‹ Des Béguinages en Belgique [microform]Chapitre 2 sur 10 · REGLEMENTS DES BÉGUINAGES · texte numérisé non relu

REGLEMENTS DES BÉGUINAGES

H nous faut descendre jusqu'en 1 3:25, pour retrouver un texte complet des règlements d'ordre et de discipline auxquels étaient soumises les béguines, Cest encore le béguinage de St. Chrislopbc qui nous en fournit le document (1). Bien que cette pièce date d'un siècle et demi après la fondation de cet établissement, nous avons pourtant tout lieu de croire quelle ne fait que reproduire, au moins sans différence essentielle, le texte primitif des statuts prescrits par Lambert-le-Bègue. Ceci est d'autant plus acceptable que Gheldolpbus-à-Ryckel donne pour les plus anciens statuts qui soient à sa connaissance une version semblable. Ces statuts furent modifiés depuis par les évéques, mais il ne fut rien cbangé au fond de Tinslitulion.

Dans le principe, les béguines paraissent n'avoir subi d'autre autorité que celle du curé paroissial, et étaient soumises à l'ordinaire. Mais dès que les communautés prirent quelque accroisse- \ ment, et que les béguines eurent obtenu soit une chapelle, soit dne église avec un cimetière, il fallut leur accorder aussi un pasteur spécial, lequel, sauf ce qui concernait le droit pastoral, exerçait sur elles une juridiction disciplinaire et spirituelle. Les béguines, dit Adulphe, évéque de Liège, dans ses ordonnances de Tan 1525, doivent obéir à leur curé ou à leur chapelain en toutes choses licites et honnêtes; elles se confesseront au

(1) Voir CoENS. Disquisitio histotica de origine Bcfjhinarwn^ clc.

moins trois frois Tan, en approchant de la communion ; elles se confesseront en outre au moins une fois Tan à leur propre prêtre (proprio sacerdoti) et plus , si faire se peut, principalement aux quatre grandes fêtes de Tannée. Les béguines infirmes recevront l'eucharistie, sauf empêchement canonique. La supérieure et les maîtresses des maisons devront savoir en quel lieu et à quel prêtre leurs béguines se seront confessées, afin de pouvoir l'indiquer au besoin à leur pasteur.

Les statuts de Valenciennes, arrêtés en 1362, d'après les plus anciennes coutumes de ce béguinage, portent à cinq fois l'an l'obligation de se confesser.

La supérieure ou grande-maitresse du béguinage était spécialement chargée de la discipline de la communauté; elle était élue en conseil du curé et des principales personnes de la congrégation. A la grande-maitresse furent adjointes d'abord huit, et puis quatre béguines de bonne réputation et de vie irréprochable, élues par toute la communauté. Ces béguines réunies en conseil, et de l'assentiment du curé, réglaient tout ce qui était relatif à l'habit et à la tenue de leurs subordonnées, veillaient sur leur conduite et donnaient les punitions.

Les peines coraminées contre les béguines refractaires étaient de diverses sortes, spirituelles et corporelles, presque toujours laissées à l'arbitraire du curé, de la supérieure et des discrètes.

Lorsqu'une béguine avait commis une faute grave, les statuts autorisaient le conseil à lui infliger des corrections arbitraires. La fustigation était le mode le plus fréquemment usité en pareil cas. Dès qu'une sentence de ce genre avait été prononcée, toutes les habitantes de l'enclos étaient appelées, au son de la cloche, à assister à ce spectacle. Le conseil des discrètes désignait même les béguines chargées d'appliquer la correction à leur compagne, et elles y étaient tenues sous les peines de la censure ecclésiastique. Ce mode de punition fut conservé fort longtemps et le souvenir en est parvenu jusqu'à nous, sous la forme d'un dicton popu-

— salaire : • er is zeker ecne begyn te geesselen. » On trouve rédiction de cette peine dans les statuts les plus anciens, en ces termes : a punîat^ corrigat et castiget. » Plus tard, dans les ordonnances de Mathieu Hovius, archevêque de Malines, datées de 1602, après qu'il ait été comminé des peines moins sévères, il est dit : « Nisi forte aligna manifeste peccet et digna sit ut rebellis plccti... tune anteqiiam plectatur^ etc. »»

La modestie et Tiiumilité étaient constamment recommandées aux béguines. On exigeait d'elles un soin particulier de leur conduite. Elles ne pouvaient garder dans leurs maisons des garçons au-dessus de Tàge de dix ans. Les statuts de Malines interdisaient aux béguines de recevoir chez elles de jeunes garçons d'un âge quelconque, même les abécédaires. Les femmes laïques ne pouvaient venir demeurer chez les béguines qu'à la condition d'adopter l'habit et la manière de vivre de l'institut.

Tout luxe de vêtements était interdit aux béguines. Les règlements de Valenciennes étaient extrêmement sévères sur ce point. Les béguines ne pouvaient porter du linge sous leurs habits et ceux-ci devaient être d'étoffes grossières ou de bure. Les béguines devaient user de lourdes chaussures; il leur était défendu de coucher sur des plumes et d'avoir pour se préserver du froid plus de deux couvertures.

Les béguines ne pouvaient ni se friser les cheveux, ni s'orner la tête, ni porter des bijoux quelconques.

La danse et la musique, surtout Tusage d'instruments tels que le clavecin et la guitare, étaient rigoureusement proscrits (^).

Il paraît cependant que, depuis, on s'est départi de cet excès de rigueur.

Nous avons sous la main un petit livre fort curieux, intitulé :

(1) Les ordonnances de Malhicu Ilovius, de ICOO, 1(î02 et 1C09, disent : « Nulla Begginarum niusicœ discendae det opcrani, vclmusicalibus instrumentis ulatur.» Et ailleurs : « Quae rcceplae sunt ne clavicynibalum pulsare, ne crincm calamistro crispare, vel quid simile doccbantur. •

. Den boeck der Gheesleluke sanghen, bedeell in twee deelen, den . bliiden requiem ende gheluckige uyt-vaert. - T Hanlwerpen . by Hendricx Aertssens, in de Cammerstrale, in de Wttte Lelte. .. Anno 1631. Met gratie ende privilégie. Men vercooptse M . Mechelen opl groot Begijnhof. »

Le privilège imprimé à la fin de l'ouvrage dit : « Pliilippus, etc. . heeft gheoctroyeerl en comenteert aen joufr. Anna De Man, . begijne op 't groot begijn-hof van Mechelen, te moghen doen , drucken, vercoopen en distribueren een boecxken bedeelt m twee . deelen, glieintituleert den BUjden Requiem, enz. »

Ce petit recueil est fort intéressant en ce qu'il nous transmet la notation du dessus et de la basse de plusieurs chansons profanes, parfois légèrement grivoises, de la fin du XVl» siècle et du com- Lncement du XVII% auxquelles on avait adapte des paroles

mystiques et religieuses.

Ce fut là sans doute un terme moyen trouve pour permettre aux béguines l'innocente récréation de la musique.

Dans l'origine, tout commerce, tout trafic était inlerd.t aux béguines. On voit cependant que cette règle avait ses excepUons, pusque le livre ci-dessus se vendait au béguinage de Mames et que le privilège même était au nom de la demoiselle De M n. Lesouvrages manuels étaient l'occupation recommandée auxbeguines. Celles qui étaient plus riches n'en étaient pas affranchies et on les engageait à venir en aide à leurs compagnes pauvres.

L'intérieur des maisons des Béguines deva.t présenter un aspect de propreté , mais sans luxe. Le mobilier devait être simple, et la table frugale. Hors les heures de repas, on ne pouvait dresser le couvert pour personne, pas -;<"« l-".; « curé. Ouand une béguine recevait du monde, .1 lui fallait la permission de la grande-maiiresse et le repas était modestement ré"lé II était aussi défendu de faire de trop grandes dépenses a Vo°cca'sion de la prise d'habit ou lors des vœux des novices. 11 était ordonne aux béguines de s'abtenir de rester a leurs

fenêtres ou sur !e seuil de leur porte, surtout après Thcurc de h fermeture de lenclos. Elles ne pouvaient quitter le béguinage sans la permission de la supérieure et seulement dans des cas d'absolue nécessité, par exemple, pour se procurer les provisions de ménage. Quand elles allaient en ville, on leur recommandait d'être deux, afin de prévenir tout mauvais soupçon. Elles ne devaient avoir de rapports qu'avec des personnes d'une moralité bien établie, et fuir le commerce des femmes d'une réputation équivoque.

Elles ne pouvaient assister ni à des festins de noces, ni à des réunions d'un caractère trop mondain.

A l'heure ûxée par le règlement de la maison, les béguines devaient être rentrées sous <ie fortes peines. Celles qui se déréglaient étaient, après plusieurs avertissements et punitions, expulsées du béguinage. Si rincontinence avait été publique, la béguine n était pas seulement bannie de la communauté, mais perdait son meilleur lit, acquis à rétablissement.

Les béguines pouvaient en tout temps se marier et quitter le béguinage. Cependant quelque chose d'odieux paraissait attaché à l'usage de cette faculté. Avant les fiançailles, la béguine devait abandonner la communauté et plier bagage avec toutes ses literies, sous peine d'une amende de 12 florins rhénans ou de confiscation de tout ce qui se trouvait dans sa demeure.

Il était strictement défendu aux béguines d'avoir des familiarités avec leur curé ou leurs confesseurs (*). Ceux-ci ne pouvaient, hors les cas de maladie ou de force majeure, recevoir la confession de leur pénitente, qu'à travers le grillage du confessionnal.

L'intempérance de la langue était, parait-il, un défaut commun parmi les béguines. Aussi voyons-nous tous les règlements comminer des peines sévères contre celles qui médisent de leurs compagnes ou les calomnient. Les ordonnances leur recommandent sans cesse de bien s'entendre entre elles, d'éviter toute rancune, jalousie cl inimitié.

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