‹ Des bractéates d'allemagne: considérations générales et classification des types principauxChapitre 36 sur 53 · A. BRACTÉATES SUISSES · texte numérisé non relu

A. BRACTÉATES SUISSES

N. B. — Nous avons réuni aux bractéales suisses, appartenant au second groupe de bractéates du sud de l'Allemagne, les bractéates bien moins nombreuses de la Thurgovie, et de la rive méridionale du lac de Constance, qui offrent souvent le type souabe. Nous n'avons pas voulu diminuer l'intérêt d'ensemble que pouvait présenter ce court résumé de l'histoire des bractéates suisses, emprunté tout entier aux travaux du docteur Meyer.

a. Évêcké et ville de Bâle. -r- Pour la description des nombreuses demi - bractéates des évêques de Bàle des onzième et douzième siècles, de leurs types principaux, de leur mode de fabrication, etc., nous renvoyons à l'étude si intéressante qui en a été faite par M. Morel-Fatio. Nous nous contenterons ici d'en parler très-brièvement.

Ces demi-bractéates bâloises, sauf quelques-unes attribuées par M. de Kôhne à l'empereur Henri III f 1056, sont toutes épiscopales, et leur étude, enrichie par la grande découverte de Saint-Paul à Rome, a considérablement reculé les limites de la première apparition du monnayage bâlois, et de l'époque à laquelle on faisait remonter pour

les évêques de Bâie la possession el la Jouissance du droit monétaire. Les demi-bractéates bâloises sont très-grossièrenaent fabriquées, irrégulièrement circulaires, et souvent fort abîmées à coups de marteaux. Une de leurs faces est, en général, presque effacée et méconnaissable. Elles sont plus grandes que les petites bractéates qui leur succédèrent au treizième siècle. La livre de pfennigs avait, à Bàle, au douzième siècle, une valeur à peu près double de celle qu'elle atteignit au milieu du treizième.

Le plus ancien évêque bàlois dont on possède des demibractéates, décrites dans Meyer, est Adalrich ou Udalrich, 1025-1040. Puis viennent des demi-bractéates de Tévêque Théodoric, 1041-1057 (variétés très-nombreuses provenant de la trouvaille de Saint-Paul) ; le nom de Tévêque est écrit en croix, croix cantonnée elle-même dt croisettes; sur le revers figure le nom de BASILE A, écrit également en croix, croix cantonnée à son tour de petits édifices religieux absolument informes. Souvent une des faces de la demi-bractéate est si indistincte qu'on croirait avoir affaire à des bractéates vraies. Parfois même il est évident que la seconde empreinte n'a pas même été frappée, probablement à cause du peu d'épaisseur du flan.

On connaît trois demi-bractéates de Tévêque Bérenger {Berangarius), 1057-1072, et une de Tévêque Rodolphe, 1107-1122, décrites pour la première fois par M. Morel- Fatio; elles ne paraissent avoir été frappées que sur une seule face; du moins on ne remarque aucune trace d'empreinte sur le revers. Ces demi-bractéates sont quadrangulaires : dans un carré frappé au marteau, figure la légende BASILEA, et dans un cercle perlé la lettre ^{Rudolphus). Sur d'autres variétés appartenant aux mêmes prélats les deux faces sont distinctes, et la principale porte tantôt une église à trois pignons, tantôt une croix.

Enfin, plusieurs variélés fort intéressantes de derai-brac-

téates bâloises sont décrites dans le travail de Meyer, sans qu'il ait encore été possible de les attribuer à un évêque déterminé.

Disons, en terminant, que ces demi-brac téates bâloises offrent un aspect tout particulier et qu'il est difficile de les confondre avec aucun autre genre de monnayage. La plupart du temps on s'est servi pour les frapper d'un coin de forme carrée, ce qui donne'quelque chose de fort incomplet et de très-barbare à la physionomie de l'empreinte ; toute cette fabrication accuse, du reste, la plus grande négligence; les lettres sont grandes et mal formées; les édifices religieux, les ornements architecturaux, sont d'un caractère grossier et très-primitif, qu'on ne retrouve nulle part ailleurs que dans cette partie sud-ouest de l'empire germanique.

Aux treizième et quatorzième siècles fourmillent à B&le les véritables petites bractéates épiscopales, bien plus souvent quadrangulaires que rondes, véritable type des bractéates de cette partie de l'Allemagne. (PI. VIII, 95.) Quelques-unes, de beaucoup les moins nombreuses, portent, soit le nom de l'évêque LUTOLD (1230-1249), soit des initiales : P - E {Petms episcopus^ Pierre Rych de Rychenstein, 1286-96, ou bien un second évoque Pierre, 1297-1306), \'0{Johannes, Jean deChâlons, 1325-1335, ou Jean de Munsingen, 1335-1365, ou bien encore Jean de Vienne, 1373). D'autres bractéates où figurent les initiales S-N sont attribuées à l'évêque Berchthold II, qui construisit relise de Saini^Nicolas. Une bractéate portant les lettres H -S désigne un des évêques de Bâle qui ont porté le nom de Henri. Toutes les autres bractéates épiscopales bâloises sont muettes.

Sur toutes ces petites monnaies figure généralement un buste d'évêque, parfois de face^ plus souvent de profil, placé tantôt entre les deux lettres que nous avons indiquées, tantôt entre des emblèmes divers, tels que deux calices,

deux roses, deux lis, une crosse d'évêque et une palme, deux crosses d'évêque, deux croix, etc., etc.

Parfois, et en particulier sur les bractéates aux initiales S-N, la tête de Tévêque est remplacée par un édifice religieux; cette même tête d'évêque figure aussi parfois sous la porte de Tédifice.

On attribue à la ville même de Bâle, qui fut en possession du droit monétait*e depuis 1373, de nombreuses bractéates au type du buste d'évêque de profil, bien plus rarement de face, placé entre les initiales B-A {BAsilea) (très-nombreuses variétés) .

On regarde aussi comme bractéates municipales de Bâle celles, fort nombreuses également, sur lesquelles figure Tétui de crosse bàlois, avec ou sans les lettres B-A. C'est seulement en 1373 que la crosse épiscopale bâloise revêtit cette forme particulière, et devint Temblème de la ville. La monnaie de Bâle est fréquemment désignée, dans les documents du quatorzième siècle, sous le nom de S tablerpfennige (pfennigs au bâton épiscopal {Staby bâton), parce que la crosse y figurait le plus ordinairement.

Des bractéates au type quadrangulaire suisse, sur lesquelles figure un dragon héraldique au repos, d'un style grossier, ont été, faute de mieux, placées par Meyer à la suite des monnaies bâloises municipales. Le basilic bâlois, qui figura plus tard sur l'écu de Bâle, est différemment disposé.

b. Ville de Berne. — Bractéates quadrangulaires, parfois rondes, à cercle perlé, au type uniforme de Tours passant ; parfois au-dessus de Tours figure la tête couronnée de face de Tempereur, ou une tête nue de profil (Saint- Vincent?), ou bien encore Taigle de Tempire.

Sur une bractéate remontant aux premiers temps du monnayage bernois, de 1218 à 1230, Tours est figuré dressé {rampant en style héraldique).

c. Ville de Burgdorfou Berthoud (canton de Berne). ' Peliles bractéates quadrangulaires frappées au quatorzième siècle, à Burgdorf, par les comtes de Kybourg, qui possédèrent cette ville de 1218 à 1406. Leurs bractéates, d'un titre très-inférieur, furent à tout instant prohibées à Berne, à Soleure, à Zurich. Sur ces petites monnaies quadrangulaires figure, avec la légende BVRDORF, le chef de face de l'un des Saints patrons de Burgdorf, orné d'un diadème reposant sur une abondante chevelure.

D'autres fois un personnage vu à mi-corps, également chevelu et coiffé d'un chapeau à larges bords retroussés, parait entre les initiales B-V. Ce personnage représente probablement le comte de Kybourg.

d. Évêché de Coire. — Dans la monographie numismatique du canton des Grisons, que publie avec tant de soin M. Trachsel, se trouvent décrites un certain nombre de monnaies unifaces des évoques de Coire. Elles sont frappées au type ordinaire des Grisons, le bouquetin. Sur les plus anciennes, qui ont toute l'apparence de vraies bractéates, le bouquetin est figuré en entier, passant; sur les autres, qui sont fort nombreuses, et qui ne sont plus des bractéates, mais bien de petites pièces unifaces plus modernes (einseitige Hohlpfennigé)y le bouquetin parait bondissant, soit dans le champ de la pièce, soit dans un écu de forme diverse. A ce sujet, nous remarquerons que les animaux héraldiques, figurés bondissant ou rampant sur les monnaies de diverses localités du moyen âge, apparaissent simplement passant sur les plus anciens coins des mêmes localités.

Les très-anciennes pièces unifaces muettes, décrites par Trachsel, et ne portant que la tête du bouquetin, appar* tiennent plutôt à la Styrie qu'à l'évêché de Coire.

Ct Ville de Disseixhofen ou Diessenhofen (Thurgovie). —

Ville fondée en 1178 par le comte Hartmann de Kybourg. Petites bractéales du quatorzième siècle, avec la tète de face et diadémée d'un Saint et la légende S. DIONYSIVS (Saint- Denis, patron de Diessenhofen).

f. Abbaye de Fischingen (Thurgovie). — Les bractéates attribuées à tort à celte abbaye appartiennent à celle de Rheinau.

g. Ville de Fribourg. — Il n*y eut jamais de véritables bractéates frappées à Fribourg.

h. Ville et Abbaye de Saint-Gall (pi. VIII, 87, 91). — Beaucoup de bractéates de Saint-Gall sont frappées au type souabe. Cette puissante abbaye obtint de fort bonne heure le droit de frapper monnaie. Les bractéates des abbés paraissent toutes appartenir au quatorzième siècle; celles du quinzième sont plutôt niunicipales. Les bractéates abbatiales sont presque toujours au type uniforme de Vagnus Dei portant une croix avec ou sans bannière, d'où elles ont pris le nom de Lammpfennige {Lamm^ agneau). Quelques-unes, quadrangulaires, au type suisse, sont d'un travail plus gros* sier ; les autres, arrondies, plus élégantes et entourées d'un cercle perlé, présentent tous les caractères des véritables bractéates de Souabe. Les variétés de ce type sont fort nombreuses.

Les petites pièces unifaces frappées à Saint-Gall, aux quinzième et seizième siècles, et sur lesquelles l'ours dressé remplace Vagnus Dei^ ne sont plus des bractéates.

Des bractéates municipales d'un style très-différent des précédentes, plus grandes, plus plates, d'un beau travail, remontant peut-être à la fin du quatorzième siècle, portent le chef de face de Saint-Gall , avec la légende : Moneia sauctï Gain. La tête du Saint est d'un caractère très-ar-

chaïque , et probablement une réminiscence de quelque statue de Sainl-Gall alors existante. Un certain nombre de ces bractéates sont muettes. Ce sont, du reste, les plus grandes bractéates suisses connues; elles ressemblent fort à celles de Tabbaye de Rheinau et à une portion des bractéates épiscopales de Constance, et s'éloignent complètement du type suisse quadrangulaire , bien plus petit et de fabrique plus grossière.

Nous avons déjà vu, à l'article Constance, que de nombreuses bractéates, ayant une très-grande analogie avec ces bractéates au type de Saint-Gall, et portant des effigies d'un caractère généralement ecclésiastique, pourraient tout aussi bien appartenir à quelque abbé de Saint-Gall qu'aux évêques de Constance.

Plusieurs autres bractéates, rondes ou quadrangulaires, et présentant alors les caractères ordinaires des bractéates suisses, portent également le chef de Saint-Gall de face ; la plupart d'entre elles sont muettes. Sur une bractéate ronde figure, sous le portail d'une église, le buste d'un abbé mitre entre les lettres S-G (Sancii Galli).

i. Ville de Laufenbourg (pi. VIII, 97). — Ville bâtie sur les deux rives du Rhin, au pied du château de Habsbourg- Laufenbourg. Nombreuses petites bractéates quadrangulaires, parfois rondes, avec cercle perlé, frappées au quatorzième siècle par les puissants comtes de Habsbourg- Laufenbourg, dont le nom y est représenté par les lettres Ziow, Z/>, La. Voici les types qui figurent sur ces petites bractéates : r Le lion de Habsbourg ; sa portion antérieure seule représentée avec une forte crinière, la gueule entrouverte,

entre les lettres ' ; souvent les initiales manquent. Par-

fois le lion est figuré mant; parfois même il parait tout

entier, rampant;

2" Le casque couronné, portant un col de cygne avec un anneau dans le bec (cimier des comtes de Laufenbourg qu'ils avaient emprunté à ceux de Rapperschwyl) ; sur les

côtés figurent les lettres L- -, ou L-O on--. Parfois le casque couronné paraît de face, surmonté de plumes de paon, entre les lettres L-A. Peut-être ces dernières bractéates ont-elles été frappées par le duc Léopold d'Autriche, après 1386, lorsqu'il eut acheté la seigneurie de Laufenbourg.

Dans la Revue : Die Numismatische Zeitung (1861 , n"* 10) figurent des bractéates de i250, attribuées à Berchthold P' ou à Berchthold II de Habsbourg. Elles représentent, sous une triple voûte, une tête de lion de face, tenant dans chaque patte une fleur de lis et placée au-dessus d'édifices tourelés. Plusieurs autres variétés de ces bractéates muettes ou à pseudo-légendes portent également toutes un lion.

Les comtes de Laufenbourg ont aussi frappé, au quinzième siècle, des bractéates à Rheinau. (V. ce nom.)

j. Ville de Liicerne. — Les petites monnaies unifaces frappées à Lucerne, aux quinzième et seizième siècles, avec le buste de Saint-Léger de face et les lettres L-V qui manquent parfois, ne sont point de vraies bractéates.

k. Comtes de Neuchâtel. — Petites bractéates du quatorzième siècle, frappées probablement par la comtesse Elisabeth, qui prit part aux grandes conventions monétaires de 1377 et 1387. Celles-ci furent conclues, en plein règne des bractéates suisses, entre une foule de villes badoises ou de la Suisse allemande, dont une portion reconnaissait la souveraineté des comtes d'Autriche.

Ces bractéates neuchâteloises, rares et curieuses, portent un casque de face à haut panache en éventail, entre les lettres N-C [Novum Casi/vm), ou N-O [NOvumcastrum). Il en

existe plusieurs variétés ; parfois de chaque côté du casque apparaissent les chevrons de Neuchàtel.

1. Ville de Porentruy [Pruntrut, Jura bernois). — Bractéate de fabrique suisse, portant un sanglier au poil hérissé (armes de la ville), grossièrement figuré. Attribution fort douteuse : appartiendrait peut-être, d'après M. de Kôhne, à la ville d'Eberbach du pays de Bade [Eber, sanglier).

m. Abbaye de Rheinau [Augia, Augia Bheni, Rhinaugia, canton de Thurgovie). — Cette riche abbaye possédait, dès le douzième siècle, le droit de frapper monnaie. En 1408, l'atelier monétaire passa aux mains des comtes de Laufenbourg.

On attribue à Tabbaye de Rheinau, à cause de ses armes, des bractéates muettes et quadrangulairesde fabrique suisse, représentant un poisson à gueule énorme, recourbé sur luimême.

Sur de belles bractéates de type souabe, bien plus grandes et plus plates, rondes^ ressemblant à celles qui portent le chef de face de Saint-Gall, figurent deux poissons couchés Tun au-dessus de l'autre en sens inverse ; la légende est

fort belle : MONETA ABBATIS AVÛIENSIS ou AVGENSIS.

Ces bractéates ont été attribuées à tort aux abbayes de Fischingen et de Reichenau.

II existe de petites bractéates portant une tête de prélat de face, entre un R et une étoile. La lettre R parait être l'initiale de Rhinaugia^ nom ordinaire de Tabbaye de Rheinau au moyen âge. Cette bractéate a aussi été faussement attribuée par Beyschlag à l'abbaye de Reichenau, qui s'appelait à la même époque Augia major ou Augia dives.

Sur des bractéates, frappées à Rheinau par le comte Jean de Habsbourg-Laufenbourg, on retrouve le casque de Laufenbourg surmonté du col de cygne, avec l'anneau dans le

bec, et les lettres R-l. Sur d'autres bractéates, marquées des mêmes initiales, paraît le casque des Habsbourg portaDl la couronne et les plumes de paon, ou bien surmonté de cornes de bufQe en guise de cimier.

n. Ville de Schaffhouse [Schaffhausen) (pi. VllI, 100). — Sur les bractéates de cette ville paraît le bélier héraldique de Schaffhouse dans différentes attitudes. Tantôt il est figuré bondissant à mi-corps hors d'une tourelle à toit pointu (porte de la ville); tantôt il parait en entier à côté de la tour. Sa tête, ordinairement ornée de grandes cornes, en est parfois dépourvue, et ce bélier est alors si grossièrement représenté qu'il a pu être pris pour l'ours de Berne ou de Saint-Gall ; mais la tourelle à toit pointu ou crénelé qui raccompagne toujours est caractéristique, bien que différente suivant les variétés.

Beaucoup plus tard, la portion antérieure du bélier bondissant parait seule, la tour n'existe plus; enBn, sur les bractéates les plus récentes, le bélier est parfois figuré en entier et seul dans le champ.

D'autres bractéates au type du bélier passant et non plus bondissant, d'un travail primitif^ ont été attribuées depuis peu aux anciens abbés de Schaffhouse, qui durent, en 1333, céder à la ville l'exercice du droit monétaire.

o. Ville de Soleure. — i*" Bractéates quadrangulaires frappées au quatorzième siècle, représentant la tête de Saint- Ours vue de profil, avec la légende : S. VRSVS ou VRSVS.

V Bractéates plus spécialement municipales, sur lesquelles figure la tête du Saint, tantôt couronnée et chevelue de profil, tantôt coiffée du capuchon, de profil ou de face^ tantôt abondamment bouclée et de face. Sur les côtés se voient les initiales S-O.

Sur une très-informe bractéate, un animal offrant une

vague ressemblance avec un ours figure au-dessus des lettres S-O. Cette curieuse monnaie doit avoir été frappée en commun, vers 1472, par Berne et Soleure, d'après une convention signée en cette année et qui est parvenue jusqu'à nous.

Plus tard, au seizième siècle, parurent à Soleure des monnaies unifaces, portant Técu aux armes de la ville, avec ou sans les initiales S-O ou S ; parfois, au-dessus de Técu, figura l'aigle de l'empire.

i. yUle (TUri. — Petites pièces unifaces du seizième siècle, avec une tète de taureau et la légende : VRI.

q. Urschweitz (Suisse primitive). — Les Allemands désignent sous ce nom les deux cantons primitifs, Uri et Unlerwaldy qui, paralt-il, ont frappé monnaie en commun avant leur union avec Schwytz. Une petite bracléate avec la tète mitrée de face de Saint-Martin, patron de la Suisse primitive, entre les lettres S. M, a été, en dernier lieu, attribuée par Meyer à ce monnayage commun des deux cantons.

r. YUle de Zofingue (canton d'Argovie) (pi. VIII, 93). — Cette ville appartint d'abord aux comtes de Lenzbourg, puis à ceux de Frobourg ; enfin, au treizième siècle, elle devint l'unique atelier monétaire de la maison d'Autriche en Suisse.

1° Bractéates quadrangulaires frappées au treizième siècle dans cette ville, sous la domination des comtes de Frobourg. Sur ces bractéates figure la tête couronnée de face, rarement de profil^ de Saint-Maurice, tantôt avec la légende ZOVI (monnaies d'un très^beau travail), tantôt entre les lettres Z-O, ou entre la lettre Z et une fleur de lis. Ces bractéates ressemblent fort à celles des abbesses de Zurich.

Sur une bractéate quadrangulaire figurent, avec la légende ZOVIG, deux tètes adossées, surmontant une troisième tête de face à chevelure bouclée. Les deux tètes réunies représentent les Saints-Félix-et-Regula, qui paraissent sur lesbractéates de l'abbaye de Zurich; la tête isolée est celle de Saint- Maurice. Cette curieuse monnaie a été frappée en commun par Zofingue et les abbesses de Zurich. Sur plusieurs autres bractéates quadrangulaires, produit de celte étroite alliance monétaire, le buste de Tabbesse, figuré dans toutes les variétés particulières aux bractéates abbatiales de Zurich, parait entouré de la légende ZOFICEN, ou placé entre les

lettres Z-O, parfois entre les quatre lettres "

2"^ Bractéates quadrangulaires, parfois rondes, frappées au quinzième siècle par les ducs d'Autriche, lorsqu'ils eurent fait de Zofingue la capitale de toutes leurs possessions dans le pays. Sur ces bractéates figure une couronne surmontée des plumes de paon d'Autriche, avec ou sans les lettres Z-O, ou avec la seule lettre Z.

D'autres fois la couronne est remplacée par le casque de face surmonté de plumes de paon ou portant à la fois la couronne et les plumes. Parfois aussi, avec la couronne, on voit tantôt une tète d'homme, tantôt l'écu fascé que Zofingue adopta après la bataille de Sempach, en commun avec beaucoup d'autres villes des possessions autrichiennes.

On a attribué à une époque trop ancienne de grandes monnaies d'argent unifaces, frappées h Zofingue, et spéciales à cette localité. Elles sont carrées, plus grandes que les bractéates suisses ordinaires, bien plus épaisses et d'un titre tqès-supérieur. On y voit, figurant de face, la tête couronnée de Saint-Maurice, d'un style élégant. Sur les côtés paraissent les lettres Z-O ou seulement Z. D'après Meyer, ces pièces seraient sans valeur de circulation, et de fabrique moderne ; elles n'ont rien à faire avec les vraies

bractéates, et ont été frappées par la ville de Zofîngue dans des occasions spéciales , telles que fêtes commémoralives, anniversaires, etc.

s. Abbesses de Zurich (pi. VIII, 94, 96). — 1' De trèsnombreuses demi-bractéates constituent les plus anciennes monnaies frappées par les abbesses. Le champ de ces demibractéates, comme celles de Bâle , est limité par un carré grossièrement fabriqué à coups de marteau. Dans ce carré figurent, sur une face, un édifice religieux de formes diverses, sur Tautre, une croix tantôt simple, tantôt trèsornée. Sur une autre variété, paraît une tête de Saint, probablement celle de Saint-Félix, patron de la ville. Sur la plupart de ces demi-bractéates, la légende est effacée et méconnaissable ou réduite à quelques lettres. Cependant on lit une fois TVR, d'autres fois ETA, ou bien encore d'autres portions des mots TVRECVM MON ETA.

Au treizième siècle, les grandes demi-bractéates des abbesses furent remplacées par les bractéates vraies, bien plus petites, quadrangulaires, ou parfois rondes. Leurs principaux types sont les suivants : petite croix entourée de la légende ZVRICH (type le plus ancien); têtes accolées des deux Saints, Félix et Régula, patrons du couvent; parfois, au-dessus d'elles , un édifice religieux entre deux sceptres fleurdelisés (même légende); tête de Saint-Félix de profil, à gauche ou à droite, sans légende ou avec TVRECVM ; tête du Saint portant la couronne à trois pointes, avec ou sans la légende

ZVRICH ; tête du Saint nimbée entre les lettres Z--ou Z-V;

tête du Saint recouverte du capuchon, sans légende.

Enfin, sur les bractéates des quatorzième et quinzième siècles, toujours quadrangulaires, figure le buste de Tabbesse de face, voilée et souvent ornée du diadème et du collier (ces bractéates sont d'un très-beau travail) ; la légende

est ZVRICH; parfoiselle est remplacée par les lettres Z-- ou

Z-V, ou bien il n'existe aucune espèce de légende. Sur des bractéates rondes de la même époque figurent

les lettres Z-- et le buste de Tabbesse ornée du voile ; le

pourtour est marqué de quatre besauts* Cette variété date de l'an 1429, époque de la convention monétaire conclue entre Zurich, Schaffouse et Saint-Gall. Cette convention établissait, entre autres, que les nouvelles monnaies ne porteraient plus de cercle perlé, et qu'il n'y aurait dorénavant que quatre besants sur la circonférence. Un des coins ayant servi à frapper cette variété de bractéates existe encore aux archives de Zurich.

Un certain nombre de bractéates également rondes et de la même époque portent la tête de l'abbesse de Zurich

voilée et de profil, parfois entre les lettres Z--.

t. Ville de Zurich. — Sur une bractéate quadrangulaire figure la légende Z-VRICH- dont chaque lettre est séparée de la suivante par un annelet ; au centre figure l'aigle de l'empire. 11 s'agirait donc là d'une bractéate fort ancienne de la ville impériale de Zurich, et non de l'abbaye de Saint-Félix. Les dimensions de la pièce, sa forme quadrangulaire, la grandeur des lettres, indiquent qu'elle est du quatorzième siècle; mais il est difficile de comprendre comment la ville de Zurich a pu la faire frapper, car à cette époque elle ne possédait aucun droit mo^ nétaire.

D'autres bractéates rondes, à cercle perlé , portant, soit dans le champ, soit dans un écu, l'aigle de l'empire, paraissent aussi appartenir à la ville même de Zurich. Enfin celle-ci a fait frapper, en 1326, et pendant les années sui-

vantes, de petites monnaies unifaces de billon, aux armes municipales, qui ne rentrent plus dans le cadre spécial de notre ouvrage.

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