INTERRÈGNE
Pendant l'interrègne, les bractéates impériales deviennent toujours plus déplorables de toutes manières ; les coins sont fabriqués avec une extraordinaire négligence; les types sont d'une barbarie qui défie toute description ; les légendes disparaissent presque absolument, et ce n'est que par exception que l'on retrouve un nom complet ou l'initiale d'un prince. Beaucoup des prétendues bractéates impériales de cette époque ont été frappées, en pleine anarchie, par des villes ou des seigneurs qui, à côté de l'effigie du souverain, rappelaient Torigine véritable de leurs monnaies, soit par une inscription, soit par un emblème particulier.
De 1248 à 1292, on ne sait donc rien de certain sur les bractéates des empereurs; mais il est évident que les ateliers impériaux continuèrent à fonctionner non-seulement en Souabe, mais encore à Nordhausen et ailleurs. Il faut donc reporter à cette époque non-seulement une partie des bractéates de Nordhausen, au type des deux personnages couronnés, mais encore une quantité de ces petites bractéates qu'on est à tort dans l'habitude d'attribuer presque toutes à Henri Raspe; ce sont, nous l'avons dit, de petites monnaies ordinairement muettes, représentant l'empereur assis de face, et vu à mi-corps, également de face, derrière une balustrade : quelques-unes portent autour du prince, assis
ou parfois à cheval, le nom de l'atelier de Weissensee WIZ€NSC. (V. Weissensee).
Adolphe de Nassau (1292-1298).
Les bractéates attribuées à ce compétiteur malheureux d'Albert d'Autriche ne portent aucune légende, sauf parfois des initiales. Elles ont presque toutes été frappées en Thuriuge et en Misnie. Il est probable que beaucoup d'entre elles ont plutôt été émises par son successeur Albert, dont le nom commence par la même initiale; mais il est impossible de préciser les monnaies qui appartiennent positivement à chacun des deux princes.
On attribue cependant plus spécialement h Adolphe de Nassau une série de bractéates de dimensions très-réduites, au type du cavalier de Mûlhausen, sur le bord plat desquelles figurent les initiales A. A (pi. V, 50); puis encore une quantité de grandes bractéates muettes au type de Tempereur assis de face, et d'un travail si grossier qu'elles ne peuvent appartenir qu'à la fin du treizième siècle ; c'est toujours le même personnage, vu de face et couronné, portant dans ses mains les emblèmes ordinaires, le sceptre, le globe simple ou double, la croix, parfois l'épée, une bannière, un rameau, des fleurs, etc. (très- nombreuses variétés). Il ne faut pas confondre ces bractéates avec celles, très-semblables , qu'on regarde comme frappées à la même époque par les rois de Bohême pour leurs possessions de Lusace. Elles sont de dimensions un peu moindres, l'enfoncement du bord est plus considérable, la couronne est de forme différente et le titre en est inférieur. D'autre part, ces mêmes bractéates impériales ressemblent extraordinairement à celles du margrave Henri l'Illustre de Misnie, f 1288, et ont très-probablement été frappées de 1273 à 1303, au
lemps où les empereurs Adolphe et Albert furent en possession de la Misnie.
On ne connaît aucune bractéate saxonne ou thuringienne de Rodolphe de Habsbourg ou des successeurs d'Albert (Henri de Luxembourg et Louis de Bavière), mais il est probable qu'on en a encore frappé, du moins en Souabe, sous les règnes de ces princes.
Bractéàtes impériales frappées en Souabe.
Nous avons déjà fait mention d'une seconde et toute spéciale division des bractéàtes impériales; elle comprend celles qui furent frappées dans le midi de l'Allemagne, en Souabe. Ces monnaies se reconnaissent facilement à cet ensemble très-spécial, que nous avons décrit comme caractérisant si particulièrement toutes les bractéàtes au type souabe. Nous ne reviendrons pas ici sur cette description; nous ne rappellerons pas ce que nous avons déjà dit au sujet de leurs dimensions petites et uniformes, de leurs types habituels, des différents genres d'ornementation si caractéristiques qui sont figurés sur leur circonférence. Nous redirons uniquement qu'elles sont, à bien peu d'exceptions près, muettes, et que c'est là précisément que repose la grande difficulté de leur classification. On sait seulement qu'elles constituent une classe particulière de bractéàtes, frappées dans les ateliers impériaux de Souabe. Mais, lorsque l'on veut aller au delà, on se heurte à des difficultés souvent insurmontables. L'ensemble de leurs caractères généraux peut, il est vrai, fournir parfois d'utiles renseignements pour arriver à l'âge présumable de quelques-unes d'entre elles et pour permettre de les classer à tel ou tel règne ; c'est ce qu'a tenté de faire Beyschlag, dont Cappe n'a fait que suivre les indications. Beyschlag, en effet, s'appuyant sur l'étude de l'histoire des empereurs en Souabe^ et de leurs divers passages dans ce
pays, s'est efforcé de distribuer entre leurs divers règnes, une portion du moins des bractéates de ce type. Son ouvrage, auquel nous renvoyons le lecteur, contient d'ingénieuses théories; mais le champ des conjectures et des probabilités y demeure beaucoup trop vaste, selon nous, pour qu'on puisse lui attribuer une importance capitale. Nous nous contenterons donc, pour notre part, d'indiquer ici les types principaux de ces bractéales muettes, sans nous préoccuper autrement de leur classement parfaitement arbitraire, par règne et surtout par atelier. Les mêmes difficultés se présentent, en effet, pour ce qui touche à Tindication de l'atelier monétaire. On a beaucoup écrit à ce sujet en Allemagne. 11 est évident qu'un grand nombre de bractéates impériales de Souabe ont été frappées à Âugsbourg. Beyschlag, à coups de déductions savantes, a tenté en outre d'attribuer à d'autres ateliers déterminés un certain nombre de ces bractéates; mais rien n'est moins certain, rien de plus obscur que toutes ces indications.
Pour notre part, nous le répétons encore, nous croyons qu'il faut se contenter de classer ces bractéates impériales par époques, plutôt encore que par règnes, en se basant sur l'ensemble des caractères généraux qui donnent les indications d'âge, et de les attribuer simplement à la Souabe en général, en faisant une exception pour certains ateliers dont quelque indication plus spéciale vient préciser le nom.
Nous rappellerons qu'on regarde souvent comme bractéates impériales, par cela seul qu'elles portent une tète couronnée, bien des bractéates muettes, qui, principalement dans les temps troublés de la seconde moitié du treizième siècle, ont été plutôt frappées par la foule des princes et des seigneurs, désireux de donner à leurs espèces une circulation plus étendue, et qui y faisaient en conséquence figurer simplement l'effigie impériale.
Les principaux ateliers des empereurs en Souabe furent avant tout Augsbourg, où les empereurs séjournèrent si fréquemment, à l'occasion des nombreuses descentes qu'ils firent en Italie, puis encore Lindau, Reichenau, Kempten, etc., etc.
La période des bractéates impériales de Souabe commence vers 11 80, pour finir avec le premier quart du quatorzième siècle ; l'époque de leur plus grande extension correspond au règne des Hohenstaufen; une foule d'entre elles paraissent avoir été frappées sous Otton IV de Brunswick.
Types principaux des bractéates impériales frappées en Souabe : tête de l'empereur de face (une foule de variétés différentes; la tête est placée entre deux tours, deux clochers, parfois à côté d'un lion également couronné, à côté d'un demi-aigle, etc., etc.); — lion et demi-aigle adossés, et placés sous une grande couronne; — l'empereur couronné chevauchant sur un lion ; — lion couronné passant au devant d'un arbre (Lindau) ; — lion couronné passant (Ueberlingen); — lion couronné et ailé passant*(Reichenau?); — tète couronnée entre deux rameaux d'arbres (plusieurs variétés) , (Lindau); — deux têtes de face couronnées, séparées par une croix ou par un sceptre fleurdelisé (Frédéric II et son fils Henri); — tête couronnée de face entre des rameaux de fleurs ; — même tête tenant de chaque main une couronne, une fleur, un sceptre fleurdelisé, ou une épée et un rameau; — tête couronnée de face avec de grandes boucles retombant sur les côtés du cou (plusieurs variétés) ; — l'empereur couronné, assis, les jambes croisées, tenant le sceptre et le globe impérial ; — tête couronnée de face, entre un rameau de fleurs et une tourelle; — tête couronnée et aigle éployée, séparées par une croix (Philippe de Souabe?); — buste couronné de face, tenant de la main gauche une fleur de lis, à sa droite une tourelle ; — tête couronnée sous une arcade qui unit deux loMrelles (variétés nombreuses) ; —
tête couronnée au-dessous d'une croix, entre deux oiseaux (aigles?); — lion passant couronné, à tête humaine et dont la queue se termine par une fleur de lis (le lion guelfe d'Otton IV); — Tempereurcouronné, assis, avec le sceptre et le globe (nombreuses variétés muettes ou avec les légendes : FRIDERICVS CESAR. — Frédéric II; HEINRICVS CESAR. — Henri, fils de Frédéric II, f 1242; souvent la légende est indéchiffrable) ; — buste couronné, avec Tépée et la croix ; au-dessus aigle planant. — (Voyez à Kempten les bractéates avec les légendes : Hilticar ou Hilticardis regina.) (Voyez pi. VII et VIII.)
Nous omettons, à dessein, beaucoup de types moins importants, mal connus, ou qui ne sont, en réalité, que de simples variétés.