‹ Des bains de mer chez les enfantsChapitre 5 sur 33 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Tous les auteurs qui onl écrit sur les bains de lûer, tous les médecins qui ont Étudia leur action, reconnais^nt l'efCcacilë dont ils jouissent dans la plupart des maladies chroniques de l'enfauce; mais aucun d'eux n'a traité cette question d'une manière spéciale; aucun n'a étudié, d'une manière particulière, l'action, vraiment remarquable, que l'eau et l'air de la mer exercent sur l'organisme des enfants. Auc!in d'eux n'a assez insisté, selon moi. sur la propriété, en quelque sorte spécifique, qu'a la médication maritime, de favoriser le développement du corps, pendant lï première période de la vie.

Livré pendant viogtansà l'exercice de la médecine, dans une contrée du nord de la France que de nombreux c d'eau rendent froide et humide, j'ai souvent rencontré dans ma clientèle dei enfant pâles, délicats, étiolés, dont la conslitulion demandait à être fortifiée, et chez lesquels l'ac* lion médicatrice de l'atmosphère maritime me paraissait tout & fait indiquée. J'ai constamment envoyé ces jeunes

malades aux bains de mer, dont les effets m'étaient connus depuis longtempi, et toujours je les ai vus retirer nn bénéfice immense d'un séjour plus ou moins prolongé sur les bords de l'Océan

Il n'existe pas en thérapeutique de médication reconstituante plus énergique que la médication maritime. Il n'y en a pas qui réunisse autant d'éléments propres b. réparer les forces des enfants momentanément débilités par la miladie ou par la croissance, et qui soît mieux appropria aux besoins si divers de leur frêle organisme. Je n'en connais pas de plus agréabie et de meilleure, tout à la fois, pour (Combattre ces affections si nombreuses du jeune âge, qui font partout Is désespoir des médecins et des familles, qu'elles soient dues à une simple faiblesse de constitution ou à une vie trop sédentaire, ou qu'elles proviennent de ces diathéses lymphatiques ou scrofuleuses si fréquentes malheureusement dans nos grandes cités.

Héréditaires la plupart du temps, se transmettant fatalement de génération en génération, ces maladies sont quelquefois le résultat de notre fausse civilisation et de ses prétendus perfectionnements, quelquefois aussi le résultat d'une éducation non moins fausse, également contraire aux régies de l'hygiénc. également préjudiciable à la santé. Les affections lymphatiques et les aiTections scrofuleuses se rencontrentaujoard'hui, plus nombreuses que jamais, dans tout 'S les classes de la société ; chez le riche comme chez le pauvr', elles tendent à abitirdir la race et k faire dégén>rer l'espèce humaine. Un fait aussi grave, et qui reconnaît des causes si diverses, est digne de fixer l'attention des médecins et des moralistes ; digne de devenir l'objet de leurs plus sérieuses méditations. Les médecins et les gens du monde ne doivent pas oublier qu'il est plus facile de fir^venir que de guérir ces maladies. Les bains de mer pris penJaiit pbi^ii'drs suisuns iilfrcnt. dans ce c;is, de préciousoj ressourtes. Le médecin doit donc sans cesse répéter aux familles que le seul traitement préventif ceilain de ces Bjul trait-'ment curatif un peu assuré de leurs

formes si diverses, si multipliées, consiste dans un séjour prolongé des enfants sur le bord de la mer.

Comme toutes les médications énergiques, la médication maritime demande à être prescrite et employée d'une manière sérieuse. Malheureusement les écarts de régime n'atténuent que trop souvent, chez la plupart des enfants, les effets d'une médication toujours excellente, en elle-même, mais qui ne peut réussir complètement qu'à la condition d'être une médication réelle. Pour beaucoup de personnes, l'immersion du corps dans la mer, à une heure déterminée de la journée, répétée pendant un certain laps de temps, constitue à elle seule ce que l'on est convenu d'appeler une saison de bains de mer. C'est là une manière de voir que le médecin ne peut adopter. Une saison de ba'n> de mer 83 compose bien, il est vrai, d'un certain nombre de bains plus ou moins fréquents, plus ou moins prolongés, que les enfants prennent chaque jour, à une heure déterminée, mais elle se compose aussi pour le médecin, je dirai même, çlle se compose surtout pour lui, du régime que ces mêmes enfants suivent, de l'hygiène qu'ils observent psndant qu'ils prennent ces bains. Ainsi compris, les bains de mer, au lieu d'être une affaire de mode, une affaire de caprice, se trouvent en harmonie parfaite avec les principes d'une saine physiologie, avec les préceptes d'une sage thérapeutique. C'est dans ce cas seulement qu'ils constituent une médication spéciale dont l'action, prudemment conduite, est toujours réparatrice, toujours fortifiante.

Pour que les enfants malades retirent, de l'usage des bains de mer, un bénéfice assuré, il faut, pendant qu'ils suivent un traitement maritime, qu'ils se conforment rigoureusement aux prescriptions d'une hygiène et d'une diététique appropriées à leur état. Lorsque l'on veut fortifier ou lorsque l'on veut guérir des enfants, il ne suffit donc pas de les conduire simplement à la mer, comme cela se pratique habituellement. Pour arriver à ce but, il faut d'abord choisir la plage sur laquelle on conduit ces jeunes baigneurs, connaître ensuite les règles que ces jeunes malades ont à observer dans l'usage des bains, la manière dont ils doivent vivre sur les bords de l'Océan.

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Le médecin, dans ses prescriptions, ne doit pas oublier que toutes les plages de la France sont loin d'être identitiques, que les eflTets physiologiques et thérapeutiques, produits par les bains de mer et principalement par l'atmosphère maritime, varient selon les lieux; qu'ils sont, par conséquent, aussi dissemblables entre eux que les plages elles-mêmes diffèrent entre elles. Il ne doit donc pas envoyer indifféremment des enfants à Boulogne ou à Biarritz. Pour le praticien qui connaît les conditions climatériques et géologiques si variées des divers points du littoral de la France, non-seulement il existe une différence entre toutes nos plages, mais il existe quelquefois, sous le rapport de l'hygiène comme sous le rapport de la thérapeutique, une différence très-grande entre deux stations maritimes souvent fort rapprochées l'une de l'autre.

Les bains de mer et les bains d'air maritime, non moins souverains h mes yeux, ont une action tellement fortifiante, tellement efficace, qu'ils devraient être d'un usage beaucoup plus général, qu'ils devraient môme, dans les classes aisées de la société, devenir le complément obligé de l'éducation physique de tous les enfants. Je me propose, dans cet ouvrage, de faire connaître l'influence heureuse et salutaire que l'eau et l'air de la mer exercent sur la santé des enfants. J'insiste sur la propriété remarquable, qu'ont ces deux agents, de modifier favorablement l'orsranisme ou l'économie souffrante, pendant la période .da l'enfance, de guérir même souvent des affections réputées incurables. Je suivrai la voie qu'ont tracée R. Russel, Buchan, Sir Clarke, en Angleterre ; Vogel, Miihry, en Allemagne ; les docteurs Gaudet, Pouget, en France. Aux remarques faites par ces savants observateurs, et qui décèlent hautement la puissance médicatrice de l'eau de l'Océan, j'ajouterai mes propres observations ; elles prouveront, comme celles de mes devanciers, les ressources immenses qu'offre la médication maritime, dans la thérapeutique des maladies propres à l'enfance.

Tous les praticiens qui ordonnent les bains de mer apprécient parfaitement les propriétés dont ils jouissent, les effets

qu'ils produisent ; mais quelques-uns d'entre eux, entièrement étrangers à la vie maritime, ne connaissent nullement les phénomènes physiques de l'Océan. De là, de regrettables erreurs dans quelques prescriptions médicales, de là des embarras chez certains malades. Témoin bien souvent de ces erreurs, de ces embarras, j'ai cherché à y remédier en exposant, dans un chapitre spécial, les caractères physiques et chimiques de l'eau de mer, et en donnant, d'une manière aussi succincte que possible, la théorie des marées. Le phénomène des marées est d'autant plus important à connaître, pour le médecin, qu'il règle à lui seul, ' chez les baigneurs, l'emploi de la journée, et qu'il modifie, par ses phases diverses, l'aCion physiologique du bain de mer. D'un autre côté, la violence et la rapidité avec lesquelles ce phénomène se produit sur une partie de notre littoral constituent, dans quelques stations maritimes, un danger réel et permanent pour les enfants faibles et pour les enfants malades. Ne voit-on pas, en effet, trop souvent, hélas ! sur certaines plages de la Manche, une marée montante ou une marée descendante, surprendre à l'improviste des promeneurs attardés ou des baigneurs inexpérimentés, et produire chaque année de tristes, de déplorables catastrophes?

La connaissance des principes constituants de l'atmosphère maritime, de ses phénomènes météorologiques, n'est pas moins utile aux médecins que la connaissance des principes constituants de l'eau de mer, que celle des phénomènes physiques de l'Océan. J'expose donc les caractères, les propriétés de cette atmosphère. Je fais voir les ressources que l'eau et l'air de la mer offrent au praticien; je décris leur mode d'action toujours identique, toujours simultané. Mais comme les agents thérapeutiques doués d'une vertu spéciale, demandent à être employés avec méthode et opportunité, je cherche à bien faire comprendre quelles sont les indications et les contre-indications de la médication maritime.

Je décris ensuite les phénomènes pathologiques propres à l'enfance et à l'adolescence, dans lesquels les bains de mer

et l'atinosphèrii de l'Océan constituent une médication aussi utile que rationnelle.

Le choix de la plage sur laquelle on envoie des enfants majadcs me paraissant d'une haute importance, j'expose les conditions toutes particulières que doit réunir une station maritime, lorsqu'on la destine & l'enfance.

J'insiste sur la manière dont les enfants doivent prendre les Minsde mer, sur les précautions qu'ihont à observer. Si les détails, dans lesquels j'entre à cet égard, paraissent minutieux, je dirai, pour me disculper, que rien n'est indifférent, lorsqu'il s'agit d'une médication aussi énergique que la médication maritime, La moindre imprudence peut en compromettre le succès, avoir même des conséquences funestes.

Je m'occupe enfin de l'hygiène que ces mêmes enfants doivent suivre, lorsqu'ils sont sur les bords de l'Océan.

Ce plan démontre Loute l'importance que j'attache à la médication maritime. Loin de partager l'opinion des médecins qui ne voient en elle qu'une distraction salutaire, qu'une médication agréable, convenant indistinctement à tous, je crois qu'elle constitue une médication sérieuse dont il faut étudier et préciser avec soin les indications: il faut en user, non en abuser. On ne doit jamais conduire les enfants aux bains de mer seulement pour les amuser, mais bien pour les fortifier ou pour les guérir. En agissant ainsi, la médication maritime ne comptera plus de revers, elle n'aura que des succès.

Jusqu'à ce jour, la proximité de Paris a été, pour toutes les plages de la Hanche, la cause déterminante de leur vogue, de leur succès. Aujourd'hui que les chemins de fer ont fait disparaître les distances, il n'en saurait plus être ainsi. La prudence, l'hygiène et la thérapeutique doivent l'emporter sur de simples raisons de convenance. C'est souvent vers l'Océan qu'il faut envoyer les enfants auxquels on veut procurer les bénéfices d'un séjour plus ou moins prolon^:'' sur les bords de la mer. Ils trouveront U, quclqupfois, des bains plus approprie' â li'ur cnnstilution que

-< HAmto^ni^es de la Murich". que leur exposition au

nord et les nombreuses rivières qui s'y déversent rendent souvent froides et humides. Peut-être, il est vrai, sur les côtes de l'Océan, les enfants trouveront-ils moins de distractions mondaines, moins de ces plaisirs qui énervent les forces au lieu de les rétablir. Mais sur les plages sablonneuses de l'Atlantique, l'atmosphère est tiède, vivifiant?, imprégnée de molécules salines, parfumée des senteurs bienfaisantes du pin maritime. Là, point de cours d'eau douce ; des marais salants qui exhalent le sel, des pins qui suent la résine, une ombre salutaire, sous laquelle on trouve à la fois le repos et la santé. Comms de jeunes plantes qui, pour se développer, demandent de l'eau, de l'air et du soleil, les enfants trouvent là des modificateurs hygiéniques puissants qu'ils ne trouvent pas toujours ailleurs et qui favorisent singulièrement, chez eux, l'action déjà si salutaire des bains de mer.

Que les médecins apprennent donc aux mères de famille, toujours si heureuses d'espérer, qu'elles peuvent aller, chaque année, demander à la mer et à son atmosphère réparatrice, des forces pour leurs enfants pâles et languissants, la guérison des maux dont ils sont atteints, quelquefois même la santé qu'ils ont perdue. Par ses propriétés vivifiantes, par les principes salins et aromatiques qui la composent, l'atmosphère maritime est une mère bienfaisante qui appelle vers elle tous les enfants qui souffrent, qui leur tend sans cesse une main secourable, et qui leur procure toujours du soulagement.

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