CHAPITRE III
LA CATARACTE TRAUMATIQUE. — SES CONDITIONS D'APPARITION. — ÉTENDUE, FORME ET SIÈGE DE LA PLAIE. — CORPS ÉTRANGER. — AGE DU BLESSÉ.
On entend par le mot cataracte l’opacification complète ou incomplète du cristallin. Le cristallin, en dehors de la capsule qui l'enveloppe, se compose de 2 ordres d'éléments : les fibres à noyaux, qui sont superficielles, et les fibres dentelées, qui constituent la presque totalité de l'organe.
Ces dernières, comme l'indique leur nom, présentent des dentelures qui S'engrènent réciproquement sur leurs bords tandis qu'elles ne sont que juxtaposées par leurs surfaces Il résulte de cette disposition que la lentille cristallinienne se décompose facilement en lamelles sous l’action d'agents chimiques.
Un effet analogue se produit lorsque survient une cataracte. Ces lamelles se séparent et la petite quantité de liquide contenu normalement dans l’intérieur de la capsule, où celle qui arrive du dehors par la voie endosmo-exosmotique, comble aussitôt l'espèce de fissure provenant de leur dislocation. C'est peut-être là le premier phénomène encore inaperçu de l'opacité qui ne se montre réellement que lorsque la dislocation est
opérée en quelques points.
Dès qu'elles sont constituées, les opacités apparaissent groupées assez régulièrement vers les régions de l'équateur du cristallin et affectent, conformément à la disposition anatomique de ses fibres, une forme étoilée, rayonnante qui leur a fait donner le nom de stries.
La fibre elle-même devient granuleuse. De fines, isolées et superficielles qu'elles étaient ces granulations moléculaires progressent rapidement en volume et en quantité. Le contenu de la fibre qui semblait homogène au début ne tarde pas à subir des altérations de densité et de forme.
Les stries se rapprochent, s’allongent, gagnent le pôle du cristallin et bientôt toute la masse lenticulaire est transformée en un amas de débris de fibres, de matières grasses, de corpuscules calcaires, parfois de cristaux de cholestérine et enfin d'une substance particulière la myéline qui s’'épanche en gouttelettes au moment où la paroi altérée vient à se rompre.
La cataracte traumatique est molle, ce qui se comprend puisqu'elle est le résultat d’une imbibition. Sa couleur est blanche uniforme sans stries, elle apparaît ordinairement quelques heures après l'accident.
Lorsque l'ouverture est grande, le cristallin, trop rapidement imbibé par l'humeur aqueuse, se gonfle et produit des accidents graves de compression. L'iris est refoulé en avant, des masses blanchâtres font saillie sur les bords de la plaie capsulaire, se détachent et tombent dans la chambre antérieure. Le globe oculaire est douloureux à la pression; le malade éprouve des souffrances atroces autour de l'orbite, à la tempe, au cuir chevelu et quelquefois dans toutes les branches de la cinquième
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REA à: PRE paire. Si cet état se prolonge de trop uneirido-choroïdite en est la conséquence.
C'est donc la pénétration de l'humeur aqueuse, ou dans le cas de lésion de la cristalloïde postérieure de l'humeur vitré, dans le cristallin qui cause l’opacité cristallinienne.
Il résulte en effet des expériences de Leber que c’est la cristalloïde avec son épithélium qui sert de régulateur aux phénomènes d'osmose d’où dépend la nutrition du cristallin. C'est cet épithélium qui s'oppose comme une barrière infranchissable à l’imbibition des masses cristalliniennes par l'humeur aqueuse.
Si l’on enlève de sa capsule un cristallin frais et transparent et qu'on le place dans l'eau on le voit s’en imbiber aussitôt, se troubler, se tumefier, se fendre, se dissoudre.
Il en est de même dans l'œil dès que la moindre éraillure ou déchirure vient à se produire. Il y a aussitôt contact entre l'humeur aqueuse et le tissu propre du cristallin qui S'infiltre, se ramollit, s'opacifie Ce sontles indices du trouble nutritif qui s’est opéré.
Le corps vitré joue le même rôle dans le cas de traumatisme de la capsule en arrière.
Quelles sont donc les altérations qui Surviennent dans le cristallin et dans la capsule lorsqu'il se produit une brèche dans la cristalloïde ?
Altéralions du cristallin
Du côté de la lentille nous observons :
1° Une perte de transparence. — Cette perte de transparence résulte, nous le savons, d’une altération profonde
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de la nutrition de la substance cristallinienne. Elle peut être complète ou incomplète, générale ou partielle.
Elle est toujours proportionnelle à la quantité d'humeur aqueuse qui a pu pénétrer dans le cristallin.
Si la déchirure est étroite et résulte par exemple d'une piqûre, l'humeur aqueuse ne peut pénétrer qu'en petite quantité, elle ne sera en outre en rapport qu'avec un point très limité du cristallin. Mais d’abord circonscerite à la région primitivement intéressée, l’opacité gagne plus tard de proche en proche les parties voisines et finit par occuper le tiers, la moitié ou la totalité du cristallin à moins qu'une cicatrication plus ou moins rapide de la plaie ne vienne interrompre l'entrée de l'humeur aqueuse.
Ce commencement d’opacité apparaît en général dans les quatre premiers jours qui suivent l'accident et elle intéresse non seulement la capsule mais également les couches profondes du cristallin. Il y a formation d’une cataracte capsulo-lenticulaire.
2° Un ramollissement. — Ce ramollissement de la lentille peut aller jusqu'à la liquéfaction complète. Il sera d'autant plus rapide et d'autant plus complet qu'il sera entré une plus grande quantité d'humeur aqueuse.
Les couches corticales ramollies peuvent s'écouler dans la chambre antérieure, le plus souvent le cristallin est alors réduit à l'état de consistance demi-molle ressemblant à une bouillie un peu granuleuse. Cela tient à ce que les fibres cristalliniennes baignées par l'humeur aqueuse perdent leur cohésion, leur organisation.
.Leur structure, en effet, est modifiée d'une façon notable, mais toujours les fibres rubanées qui forment la majeure partie de la couche corticale du cristallin sont