là médication maritimp n'en est encore qu'à son début en France ; un avenir très-grand s'ouvre devant elle. Cette médication est évidemment destinée, sinon à remplacer une partie des agents pharmaceutiques qui s'e nploient dans la médecine de l'enfance, du moins à aider singulièrement leur action, principalement chez les enfants qui habitent l'intérieur de la France. La médication maritime, pour cela, doit être considérée comme une véritable médication thermale : c'est à cette seule condition qu'elle sera couronnée de succès. Les petits baigneurs doivent donc consacrer tous leurs instants à suivre, d'uftéf^HMinière méthodique, le traitement qui leur est prescrit. Il faut que dans leurs jeux, dans
leur régime, dans toute leur vie, en un mot, il y ait un but liygicnique, un but réellement utile. Le praticien qui envoie des enfants sur les bords da la mer ne doit, en effet, jamais oublier que l'Océan offre avec libéralité à tous ces petits malades, de l'eau qui les régénère, des aliments qui les fortifient, une atmosphère qui les vivifie.