IMPERATOR
Puis, nous retrouvons encore la belle série des bractéates au cavalier de Mtllhausen, bractéates le plus souvent pourvues d'interminables pseudo-légendes, mais où l'on retrouve cependant parfois les traces des mots : Heinricus imperator.
Une grande bractéate au type du cavalier, et sur laquelle se trouve un poisson (pL IV, 41), a fort embarrassé les numismatistes allemands. L'opinion la plus vraisemblable est que ce poisson est celui de Saalfeld ; il se trouvait dans cette ville un atelier impériafqui, après Henri VI et pendant les luttes entre Philippe et Otton, fut presque toujours en d'autres mains que celles des empereurs; aussi doit-on placer cette bractéate sous le règne de Henri VI.
Voyez, à l'article Goslar, une nouvelle série de bractéates aux types des Saints-Simon-et-Jude, qui, par leurs caractères, peuvent être rapportées à l'époque de Henri VI.
Pmuppfi DE SouABB (1198-1208).
C'est sous le règne de cet empereur que les bractéates arrivent aux dimensions les plus considérables. Les effigies sont généralement passables, les légendes presque toujours dépourvues de sens ; parfois les lettres des mots paraissent volontairement mélangées. Beaucoup d'autres bractéates
sont absolument muettes. On s'accorde généralement à reconnaître comme appartenant à Philippe toutes celles où, derrière le cavalier, figure le globe impérial. Philippe fut aussi le premier empereur qui plaça laigle sur son bouclier ou dans le champ de la bractéate. Ses luttes incessantes avec son compétiteur Otton le retinrent presque toujours en Thuringe; aussi beaucoup de ses bractéates ont-elles les caractères du monnayage de cette province.
Philippe est presque toujours iiguré à cheval, beaucoup plus rarement assis. La majorité de ses bractéates sont trèsplates et ne portent qu'une empreinte légère. Sur ces nombreuses et grandes pièces, le plus souvent muettes, au type du cavalier de Millhausen, on lit quelquefois distinctement le nom de Philippe. Souvent aussi sur le bouclier du cavalier figure une fleur de lis. Beaucoup de ces bractéates doivent simplement être classées comme incertaines entre Philippe et son compétiteur Otton.
D'autres bractéates, peu nombreuses et de moyenne grandeur, représentent Philippe couronné et assis, avec la légende : PHILIPPVS, etc., plus*ou moins correcte.
Voyez à Goslar, pour la description des monnaies frappées dans cette ville, sous ce règne ou sous celui d'Otton, par divers baillis.
Otton IV de Brunswick (H 98-1 21 8).
Les bractéates d'Otton sont, en général, pourvues de légendes assez complètes, surtout pour l'époque, et leur empreinte offre un relief plus considérable. Otton est figuré à cheval, plus souvent à mi -corps ou assis. Sur des bractéates plus spécialement frappées pour ses États héréditaires, on voit figurer le lion de Brunsvnck.
Les grandes bractéates de ce prince le représentent toujours assis de face, couronné, t^^nanl le sceptre et le globe
impérial. Quelques-unes, peu nombreuses, portent la légende plus ou moins correcte : OTTO IMPERATOR.
Très-rarement, Olton paraît à mi-corps ou assis de face, avec : OTTO DEI CRATIA ROMANOR. IMPERAT. ~ Presque toutes ses autres bractéates sont muettes et ne se distinguent de celles de Frédéric et de son fils Henri que par la bien plus grande grossièreté de la fabrication et du dessin, qui accusent une époque plus moderne.
Le trône n'est presque jamais figuré, et le plus souvent est remplacé par une simple voûte. Souvent^ de chaque côté du prince, paraissent deux petites tourelles. Il est presque impossible de distinguer ces bractéates de celles, également muettes, frappées pendant les premières années du règne de Frédéric II.
De grandes bractéates de Miilhausen portent Tempereur à cheval, avec la légende: OTTO IMPERATOR. Beaucoup de ces bractéates, muettes ou à inscriptions incompréhen^ sibles, doivent, nous l'avons dit, rester indécises entre Philippe et Ottou. Sur Tune d'entre elles, on lit la légende : H€C € GRACIA R€CIS OTTONIS; sur le bord extérieur se voient les lettres : S-V-N-M, que Seelànder avait à tort expliquées par : Signavit venerabilem Northusia (Nordhausen)monetam^ et qui signifieraient plutôt : Signavit venerabilem nummum Molhusia, ou bien plutôt encore : Signavit V (le nom du monétaire) novam monetam.
La plus grande partie de ces bractéates au type du cavalier, que Ton rapporte à l'époque d'Otton IV, se distinguent par leurs dimensions, déjà bien moindres, et par un bord plat, d'une largeur extrême; ce bord est tantôt uni, tantôt marqué des quatre lettres : O-T-T-O, ou bien encore de deux lions, etc., etc.
Enfin, Otton IV a fait frapper une série de belles bractéates, au type du lion de Brunswick, muettes ou pourvues de légendes dont quelques-unes sont fort curieuses : OTTO
Dl CRA. IMPERATOR;— 0(^/0) LEO. IN BRVN D€l
CRATIA RCX; — OTTO DCI CRATIA ROMANOR. IM; — MONETA DOMINI REGIS IN BRV.; — BRVNESWICENSIS
MONETA \{mp€nalis), etc., etc. (11 existe de nombreuses falsitications modernes de ces types.)
Voyez encore, à l'article Hanovre, les belles bractéates d'Otlon, portant une large croix cantonnée de deux couronnes et de deux têtes de lion, avec la légende : Moneta nova dommi imperatoris.
Frédéric II (1212-1250).
Les bractéates de Frédéric II conservent les dimensions de celles de ses prédécesseurs, mais elles sont d'un dessin infiniment plus grossier, ce qui permet de les distinguer netlement des bractéates de Frédéric I*'; on les confond trop souvent avec celles-ci par négligence^ malgré l'inlervalle de trente années qui les sépare, intervalle très-considérable, nous le savons, pour les variations du type sur les bractéates.
Le règne de Frédéric II marque effectivement l'âge de la pleine décadence de cette classe de monnaies, et, sauf les petites bractéates frappées en Souabe, qui conservent encore une certaine élégance, toutes les grandes pièces qu'on lui attribue offrent un ensemble de plus en plus déplorable, tant sous le rapport de l'empreinte que sous celui du titre et de la légende. C'est toujours l'empereur, couronné et assis, tenant le sceptre et le globe, plus rarement d'autres emblèmes; mais l'image est devenue grossière et se rapproche toujours davantage de ces informes productions dont le type frappant nous est fourni par les bractéates des margraves de Misnie, surtout par celles de Henri l'Illustre.
Les grandes bractéates de Frédéric 11 sont nombreuses et presque toujours muettes. Souvent le champ est séparé du
bord par un tercle de grosses perles, cercle simple ou double, parfois triple ou quadruple; d'autres grosses perles figurent la couronne et les yeux ; des soulèvements arrondis indiquent les épaules, les genoux, le globe simple ou double. Beaucoup de ces bractéates, du moins parmi les plus barbares, appartiennent plutôt aux successeurs de Frédéric, vers la fin du treizième siècle.
On voit aussi apparaître pour la première fois, sous cet empereur, des bractéates bien plus petites, quoique frappées dans rAUemague centrale, muettes et représentant tantôt le buste, tantôt la tête du souverain couronné et vu de face; rarement il y paraît en pied ou assis.
Gomme Frédéric II fut absent d'Allemagne de 1220 à 1235, la plupart de ses monnaies, du moins celles qui présentent Taspectle plus ancien, doivent avoir été frappées de 1212 à 1220. Une partie de ces grandes bractéates minces, avec deux ou trois cercles perlés environnant la figure centrale, sont absolument analogues aux bractéates thuringiennes, et pourraient bien avoir été frappées en 1213, quand Frédéric séjourna à Erfurt, auprès de son puissant vassal et ami le landgrave Hermann de Thuringe.
C'est à ce règne aussi qu'il convient de rapporter une partie des grandes bractéates impériales frappées à Nordhausen, au type des deux personnages couronnés, assis et séparés par une croix, personnages qui représentèrent primitivement soit Henri P' et l'impératrice Mathilde, soit l'empereur Frédéric I" et son fils Henri, mais qui se perpétuèrent dans la suite comme type caractéristique de la * monnaie de Nordhausen. La plupart de ces minces et grandes bractéates sont muettes, sauf quelques-unes sur lesquelles figure le nom de Frédéric ; et ce n'est que par leurs caractères généraux qu'on peut les distribuer entre les divers empereurs. Quelques-unes, d'un travail beaucoup plus élégant, doivent avoir été frappées sous Henri VI ;
d'autres appartiennent à Frédéric II; mais la plupart, d*un aspect très-barbare, sont manifestement de la fin du treizième siècle. C'est donc fort à tort que Cappe a réuni toutes ces bractéates sous le règne de Frédéric II, et a cru y reconnaître les effigies de ce prince et d'un de ses fils, Henri ou Conrad. Celles qui sont marquées d'un double grènetis appartiennent, en tous cas, à la fin du treizième siècle, à la pire époque des bractéates.
11 est probable qu'un certain nombre des bractéates muettes, attribuées à Frédéric II, appartiennent à son fils, le roi Henri, qui fut couronné en 1222, et régna depuis le départ de son père pour la Palestine, en 1223; d'après Cappe et M. Leitzmann, qui sont en ceci d'un avis différent de M. Grote, on ne connaîtrait encore aucune monnaie certaine de ce prince.
Henri Raspe (1246-1248).
Henri Raspe, landgrave de Thuringe et de Hesse, fut élu au trône d'Allemagne en 1246, à Wurtzbourg, et opposé, par le pape Innocent, à Frédéric II excommunié. En 1248, il fut mortellement blessé au siège d'Ulm.
Les bractéates de Henri, comme landgrave de Thuringe, ont déjà été décrites. Celles qu'il fit frapper comme empereur et sur lesquelles il paraît couronné sont presque toutes muettes; aussi ne peut-on les lui attribuer que par à peu près, et toutes les déterminations ne reposent que sur des conjectures plus ou moins probables. Nous citerons en première ligne une longue série de ces bractéates muettes de Mûlhausen, au type du cavalier, à bord si large et plat, séparé du champ par un cercle perlé. Sur le bouclier du prince figure toujours le lion de Thuringe ; dans le champ, derrière lui, on aperçoit des emblèmes divers, la roue de la ville de Mtllhausen, une tige fleurie, parfois surmontant
393 — une couroDne, etc. Sur une seule de ces bractéates, on lit
HAHRICHVS.
Puis viennent une foule de ces petites bractéates muettes, dont nous avons déjà parlé au règne de Frédéric II, représentant l'empereur couronné, assis de face ou bien plus fréquemment à mi-corps; mais beaucoup de ces monnaies sont fort diiYîciles à classer exactement par règne, et appartiennent bien plutôt à la fin du treizième siècle. (PI. VI, 63.)