OBSERVATIONS
D'après ce qui précède, c’est donc à juste titre que l'on a formulé cette loi : toute blessure du cristallin est suivie de cataracte.
En d'autres termes, la cataracte traumatique directe est le résultat des blessures du cristallin, soit que cellesci aient été produites par des objets pointus et acérés qui ont perforé la cornée ou la sclérotique sans rester dans l'œil, soit qu'il s'agisse de corps étrangers qui ont pénétré et sont restés fixés dans le cristallin soit en arrière de lui dans le corps vitré ou les membranes profondes de l'œil, soit enfin qu'ils aient perforé l'œil de part en part et restent fixés dans l'orbite.
Oril n’en est pas toujours ainsi ettandis que la formation d'une opacité assez considérable du cristallin serait de règle après solution de continuité de la cristalloïde, on voit le trouble se restreindre au voisinage immédiat de la lésion; quelquefois même il peut ne se produire d'opacité que le long du trajet de perforation au niveau de la direction suivie par le corps étranger.
Comme dans le chapitre précédent, nous envisagerons successivement : 1° les blessures expérimentales, 2 les
blessures opératoires, 3 les blessures accidentelles.
PC 1° Blessures expérimentales
Ce fait frappa maints observateurs. Ils cherchèrent à l'expliquer et étudièrent dans ce but les relations de la cataracte avec la cicatrisation de la plaie capsulaire.
Leber, le premier, reprenant lesexpériencesde Disterich en 1824, remarqua que chez les lapins les plaies de la capsule guérissent ordinairement sans cataracte persistante. La perte de substance occasionnée par le traumatisme est rapidement réparée grâce à une prolifération active de l’épithélium capsulaire s’opérant sous la protection d'un enduit fibrineux qui isole la substance cristallinienne de l’humeur aqueuse en contact momentané l’une avec l’autre au travers de la brèche.
Après Leber, Boé, Kapp constatent ce processus de la guérison capsulaire et étudient la réaction de la substance même du cristallin lésé par suite du traumatisme. ïls opèrent sur des grenouilles, des oiseaux, des lapins et des chèvres. Ils pratiquent sur ces animaux avec une aiguille ou avec un bistouri soit une piqûre soit une discision profonde perforant très souvent le cristallin de part en part.
Tous, ainsi que Terrien lorsqu'il expérimente sur le chien, voient que la cicatrisation de la plaie capsulaire est toujours purement épithéliale et se fait aux dépens de l’épithélium sous-capsulaire.
Obario, opérant sur le chat dans les mêmes conditions, conclut : À
1° Les blessures de la capsule du cristallin sont suiviesdecicatrisation, qu’il s'agisse de la capsule antérieure ou de la postérieure ;
As
2 Le cristallin, après une telle cicatrisation, peut rester complètement transparent, mais le plus souvent il devient peu à peu complètement opaque. Cette opacité se produit malgré la cicatrisation parce que celle-ci ne constitue pas une protection complète contre les liquides environnants ;
3° Après la cicatrisation de la capsule, quoique le cristallin devienne opaque, il n’est pas résorbé, à moins qu'il n'existe une solution de continuité de la capsule de dimensions telles que son occlusion soit empêchée par les masses cristalliniennes gonflées ;
4 La cicatrice de la capsule du cristallin est produite probablement par des leucocytes issus des vaisseaux comme on le voit dans les autres parties du corps.
2° Blessures opératoires
Cette anomalie avait done été remarquée depuis longtemps et c’est à cette non-opacification de la substance cristallinienne consécutive à une blessure du cristallin que se heurtèrent les premiers chirurgiens opérant des myopies fortes par l'extraction du cristallin. Leur échec était Aù à la cicatrisation immédiate de la petite plaie capsulaire.
Fromaget doit faire ? discisions à 2 jours d'intervalle pour obtenir l'opacité du cristallin. La première, faite à l'aiguille de Bowman, ne produisit, dit-il, qu'un léger trouble du cristallin qui resta stationnaire. Une nouvelle discision, faite plus largement à l’aide du kystitome, amena, 20 heures après, une cataracte totale.
Gayet, en vue de l'extraction d’un cristallin pour corriger une myopie élevée, dû pratiquer suecessivement
6 discisions de la cristalloïde antérieure, la dernière complétée par une iridectomie, afin d'obtenir une cataracte totale.
3° Blessures accidentelles
Mais, à côté de ces faits expérimentaux et opératoires, la clinique nous montre encore que, dans nombre de cas des plaies capsulaires, des corps étrangers n’ont entrainé, même après nébulosité totale, qu'une cicatrice cristallinienne bien limitée.
Terson a vu un grain de poudre enchassé dans une auréole de cataracte, et des piqûres d’aiguille arriver à ce résultat.
Plusieurs auteurs (Salzmann., Bondé, Pufahl, Paderstein) ont rapporté des cas où le cristallin traversé de part en part ne gardait qu'une cicatrice ou conservait même, après emploi de l’électro-aimant, une transparence presque complète.
Telle est l'observation de Morax :
« Après dilatation de la pupille par l’atropine, on apercevait à la partie postérieure du cristallin un petit point sombre constitué par le corps étranger. L’extraction fut faite à l’électro-aimant. Malgré la plaie de la cristalloïde, malgré les déplacements subis par le corps étranger dans le tissu cristallinien sous l'influence de l'attraction magnétique, le cristallin conserve encore, 9 mois après l'accident, sa complète transparence V=5/7 à 5/10. »
Nos recherches bibliographiques nous ont permis de noter un certain nombre de cas semblables. Il nous a paru intéressant de les rapporter, les uns in-extenso,
1 FOUEES les autres résumés à la suite des observations inédites recueillies à la clinique ophtalmologique de M. le professeur Rollet.
Nous étudierons ensuite la formation de la cataracte traumatique et passerons en revue les différentes conditions qui président à son développement.
Ceci nous permettra de soupconner les cas où la blessure du cristallin ne sera pas suivie de cataracte.
Il est bien entendu que nous n’envisageons ici que les cas où la plaie capsulaire sera faite par un instrument Où un Corps étranger absolument aseptique.