‹ Des bractéates d'allemagne: considérations générales et classification des types principauxChapitre 35 sur 53 · ET DE LA MOITIÉ MÉRIDIONALE DU GRAND-DUCHÉ DE BADE · texte numérisé non relu

ET DE LA MOITIÉ MÉRIDIONALE DU GRAND-DUCHÉ DE BADE

[Souabe dAllemanie) {sauf Constance et la rive nord du lac du même nom).

Cette section géographique comprend aussi la Haute- Alsace; mais, sauf une petite bractéate de Bergheim,on ne connaît pas de véritables bractéates de cette contrée.

Le groupe numismatique dont nous nous occupons ici, est représenté par de très-nombreuses petites bractéates d'un aspect caractéristique. Elles sont très-minces et ont généralement été frappées avec un coin circulaire qui a fait saillir, autour de l'effigie centrale, un rebord également circulaire et d'un relief considérable ; mais le procédé rapide et primitif employé pour détacher les flans de la feuille de métal, faisait, qu'au lieu de suivre une courbe régulière, les ciseaux détachaient simplement le flan suivant quatre lignes plus ou moins droites se coupant à angle droit* Ces bractéates se trouvent donc avoir une forme irrégulièrement et grossièrement quadrangulaire, et en dehors du relief cireu-

laire qui environne le chiamp et Teffigie, figurent quatre petites surfaces, afifeclant, en général, la forme d'un trian gle très-inégal. On conçoit que cette particularité, qui n'a, du reste, pas d'autre importance, et qui dépend du mode grossier et expéditif de détacher les flans, donne à ces petites bractéates quelque chose de caractéristique qui les distingue totalement des bractéates de dimensions un peu supérieures et de forme régulièrement circulaire que nous avons décrites en Souabe. Hâtons-nous de dire que cette forme quadrangulaire n'a rien de constant; souvent même il semble que l'ouvrier se soit attaché à faire suivre le plus possible à l'instrument tranchant une direction circulaire concentrique au cercle en relief régulier qui limite le champ; mais, malgré tout, la forme du flan offre, en général, un aspect plus ou moins irrégulier, plus ou moins anguleux, tout à fait caractéristique. Cependant cette dernière règle même souffre des exceptions, et, dans presque toute rétendue du territoire dont nous, nous occupons, on retrouve, à côté de ces petites bractéates de forme inégale, des bractéates régulièrement circulaires, plates, de dimensions un peu plus considérables, et portant le cercle perlé ou gros grènetis qui entoure, nous l'avons vu, un grand nombre de bractéates souabes. Plus on se rapproche des rives du lac de Constance, plus on voit les bractéates rondes, à bord perlé, se multiplier, en place des bractéates quadrangulaires; celles-ci, par contre, dominent à Bâle, à Zofingue, à Soleure, à Berne, à Burgdorf ou Berthoud, à Zurich et dans le pays de Bade. Mais presque chacune de ces localités possède cependant aussi quelques pfemiiys ronds à bord perlé, sans qu'on puisse soutenir qu'une de ces deux espèces de bractéates soit toujours plus ancienne que l'autre.

Les bractéates suisses et badoises sont très - souvent muettes; quelques-unes portent en toutes lettres le nom

d'un Saint, parfois celui de l'atelier monétaire. Aucune, sauf quelques bractéates bâloises, ne porte le nom ou les initiales du personnage qui les a fait frapper. Beaucoup, au contraire, et c'est là un caractère important de cette variété de bractéates, présentent sur les côtés de l'effigie principale (tête de Saint ou emblème quelconque) une, deux ou trois grandes lettres qui sont les initiales du nom de l'atelier monétaire. C'est surtout sur les bords mêmes du Rhin, et dans le sud du pays de Bade, que se retrouve cette disposition.

Les demi-bractéates ont ici, comme dans le reste de l'Allemagne, précédé les bractéates vraies; il en fut du moins ainsi à Bâle, à Zurich, et peut-être à Saint-Gall.

Les bractéates constituèrent, depuis le douzième jusqu'au quinzième siècle, l'unique numéraire en circulation dans les pays suisses et dans le sud du pays de Bade : pendant cette période, toute espèce de payement et de transaction se faisait par leur moyen. On comptait toujours, il est vrai, comme ailleurs, par marcs, livres, schillings et pfennigs. Mais ce n'étaient là que de pures valeurs nominales et fictives, et la dernière seule, le pfennig ou bractéate, avait véritablement cours. 11 existait entre le pfennig et le schil-ling^ entre le schilling et la livre un rapport toujours invariable. Le schilling (solidus) valait douze pfennigs^ la livre vingt schillings ou bien deux cent quarante pfennigs. Par contre, le rapport de la livre au marc variait avec chaque modification du pied monétaire. Au début, lorsque les pfennigs avaient plus de poids, il entrait deux livres au marc; à mesure qu'ils devinrent plus légers, le nombre de livres qu'il fallait pour parfaire un marc, doubla et tripla même. Quant au titre de ces bractéates, on peut dire seulement que plus elles sont légères. et de mauvais aloi, plus elles sont modernes ; les moins anciennes sont de la fin du quinzième siècle ou du commencement du seizième.

Une quantité des bractéates, appartenant au groupe dont nous parlons, sont muettes et, par conséquent, incertaines, et le resteront peut-être toujours. Un certain nombre cependant sont définitivement classées, résultat précieux dû aux recherches minutieuses du docteur Meyer, de Zurich, qui, dans les deux ouvrages publiés par lui, en 1845 et 1858, a admirablement exposé ce que Ton sait de certain sur ces intéressantes petites monnaies. Celles du pays de Bade ont aussi été décrites par M. deBerstett; enfin les demi-bractéates bâloises ont été traitées de main de maître par M. Morel-Fatio.

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