‹ Des blasphèmes et imprécations [microforme]Chapitre 4 sur 36 · DES BLASPHÈMIR · texte numérisé non relu

DES BLASPHÈMIR

‘ Offenser Dieu, en résistant à ses ordres.

en violant sa loi sainte, c'est sans doute un grand péché, mais l’attaquer de front, vo mir des injures contre Lui, pourrait-on croire que l’homme pût en venir jusqu’à cet rxcès ? Voilà cependant ce que fait le ‘blasphémateur. Aussi l'écriture juge-telle ‘crime si odieux, qu’elle n'ose pas le désigner par son nom, (comme le fait remarquer le catéchisme du concile de Trente), dans la crainte de souiller notre langue en employant le terme propre et qu'elle se sert même de paroles toutes contraires pour l’exprimer, Ainsi nous lisons dans l’histoire de Job, que sa femme, dans un mouvement de colère et de désespoir,

lui dit : Bénis Dieu et meurs. Bénir veut

bien certainement dire ici maudire et blasphémer. Satan lui-même n'ose s'exprimer différemment. Dans la même histoire, lorsqu'il demande à Dieu de tenter la ver- , tuetla patience de son serviteur, il lui

\ dit: Etende* un peu votre main sur lui,

DT Te HER CAP “Eee PO

LCR,

el vous verrez qu'il ne vous bénira pas

en face (1) ce qui veut dire évidemment, comme dans le précédent texte, s’il ne prononcera pas contre vous des pa-

roles de blasphèmes. L'Ecclésiastique va

plus loin encore. Craignant de nommer

le blasphème d’une manière quelconque, il se contente de le représenter en termes couverts : Zl y a, dit-il, une autrs parole, -

qui est parole de mort ; qu’elle ne se trou-

. ve jamais dans l'héritage de Jacob (5).

Mais comme le blasphème est devenu, hélas ! très commun de nos jours, l’Eglise autorise ses ministres à le nommer

pour en faire connaître la nature et l’énor-

mité aux fidèles, afin de leur en inspirer

* de l'horreur et de les en: éloigner.

Blasphémer (de deux mots grecs qui signifient : je blesse la réputation) signifie proprement, dans la théologie cestholique, injurier Dieu en disant du mal de Lui. St-

. Paul entend,en effet, par le blasphème,une

(2) Job, 5,12. (2) Eccl. xxr11, 15,

médisance, Recommandant à son disciple Tite d’avertir les fidèles de me médire de personne, cet apôtre écrivait : Admone illus neminem blasphemare (1). Avertissez de ne médire de personne. Et St- Augustin, voulant définir le blasphème, prend ce mot dans le même sens et dit que blasphémer, c'est parler mal des gens de bien, Mais ce Père remarque en même temps qu'on nese sert communément du terme de blasphème que pour signifier qu'on parle mal de Dieu. Or, si c'est un péché de parler mal du prochain fait à l'image de Dieu.

c'en est un bien plus grand sans doute, de parler mal de Dieu lui-même,

. Diverses espèces de blasphèmes. |

Le blasphème est une pensée, une parole ou une action injurieuse. Le mot injur L .rieux, veut dire qui tend à ravir l'honneur. , L Le autres mots, paroles ou actions, nous © Tit mx, ane

VAE a ET IMPRÉCAMIONS. 19

apprennent qu’il n'est pas nécessaire de parler et de dire aucune parole pour blasphémer, mais que les actions et les gestes peuvent ici, comme en beaucoup d'autres circonstances, tenir lieu de paroles, en avoir la valeur et devenir de véritables péchés de blasphèmes, comme serait de regarder le ciel avec dédain, de frapper des pieds contre terre, de frémir d’indignation et de grincer des dents contre Dieu.

On peut même blasphèmer sans prononcer aucun mot et sans faire aucun geste, mais de cœur seulement ; comme si, par exemple on nourrissait volontairement dans l’esprit des pensées ou des désirs contraires aux perfections divines, ou aux " choses qui coneernent la religion C'est du cœur, dit Jésus-Christ, que partent les blasphèmes, aussi bien que les faux témoignages : De corde excunt falsa testimonia et blasphemia (1) Tel est le blesphème de l’impie qui dit dans son

(0) Math. xv, 19.

gg) ‘DES BLASPHÈMES

cœur: Any a point de Dieu. Il vou- ,' drait bien qu'il n’y en eut point.pour venger ses désordres ; il voudrait anéantir la Divinité, sa toute puissance, sa justice, sa Providence, toutes ses infinies perfections.

Les démons ne blasphèment jamais qu’en pensée, puisqu'ils n’ont pas de corps. Jukien l’Apostat, blessé à mort dans un combat, recueille dans sa main le sang qui jaillissait de sa blessure, et, le lançant contre le ciel, il s'écrie : ‘ tu as vaincu Galiléen.” Ce furieux blasphéma ainsi des trois manières à la fois : par la pensée, par la parole et par le geste.

Une parole ou une action injarieuse à Dieu.

Pour qu’il y ait blasphème, il n’est pas nécessaire d’avoir l'intention formelle, il suffit de proférer contre quelqu'un ou quelque chose, par colère, haine ouÿindiguation, par irréligion des paroles qui sont

injurieuses à Dieu ou à ses saints (1).

Une parole peut être blasphématoire en

la soi ou selon l’acception commune, ou seusa lement dans l'esprit de celui qui l’emploie. AS, C'est pourquoi le confesseur doit s'applien quer à connaître les mœurs, et souvent au u- confessionnal il doit se faire répéter les m- paroles qui ont été employées et demander ui dans quelle intention elles ont été prononn- cées.

li. rennten in Le blasphème contre Dieu est ou

: : énonciatif, ou déhonestatif, ou exécratoire.

| D'autres auteurs divisent le blasphème

e ‘4 en quatre classes: selon linéention, le

mode, les paroles, ou l'objet. 1e Casse, à raison de l'intention ilest

: | direct, s’il est proféré contre Dieu lui- < (ht même {quels qu’en soient les mots), avec : er, . l'intention formelle de le déshonorer. C'est |

(1) Bouvier, tome v, p. 258. Gousset, vol. 1, p.194.

22 Des PLASPHÈNES

le blasphème diabolique rare parmi les fdèles.

* Ilest indirect quand il est adressé aux créatures quels que soient encore les mots dont on se sert, sans vouloir directement déshonorer Dieu.

2e Classe, à raison du mode. Le blasphème est intérieur quand il n'est consommé que dans le cœur, par exemple, penser que Dieu n'est pas juste. Il est extérieur quand il ya ou des paroles ov.

des signes isjurieux à Dieu ou aux choses saintes. Comme il arrive dans toutes les expressions blasphématoires,

3° Classe, à raison des mots. Il est tantôt simple quand il ne renferme rien autre chose que l’injure à Dieu, il est tantôt hérétigue quand il attaque quelqu'article de - da foi, comme dire que Dieu n’est pas tout puissant, que la Ste-Vierge est une femme comme les autres.

4e Classe, « raison de Pobjet. Le blasphème est émmédiat quand il est adressé

à Dieu lui-même, médiat quand il est proféré contre les choses qui ont un grand rapport avec Dieu. Dans ces deux dernières sortes de blasphèmes directs et indirects on ne regarde que l'infenfion.

Autant que possible le pénitent doit être en état de dire si son blasphème a été contre la foi, l'espérance ou la charité. S'il a été direct contre Dieu. S'il y a eu scandale ; car, il y a autant d'espèces de péchés qu'il ya de vertus blessées, Si le blasphème a été simple, indirect et non contre Dieu, la vertu de religion seule a été outragée et l'accusation ordinaire l’exprime suffisamment (1).

Ainsi il y a blasphème toutes les fois qu’on adresse des paroles injurieuses à Dieu, aux saints ou aux éhoses saintes” Mais il peut y ayoir aussi blasphème en adressant @es paroles aux autres créatures, si la puissance et la sagesse de Dieu y brillent d’une manière spéciale, par exem-

(1) "2 Gonet vol. 1, p. 194. Bouvier, vol. r,.p. 256. La vini, p. 266

ple : maudire le monde entier, les âmes du purgatoire ou des vivants en tant qu’image de Dieu. Per exemple : God damed my (or) yowr soul to hell. Que le sang de J.-C. te damne ; maudire le vent, la pluie eæ. tant que commandés par Dieu ou seulement son outil, son Ahimal par haîne pour … Dieu. Mais quand il n’y a point relation des choses ou de la volonté à Dieu, ces malédictions ne sont point blasphématoires et elles n’excèdent pas le véniel, par exemple : Maudit cheval, sacré bête, que le diable t'emporte. La colère qui fait proférer ces malédictions peut bien être elle-même mortelle dans son espèce, mais elle n'augmente pas la gravité des paroles. + * * Ces divisions se trouvent comprises = dans les suivantes que nous allons étudier.

E Du biasphème Enonciatif.

Le blasphème énonciatif consiste lo a

ET IMPRÉOATIONS. 25

attribuer à Dieu ce qui ne lui convient pas, des défauts, des imperfections ; par exemple, si l’on disait : Dieu est un tyran, Il est cruel, injuste ; Dieu m'en veut plus qu'à un autre. Téméraire ! vous osez accuser Dieu d'injustice, d’aveuglement, de prévention ! Comme si, infiniment parfait, et par conséquent la bonté même, il pouvait en vouloir à personne , comme s’il n’était pas le meilleur et le plus tendre des Pères, le Créateur et le Rédempteur de tous |

C’est de cette manière que blasphémèrent les Pharisiens, lorsqu'ils dirent à Jésus-

Christ qu'il chassait les démons par Belzé-

buth ; Luther et Calvin qui osèrent dire et enseigner que Dieu est l’auteur du péché.

20 À dénier à Dieu ce qui lui appartient ; par exemple si l’on disait : Il n’y a point de Providence ; Dieu ne s’occuge pas de nous ; Ü ne se mêle en aucune 1nanière de ce qui se passe îici-bas. Faibles mortels ! croyez-vous donc que le Tout- Puissant éprouve comme vous des embar- :

ras et des difficultés? Le gouvernement de ce grand univers n’est qu’un jeu de sa ‘puissanee ; et Il sait bien tout ce qui se ‘passe, qu'à ne tombe pas un seul cheveu ‘de votre tête sans sa permission.

30° À attribuer à la créature ce qui n’appartient qu'à Dieu. Par exemple, si l’on disait du démon qu'il est tout-puissant, qu'il sait fout ce qui doit arriver, qu'il en sait autant que Dieu; ou d’un prince :

c'est un Dieu, un second Messie, que Dieu ne peut rien sur lui, qu'il est invincible, qu'il ne peut se lromper ; ou d'une personne qu’on aime passionnément : qu’elle est adorable, qu'elle est parfaite comme un Dieu, que ses attraits sont divins. En attribuant ainsi à la créature la toute-puissance, l'infaillibilité, la beauté souveraine, vous blasphémez ces perfections, qui ne se trouvent qu'en Dieu. Et ne croyez pas vous excuser en disant que vous ne parlez D souvent ainsi qu’en badinant (Car Dieu * 4 est trop digne de respect pour que ses at-

= Lt

ZT IMPRÉCATIONS, 27

tribus soisnt avilis jusqu’à servir d’amusement aux hom:.:3. Le blasphème que commit le roi Sennachérib, en disant avee insolence que le Dieu d'Israël ne pourrait pas plus résister à ses armées que les dieux des nations, lui coûta cent quatre-vingt mille hommes, que lui tua, dans une seule auit, l'ange du Seigneur (1).

IT. Du blasphème déshonestatif.

Le blasphème déshonestatif consiste à attribuer à Dieu, ce qui, dans la réalité, lui convient, mais de le lui attribuer, par manière de reproche, de dérision, ou de mépris. Tel fut le crime des Juifs moqueurs, lorsque s’approchant de la eroix de Jésus mourant, ils lui disaient en se-

se

as couant la tête, d’un ton dérisoire avec des ez sarcasmes insolents : St éu es le Fils de ju Dieu descends maintenant de la croix et

Q) 1v Reg. xIx, 9, 86.

‘ nous croirons en toi (1). Tel fut excore le blasphème de Julien l’apostat, que nous avons cité tantôt, lorsqu'il lança de son sang contre le ciel en s'écriant dans sa :

rage : “tu as vaincu, Galiléen !” Les h personnes qui s’écrient, dans ka eolère, 1 “Corps-Dieu, Sang-Dieu,” font un blas- | phème déshonestatif, car elles outragent | la sainte humanité de Jésus-Christ. S'irriter contre les créatures, par exemplecontre la pluie, le vent, la grêle, dans le -

sens expliqué plus haut, constitue encore | ÿ un véritable blasphème déshonestatif, L IIL. Blasphème exécratoire. “of

Le blasphème exécratoire ou imprécatoire consiste à faire des imprécations contre Dieu, à Le maudire, à Lui souhaiter du mal ; quand on dit : Mort-Dieu !/ de par voudrais qu'il n'y eut point de Dieu ; c'est

QG) Matt. xx vi, 40.

RE

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