‹ Des bains de mer chez les enfantsChapitre 4 sur 33 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Peu de livres ont reçu du public un accueil aus^i flatteur r]ue ce pelit volume, dont la première édition est depuii longtemps épuisée, et que j'ajoute aujourd'hui à ma Sibiiotkèque malernelte. Toute la presse en a fait l'éloge. Il a eu les honneurs d'une traduction en Angleterre. L'Acadéraie de médecine lui a décerne une médaille d'argent. Le ministre de l'instruction publique l'a honoré d'une souscription en faveur des bibliothèques des Facultés et des Ecoles d^ médecine. Un des membres les plus illustres du corps médical, le professeur Velpeau, s'est exprimé ainsi en l'o.frant k l'Académie des sciences : « Personne, avant le docteur Brochard, n'avait traité cette question d'une manière spéciale, eu égard au bien que les bains de mer produisent chez les enrants. Dans sa discussion, l'auteur divise les bains du mer en bains aqueux et en bains atmosphériques. Il insiste sur les avantages du séjour au bord de la mer. Pour les enfants, c'est peut-être la circonstance la plus favorable ït leur évolution. M. Brochard énonce une foule d'observations et de remarques, démontrant que l'air maritime fortifie les enfants, favorise leur développement, augmente leurs forces musculaires, et tend 1 détruire ou i

coinbatlre \ai ctl'ets des coiisli tu lions lymphatiques, l'une des plaies de nos sociélés medernes.

« Les parents d'enfants lymphatiques devraient les envoyer, tous les ans, passer quelques mois sur les bords de la nier. Il y a encore, dans l'ouvrage en question, une remarque qui n'est pas sans importance. Généralement, dans le monde, quand on va aux bains de mer, c'est pour passer quelque temps sur le bord de l'eau, sans s'inquiéter d'une plage convenable à la santé; on consulte seulement ses goûts personnels. L'autaur vaudrait que cette habitude se perdit ; la constitution individuelle devant seule guider dans le choix de la localité marilime, afln de rendre son efficacité utile. En somme, cet ouvrage est trés-ini^r.jssant; il est fait par un praticien fort expérimenté, dont les avis doivent être pris en sérieuse considération. » (Ij

Enfin, le docteur Van Holabeck, de Bruxelles, termine ainsi l'analyse qu'il en a donnée dans les Annales de l'électricité tl de l'hydrologie médicales : a Ce livre, dont l'frlégancedelaforme nek c''de en rien à la solidité du fond, a sa place désignée d'avance dans la bibliothèque de tous les médecins qui s'occupent d'hydrologie et des maladies de l'enfance. »

Ce succès tient évidemment à ta nature du sujet que j'ai traité, qui a, au point de vue de l'hygiène infantile, une importance immense.

Après les tristes et récentes révélations de la statis'.ique, après les cruels enseignements que nous ont donnés nos désastres, l'éducation physique des enfants est devenue, pour la France, une question sociale. Non-seulement notre population diminue en nombre, mais elle diminue en force. «: Sut 530.000 enfants du sexe masculin nés en 1843. dont la plupart sont morts dans le premier âge. il ne s'en est trouvé, vingt ans après, que 216,335 propres au service militiire : moins de la moitié ! La taille réglementaire du

(I] Compte rendu de l'Académie des sciences. Séance du 36 seplcmbre.

soldat français, déjà deux fois abaissée, est, aujourd'hui, del-,56. *

« Si les éleveurs n'obtenaient pas de meilleurs résullals, dit, avec raison, le docteur SÉdillot, en citant ces chiffres lamentables, ils seraient infailliblement ruinés. Il est honteux pour l'homme, dont on prône si justement le rang et la dignité, et auquel on accorde un caractère presque divin, qu'il soit plus mal organisé, plus mal soigné, plus an proie aux maladies, aux infirmités et a une mort prématurée, que les animaux destinés à le nourrir et i. concourir à ses travaux. » (Ij

Il est temps de nous arrêter sur cette pente fatale ; notre décadence physique entraînerait notre décadence morale et sociale.

Que les femmes élèvent elles-mêmes leurs entants, on ne verra plus les nourrissons mourir par milliers ou rester, toute leur vie, estropiés ou rachiliques. Les enfants seront plus nombreux, mieux portante, njicus constitués.

Ce n'est pas tout, pour unemère, de nourrir son nouveauné et de le préserver ainsi de la mort. Elle doit encore lui assurer une bonne santé, une bonne constitution. Pour cela, elle doit bien diriger son éducation phyùque. Ici, les bains de mer jouent un rôle important. Ces bains ont, sur l'organisme, une action tellement salutaire, qu'ils devraient être, dans toutes tes classes de la société, le complément obligé de Véducalion physique des enfants. Pour produire cet effet salutaire, les bains de mer ne doivent pas être considérés comme une affaire de mode, une simple distraclion, mais comme un traitement sérieux, conforme aux règles de l'hygièna et de la thérapeutique.

Lorsque les enfant» seront faibles, languissants, on les conduira sur les plages sablonneuses de l'ouest de la France. Plus tard, on les conduira sur les plages du nord. Là, au lieu de réparer leurs forces dans le sable et dans l'eau liéde des dunes, ils courront sur la grève et les falaises nues et

(t) Du Rdèveineat de la France, pas le D' Sédillolj mem- ))re de rinsiilut. C. Pion et C». In-B". Paris, 1874.

prendront des forces en luttant contre le vent et les flots.

Que les mères de famille qui veulent donner à leurs enfants une éducation virile apprennent donc, de bonne heure, à user chez eux des bains de mer. Qu'elles sachent que Teau douce amollit le corps comme la lecture des romans amollit le cœur ; que l'eau de mer, au contraire, fortifie le corps, comme la saine littérature fortifie l'intelligence. La médication maritime bien comprise peut, la plupart du temps, d'un enfant faible, faire un enfant fort, d'un enfant fort, faire un homme robuste, utile à son pays. Voilà ce que les mères ne doivent jamais oublier.

Que les femmes se pénètrent donc de la beauté, de la grandeur de la mission qu'elles ont à remplir. Par la manière dont elles accomplissent les devoirs de la maternité, par la manière dont elles dirigent Véducation physique de leurs enfants, elles jouent, dans l'avenir de la France, un rôle dont elles doivent être, à juste titre, fières et orgueilleuses.

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