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Des Béguinages en Belgique [microform]

L'instiiution de chapitres séculiers de chanoinesses nobles doit avoir suggéré l'idée de créer, pour la bourgeoisie elles classes inférieures, des établissements semblables destinés à servir de refuge aux personnes pieuses, effrayées des dangers du monde, mais peu désireuses pourtant de se soumettre aux austérités du cloître. Tels sont les couvents de Béguines, vulgairement appelés Béguinages.

Le berceau de ces établissements appartient selon toute probabilité à la Belgique. L'époque à laquelle ils prirent naissance, est néanmoins fort incertaine. Deux opinions divisent les érudits.

Les uns, pour glorifier l'institution des béguines, en font remonter la création jusqu'à Ste. Begge elle-même, qui était fille de Pépin de Landen et mourut en G89 ou 698. Les autres, plus modestes, attribuent la fondation de Tordre à Lambert Begh ou le Bègue, chanoine de Liège, qui vivait dans la seconde moitié du XII" siècle.

L'opinion qui milite en faveur de Ste. Bcgge ne repose sur aucune base historique. Elle s'appuie 1° mr rétymologie du mot béguine. La plupart des ordres religieux, dit-on, adoptent le nom de leur fondateur. Oui, mais il y a presque autant d'exceptions que de cas conformes à cette règle; ce fait n'est donc guère concluant. Elle se fonde 2° sur le culte rendu à Ste, Begge. On répond que ce culte est relativement très-moderne, et que les plus anciennes chartes des béguinages n'en font aucune mention. Elle invoque 5" la tradition. Mais cette tradition elle-même n'est pas fort reculée , et Ton ne saurait en produire des traces antérieures au XV*' siècle.

D'ailleurs, comment expliquer le silence obstiné qu'observent à ré^^ard de l'institution des béguines, les écrivains si prolixes pour tout ce qui touche à l'origine et au développement des ordres ecclésiastiques, et surtout comment admettre que les biographes de Ste. Begge se soient abstenus de parler d'une fondation aussi

importante?

Les auteurs qui considèrent Lambcrt-le-Bègue comme le véritable fondateur des béguines, invoquent l'autorité des contemporains du prêtre liégeois!»). Ils citent Egide de Liège, religieux de l'abbaye d'Orval qui écrivait vers 1250, c'est-à-dire peu de temps après que l'institution des béguines aurait pris naissance. Ce chroniqueur rapporte à l'an 1173, qu'en ce temps là « Dieu suscita « l'esprit d'un saint prêtre, homme religieux, que l'on appelait « Lambert-le-Hègue, parce qu'il bégayait, et que c'est de ce sur- « nom que les femmes et les fdles qui se proposent de vivre dans « la chasteté sont appelées en français du nom de béguines^ « attendu que c'était lui qui le premier leur prêcha, par sa parole « et son exemple, le prix de la chastetél^). »

(i) FisEN. Flores eccl. Leodiensîs. Insulis , 16i7, p. 298. — Fisen. llistoria ceci. Leodiensis. Leodii, I6l)G, lib. X. Radulplius, p. 249. — Foullon. Hist, populi Lcodiensis. Leodii, 1755, tom. I, p. 281.

Thomas De Cantimpré, qui mourut vers 1260, rapporte comme une nouveauté l'arrivée des béguines à Nivelles, en 1226(1). Elles n'étaient donc guère connues antérieurement, et pourtant leur institution, si elle remontait à Ste. Begge, aurait dû avoir dès lors près de six siècles d'existence !

Henri de Gueldrc, prince-évêque de Liège, dans un rescrit de 1266, dit : « considérant de quelle manière cette sainte institution « de religieuses, fdles et dames qu'on appelle béguines, a pris « depuis longtemps origine dans la cité et le diocèse de Liège, y „ a poussé des rejetons, et, étendant au long et au large ses ra- « meaux, produit des fleurs jusque par toute la terre, nous nous « rejouissons dans le Seigneur de ce que nos dites sœurs exaltent « ainsi partout et comblent des plus grands éloges la cité et le

« diocèse. »

A cette époque un grand nombre de béguinages existaient, en

effet, en Belgique. Celui de Saint Christophe à Liège, fondé par

Lambert-le-Bègue et que l'on considère comme le type des autres

béguinages, est mentionné pour l'an 1184. Tirlemont et Tongres

ont leur béguinage en 1200. Le grand béguinage de Louvam date

de 1205. Celui de Termonde existait avant 1225. Anvers et Tour-

nay avaient le leur en 1250. Le grand et le petit béguinage de

Gand remontent à 1254; ceux de Courlrai à 1241, de Bruges

avant 1244, de Bruxelles à 12o0 , de Diest à 1254, de Lierre à

1257 d'Aerschot à 1259, de iMalines (grand béguinage) à la même

année', d'Alost à 1260, de St. Trond à 1265 et de Nivelles à 1285.

Nous rencontrons encore dans le même siècle, mais sans date :

Grammont, Herenthals , Damme et Cantimpré à Mons. Plus

lard viennent Leeuw-St.-Pierre, en 1527 ; Isque-lez-Bruxelles, en

1551 ; Mons, en 1545; Audenarde, en 1567 ; Turnhout, en 1570 ;

Hoogslraeten, en 1455; Looz et Limbourg, en 1497.

Les premiers écrits où l'origine des béguinages est sérieusement

(2) Qcsta Poniif. Leod. pars 5, Cap. o2.

(1) Miraculorani et cxemplorum, etc. Diiaci, 1603, p. 478.

recherchée, dalcnl du XVI" siècle, et sont ou perdus ou peu importants. Molanus se prononce pour Stc. Begge en 15680 sans persister cependant dans cette opinion (^). Mirœus traite cette question avec érudition et impartiah'lé dans un livre publié en 16141'^), où il tient pour Lambcrt-le-Bègue.

Quelques années plus tard, le chanoine P. Coens d'Anvers fit paraître sur le même sujet un travail fort remarquable (^), dans lequel il joint la saine criti([uc à une grande érudition. L'auteur s'attache à démontrer que le véritable fondateur des béguines n'est et ne peut être autre que Lambert-le-Bègue.

Ce traité souleva d'arnères récriminations de la part de ceux qui croyaient relever l'institution en lui assignant une origine dix fois séculaire. Deux réfutations de Tœuvre du chanoine Coens ne tardèrent pas à voir le jour; Tune duc à Zegerus van Ilontsum{'') et l'autre au P. Elias van S**' Teresa i*^).

Coens refondit son premier ouvrage et y ajouta quelques notes, où il attaque à son tour vivement ses contradicteurs (').

Mais bientôt ceux-ci trouvèrent de nouveaux auxiliaires dans Ericius Puteanus(^)^ le savant docteur de Louvain, et dans Gherardus à Ilyekel, abbé de S*" Gerlrude dans la même ville. L'ouvrage de ce dernier, qui reproduit celui de Puteanus, est

(1) Martyrologium tisuardi^ ia68.

("2) iVatales sanctorum Belgii. Lov. i'iOa.

(5) AuB. MiRXL's. Origo Beginarum virginum in lielgio hodiequc frequcntium. Ad sororem CalUarinam. ïypis Plantiniaiiis, 1G02. Uéimprimé dans le Chrun. Cistcrc. Ordinis du même auteur, Cologne, IGli.

(i) P. Coens, Dispulatio historica et brevis disquisilio an Beghina nomcn, etc.^ habeat a S. Begga Antverp. 1G28.

(i>) Zegerus van IIontsim.. — Declaratio veridica quod Begginœ nomcrij etc. habéant a S. Begga.. . Antverp. 1G28.

(6) Pater F. Elias van sente Teresa. Ilet Gheestebjck Palays der Bcggyn-hoven. Antwerp. i6-28.

(7) P. Coens. Disquisilio Historica de origine Beghinarum et Beghinagiorwn Belgiiy cuni adjunctis nolis quibiis Declaratio veridica elc.^illustrafur.Lcoùn, 1G29. aveceelte épigraphe : Forte est vinum.... Fortior est i^ex..., Forliores suntmulieres.

(8) Erici Plteani, De Begginarum apud Belgas instiliUo ac noniine svffragiimj etc. Lovanii 1650.

écrit sans ordre et sans méthode et ne contient pas moins de

758 pages (i).

Jusque-là les partisans de Lambert-le-Bègue, appuyant leur thèse sur des arguments solides qui avaient tout le mérite de la vraisemblance et de la simplicité, avaient obtenu sur leurs adversaires une victoire facile. La production d'une charte de Vilvorde, datée de 1065, où il est question d'un Couvent de Béguines de N. D, de la Consolation existant à cette époque, vint changer l'état du débal. En eflel, si ce document était authentique, tout l'échafaudage érigé par Coens et les autres, s'écroulait d'un coup, puisqu'il devenait constant qu'il existait un béguinage à Vilvorde plus d'un siècle avant celui que Lambert-le-Bègue aurait pu avoir fondé à Liège. Puteanus ne se contenta point de produire cette seule charte, il en mentionna deux autres encore relatives au même béguinage de Vilvorde, sous les dates de 1129 et 1161, toujours antérieures à Lambertle-Bègue. Et pour que rien ne put manquer à la démonstration, Puteanus fit certifier l'authenticité et la véracité du premier de ces diplômes par : Henriquez, historiographe-général de l'ordre de Citeaux; G. à Ryckcl ab Oorbeeck, abbé de Sic. Gerlrude; Lancilolus, docteur en théologie; Mercerus, recteur de l'université de Louvain ; Jacobus (Boonen)^ archevêque de Malines, et Guillaume Hugo, notaire apostolique impérial.

Coens se tint pour battu et ne répliqua point. D'ailleurs, neùt-il pas été absolument convaincu de l'authenticité des pièces que l'on invoquait contre lui , l'autorité du recteur de l'université de Louvain et plus encore celle de l'archevêque de Malines lui commandaient de s'abstenir.

Malgré le luxe de témoignages ccrlificateurs dont on avait entouré la pièce de Vilvorde, plusieurs auteurs se refusèrent

(I) J.G. aRyckel ab Oordeeck, VitaS. Beggœ, etc. adjecta hisloria Begginasiorim Belgii, Lovaa. 1031.

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wS

à l'admeUre comme probante. Gramaye , il est vrai, dans sa description d'Anvers, se prononce pour Ste. Beggc et cite une bulle du pape Urbain, sacré en 1088; mais il s'est mépris sur la valeur de celte pièce qui est fausse. Une déclaration des chanoines de Nivelles, faite en 1628, dénie Texistence de cette bulle et proteste contre l'origine des Béguines attribuée à Ste. Begge.[Mirœus lit aussi volte-face (^).

Mais, en revanche, Zypa?us(2)et le célèbre Van Espen(ô)^ dont les œuvres eurent tant de retentissement , ne tiennent aucun compte des chartes publiées par Puleanus et se rangent du parti de Lambcrt-lc-Bègue.

Nous découvrons ensuite sur le même sujet un charmant petit ouvrage plein de verve gauloise, intitulé : Lettre de 31. Vabbé de S*** à Ji"" de G***, béguine d'Anvers^ sur Vorigine et le progrés de son institut i^). L'auteur est plus que sceptique à l'endroit de Ste. Begge, considérée comme fondatrice des béguines, et il paraît n'attacher qu'une mince importance aux laborieuses recherches faites pour constater l'origine de l'institution. « En vérité, dit-il, ce n'est pas que votre institut ne soit « très louable et même très édiGant en soy-mème, mais pourquoy « se donner tant de peines et de mouvements inuiils pour en « découvrir la véritable origine et pour savoir par qui il a « esté fondé; comme si au lieu de cette patronne et de la « patronne que l'on vous conteste, il ne se trouveroient pas au " Paradis assez dautres saints peut-estre de meilleur alloy qui « estant invoquez, de la sorte pussent vous rendre les mêmes « ofïices auprès du Seigneur. Je vous avoue franchement, dit-il « encore, que sans certain chartre de l'année lOGj, que l'on « prétend s'estre retrouvé heureusement pour vous dans l'archive

(1) MIR.EUS, Dipl. belgica. Lovanii, 1723, Tom. II, p. 9-^8.

(2) Zypmvs. Juïis pontifici novi awa/ccf/ca e?mr;'a/<o. Antverpiae, 1673, p. 137.

(3) Van Espen. Jus ccdesiastkum miivcrsum. Pars. I, lit. XXXIII. cap. 3. (i) Paris, Girard, 1731.

« de votre béguinage de Vilvorde, j'aurois peine à vous accorder a 500 ans d'antiquité... » Puis il termine endisant de Vilvorde : « Cette petite ville pourroit se vanter d'avoir le plus ancien de « tous les béguinages, si le chartre dont j'ai fait mention dans « ma lettre pouvoit gagner la foy publique. En attendant, on « demeure d'opinion qu'au siècle XllI, Sophie, fille de S. Elisa- « beth, Landgrave de liesse et femme de Henri II, Duc de Brait bant, fonda le dit béguinage sous le titre de Sainte Marie de « la consolation. »

Dans la seconde moitié du XVIII^ siècle, nous avons à mentionner Mosheim, qui admet l'authenticité du diplôme de Vilvorde(n. Le Bollandiste C. Smet, dans le volume V des Àcta Sanctorum Belgiii^), publie la vie de S*^ Begge par Gherardus à Ryckel, en la fesant précéder d'un commentaire sur l'institution des béguines. C'est lui qui le premier a fait graver sur cuivre le fac-similé du document de Vilvorde. Il ne doute point que cette pièce ne soit originale; mais bien que repoussant l'idée d'assigner à Lambert-le-Bègue l'honneur d'avoir fondé les béguines, il n'en conclut pas cependant que l'origine de celles-ci remonte à S*° Begge, leur patronne. « Il est hors de doute, dit-il, que « S*° Begge a institué un couvent de femmes à Andenne, près « de Iluy, lequel couvent est devenu au douzième siècle un « chapitre de chanoinesses séculières. Pourquoi n'admettrait-on « pas que les premières béguines, par exemple celles de Vilvorde, n qui peut-être ont pris leur origine peu après le départ des « Normands, n'ont point connu l'ancienne règle d'Andenne et

(1) Jo. Lal'rentius a MosiiEiM, de Deghardis et Dcguinabus commentariusj cdit., Georgius flenricus Martini^ A. M. Scuola ad D. Nicol. rector. Lipsiœ, Wcidmaiiii, 171?0.

(2) Acta Sanctorum Uelgii selecla. Tome V, annt5c 1780, p. 70. Voir l'ouvrage flamand du même auteur: Hcglige en Roemweerdige persoonen in JVedcrland, Brusscl, De Ilacs, 1801), t. 2, p. 22i, traduit par le P. Spcelman de la société de Jésus. Louvaiu, Fonteyn, 18o3.

« ont cru qu'elles suivaient la règle de S'*^ Begge dans leur « nouvelle communauté?»

De nos jours un critique distingué de TAllemagne, le docteur E. Ilallmann, entreprit de dénouer le (il inextricable de Toriginc des béguines en notre pays. Dans un travail remarquable(0, fruit de laborieuses recberches, il passe en revue toutes les opinions qui ont été émises sur ce sujet. La conclusion de son ouvrage est ^ que les documents de 10G5 et autres années, produits par Puteanus et après lui par d'autres auteurs soutenant la même tbèse, sont apocrypbes et ne méritent aucune foi bistorique.

Déjà les originaux des diplômes de 1129 et 1 IGl n'existaient plus au temps où écrivait le P. Smct. Celui-ci fut, il est vrai, en possession du diplôme de lOGo et le fit graver en fac-similé, comme nous l'avons dit ci-dessus, mais rien ne prouve qu'il ait soumis cette charte à des gens compétents pour en assurer l'authenticité. Depuis lors l original même a disparu et toutes les investigations du D^ Ilallmann, pour en amener la découverte, sont restées sans résultat.

Le docteur Ilallmann fonde sa critique sur trois points principaux :

1» Uanachronisme qu'il prétend exister dans la charte de lOGo,

où il est parlé de Béguines de la consolation de notre Dame {Conventus Beghinarum de solatio beatœMariœ), tandis que ce nom ne fut donné au couvent établi pi^ès de Vilvorde (juxla filvord) à Sleenvoort, qu'à l'occasion delà remise d'une image miraculeuse de la Vierge, par la duchesse Sophie de Brabanl, vers 1259.

2" L'histoire même tirée des documents conservés dans les archives du béguinage de Steenvoort-lez-Vilvorde d'où résulte clairement que la duchesse Sopiiie fut la fondatrice de cet établissement, et l'absence de toute notion relative à l'existence antérieure de ce béguinage.

3" La partie intrinsèque de la charte de 10G5. Il est démontré par le témoignage unanime de tous les archéologues et paléographes auxquels le docteur Hallmann a soumis le fac-similé du P. Smel, que l'écriture de ce document ne peut remonter au-delà du commencement du XIV° siècle ou tout au plus à la fin du XUW Le docteur Belhmann, de Hanovre, penche pour les dernières années de 1300; l'archiviste Pertz de Berlin, conclut pour le XV siècle, mais il faudrait, dit-il, voir l'original. Tous ces savants sont, du reste^ d'accord pour reconnaître que cette charte ne peut être, à beaucoup près, rapportée à la date qu'elle énonce.

Le document de 10G5, ainsi que ceux de 1129etllGl, ne seraient donc que des fraudes pieuses , si communes à cette époque, dont Puteanus lui-même aurait été la dupe; car on sait que les couvents ne se fesaient guère scrupule de fabriquer des pièces de ce genre pour suppléer à des litres égarés, ou même pour se glorifier d'une origine plus ancienne. (^)

La dissertation du docteur Ilallmann fut dignement appréciée par feu le Baron de Reiffenberg et la Bibliothèque de ïécole des chartes. En revanche elle fut opiniâtrement combattue dans le Journal historique de Liège (-).

M. Terwecoren, de la société de Jésus qui, en 18o2, a publié un opuscule sous le titre de : Opinion sur l'origine des béguinages belges, réimprimé dans les Précis Historiques du même auieur(^), résume les objections qu'oppose le Journal historique h l'opinion de M. Ilallmann. Nous y renvoyons le lecteur tout en avouant pour notre part, que ces objections ne nous paraissent guère concluantes contre les arguments produits par le savant docteur allemand. M. Terwecoren ajoute qu'après avoir examiné

(I) Die Geschichte des Vrspmngs der belgischcn Beghinen, etc. Berlin, 1845.

(!) Voir, dans le volume que M. Laurent vient de publier sur la Réforme, (Gand 1801) les beaux chapitres sur les fausses légendes, les faux miracles, les fausses reliques. {Études sur l'histoire de l'humanité, Tome VIII, p. 79-95.)

(2) Tome X, pp. 530—584.

(3) Collection des Précis Ilisloriqucs^ par Ed. Terwecoren. Bruxelles, Van-

dereydt, 1852.

ces diverses opinions, ses doutes n ont pas été éclaircis : « Nous - avons, dit-il, envoyé à Paris des exemplaires du diplôme « de lOCa, pour consulter les Pères Cahour, Cahier et Martin, < de notre Compagnie, qui ont fait beaucoup de recherches his- « toriques. Ils se récrient et n'osent se prononcer sur Taulhenv( licite de la pièce. Nous ne voulons pas faire violence à leur « modestie. Les deux derniers avouent que la première impres- « sion n a pas été favorable. On a consulté deux hommes de « l'Ecole des chartes à Paris, qui ont cru que la charte du bégui- .< nage de Vilvorde est un acte supposé. — Des employés de « la Bibliothèque royale et des archives de la ville de Bruxelles, « au jugement de qui nous avons soumis le diplôme, partagent « lopinion des savants de France dont nous venons de parler. • Les paléographes les plus distingués, qu'aucun intérêt n'attache à la question, rejettent impitoyablement l'authenticité de la charte de Vilvorde. L'hésitation de ceux qui appartiennent à l'ordre ecclésiastique, ne peut être inspirée que par un respect exagéré de la tradition. Nous nous rangeons résolument à l'avis des premiers. Que le diplôme entier ait été fabriqué pour le besoin de la cause, nous ne l'afTirmons pas. Nous croyons pluiôt qu'on se sera servi d'une pièce de longtemps postérieure à 1065, et que l'on aura soit reconstruit une date à moitié effacée, soit falsifié cette date de propos délibéré. En effet, pour qui veut jeter un coup d'œil sur le fac-similé, il ne sera pas difficile de se convaincre que la date est d'une autre main que le corps de l'acte (*).

(!) On remarque tout d'abord que les lettres ml x v qui indiquent rannéclOGb*, sont beaucoup plus espacées que dans le reste de l'écrit 5 Tm allccte une courbure tout à fait dissemblable de la forme droite et carrée qu'a cette même leltre dans le texte; le crochet de 1' / s'incline vers la gauche, tandis que dans les mots Solalio, filford, siliginis, solvendos^ de, ce trait est constamment dirigé vers la droite; Vx est aussi plus ondulé que dans le mot vixerit, enfin le u, dont le premier jambage est droit et l'angle inférieur aigu dans le millésime, ne ressemble aucunement a la forme de cette même lettre dans les autres parties du document, où elle est ronde et ornée, spécialement dans les mots : visuriSf veritalcnij vkem, vidcbit, vcro, etc.

Parmi les gens sérieux, nul n'oserait plus soutenir aujourd'hui

que S''^ Begiîe ait été la fondatrice des béguines, et la charte

de 1065 ayant perdu toute foi historique, nous voyons revivre

avec plus de force que jamais, l'opinion si vaillamment défendue

par Coens. ,

Ouant à l'étymologie du mot béguine, dès l'instant qu il est admis que Lambert Begl. ou le Bègue est le père de Vinstitufon, la question se résout d'elle-même, et les bégumes, comme la plupart des ordres religieux, auront emprunté le nom de leur

auteur. ,

Rappelons cependant ici l'opinion qui avait cours au temps de

Lumnius. à savoir que le nom de béguine dérive du flamand

beglùnnen, parce que c'est pour ainsi dire le commencement, le

premier pas dans la vie religieuse.

Une autre étymologie, produite par Fisen et Grammaye, suppose

que les béguines ont été appelées ainsi à cause de leur co.ffe,

dite béguin en français.

Ducange et avec lui plusieurs savanls, font dériver les mots bégard et 6é!/««ne de l'anglo-saxon beganoxx bigan, aujourd'hui encore en anglais d'où lo beg, prier, demander, d'où bcggur, mendiant. Si cette étymologie pouvait être la véritable, les béguines devraient beaucoup rabattre sur leur origine princière, et reconnaître que celle-ci est au contraire des plus humbles et des plus modestes.

DES PREMIEÇS BEGUINAGES.

A Lambert-le-Bègue revient donc le litre incontestable de fondateur des béguines.

VersTépoque où vivait ce saint personnage, il existait déjà des femmes pieuses retirées du monde et s'imposant des pratiques de dévotion imitées des ordres religieux. La perfection chrétienne, telle qu'on la concevait alors dans la vie monastique, exigeait un sacrifice, un dévouement continu et presque surhumain. L'esprit ascétique avait outré les prescriptions les plus sévères de l'Evangile. L'homme cherchait 1 idéal dans un spiritualisme mystique, en attendant cette fin du monde si longtemps annoncée et que la désorganisation complète de l'état social semblait faire pressentir. Partout l'on voyait s'élever des couvents et des monastères, enrichis bientôt de donations opulentes, largesse facile de la part de ceux qui croyaient arrivé le dernier jour de la consommation des siècles. Les testaments avaient tous la formule invariable : advenlante mundi vespevd^ et le clergé se garda bien de combattre une croyance naïve qui lui était si profitable. La fin du monde ne vint point, mais les esprits conservèrent leur direction, et les moines leurs biens C^).

Longtemps avant Lambert-le-Bègue était établi à Andenne, à quelques lieues de Liège, un chapitre de chanoinesses. Cette

(!) Voyez Laurem, Études sur l* histoire de l'humanité , Tome VI. L'idée de la fin du monde était encore dans les esprits, même au Xin« siècle.

institution, qui avait d'abord été soumise à des règles assez austères, s'était relâchée peu à peu, pour se transformer^ au milieu du Xli" siècle, en couvent séculier. 11 fallait, pour y être admise, être noble de naissance. Les vœux des chanoinesses n'étaient point perpétuels ; elles pouvaient, en tout temps, se retirer et rentrer dans le monde. Pourquoi n'aurait-on pas créé un établissement analogue pour les filles de médiocre condition? Les vertus évangéliques, robéissance, la chasteté peuvent être observées en dehors de tout engagement irrévocable. Et s'il faut en croire un apologiste des béguines, ce sacrifice volontaire de tous les jours, cette abnégation spontanée que rien n'impose, ne sont guère inférieurs en mérite à ce qu'établit la perpétuité des vœux. Seulement Michel Ophovius, à qui nous fesons allusion, argumente assez étrangement à l'égard des saintes filles de nos contrées, en attribuant leur sagesse au climat tempéré du pays (M.

Lambert-le-Bègue conçut l'idée de réunir en communauté quelques filles dévotes qui habitaient Liège, et, s'adressant d'abord aux moins fortunées, il leur destina un grand enclos, situé près du pont d'Avroy, pons Avrolanus^ où il fit bâtir un certain nombre de petites demeures. Bientôt il y ajouta un cimetière et une église, placée sous l'invocation de St. -Christophe. ^

On ignore si, dès le début, Lambert-le-Bègue exigea de ses pensionnaires autre chose que de vivre pieusement et de fuir le contact des hommes, il est probable cependant que pour imprimer à l'institution une marche uniforme, il prescrivit certains devoirs aux femmes qu'il avait prises sous sa protection. Ces prescriptions paraissent avoir été purement disciplinaires; les anciens statuts des béguines ne font aucune mention de vœux, et même, d'après quelques auteurs, celles-ci ne fesaient point de promesses(2).

(i) Cum in hiscc partibus ob modcratam climatis temperaturam, raro igncm noxiumBcIgicaî virginesscntiant et ncscire virum suave putent,Christumsponsuni habentes. (Lettre à Gbeldolphus-à-Ryckel, du 'i7 septembre 1651).

(2) Terwccorcn, p. 81,

Dien que les femmes recueillies par Lambert-le-Bègue ne pussent revendiquer la qualité de religieuses, elles s'empressèrent néanmoins d'adopter un costume, qui ne différait que par la couleur, de celui adopté dans les couvents. On appela bientôt béguines, toutes les dévotes qui paraissaient suivre les règles proposées par le digne chanoine, alors même qu'elles n'étaient point réunies en communauté. Ainsi les unes vivaient éparses dans les vdles, habitant seules ou avec leur famille; les autres se réunissaient en petit nombre dans une maison spéciale ; les établissements qu'on nomma béguinages servaient aux plus pauvres ; mais rien n'obligeait une béguine à se soumettre à une claustration même

relative. Aujourd'hui encore dans plusieurs villes où les béguinages ont

été supprimés, entre autres à Malines, il existe des béguines qui habitent des maisons parlieulièrcs cl n'en suivent pas moins bien les prescriptions de leur ordre.

L'innovation de Lamberl-le-Bcgue prit une extension rapide. Conçue sous la double pensée de la piété et de la charité, elle ne tarda pas à attirer la faveur des âmes compatissantes.

Nous ne voyons point que les premiers fondateurs des béguinages ajf nt été les grands de la noblesse ou les princes du clergé. Les plus anciennes donations en faveur de béguines dont parle Mirœus, sont dues à l'initiative de la bourgeoisie. Ce n'est que lorsque l'institution a acquis son droit de cité, que les évéques et les souverains commencent à l'encourager, et c'est aux dépens de l'indépendance des établissements qu'ils fondent, puisqu'ils se réservent sur ceux-ci, certains privilèges soit dans la direction spirituelle, soit dans l'adminislraiion.

Les béguinages se développèrent surtout vers le commencement du Xlll" siècle. Nous avons dit plus haut que ceux de Tongres et de Tirlemont existaient déjà en 1200 et que celui de Louvain date de 1205. Pierre de Herenthals, qui écrivait en 1207, constate l'existence d'une muUiiudc de femmes, vieilles et jeunes, qui

~ 19 — nvaient quitté le monde pour servir Dieu et qui Ponoienl déjà le nom de béguines. Thomas de Cantimpre, annonçant 1 arrivée de béguines à Nivelles en 1226, dit que, de son temps, leur nombre s'élevait à 2,000, toutes soumises à une seule supérieure. Or ainsi que le fait observer Coens, comme il n'y eût jamais de béiuinage à Nivelles, ces béguines habitaient donc en particulier, et cela est tellement vrai que l'on dut augmenter le nombre des

varoisses. , , ,

11 règne une grande confusion à l'égard du rang qu occupaient les béguines dans le monde religieux. Les prescriptions de Lamberl-le-13ègue ne se rapportaient qu'à l'ordre intérieur des établissements communs. Hors de là, chaque béguine se croyait en droit de suivre une règle à sa guise. Celles qui envisageaient a chose dans sa plus simple expression, s'abstenaient de tout vœu quelconque, et se bornaient à vivre pieusement sous l habit rel ■ lux. D'autres prenaient des engagements temporaires. Aucunes ! considéraient comme affiliées au tiers ordre de ht.-Franco.s. Enfin d'autres, dépassant le but de l'institution, prononçaient des vœux perpétuels entre les mains de leur confesseur; cet usage embl'it assez fréquent au XVI' siècle, comme 1 attestent Cols et le père Elias de S'-Thérèse. Bientôt le nom de begmjie fut donné indifféremment à toutes sortes de religieuses surtout • elles qui portaient des vêtements de couleur, et aujourdhui même en France, c'est un terme générique employé pour designer

les filles de religion (^). ^ ,

On ne peut douter que le béguinage de St. Christophe a Liège, n'nit servi de type aux établissements du môme genre qui se sont élèves depuis. Malheureusement les statuts primitifs de ce béguinage ne sont point parvenus jusqu'à nous. Coens suppose quils ont péri dans le sac de Liège, en 1212.

(1) DAIIE.VU , dans le IVpertoire

de Jurisprudence de SIerux, v Bëguines.

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