F; PROVINCE DE SAXE
Les bractéates de toute la Saxe sont traitées de main d< :analtre, dans l'ouvrage malheureusement inachevé de M. d< ~Posern-Klett. Le journal numismatique, publié à Weissense par M. Leitzmann, contient aussi d'innombrables descrip ^ions et de précieux renseignements sur toutes ces brac iéates de Saxe et de Thuringe.
r RÉGENCE DE MAGDEBOURG.
a. Seigneurs d'Alsleben, — Autrefois une des plus puis ^ntes familles seigneuriales de Tarchevêché de Magdc lourg.
On attribue avec assez de probabilité à ces seigneur <les bractéates muettes de la seconde moitié du treizièm siècle, sur lesquelles sont figurées leurs armes, dans un éci triangulaire : un lion passant, au-dessous trois besants (de Toses).
Mader a attribué à un Henri, seigneur d'Âlsleben, un iractéate avec la légende NRIALSL {Henricus Alslebiensis] <l\i\ a été contestée ; mais elle existe réellement, bien qu'i IT ait des exemplaires faux.
b. Seigneurs d'Arnsiein^ dAmstete ou dArnstedt. — Ce seigneurs, dont la résidence était voisine d'Aschersleben étaient sous-baillis des abbesses de Quedlinbourg {iunteT ^Gigte).
On leur a attribué, dans ces dernières années, une su I>«rbe série de bractéates portant leurs armes : une aigl ployée (nombreuses et belles variétés).
Quelques-unes de ces moDnaieSy d'une si grande beauté, portent, au-dessus de l'aigle, l'effigie d'un bailli, avec la légende WALTCRVS; ou bien l'aigle planant au-dessus de la ville, avec la légende WALT6RVS D€NARIVS €ST ISTVVS; enfin encore Taigle planant avec la légende Waltherus advocatus. Arnstede. Ce ou ces Walther apparaissent de 1148 à 1168. Ces bractéates étaient depuis longtemps connues, mais on prenait Faigle pour celle de Goslar, et les seigneurs figurés à ses côtés ou nommés dans les légendes^ pour des baillis impériaux de cette ville. Ce n'est que tout dernièrement, que la découverte de la bracléate portant le nom diArnstede a indiqué la patrie probable de ces curieuses monnaies. Sur une d'entre elles, une des plus belles, bien qu'elle soit muette, on voit, au-dessus de l'aigle, deux tètes, l'une de femme, probablement celle d'une abbesse de Quedlinbourg, Tautre d'un seigneur et nécessairement alors de son sous-bailli (untetDoifft)^ le seigneur d'Ârnstede (pi. Il, nM6).
Nous devons à la vérité de dire que quelque^unes de ces attributions, soutenues en particulier par MM. Leitzmann et Stenzely ont été combattues par d'autres numismatistes, entre autres M. Grote, qui persistent à regarder presque toutes ces bractéates, comme du reste celles des seigneurs de Falkenstein, et principalement toutes celles qui sont muettes, pour des monnaies frappées à G oslar par des baillis impériaux.
e. Ville d Aschersleben. — Voyez l'article concernant les ducs d'Ânhalt, qui eurent dans cette ville un atelier monétaire, et s'intitulaient au douzième siècle Comités de Aschersleve.
d. Comtes de Falkenstein ou Valkenstein. — {Falke^ faucon) (pi. 11, n"* 17). Ces puissants seigneurs, qui rési-
daient aussi dans le voisinage d'Aschersleben, furent, jusqu'en 1178, sous-baillis, et depuis celte époque baillis principaux (ZTawjo^-^cAM/zyoi^te), des abbessesdeQuedIinbourg. Leurs superbes bracléales ont donné lieu, comme celles, très-pareilles, de leurs voisins, les seigneurs d'Arnstein, à de grandes et interminables discussions. Elles portent un faucon au repos, les ailes fermées (pi. II, n** 17). On a longtemps voulu y voir Taigle de la ville de Goslar, et en faire des bractéates des baillis de cette ville. Sur Tune d'entre elles, se lit la célèbre légende DENARIO MERODIVS. On a c^ru voir, dans ce second mot, le nom d'un maître de la monxiaie ; mais il est possible que, comme cela arrive si souvent cSans la numismatique du moyen âge, l'M ait été mise pour un H, et qu'il faille lire DENARIVS HERODIVS (denier au faucon?). Nous avouons que, pour notre part; cette dernière interprétation, soutenue par des numismatistes fort sérieux, tels que MM. Leitzmann et Stenzel, nous paraît fort hasardée. Cependant, nous croyons que l'attribution générale de bractéates aux comtes de Falkenstein s'appuie sur des
guments très-solides, arguments que le cadre de notre
travail ne nous permet pas de rapporter ici; nous pensons
cionc que M. Grote s'avance un peu, en persistant à les
€3lasser à Goslar, ainsi que celles d'Arnstein. Pour lui, sur
l^s unes comme sur les autres, l'oiseau est toujours et
x:«niquement l'aigle de l'empire. Pour lui encore, Walther
cl'Arnstedt et Burchard de Falkenstein, dont nous allons
;^iarler, sont tous deux des -baillis, ou peut-être même tout
simplement des fonctionnaires préposés à l'atelier moné-
^^re impérial de Goslar.
Sur une magnifique bractéate, attribuée aux mêmes seigneurs, et provenant de la célèbre trouvaille de Freckleben, c:iii voit, au-dessous du faucon aux ailes fermées, deux personnages en posture demi-assise, représentant Adam et lËlve. Us cherchent à atteindre les fruits d'un arbre qui
les sépare, et dans les branches duquel un serpent tourne contre Adam une gueule menaçante.
Sur d'autres bractéates encore, le même faucon parait avec la légende S BORHC-CIEFITA ou SE BVROARIO IXI- ET EFIG GVl, dans laquelle on retrouve des traces du nom de Burchardy très-fréquemment porté par les seigneurs de Falkenstein. Ces monnaies appartiennent à l'époque qui s'étend de 1150 à 1180, et ont très-probablement été frappées par Burchard II , seigneur de Falkenstein. Cette opinion a été tout dernièrement conlBirmée d'une manière éclatante, par la découverte d'une nouvelle bractéate au même type , avec la légende DVRHART IN VAL [kenstein) .
Toutes les autres bractéates muettes, au même type du faucon, doivent être, d'après Leitzmann, attribuées aux seigneurs de Falkenstein, plutôt qu'à Goslar, même celles oit l'on i^trouve les traces plus ou moins appréciables de la légende traditionnelle des bractéates de Goslar : SS. Simon etJuda. On sait, enefEet, que, très -fréquemment, les possesseurs d'ateliers monétaires, moins connus ou moins puissants, empruntaient aux ateliers voisins plus considérables les types ou les légendes ordinaires de leur monnaie, pour procurer à leurs propres bractéates une circulation plus étendue et un crédit plus considérable.
e. Seigneurs de Hakeborn^ près d'Egeln. — (Leurs armes étaient une étoile à huit rais.) Petites bractéates du commencement du quinzième siècle, portant une étoile à six rais, sous un portail ou dans un encadrement à triple cour^ bure ; peut-être aussi, une bractéate plus ancienne, au type d'un seigneur couronné, portant un bouclier triangulaire marqué d'une étoile (cette bractéate pourrait bien appartenir à la Thuringe).
fé Evécké de Halberstadt, — L'empereur Otton II concéda,
téates. — Reinhard, 1107*1122... Nombreuses demi-bractéates frappées surtout à l'imitation du type fort populaire des Saints-Simon -et-Jude de la ville voisine de Goslar. La face principale porte la tête nimbée de Saint-Étienne et la légende REIN ARVS; le revers, toujours très-indistinct, porte une croix cantonnée d'emblèmes divers. Quelquefois le chef du Saint est remplacé par la tête bouclée ou tonsurée de l'évêque, par son effigie en pied ou à mi-corps ; de même le nom de l'évêque fait souvent place à celui du Saint, plus ou moins correct et reconnaissable. Le Saint paraît fréquemment aussi à mi-corps, bénissant. La croix du revers est parfois cantonnée des quatre lettres C-R-V-x. Plusieurs de ces demi-bractéates , par leur fabrication déjà plus grossière, doivent être attribuées plutôt aux successeurs de Reinhard, les évêques Otton et Rodolphe. Rarement la croix du revers est remplacée par un édifice religieux à trois tourelles surmontées de croix. L'évêque et le Saint tiennent toujours à la main des emblèmes de nature variée. Enfin, comme nous l'avons dit, on retrouve fréquemment sur ces mon* naies, des traces plus ou moins appréciables et correctes , mais évidentes, de la légende si connue de Goslar, des Saints-Simon-et-Jude; ainsi par ex. HIVO . . N SVDou bien encore SISEHV, etc.
Otton, 1123-1136; pas de bractéates à son nom, mais voyez plus haut pour ses demi-bractéates.
Rodolphe, 1136-1149;. légende: RODVLHP. EPS. I (mrf/gnus?) ; sous un édifice religieux la tête de l'évêque.
Ulrich, 11491160 et 1177-1180.
Très-nombreuses bractéates de fabrique fort diverse, tanlôt très-belles, tantôt, au contraire, très-négligées et grossières. Les légendes les plus fréquentes sont OVDAL-
RICVS ou S ST6PHANVS OU encore OVDALRICVS • E • S ST6PANUS, etc.
Types principaux : sur les bractéates anciennes de ce pré-
Types principaux : le Saint s'agenouillant et priant (variétés nombreuses); — le Saint assis ou vu à mi-corps.
On attribue ces bracléates à cet évêque, bien qu'elles ne portent pas son nom, à cause de leur ressemblance avec les demi-bractéates qui lui appartiennent. Celles-ci ont été frappées à Osterwick. Elles portent, sur une face, le buste ou la tête de l'évêque, et au-dessus la tète ou le buste de Saint-Étienne, avec la légende SAN STEP ou GERO EPIS.; sur l'autre face , on voit une grande croix cantonnée de points, très-souvent presque effacée ou à peine marquée. Théodoric ou Dietrich, 1 1 80-1 1 93.
Légendes : TEODERICVS DEI GRACIA EPISCIS., ou bien f se. -S STEPANVS PROTOMAR... etc.; souvent pseudo-légendes; d'autres fois enfin les bractéates sont muettes.
Types principaux : l'évêque et le Saint debout ou assis tous deux , quelquefois au-dessus d'eux une dextre bénissante; — l'évêque assis de face ou debout (variétés nombreuses) ou vu à mi-corps; — le Saint debout ou assis ; quelquefois, à ses pieds, deux personnages vus à mi-corps qui paraissent l'implorer.
Gardolf, U93-1201 (pi. II, n^ 23).
Les grandes bractéates de ce prélat sont souvent d'une minceur extraordinaire. Celles de moindre dimension sont parfois d'un très-beau travail et peuvent compter parmi les plus belles bractéates connues.
Légendes : GARDOLPVS. Dl GRA. HALBER. S. STEPANVS OU STEPHANVS PT MARTYR IH, etc.
Types principaux : l'évêque et le Saint assis ou vus à micorps sous une triple arcade; — le Saint dans diverses attitudes (nombreuses variétés).
Conrad, 1201-1209, f 1225.
Légendes :CONRAD-E PI SCOP ou SCS STEPHANVS COR D'DI GRA HAL^etc.
gence dans leur travail, tant ils se sont surtout peu préoccupés de faire ressortir ces différences.
Ludolf, 1236-1241.
Meinhard, 1241-1253.
Pour ces deux évêques, mêmes types muets très-nombreux, mêmes observations.
Il en est de même pour les évêques suivants :
Ludolf II, 1253-1255.
Folrad de Kranichfeld, 1256-1297 (une fois ia légende : VVLRAD).
Hermann, 1297-1303.
Albert, 1303-1329 (les initiales A-L ou A-A).
Les baillis des évêques de Halberstadt ont frappé des bractéates absolument analogues à celles de l'évêché. On y voit tantôt le Saint assis à côté du bailli, avec la légende SC STE- PHAN . CVRIL...LER (époque de Tévêque Théodoric); tantôt seulement le bailli assis de face ou vu à mi-corps, sans légende. Ces bractéates ont été frappées à l'époque de Tévêque Gardolf, ou peut-être vers 1 150, sous le règne de Févêque Ulrich, aux monnaies duquel elles ressemblent d'une manière frappante.
Les évêques moins anciens de Halberstadt ont frappé en grande quantité, aux quinzième et seizième siècles, ces petites pièces unifaces connues vulgairement sous le nom de hohlpfennige. Sur beaucoup d'entre elles, de la IBin du quinzième siècle surtout, figure le buste de face de Saint-Etienne, grossièrement représenté entre une palme et deux ou trois points qui simulent les pierres de son martyre.
g. Archevêques de Magdebourg. — Ces puissants prélats jouissaient, dès le dixième siècle, du droit de frapper monnaie à Magdebourg. On possède de fort nombreuses bractéates de cet atelier, presque toutes frappées à leur effigie. Nous verrons en outre, à l'article Halle, que les numisma-
tistes allemands sont généralement d'accord pour attribuer à l'atelier des mêmes archevêques, situé dans celte dernière ville, d'innombrables bractéates au type de Saint-Maurice, patron de l'archevêché. Ces bractéates, extrêmement variées, sont connues en Allemagne sous le nom de Moritzpfennige {pfennigs de Saint-MdLurice).
Plusieurs numismatistes, et en première ligne M. Dannenberg(l), ont décrit de nombreuses demi-bractéates de Magdebourg, portant, sur leur face principale, les noms et les effigies des archevêques Henri, U02-1 107, et Âdelgaud, 1107-1119. Sur la face opposée, quand elle est distincte, on reconnaît un édifice religieux avec trois tours, ou bien une croix cantonnée de basants. Quelques-unes de ces demibractéates portent le nom de Saint-Maurice, et sur une face une bannière d'église, sur l'autre un édifice religieux ou Une porte de ville surmontée d'une croix. Celles d'Adelgaud sont beaucoup plus petites que celles de son prédéoesseur. M. Leitzmann (2) attribue d'autres demi-bractéates iiQuettes aux successeurs de ces deux prélats, Budiger tt 119-1125, et Nortbert, H 26-1134.
Les véritables bractéates des archevêques de Magdebourg c^ommencent avec celles de l'archevêque Conrad, 1134-1142. E:iles portent la légende CVNRADVS ARCHIEPS et le buste cie l'évêque avec la mitre arrondie (peut-être est-ce simple- Knent une calotte ?), plus ancienne que la mitre pointue. Il existe aussi quelques demi-bractéates au nom de ce même rehevêque Conrad.
On connaît des bractéates fort rares de l'archevêque rédéric, 1142-1154, avec la légende FRIDERICVS AR- HIEPC, entourant l'évêque assis, parfois entre deux prêres (sept ou huit variétés fort rares).
(1) Mittheilungen der numismatischen Gesellschafi in Berlin; ztveites ïïeft,
rlin, 1850.
{2) Numismatische Zeiiung. 184», n» 14.
Sous le long règne de l'archevêque Wichmann, ancien évêque de Naunibourg-Zeitz, pendant la seconde moitié du douzième siècle , les bractéates de Magdebourg parvinrent au plus haut degré de leur perfection. Ce prélat en fit frapper une quantité extraordinaire de variétés différentes et souvent fort belles. Le premier, paratt-il, il poussa la cupidité jusqu'à faire refondre sa monnaie deux fois chaque année.
Sous ses successeurs, les bractéates de Magdebourg perdirent rapidement de leur beauté et diminuèrent en même temps de grandeur. Sous Conrad, qui mourut en 1278, le titre des bractéates était si déplorable qu'il excita plus que .jamais encore, dans le public, des plaintes générales. Ses successeurs affermèrent, semble-t-il, le plus souvent, le droit 'de frapper la monnaie épiscopale. On ne retrouve plus, en effet, après lui, le nom d'un seul prélat, sur les petites bractéates archiépiscopales muettes qui abondent à cette époque. Elles finirent par disparaître peu à peu, au moment de l'apparition des gros, et furent remplacées par de petits pfennigs unifaces, d'un travail grossier et d'un titre si bas que l'argent y figurait à peine.
Nous allons reprendre rapidement l'énumératîon des types principaux, qui figurent sur les bractéates archiépiscopales magdebourgeoises, depuis l'archevêque Wichmann (pi. H, n^ 21). Ce prélat, qui régna de 1154 à 1192, est célèbre, nous l'avons dit, par la quantité et la beauté de ses bractéates de dimensions fort diverses ; quelques-unes sont parmi les plus belles qui existent. Les légendes sont généralement complètes et faciles à lire : WiCHM-ANNVS- A(rchiepiscopiis), WICMANNVS ARCHIEPISCOPVS, etc.
Quelquefois on lit aussi DEI GRATIA, ou bien simplement le nom de Saint-Maurice entourant l'effigie de l'archevêque.
Types principaux : — Saint-Maurice à mi- corps, au-des«
ssous de lui l'archevêque et un Saint assis; — rarchevèque debout tenant la crosse et levant la main droite, en face de lui un personnage ecclésiastique debout, tenant un livre et étendant la main ; — Saint-Maurice armé de pied en cap, ^lebout à côté de Tarchevêque, également debout; — Saint- Maurice assis , tenant un livre et bénissant Tarchevêque assis à ses côtés ; — deux personnages assis, tantôt Saint- Maurice et l'archevêque, tantôt Tarchevêque et un bailli qui parait lui prêter serment; peut-être est-ce Saint-Maurice sans le nimbe; — l'archevêque, tantôt debout, en grand costume ecclésiastique, levant les deux mains, tantôt assis et à ses côtés deux personnages agenouillés; — l'archevêque vu à mi-corps entre deux prêtres, au-dessus d'une voûte recouvrant un édifice à nombreuses tourelles; — Saint- Maurice vu à mi-corps, au-dessus de l'archevêque agenouillé ; — l'archevêque dans diverses attitudes, tenant la crosse et le livre des évangiles, quelquefois la croix, la palme ou d'autres attributs, parfois bénissant (variétés fort nombreuses) ; parfois l'archevêque est nu-tête.
Une curieuse bractéate de Wichmann, de moyenne grandeur, représente l'archevêque assis dans une sorte d'écusson, supporté par deux personnages nus^ faisant l'office de tenants.
Un certain nombre de ces bractéates de Wichmann pourraient bien avoir été frappées par lui, lorsqu'il était seulement évêque de Naumbourg. (Voyez à l'article évêché de Naumbourg.) On sait en effet que, dans la numismatique du moyen âge, il est souvent impossible de reconnaître les ixionnaies archiépiscopales de celles purement épiscopales ; l 'archevêque est très- fréquemment nommé episcopus ; trèssouvent aussi le nom seul du prélat figure sans titre aucun ms la légende, et, quant au costume et aux attributs, ils donnent aucune espèce d'éclaircissement.
Le successeur de Wichmann, Ludolf (H93-1205), est
représenté sur ses bractéates dans diverses attitudes, et, comme toujours, de face, tenant ordinairement la crosse et la croix.
La légende la plus fréquente est LVDOLFVS ARCHIEPS; quelquefois assez indistincte. L'effîgie de Tarchevêque parait souvent dans un encadrement ayant la forme d'une losange.
Albert de Kevernbui^ (1205-1233) est le fondateur de la cathédrale de Magdebourg. On connaît de ce prélat quatre bractéates décrites par Leukfeld; deux par Becker, dont une seule lui appartient réellement ; une par Grote et une par Schônemann.
Légendes : A — A-L— ALB-ERTVS— ALBERTVS ELECTVS ALBERTVS ELECT DEI AELBERT— RT-AL, etc.
Types : — l'archevêque assis ou à mi-corps , ou bien Saint-Maurice debout.
Avec Albert cessent les grandes bractéates des archevêques de Magdebourg.
On ne connaît pas de bractéates certaines de l'archevêqu*} Burchard (1233-1236).
Willebrand de Kevernburg, frère d'Albert (1236-1253).
Légende: WILLEBRANTVS EPISCOPVS.
Types : — le prélat dans des attitudes diverses, quelquefois debout à côté de Çaint-Maurice; — nombreuses bractéates muettes.
Rodolphe (1254-1260). RODOLPHVS.DEI. G.;R0DOL. FI.
Types : — l'archevêque dans diverses altitudes, toujours de face, ou bien à genoux devant Saint-Maurice (bractéate muette); — le Saint à mi-corps, au-dessus de deux bustes, ceux de Tarchevêque et d'un autre personnage ecclésiastique (légende : MAVR-ICI VS) ; — Saint-Maurice à mi-corps, audessous de lui la tête du prélat.
Nombreuses bractéates muettes, de dimensions peu considérables, où l'archevêque est représenté debout ou à micorps, portant divers attributs entre deux tourelles ou deux
^«mblènies divers. On les attribue à cet archevêque, à cause <le leur grande ressemblance avec celles sur lesquelles parait le nom de Rodolphe. Mais il n y a là qu'une simple probabilité, et beaucoup d'entre elles peuvent appartenir aux archevêques Willebrand ou Rupert.
Rupert, 1260-1266; Conrad II, 1267-1278; Eric, 1280-1295; Burchard, 1295«1304.
Nombreuses bractéates, toujours muettes, de petites di* mensions, au type de l'archevêque de face, dans diverses attitudes. Sur quatre de ces bractéates, on lit : ROP-ERTI
-R.-RO. — ROPERT.
Ces bractéates ont bien le type magdebourgeois, et appartiennent indubitablement à la fin du treizième ou au commencement du quatorzième siècle.
Sur une autre bractéate de la même époque, on voit un E {Ericus?).
M. Grote publie (1) un />/i?nm]y de Saint-Maurice, où celuici est représenté en pied, avec la légende : -CVNR-ADVS. 11 s'agit ici de l'évêque Conrad II, comte de Sternberg(1267- 1278). Le même auteur attribue à l'archevêque Heidecke d'Ërffa (1326-1327) une bractéate frappée également au type de Saint-Maurice, avec la lettre H à la droite du Saint.
Cappe (2) attribue à l'archevêque Otton de Hesse (1328- 1361) de petites bractéates, représentant soit un évêque debout ou assis, entre les letlres B — o ou O — O, soit Une crosse, entre O — T.
M. Grote attribue aux archevêques Albert II, de Stern-
i>erg (1368-1372), ou Albert III, de Querfurt (1382-1403),
^ne petite bractéate décrite par Becker, et donnée à fort
I>ar lui au premier archevêque Albert. L'évêque debout est
(>lacé entre les deux grandes initiales A — L.
(i) Mùnzstudieny n^ i , p. 364 et suiv.
(2) Numismatische Zeitung. Année 1844, n» 2.
Enfin M. Grote attribue encore à l'archevêque Pierre Gelito de Brùnn (1372-1381) une petite bractéate représentant un buste d'évèque milré, entre les lettres € — P; et à l'archevêque Frédéric de Hoym (1382), une autre petite bractéate, où la lettre F figure à la droite du prélat debout.
Les très-nombreuses bractéates muettes de Magdebourg, celles du quatorzième siècle surtout, peuvent être confondues avec celles également muettes des principautés ecclésiastiques environnantes, mais s'en distinguent cependant en général assez complètement, grâce à un ensemble de caractères plus faciles à apprécier d'un simple coup d'œil qu'à décrire d'une manière détaillée. Le plus important de tous ces caractères est une certaine finesse du trait et du relief, qui fait complètement défaut sur les bractéates contemporaines de Hildesheim et de Halberstadt, dont le dessin, est plus lourd et les reliefs bien plus mousses et obtus.
h. Ville de Magdebourg. — il semble, d'après l'examen d'un certain nombre de bractéates, que les archevêques de Magdebourg aient, de bonne heure et à maintes reprises, affermé à ta ville le droit de frapper monnaie pour un temps limité. Ces bractéates municipales, de petites dimensions, sur lesquelles les effigies des prélats ou de Saint- Maurice sont remplacées par un édifice religieux, ne portent pour légende que le nom de la ville de Magdebourg M AG€- DeBVRG€NSIS. Quoique nombreuses et variées, elles n'impliquent point cependant, pour la ville de Magdebourg, l'existence d'un droit monétaire véritable, droit qu'elle n'obtint qu'en 1567 de l'empereur Maximilien II.
i. Burgraves de Magdebourg . — Ces burgraves(^wf^^ra/%yi, burggratii, advocati ecclesiœ,ptœfecti) n'étaient point comtes
<le rEmpire, mais dépendaient directement des archevêques de Magdebourg. Leur histoire est enveloppée de grandes obscurités. Pendant fortlongtemps ils furent de la famille de Querfurt. On ignore dans quelles conditions ils obtinrent le droit de frapper monnaie, qui leur est attribué par certains numismatistes. Ceux-ci se basent, pour maintenir leur opinion, sur Texamen d'un nombre restreint de bracléates, où figure l'effigie d'un bailli épiscopal, portant l'épée et la bannière, effigie absolument semblable à celle de Saint-Maurice, sur les nombreux pfennigs de ce nom. Sur le bouclier apparaissent parfois les prétendues fasces de la famille de Querfurt, qui ne sont probablement encore que les armatures de l'écu. La légende, loin de rappeler le nom du burgravej porte presque toujours celui de Saint-Maurice. D'autres fois la bractéate est muette. On comprend donc qu'il soit bien difficile de distinguer ces burgraves, d'avec le Saint qui est représenté sur tant de bractéates d'une manière absolument identique, la seule différence consistant dans la présence du nimbe qui entoure sa tête. Toutes les fois que ce signe manquait sur les />/<?nm^^ de Saint-Maurice, on a cru pouvoir attribuer la bractéate à un burgrave, malgré la légende S. Mauricius.
Quant à distinguer entre elles les bractéates de chacun des burgraves, cette entreprise, fort incertaine et difficile, a été tentée autrefois par M. Leitzmann (1).
Parmi les types les plus remarquables, attribués aux burgraves de Magdebourg, nous citerons seulement : le burgrave en pied, de face, vêtu d'une cotte de mailles, le heaume en tête, tenant l'épée et le bouclier triangulaire ou Une bannière et parfois une fleur de lis, et de chaque côté <ies tourelles; souvent, au-dessus de lui, l'arcade d'une Voûte ; le même burgrave, vu à mi-corps, sous une voûte
(1) NvmimaHscheZeitmg. 1839, n» 1.
toilrelée, ou au-dessus de la porte de la ville. Quelquesunes de ces pièces sont fort belles ; elles appartiennent à Tàge d'or des bractéates, et se rapprochent par leur perfection de celles frappées vers la même époque par le margrave Albert de Brandebourg, mort en 1170, et par son fils et successeur Otton V\
Toutes les variétés de types et de légendes, qui figurent sur les bractéates attribuées aux burgraves de Magdebourg, se retrouvent sur les véritables bractéates de Saint-Maurice.
il est grand temps d'avertir le lecteur que, depuis quelques années surtout, des doutes nombreux se sont élevés sur la réalité de ces bractéates burgraviales. L'absence du nimbe est, eu effet, le seul signe qui les distingue des bractéates au type de Saint-Maurice, signe en dehors duquel, nous l'avons vu, les deux espèces de bractéates sont absolument identiques dans toutes leurs variétés. D'un autre côté, lobscurité la plus complète règne sur l'existence d'un droit monétaire quelconque de ces burgraves. Il est vrai que le fait de seigneurs ou de villes frappant monnaie, sans y avoir été autorisés d'une façon spéciale, est de notoriété vulgaire dans l'histoire du moyen âge allemand ; il est encore vrai que l'on connaît des bractéates authentiques des bui^raves de Meissen, de Leissnig, de Dohna, etc. Mais c'étaient là des burgraves relevant immé* diatement de l'Empire. Ceux de Magdeboui^ étaient simples burgraves de l'archevêché, et l'on sait que de tout temps les archevêques furent fort jaloux de leurs droits, et en particulier de celui de frapper monnaie; il parait donc peu probable qu'ils l'aient concédé dans leur propre ville de Magdebourg, à des vassaux déjà puissants, lorsqu'eux seuls en avaient été directement et pleinement investis par les empereurs. On objecte encore que, sur plusieurs de ces bractéates, le bouclier porte les fasces de Querfurt ; mais on
retrouve ces prétendues fasces, sur les bractéates contemporaines des margraves de Brandebourg ; elles y figurent à titre d'ornement ou d'armature du bouclier de ces princes. On sait qu'au douzième siècle, les armoiries, en tant que blason véritable, n'existaient point encore.
En résumé, l'opinion actuelle, soutenue par M. [.eilzmann lui-même, qui d'abord, nous l'avons vu, avait cru aux bractéates burgraviales, consiste à les regarder comme de simples pfennigs de Saint-Maurice, sur lesquels l'effigie de ce Saint, revêtu d'un costume guerrier, paraît être celle d'un seigneur, grâce à la négligence de l'ouvrier, qui a omis de graver le nimbe obligé. Ce qui confirme cette opinion, c'est l'absence absolue sur toutes ces monnaies, d'un seul nom.de l)urgrave,. et la présence, au contraire, si fréquente de la légende de Saint-Maurice.
Ce fait de la négligence des graveurs et de l'oubli du nimbe, concorde absolument avec toute l'histoire numismatique du moyen âge, principalement avec celle des bractéates allemandes, si riches, nous le savons, en erreurs et lapsus de toutes sortes. Hâtons-nous de dire c^ependant qu'un certain nombre de numismatistes persistent à attacher à cette absence du nimbe une importance c^apitale, et à admettre les bractéates des burgraves de IMagdebourg. Leurs arguments nous paraissent peu sérieux, ^t la théorie la plus simple nous semble en même temps la meilleure ; c'est pourquoi, jusqu'à plus ample informé, Kious ferons rentrer dans une seule et même catégorie, toutes les bractéates sur lesquelles figurent la légende ou le type ^e Saint-Maurice, que le nimbe y soit ou non représenté. -W. de Miilversledt, dans un travail publié en 1871, a tenté, *nais sans grand succès, de relever l'ancienne théorie, et a edécrit encore une fois les prétendues bractéates des burraves de Magdebourg.
il est bien une autre opinion qui consiste à voir, dans ces
bractéates où Saint-Maurice apparaît dépourvu du nimbe, un de ces exemples si nombreux de bractéates imitées par de petits seigneurs voisins, désireux de déguiser leur effigie sous celle si connue et si populaire du Saint magdebourgeois, et de donner ainsi à leur numéraire l'aspect de la monnaie si répandue que frappait Tatelier de Halle. Mais, toute séduisante que soit cette théorie, elle ne repose pas sur des données assez solides, pour être définitivement admise avant de nouvelles recherches.
j. Abbesses de Quedlinbourg. — Les bractéates de Quedlinboui^ ont été décrites par Cappe (1).
L'abbaye de femmes de Quedlinbourg, fondée sous Finvocation de Saint-Servais, était une des plus opulentes de toute l'Allemagne. Ses abbesses possédaient, entre autres domaines, tout l'ancien Yoigtland, qu'elles faisaient gouverner par des baillis établis à Géra, Weida, Plauen et Rutzia (Greiz). (Voyez Reuss; voyez aussi, aux articles Falkenstein et Àrnstein, les bractéates des sous-baillis des abbesses de Quedlinbourg.)
Ces puissantes abbesses ont fait frapper de nombreuses bractéates, qui constituent une des plus belles et des plus riches séries de TAIlemagne. Nous ne parlerons point des demi-bractéates qu'on leur attribue (2), mais sans preuves certaines.
La plus ancienne de leurs véritables bractéates serait , parait-il, une belle et très-curieuse pièce, nouvellement redécrite (3), et portant, avec le buste d'une abbesse, la
légende : MEREGART- ABBATISSA- QVIDEL. Cette brac-
(1) Bmkreihwng der Mùnzen des vormaligen kaiserlicîien freien weltlichen SHfis Quedlinburg. Dresde, 1851.
(2) MUtheilungen der numismoHschen GeselUchaft in Berlin» 2«« Befi, p. 105.
(3) Numismatische Zeitung, Année 187*2.
téate appartiendrait à la septième abbesse de Quedlinbourg, Meregarthe (Marguerite), qui régna de 1137 à 1138. D'après M. Stenzel, cependant, elle serait d'une époque plus moderne, et cette Meregarthe n'aurait été que la huitième abbesse du couvent, et viendrait seulement à la suite de Béatrice II, à peu près entre 1161 et 1166. Cette dernière opinion, basée en partie sur les caractères de l'encadrement circulaire qui entoure le buste de l'abbesse, nous parait plus conforme à la vérité.
Immédiatement après la première Meregarthe, arrive la série des bractéates de Béatrice II (1137 ou 1139-1166) (pi. III, n'^ÎS), probablement sœur del'empereur Frédéric!". Ses bractéates sont comptées parmi les plus belles et les plus artistiques de la plus belle époque. Elles sont trèssupérieures à celles des abbesses suivantes, quoique de dimensions moindres.
L'abbesse, assise et coiffée du voile, est généralement figurée les mains élevées et tenant divers attributs. Souvent à ses pieds se voient deux personnages, dont on n'aperçoit que la tête et les épaules, ou la tête seule, et qui élèvent les yeux vers l'abbesse. Le travail de la gravure, les divers cercles d'ornementation variée, qui entourent la figure centrale, sont d'une finesse et d'une richesse d'exécution extrêmes.
L'abbesse tient généralement une fleur de lis, un rameau, un livre ou une croix, comme, du reste, toutes les abbesses suivantes. Toutes portent le voile retombant sur les deux côtés de la tête, et se joignant sur la poitrine; souvent ce voile a été pris par erreur pour un nimbe. Presque toujours assises, les abbesses se présentent fort rarement debout. Sur leurs plus anciennes bractéates, figurent des voûtes ou des arceaux ornés de tourelles, et souvent des légendes distinctes et complètes qui deviennent très-rares dans la suite.
La grandeur des bractéates abbatiales de Quedlinbourg
est très-variable. Sur les bractéates de Béatrice 11, la légende fait souvent défaut ; d'autres fois elle n'offre aucun sens; d'autres fois cependant on lit : BATRISI-V-ABISA- HNR, — ou quelquechose d'approchant.
L'abbesse suivante, Adélaïde III de Saxe, morte en 1184, a frappé des bractéates d'un travail déjà inférieur. Trèsgrandes et très-minces, elles portent des légendes plus ou moins correctes, telles que ICVNOL... IDA CIV. Q; quel, quefois, au contraire, bien plus parfaites AD€LAHEIDIS.
D€l GRA. ABBATISSAC €ST.
L'abbesse, toujours assise de face, est placée dans un encadrement de forme et d'ornementation variées.
Sur une curieuse bractéate d'Adélaïde figure l'effigie de Saint-Étienne, patron de Halberstadt. Cette bractéate a trèsprobablement été frappée dans l'atelier de Halberstadt, par suite d'un accord entre l'abbesse et l'évêque.
Les bractéates d'Agnès II de Misnie (1184-1203) (pi. II , n^ 24), sont nombreuses, et presque toutes aussi trèsgrandes. Sur la majorité d'entre elles, figurent encore des légendes assez correctes, par exemple; AGNES ABBATISSA
D€ CVITD€ ou D€ CV€D€LLNBV ou encore DC CVD6LB, etc.
L'abbesse est figurée parfois debout, bien plus souvent assise ; parfois le chef de Saint-Servais parait au-dessus de la tète de l'abbesse avec la curieuse légende : CARITASS-PCS FIDES. Les bords de ces bractéates, très-minces, plats et larges, portent des étoiles, des ronds, des croisettes, etc., tous signes généralement très-espaces les uns des autres.
Sur de grandes bractéates à pseudo-légendes, et que leurs caractères généraux font encore attribuer à l'abbesse Agnès II , celle-ci figure assise à côté d'un personnage qui lève la main; les uns croient y voir Saint-Servais nimbé et bénissant; les autres, au contraire, une religieuse voilée prêtant serment entre les mains de l'abbesse, à l'occasion de son élévation à quelque dignité conventuelle.
Répétons ici que, pour la plupart de ces bracléates et des suivantes, presque toujours muettes ou portant simplement une pseudo-légende, le classement à tel ou tel règne ne repose jamais que sur des probabilités^ très-différemment appréciées par les divers auteurs ; aussi ces attributions relatives à l'âge exact des bractéates sont-elles fort souvent sujettes à caution.
Sophie de Brena, abbesse en 1206, chassée pendant un temps et remplacée par Bertrade (Béatrice), puis réinstallée vers 1225 et morte en 1230, a frappé des bractéates aux mêmes types, muettes, ou portant parfois la légende: SOPHI A-
QVIDELICe.
Sur celles de Béatrice 111 (Bertrade ou Bertradis)de Kro-
sigk, qui régna en place de l'abbesse Sophie de 1224 à
1229 (?) on lit tantôt BEATRIX Dl GRA QVIDELGERVR,
tantôt, au contraire, AVAVAVAV. {Abbatissa venerabilis .)
L'abbesse figure toujours assise et tenant à la main divers
attributs, mais ses traits et les contours de ses vêtements
deviennent plus grossiers, les légendes se font de plus en
rares, les reliefs s'accusent et se bombent. Les bractéates
plates ont entièrement disparu pour faire place à celles de
forme cupulaire. Pour M. Leitzmann même, parmi les
l)ractéates attribuées à Béatrice III, toutes celles qui portent
<les légendes complètes seraient bien plus anciennes, et ap-
3)artiendraient beaucoup plutôt à Béatrice II.
Nous arrivons à une série nombreuse et très-homogène de
Ibractéates, de dimensions assez grandes et d'un type très-
«iniforme, remarquables souvent par l'épaisseur du flanc,
X^resque toujours muettes, portant très- rarement les initiales
-^. ou A.V. {abbatissa venerabilis) ^ placées tantôt sur la
^circonférence, tantôt dans le champ, et quelquefois la lettre
CD (Osterlinde?).
Sur ces bractéates à reliefs très-accentués, à aspect cupu- Jaîre, l'abbesse, uniformément assise, tient dans ses mains
les emblèmes les plus divers, palmes, livre, sceptre, croix, fleurs de lis, etc. On les distribue d'après certains indices et surtout d'après leurs types de plus en plus grossiers, entre les abbesses suivantes:
Béatrice III ou Bertrade, 1224-1229, déjà citée plus haut;
Cunégonde de Kranichfeld et Kirchberg, 1230-1231;
Osterlinde de Falkenstein 1231-1233 (une seule bractéate de cette abbesse porte la légende OISTCRLNGI, S. M.
STCEALV€ENC.)-
Gertrude d'Amword, 1233-1270.
Les dernières d'entre ces bractéates ont, plus que toutes les autres, des reliefs très-accusés, et sont absolument cupulaires {schùsselfôrmig ^ comme disent les Allemands). Leur bord extérieur est large et fortement recourbé, comme en général celui de toutes les bractéates frappées en Thuringe et aux environs, à l'époque d'Henri l'Illustre {der Erlanchté)^ margrave de Misnief 1288. Sur les bractéates de cette catégorie, l'abbesse toujours assise, tenant une foule d'attributs différents, la figure ronde entourée du voile, les yeux marqués par de gros points saillants, se présente de face, au centre d'un cercle en relief généralement trèsaccusé. Les plus modernes sont d'une fabrique tout-à-fait barbare.
Quelques-unes de ces bractéates anépigraphes , sur lesquelles l'effigie de l'abbesse, représentée sans voile, ressemble fort à celle d'un seigneur, pourraient bien être des bractéates frappées par des membres de la famille de Reuss, baillis de l'abbaye de Quedlinbourg, et portant leurs effigies en place de celles des abbesses.
Toutes ces bractéates dont nous venons de parler, bractéates d'un style si différent de toutes les autres bractéates abbatiales frappées à Quedlinbourg même, se retrouvent constamment, non sur ce point, mais bien aux environs de Géra, dans le pays de Reuss. Cette ville, nous le savons,
élait propriété des abbesses de Quedïinbourg. C'esl donc avec raison que ces bractéates, si voisines des bractéates de Misnie, ont été regardées par M. de Posern-KIett comme frappées, non à Quedïinbourg, mais bien à Géra, et par les baillis pour le compte des abbesses. Celles-ci possédèrent l'atelier de Géra jusqu'en 1306. (PI III, 27 et 30.)
Pour M. de Posern-Klett, parmi ces bractéates de Géra d'un travail si grossier, toutes celles qui ont un bord ponctué auraient été frappées de 1200 à 1220, sous le règne de l'abbesse Sophie de Brena.
Cappe attribue, mais sans preuves certaines à l'appui, aux abbesses Bertrade II, 1270-1286 , et Bertrade III, 1286- 1308, de nombreuses bractéates muettes, de dimensions plus petites que toutes les précédentes, représentant tantôt l'abbesse assise ou vue à mi-corps, tantôt Saint-Servais, quelquefois avec la légende SER-VAS.
On connaît de l'abbesse Jutta, 1309-1347, une seule bractéate, et de l'abbesse Marguerite, 1377-1380, une petite bractéate sur laquelle elle figure assise entre les let* très M- A.
Il est fort possible que beaucoup de bractéates muettes, attribuées à Quedïinbourg, par cette seule raison qu'elles portent l'effigie d'une abbesse, appartiennent en réalité à d'autres abbayes de femmes, qui ont très- positivement frappé monnaie, mais dont on ne connaît pas encore de bractéates authentiques. (Voyez par exemple les abbayes de Gernrode et de Gandersheim.)
k. Osterwick. — Atelier monétaire des évoques de Halberstadt. (V. Halberstadt.)
1. Comté de Reins tein ou Regenstein-Blankenbourg . — En H86, àla mort de Siegfried 1, comte de Reinstein-Blankenbourgy les deux comtés furent partagés entre ses fils:
l'un, Siegfried, eut Blankeubourg, avec les armes paternelles, à savoir : d'argent à une corne de cerf de sable posée en fasce ; le second, Henri, eut Reinstein, et modifia les armes paternelles ; la corne de cerf fut de gueules et posée en fasce, mais regardant le côté opposé de Técu.
En 1367, la ligne de Blankenbourg s'éteignit, et ses possessions passèrent aux comtes de Reinstein.
On a cru pouvoir tirer de la différence qui existe entre les blasons des deux principautés, et qui consiste dans la direction de la corne de cerf, un moyen de classer leurs rares bractéates, bracléates presque toujours muettes, de grandeur moyenne, et frappées au treizième siècle. Elles portent invariablement cette corne de cerf, presque toujours posée en fasce, au-dessus ou au-dessous d'emblèmes divers, tels que tourelles, bannières, arcades, oiseaux, étoiles, fleurs de lis, etc. Selon donc que la corne de cerf est dirigée à gauche ou à droite, on a voulu y voir le blason de Reinstein ou celui de Blankenbourg ; mais on connaît trop le manque absolu de précision des dispositions héraldiques, sur les monnaies de cette période du moyen âge^ pour pouvoir attribuer à ce fait une importance capitale. 11 faut donc, jusqu'à plus ample informé^ laisser ces bractéates indivises entre les deux comtés.
Siegfried II de Blankenbourg , 1186-1220 ou 1226, a frappé deux-belles bractéates, portant les deux seules légendes connues de ces comtes. La corne de cerf y est, en efifet, entourée des mots suivants : COMES SIFRIDVS DE BLAN*
KENBRVC (PI. m, 33), et CATI DE BLANCENBVR. (CATI
serait-il là pour advoCAJ]^ ou encore pour ConrATI ? Siegfried ayant eu un frère du nom de Conrad.)
La belle bractéate attribuée par Becker, au comte Henri I, est probablement fausse.
On attribue au règne du comte Henri III, 1303-1334, des bractéates muettes, sur lesquelles ce seigneur figure assis ou
debout, tenant de chaque main une corne de cerf, ou s appuyant sur deux écus chargés du même emblème. On classe à la même époque une large et belle bractéate, où deux grandes cornes de cerf, posées cette fois-ci en pal, sont séparées par une haute et étroite tourelle; sur la circonférence se voient quelquefois deux R, initiales de Reinstein. (PI. III, 32.)
De petites bractéates muettes, sur lesquelles figure un nïassacre de cerf, sont difficiles à classer entre Reinstein- Blankenbourg, qui portait ce cimier, et Tatelier d'Ellrich (y. ce nom), qui marquait ses monnaies du cimier identique des comtes de Clettenberg. Il en est de même de petites bractéates également muettes, attribuées aux seigneurs deBlankenbourg-Reinstein, de i330 à 1350, et sur lesquelles figure un casque orné de deux cornes de cerf, séparées par des signes divers, feuille de trèfle, croisette, etc. M. Dannenberg décrit aussi une pièce uniface, beaucoup plus petite que ne le sont d'ordinaire les bractéates de Reinstein, et portant la corne de cerf surmontée d'un B, ce qui le décide à attribuer cette petite monnaie au comte Bernard, 1479-1524; mais cette pièce et toutes les pièces
unifaces, frappées dans la suite par ces comtes, ne sont plus
des bractéates vraies.
m. Ville de Sahwedel {^\A,^). — Un des principaux ateliers monétaires des margraves de Brandebourg. C'est i<;i que furent, entre autres, frappées les bractéates de I^enri de Gardelegen.
Toutes les bractéates margraviales sur lesquelles figure 1 ^i clef, ont été très-probablement frappées à Salrwedel (voyez u reste les bractéates des margraves de Brandebourg).
Aux quatorzième et quinzième siècles, on a aussi frappé à ^alzwedel de petites monnaies bractéatiforraes aux armes e la ville : une clef et un demi-aigle.
n. Ville de Stendal. — Encore un des plus anciens et des plus importants ateliers monétaires des margraves de Brandebourg (v. les bractéates des margraves de Brandebourg).
Les petites pièces bractéatiformes de Stendal, du quinzième siècle, sont frappées aux armes de la ville, un demiaigle et quatre losanges ou grains d'orge, formant eux-mêmes
une grande losange.
0. Ville de Werben, — Dietrich, sixième fils d'Albert rOurs, margrave de Brandebourg, hérita en H70, à la mort de son père, du château et de la ville de Werben. En 1183, son frère, Bernard de Saxe, hérila, à son tour, de ses domaines.
M. Stenzel (1), décrit une bractéate qu'il attribue à ce Dietrich, et qui présente une ressemblance frappante avec les belles bractéates de ses frères, Bernard d'Anhalt, Otton de Brandeboui^, etc. Le comte y est figuré debout, coiffé du heaume, portant le manteau et la coite de mailles, et tenant son épée obliquement devant lui ; de chaque côté, on aperçoit une lige de fleurs de lis. Dans le champ,. autour du comte, sont les lettres Dl-T — CO-MES {Ditericus).
Une autre bractéate, malheureusement incomplète, avec la légende COMES DITERICVS, est aussi attribuée au même prince par M. Leilzmann (2).
On a attribué à tort à la commanderie de l'ordre de Saint-Jean, établie à Werben, de petites bractéates muettes de la fin du treizième siècle, en partie marquées de bannières et de longues croix, et qui se retrouvent souvent dans les environs de cette ville.
p. Ville de Wernigerode. (Ses armes sont : d'argent à deux truites ou bars de gueules.) — On connaît des bractéates
(1) Der Bracteatenfimd bei Frechîeben. Berlin, 1862.
(2) Numismatische Zeitmg. 1861, n» 16.
des comtes de Wernigerode, datant du treizième siècle (ces princes s'éteignirent en 1429). Sur une d'entre elles, fort curieuse, décrite par M. Grote, le seigneur de Wernigerode, portant le nimbe de Saint-Maurice, lient de chaque main Técu chargé des deux poissons (il s'agit évidemment ici d'une imitation de la monnaie des archevêques de Magdebourg).
D'autres bractéates portent la légende WERNIGEROD entourant un édifice turriforme, bâti sur une arcade, au-dessous de laquelle se voient deux truites ou bars. Ces monnaies sont probablement municipales, et ont été frappées par le Conseil de la ville, comme fermier de l'atelier monétaire seigneurial.
Sur de grandes bractéates cupulaires, de types très-voisins, figure simplement un édifice avec trois tours. Sur d'autres, au contraire, plus exclusivement seigneuriales, on voit le comte assis, tenant d'une main, parfois de chaque main, un casque surmonté de deux bars; ou bien le comte tient deux bannières, mais alors au-dessous de lui figure un poisson.
Sur une bractéate, qu'on attribue au comte Adalbert de Wernigerode (1 187-1207) malgré l'absence des poissons, l'édifice tourelé est accompagné de la curieuse légende CAS-
TRVM ADEIBERTI CO{mitis).
M. Dannenberg décrit, dans la *Bevue numismatique de BerUn, de petites bractéates muettes, portant tantôt deux bars, parfois renfermés dans un écusson, tantôt trois poissons disposés en feuille de trèfle. Les premières, d'époques fort diverses, appartiennent aux comtes de Wernigerode. Les secondes ont, selon toute probabilité, été frappées à Wernigerode après 1429, lorsque cette ville eut passé aux mains des comtes de Stolberg. (Voyez encore à Stolberg, les autres petites bractéates frappées à Wernigerode, après 1429, parles comtes de Stolberg.)
1" RÉGENCE DE MERSEBOUBG.
a. Comtes de Beichlingen. — Cette famille seigneuriale, une des plus anciennes de laThuringe, possédait des ateliers monétaires à Kelbra, Frankenhausen, CôUeda, etc.; malheureusement on ne connaît encore aucune bractéate qui porte, d'une manière certaine^ le nom d'un de ces comtes ou d'un de leurs ateliers. Pour le moment donc, onseborneà classer avec un point de doute , à Beichlingen, quelques bractéates qui semblent avoir été frappées par ces seigneurs. Nous citerons, entre autres, des bractéates dont le type rappelle à peu de chose près les armes de Beichlingen, un demiaigle et une ou deux fasces. Tantôt ces armes figurent seulas dans le champ de la bractéate, tantôt un seigneur assis tient à la main un écu chargé d'une ou de deux fasces(attributions très-douteuses). Beaucoup d'autres bractéates muettes ont souvent été attribuées aux comtes de Beichlingen, mais aucune preuve certaine n'est encore venue confirmer des probabilités^ basées principalement sur le lieu de découverte.
Sur une grande bractéate décrite pour la première fois au siècle dernier par Franck, figure un seigneur thuringien, à cheval, portant 1 écu et la bannière, avec la légende CON€S FRIDE-RI-CVS; sur l'écu coupé,on voit au premier une aigle posée en bande. Cette bractéate, attribuée à tort par Franck au comte Frédéric de Brena, parait plutôt appartenir à Frédéric III, comte de Beichlingen, 1220-1275.
b. Comtes de Brena. — En 1156, à la mort de Conrad le Grand, margrave de Misnie, son fils Frédéric hérita du comté de Brena, U56-1181. Ses fils Otton r, 1181-1203, et Frédéric II, 1203, lui succédèrent. Ce dernier était en même temps bailli de Pegau et hérita en 1217 du comté de
WetUn. Son fils et successeur Olton II fut également bailli à Pegau. En 1290, la famille de Brena s'éteignit en la personne du comte Otlon III. Brena échut à la Saxe et Wettin à rarchevêché de Magdebourg. Les comtes de Brena possédaient des ateliers monétaires à Brena, à Wettin et à Herzberg. Leurs plus anciennes monnaies actuellement connues sont les bractéates des deux baillis de Pegau, Frédéric II et Otton II (pl. III, 35). Elles sont frappées absolument au type si uniforme des bractéates abbatiales de Pegau (la grande croix cantonnée d'une tête humaine et d'autres emblèmes, parfois aussi, chose curieuse, d'une crosse), et ne s'en distinguent que par les légendes COM€S FRIDCRICVS D€ BR€N€N.Oou bien encore O. V. A. {Oito venerabilis advocatus ?).
M. Dannenberg (1) décrit un Certain nombre de petites
bractéates, dont quelques-unes portent la légende BR€N€, et
qu'il attribue aux dernières années du règne d'Otton III. Sur
ces bractéates figurent, tantôt un écu portant trois besants, ou
bien le cœur héraldique des comtes de Brena, deux cœurs et
deux croix, trois cœurs alternant avec trois étoiles; tantôt au
Contraire^ le comte de Brena debout, absolument semblable
margraves des petites bractéates de Brandebourg, et
tenant à la main un écu chargé de trois cœurs. Peut-être ne partie de ces bractéates ont-elles été frappées après 290, par Albert II, 1260-1298, prince de Saxe de souche scanienne, pour son fils mineur Rodolphe, ou même par «dernier en personne, 1298-1356.
c. Ville de Côlleda. — Ce fut un atelier monétaire des
omtes de Beichlingen et des abbés de Hersfeld; mais on
'a pas encore retrouvé de bractéates qu'on puisse lui attri-
uer avec certitude. Cependant, dans le journal : Die nu-
(1) Berliner Blàtter fur Miinz^Siegel- und Wappenkunde, T. 4.
mismatische Zeiiung^ 1861, se trouve la description d'une série de bractéates muettes découvertes dans le voisinage de Côlleda et très-probablement frappées dans cet atelier, par les comtes de Beichlingen et les abbés de Hersfeld. La plupart de ces bractéates portent l'effigie d'un évêque, avec ou sans la légende B-R-H-T, et ressemblent fort à celles frappées à Hersfeld, vers la fin du treizième siècle. D'autrès, sur lesquelles figure un seigneur couronné, seraient des bractéates des comtes de Beichlingen. On voit qu'il ne s'agit encore là que de simples probabilités.
d. Ville et comtes dEilenbourg {Ilborg). — Henri II le Jeune, de Weltin, dernier comte d'Eilenbourg de la branche ancienne, régna de lli7 à 1127. A sa mort, Eilenbourg revint au margrave de Misnie, Conrad le Grand, de Wettin, et, à la fin du règne de celui-ci, en 1157, cette seigneurie devint la possession de son second fils, Dieirich de Landsberg et de Lusace, qui mourut sans enfants en li84. Ce Dietrich fut le premier qui prit le titre de marchio orientalis. Dedo IV de Groilzsch et Rochlitz, son frère, troisième fils de Conrad, lui succéda jusqu'en 1190. Conrad, fils de Dedo, régna jusqu'en 1211 sur Landsberg et la basse Lusace, tandis que son frère Dietrich régnait sur Rochlitz, Groitzsch et Eilenbourg, 1190-1207. A la mort de Conrad de Landsberg, en 1210, le margrave de Misnie, Dietrich l'Opprimé, prit possession d'Eilenbourg.
On connaît depuis longtemps, une belle et grande brac* téate frappée probablement par Dedo lY de Rochlitz, avec la légende : ILCBVRGENSIS C. (cornes)^ et l'effigie du prince debout, de face, armé de pied en cap, tenant Tépée et la bannière.
Dans ces deroières années, de nouvelles recherches et de nouvelles découvertes ont permis d'attribuer encore aux divers souverains d'Eilenbourg quelques bractéates long-
temps considérées comme incertaines. C*est ainsi qu'on classe à Henri le Jeune, 1 117-1127, de grandes bractéates données à Henri le Lion de Brunswick, par M. de Posern-Klelt, mais beaucoup plus anciennes, et sur lesquelles figure le prince, debout, de face, épaulant Tépée et s'appuyant sur un bouclier, avec la légende : HEINRICVS. (V. margraves de Misnie.) D'autres bractéates, avec la même légende, représentent le même prince à mi-corps, tenant l'épée et une bannière. Toutes sont plates, d'une fabrication peu élégante, et appartiennent à cette classe particulière qui, dans certaines localités, marque le passage des demi-bractéaies aux bractéates vraies.
Les rares bractéates connues de Conrad le Grand, mar^ grave de Misnie, 1127-1127, ont été frappées surtout pour la Lusace et la Misnie et n'appartiennent point en propre à Eilenbourg.
M. Dannenberg a décrit dernièrement deux bractéates, qu'il a, à tort, d'après M. Leitzmann, attribuées au premier ûietrich de Landsberg, 1156-1184, et qui appartiendraient plutôt à son frère Otton, margrave de Misnie, 1156-1189, surtout à cause de leur légende, qui doit être lue marchio mi(sneîisis). Ajoutons que M. Dannenberg maintient sa première attribution, et refuse de retrouver dans la légende la trace des lettres mi.
On peut, par contre, attribuer avec plus de certitude à c^e oiême Dietrich de Landsberg quelques belles bractéates c:»ù il figure assis et nu-tête; sur une d'entre elles, même, il ;|;^arait à cheval, avec le heaume, le bouclier, la bannière, et 1 ^ légende irrégulièrement distribuée sur la circonférence et danslechamp, MARCHI-OD-IT-RI {marchio Ditri) (bractéate t vèS'probablcment frappée à Eilenbourg).
Pour les bractéates de Conrad de Landsberg, 1190-J210, ^%r oyez, à propos de Conrad le Grand, de Wettin, les petites xactéates où le margrave figure debout, avec le heaume,
Tépée, Je bouclier et la bannière, et la légende CORADV MA. Voyez encore les bractéates de Conrad de Landsbergcomme bailli de Pegau. M. Dannenberg lui attribue, en. outre, une belle bractéate où il figure de face, avec l'épée, la bannière et la légende CVNRADVS.
e. Yille (TEisleben. — Ville principale de Tancien comté de Mansfeld. (V. MansfeldO
Petites bractéates du quinzième siècle, frappées à Eisleben par les comtes de Mansfeld de la ligne de Querfurt, avec ou sans la légende iSLCiB ou ISL€, et portant un ^^
casque surmonté d'un vol d'aigle (armes d'Ëisleben), ou bien encore un écu aux arnies de Querfurt et Mansfeld {Hohlpfennigé).
f. Ville de Freiburg. — Les évoques de Mersebourg avaient, au treizième siècle, des baillis dans cette ville. Une bractéate, où figure un seigneur debout^ tenant un bouclier marqué de la croix de Saint-André (armes de révêché), pourrait avoir été frappée par un de ces baillis.
g. Ville de Halle, — Seconde ville des archevêques de Magdebourg, des plus importantes par son commerce et les revenus des salines voisines de Giebichenstein , salines que les archevêques faisaient administrer par des officiers ou comtes spéciaux [Salzgrafen).
Une série prodigieusement nombreuse et variée de bractéates, portant toutes Teifigie de Saint-Maurice, dans mille altitudes, avec mille accessoires divers, mille variétés de légendes, de fabrication et d'ornementation, portent, dans la numismatique allemande, le nom de Moritzpfenm'ge [pfennigs de Saint-Maurice) (pL I, n° 9; pi. 11, n® 19). Saint-Maurice, la tête nimbée, y est généralement figuré de
— 225 — • face, à mi-corps ou debout, avec les légendes : SANCTVS
MAVRITIVS. — SANCTVS MAVRITIVS DVX.
Ces bractéates ont été frappées durant deux siècles et plus, mais il est souvent fort difficile de les classer chronologiquement, et ce n'est que d'après leurs caractères généraux, qui nécessairement ont beaucoup varié dans celte longue suite d'années, qu'il est possible de les attribuer, par à peu près, à telle ou telle époque. C'est une entreprise que nous ne tenterons'point, et qui a été réalisée avec plus ou moins de succès dans des traités spéciaux.
Les trouvailles monétaires et la comparaison avec d'autres bractéates contemporaines et voisines des archevêques de Magdebourg ou des margraves de Brandebourg, sont ici les plus sûrs indices qui permettent de déterminer, avec une certaine précision, l'âge des diverses séries de ces pfennigs. Outre les caractères de la fabrication, presque toujours essentiellement magdebourgeoise, le nimbe qui entoure la tête du Saint, fait, en général, facilement reconnaître celles de ces bractéates qui sont muettes et dont beaucoup sont probablement des imitations d'ateliers voisins.
Saint-Maurice n'était pas seulement le patron de Magdebourg, mais bien aussi de la ville de Halle. L'atelier de cette cité florissante eut une grande activité au moyen âge; de nombreux documents en font foi. Sur une bractéate trèsconnue, figure l'effigie de Saint-Maurice^ nimbé, tenant l'épée et la bannière, avec la légende : Moneta Hallensis. D'après ces indices et d'autres fort importants aussi, qu'il est inutile de rapporter, il paraît prouvé aujourd'hui que ces innombrables bractéates de Saint-Maurice ont été frappées à Halle, pour le compte des archevêques de Magdebourg, par leurs lieutenants ou comtes préposés aux salines. Les archevêques leur envoyaient de Magdebourg, le coin nécessaire à la fabrication de chaque émission de pfennigs. Les bractéates frappées par les prélats eux-mêmes
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à Magdebourg, se distinguaient de celles frappées à Halle, par l'effigie de l'archevêque et la légende rappelant son nom. Quelques bractéates au type de Saint-Maurice, où figure le nom de Magdebourg, doivent seules peut-être être conservées à l'atelier de cette ville. L'opinion que les bractéates de Saint-Maurice ont été frappées pendant les diverses vacances du siège archiépiscopal , celle aussi qui en fait des monnaies capitulaires, sont toutes deux absolument fausses.
Si Ton est à peu près d*accord sur la patrie véritable des bractéates de Saint*Maurice, on ne l'est pas tout à fait autant siir la qualité des personnages qui les ont fait frapper. Elles ne l'ont pas été directement par les archevêques, qui y auraient certainement fait figurer leurs effîgies et leurs noms. Le plus probable^ nous l'avons déjà dit, est qu'elles ont été frappées pour les archevêques, sous la direction des baillis ou comtes spéciaux qui les représentaient à Halle, peut-être cependant aussi, parfois, par des associations de particuliers, ou par le conseil même de la ville, agissant comme fermiers de l'atelier monétaire archiépiscopal.
Sur un certain nombre de bractéates à Teffigie et à la légende de Saint-Maurice, le nimbe ne figure pas autour de la tête du Saint. Mader, et à sa suite une foule de numis* matistes, frappés de cette différence, ont fait de ces monnaies, des bractéates des burgraves de Magdebourg. Nous renvoyons, pour plus de détails, à Tarlicle qui concerne ces burgraves. Nous redirons seulement ici, qu'il semble plus conforme à la vérité des faits, de faire rentrer dans une seule et même catégorie toutes ces bractéates avec la légende S. Mavritius, que le Saint y paraisse avec ou sans nimbe, et de les considérer toutes comme frappées dans l'atelier archiépiscopal de Halle. Les bractéates des burgraves de Magdebourg rentreraient donc dans le néant, jusqu'à plus ample informé.
Sur les bracléates de Saint-Maurice, celles de la belle «poque surtout, le Saint paraît le plus souvent armé de pied «n cap, avec le heaume et le manteau, l'épée, le bouclier ou la bannière.
Les plus anciennes de ces bracléates sont fort belles et d'un travail souvent remarquable. Avec la fin du douzième siècle, elles deviennent déjà plus grossières, et sur celles, si :nombreuses et presque toujours muettes, de la mauvaise «poque, Saint-Maurice n'est plus guère représenté qu a MOii-corps et la tête nue, généralement sous les voûtes d'une architecture primitive. En même temps, les dimensions de ces pfennigs diminuent rapidement, et, sur les plus petits, le chef seul du Saint apparaît encore.
On a fait, de tout temps, de très-nombreuses trouvailles de pfenmgs de Saint-Maurice, aux environs de Halle. Nous avons vu que ce type si répandu a été imité en particulier sur quelques-unes des bractéates de Jakza. Il est plus que ]probable qu'une foule de seigneurs voisins ont également copié, sur leurs monnaies muettes, Teffigie si connue et si populaire du Saint magdebourgeois.
Sur une petite bractéate décrite par M. deKôhne, et ab* ^olument analogue à une bractéate ordinaire de Saint-Mauï'ice, le nom de ce Saint est remplacé par celui de SC- S. lACOPVS. APOSTLV. 11 ne peut être question ici d'une bractéate de l'abbaye de Pegau, qui était placée sous le ;()atronage de Saint-Jacques, car les bractéates de ses abbés ^ont de dimensions bien plus grandes et d'un type tout différent. Il est beaucoup plus probable que cette bractéate curieuse a été frappée par quelque, abbaye voisine de IMagdebourg ou de Halle.
h. Yille de Landsberg. — Dietrich, second fils de Conrad le Grand, margrave de Misnie, fut, à la mort de son père, ïiaargrave de Lusace et Landsberg (1156-11 84). Son frère,
Dedo IV, et Conrad, le fils de celui-ci (1210), lui succédèrent. Plus lard, Landsberg lit partie des domaines de Brandebourg, puis de Brunswick, et retourna de nouveau en 1247 à la Misnie. Pour les bractéates des princes que nous venons d'énumérér, voyez Eilenbourg , voyez aussi Wettin et Pegau.
En 1444, on a frappé à Landsberg de petites pièces bractéatiformes aux armes de la ville (d'or à deux pals d'azur), avec la légende LAND,
i. Comtes de Mamfeld, — Ces puissants seigneurs, qui jouent un si grand rôle dans Tancienne histoire deThuringe, s'éteignirent en 1230, et leur succession échut par les femmes à la famille de Querfurt.
Ils possédaient deux ateliers monétaires, à Mansfeld et à Eisleben (Voyez Eisleben).
On ne connaît que les bractéates d'un comte Burchard, qui parait avoir régné de 1180 à 1230. Elles sont grandes, minces et belles, comme celles des landgraves de Thuringe de la même époque. Le comte y est représenté à cheval, avec ou sans casque, portant la bannière et Técu, souvent marqué des losanges de Mansfeld; souvent aussi celles-ci reparaissent dans le champ de la bractéate ou sur la bannière.
De grandes bractéates dernièrement découvertes , et sur lesquelles figure le seigneur debout, avec une losange dans le champ, appartiennent probablement au même seigneur.
Les légendes sont plus ou moins correctes; le plus souvent même, ce ne sont que des pseudo-légendes. Une fois, on lit BORCHA-RDVS DE . MA-NSFELT. Très- fréquemment aussi ces belles bractéates sont muettes. Il en existe plusieurs variétés.
Sur une autre bractéate bien plus petite, de la fin du treizième siècle, on voit un lion couronné, avec la légende :
NANSF,... Enfin M. Dannenberg (1) décrit une petite tractéate de la fin du treizième siècle, portant un casque de face, surmonté de quatre petits pavillons, et que son analogie avec le sceau des comtes de Mansfeld lui fait attribuer à ces princes.
j. Evêvhé de Mersebourg. — Les bractéates de cet évêché sont décrites dans l'ouvrage de M. de Posern-Klett,
Dans le journal intitulé:/)?^ Numismatische Zeitung^ 1857, n" 18, se trouve la description d'une série de demi-bractéates, portant sur une face une tête barbue j sur l'autre un édifice religieux à trois tours, avec les légendes : MER,..BVRC, MER..., etc. , et qui paraissent avoir été frappées par des évêques de Mersebourg, vers le commencement du onzième siècle (Werner, 1073-1093, ou Alfwin, 1097-1112). Leur ressemblance avec les demi-bractéates de l'évêché si voisin de Naumbourg est frappante. (Voyez, à la description des bractéates impériales, les demi-bractéates frappées à Mersebourg, probablement par l'empereur Henri V.)
Les bractéates véritables de Mersebourg sont fort peu nombreuses.
Les premières sont celles de l'évêque Jean P' (1151- 4171); elles se distinguent, ainsi que toutes celles de ses successeurs, Eberhard de Seeburg (1171-1 200) et Théodoric ou Dietrich (1200-1215), par leur élégance, la richesse de leurs types, et par leurs légendes distinctes et complètes. Elles se rapprochent extrêmement en ceci des bractéates erfurtoises des archevêques Conrad et Christian 1", de Mayence. H se pourrait même fort bien que quelque graveur d'Erfurt, devenu célèbre par son habileté peu commune, ait aussi fabriqué les coins de Mersebourg. Seelàn-
(0 Berliner matter. T. IV.
der a profité de cette ressemblance, pour attribuer à Mayence, en en retouchant les légendes, des bractéates de Mersebourg. C'est ainsi qu'il a fait d'une bractéate d'Eberhard de Mersebourg, mort en 1200, une bractéate de Gérard de Mayence, dont le règne ne commença qu'en 1251. Et c'est précisément la bizarrerie de l'apparition, en plein treizième siècle, d'une bractéate du plus beau style de la fin du douzième, qui a fait découvrir cette supercherie.
Sur les bractéates de Jean I", d'Eberhard et de Théodoric (DIT€RICVS), l'évêque, en riche costume ecclésiastique, environné d'ornements architecturaux variés, est figuré de face, assis ou debout. Sur quelques superbes bractéates de l'évêque Eberhard (pi. III, 36), celui-ci paraît seul ou aux côtés de Saint-Laurent, au-dessus d'une scène à trois personnages représentant le martyre du Saint, avec la légende transversale : SCTS LAVR€NCIVS. Parfois l'évêque est simplement figuré à côté de Saint-Laurent, sans la scène que nous venons de décrire.
Quelques bratéactes d'Eberhard et de Dietrich sont muettes.
On attribue à l'évêque Eckard (1215-1240) de belles bractéates sur lesquelles il figure à mi-corps, sous une double série d'arcades séparées par des tourelles, avec la légende : EKARDVS. Il ne faut pas lire ERARDVS pour JE'ô^RARDVS (Eberhard), nom d'un évoque plus ancien dont nous avons déjà parlé, et dont les bractéates ont une extrême ressemblance avec celles-ci.
Les bractéates connues des évêques de Mersebourg ne vont pas au-delà de 1240, chose fort extraordinaire, alors surtout que des documents certains nous affirment que leur atelier monétaire continua à fonctionner bien après cette époque.
De petites bractéates, de la fin du quatorzième siècle, des
évoques Frédéric ou Burchard, portent une tête mitrée de face, avec la légende M€RS€B,
Il eitiste un certain nombre de bractéates fausses des cvêques de Mersebourg.
Les armes de Tévêché sont d'or, h une crosse de sable.
k. Évêché de Naumboiirg-Zeitz. — Les bractéates de ce double évéché, déjà étudiées par Schmidt en 1695, sont décrites dans Touvrage de M. de Posern-Klett.
Les évoques de Naurabourg possédèrent de fort bonne heure le droit de frapper monnaie ; on ignore cependant la date exacte de leur premier privilège. Ils frappaient monnaie à Naumbourgy à Zeitz, et à Strehia.
Dans le journal intitulé : Die Numismatiscke Zeitung, 1857, n** 18, se trouve la description d'un certain nombre de demi-bractéates muettes ou à légendes indéchiffrables, qui ont très*probablement été frappées par des évèques de Naumbourg. Sur quelques-unes, on croit retrouver les noms des évoques Walram, 1091 -H H, et Richwinus, 1123- 1 125. Sur d'autres se lisent les lettres NVW... Ce sont toujours les types habituels aux demi-bractéates : d'un côté l'effigie d'un prélat, à caractère très-archaïque, de face ou plus rarement de profil ; sur le revers, généralement indistinct, un édifice formé d'une muraille percée d'une large porte et surmontée de tourelles à toits aigus.
Voici la liste des évéques de Naumbourg dont on possède des bractéates véritables :
Udo r^ 1126-1148.
Wichmann, 1150^1154.
Ce prélat fut pendant plus de quarante ans archevêque à IMagdebourg, où il a frappé de nombreuses bractéates, I>eut-être même la plupart de celles qu'on attribue à l'évêché <ie Naumbourg, évêché qu'il ne gouverna que pendant quatre ^DS. En effet, lorsque le nom seul de Wichmann figure sur la
bractéatc, la division est impossible; il en est de même de tous les autres cas où le titre à'episcopus paraît à la suite* On sait, en effet, qu'à cette époque, le titre d'episcopus sur les monnaies désignait aussi bien un archevêque qu'un évêque; on en est donc réduit à classer comme bractéates de Wichmann, frappées à Naumbourg, celles qui se rapprochent le plus des bractéates des autres prélats de cet évêché.
Berchtold P', H54-H61 (pas de bractéates certaines),
Udo II, H6M186.
Berchtold II, H87-1206 (pi. IV, 38).
Engelhard II, 1207-1243.
Théodoric ou Dietrich II, 1245-1272 (T€OD€RlCVS ou
D€OT€RICVS) (pi. IV, 40).
Meinher ou Meinhard, comte d'Osterfeld, 1272-1281.
Ludolf, 1281-1284(1285?).
Divers documents nous apprennent' que les bractéates de ces évêques furent souvent imitées par leurs voisins.
De 1285 à 1360, on ne connaît encore aucune bractéate ou monnaie épiscopale.
Gérard I, comte de Schwar/bourg, 1360-1371.
On range généralement, au règne de ce prélat, dé petites bractéates aux types de deux crosses ou d'une clef et d'une épée (emblème des patrons de Tévêché, Saint-Pierre et Saint- Paul), avec la légende NVW€NB.
Pierre de Schleinitz, 1434-1463.
On classe aussi au règne de ce prélat de petites bractéates portant les armes de l'évêché : le glaive de Saint-Paul et la clef de Saint-Pierre.
Les bractéates de certains évêques de Naumbourç, principalement celles d'Engelhard et de Théodoric II, sont fort nombreuses, mais en général les types sont peu variés. L'évêque est figuré assis, tenant la crosse et la croix pastorale ; très-rarement, en place de celle-ci, une palme, une
clef (malgré l'opinion contraire de Mader), un livre, ou le calice.
Sous Théodoric II et surtout sousMeinhard, les attributs commencent à se modifier plus fréquemment dans la main de Tévèque, qui apparaît alors parfois debout; mais ce qui distingue surtout ces bractéates de Naumbourg, ce sont leurs légendes presque toujours complètes et fort distinctes, sinon toujours correctes, et qu il est du reste inutile de reproduire ici. Parfois cependant, elles ne sont composées que d'initiales, telles que : D. D. G. E. {Ditericus Dei gratia episcopus); L. D. G. €. {Ludolphus Dei gratta épis-cojms); M. D. G. E. {Meinhar dus Dei gratia episcopus); M, D. G. N. €. €. {Meinherus Dei gratia Numburgensis ecclesiœ episcopus)^ etc. Un certain nombre de ces bractéates sont muettes.
Le style des bractéates de Naumbourg-Zeitz, sauf pour les plus anciennes, est peu élégant, mais n'atteint cependant jamais la grossièreté et la laideur des bractéates de l'évèché voisin de Meissen, surtout de 1250 à 1300. Elles peuvent compter même parmi les bractéates les meilleures de cette époque si triste de Tart monétaire germanique, et les évêques de Naumbourg doivent avoir eu à leur service des graveurs particulièrement habiles.
Le diamètre de ces bractéates est assez considérable, rapfielant celui des bractéates des margraves de Misnie, et varie du reste fort peu. Plates dans les premiers temps, elles tendent petit ji petit à prendre la forme cupulaire [schassel- 'ôrmig).
On distingue parmi ces bractéates deux types différents, suiant qu'elles ont été frappées à Naumbourg ou à Zeitz, villes e ce double évèché. Sur celles de Naumbouig, le prélat est Viabillé pontificalement; sur celles de Zeitz, qui n'était pas 1 6 siège principal de l'évèché, son costume et sa tête bougée, sans la mitre, le font si bien ressembler à un margrave
de Misnie ou à d'autres seigneurs des environs, que la crosse et la croix pastorale peuvent seules l'en distinguer.
Sur quelques bractéates d'Udo II, Teffigie de Tévêque est remplacée par celle de Saint-Pierre nimbé, et tenant les clefs ou la clef.
Jusqu'à ce prélat, sauf une seule bractéate de Wichmann frappée à Zeitz , les noms des deux villes ne sont pas mentionnés sur les bractéates. Mais sur trois pfennigs d'Udo 11 et d'Engelhard, on lit, à la suite de la légende, les mots : CICEH (sis) ou CIC€ [nsis), W{pnetd) ou EPIS.
Sous Théodoric II, on trouve également des bractéates avec les légendes : CIC€ et NV6NPVRC. Enfin viennent de nombreuses bractéates de deux types différents, et appartenant à des évoques indéterminés. Sur les unes, le prélat porte le titre à'episcopus NV€.... ou NV ; sur les autres, d'episcopus CtC....ouCICE.... {eptscopus Cicensis).
En 1238, le margrave de Misnie, Henri Flllustre {der Erlauchtê) s'engage à ne plus faire fabriquer, sur les frontières de ses États, des bractéates à l'imilation de celles de Naumbourg ou de Zeitz.
1. Querfurt. — Les seigneurs de Querfurt obtinrent, dès 1136, la charge de burgraves de Magdebourg, qui, pendant près d'un demi-siècle, resta dans leur famille ; plus tard, la branche aînée régna sur le comté de Mansfeld; la branche cadette se maintint à Querfurt jusqu'à son extinc* tion, en 1496.
Bractéates du milieu du treizième siècle, avec la légende QVER-VO (rrf), portant une tête couronnée de profil, ou bien un seigneur à cheval, armé d'un bouclier chargé des fasces de Querfurt.
Vers 1350, petites monnaies unifaces, bractéatiformes, sur lesquelles figurent un casque surmonté de deux cornes de buffle fascées, et la légende QV6RNF [urt).
0. Ville de Torgau. {Thurgowey Turgow.) — Ville et atelier monétaire des comtes de Wettin. Voyez, à l'article Wettin, les bractéates frappées à Torgau , par le comle Ulrich de Wettin, f 1206, et dont quelques-unes portent la légende COM€S
OLRICVS 0€ TVRGOW6.
p. Comtes de Wettin. — En H56, lors du partage qui suivit la mort du margrave de Misnie, Conrad le Grand de Wettin, son cinquième fils, Henri, eut le comté de Wettin. Il mourut en H81. Ses successeurs furent : Henri -j- H87; Ulrich t 1206; Henri f 1217.
A la mort de ce dernier prince, le comte Frédéric de Brena hérita de Wettin,
On ne connaît de bractéates certaines de ces comtes, que celles d'Ulrich ; les unes portent la légende : cornes Olricus de Turgowe (V. Torgau); sur les autres, on lit simplement Oudalrims avec ou sans cornes. Ces bractéates, comme celles frappées à la même époque, à Magdebourg, à Halle et en Saxe, se distinguent par leurs dimensions réduites et l'épaisseur relative du flan. Celles qui portent le nom de la ville de Torgau paraissent avoir été frappées par le comte Ulrich, comme bailli des abbesses de Quedlinbourg. Celles avec la légende Oudalricus ont été retrouvées en nombreuses variétés. Le comte Ulrich y figure généralement debout, plus rarement assis de face, en cotte de mailles, coiffé du heaume, tenant Tépée et la bannière, parfois la lance, la croix, le bouclier, etc. Beaucoup de ces bractéates sont muettes; il est alors impossible, à défaut des indications précises du lieu de découverte, de les distinguer de celles également anépigraphes de Bernard de Saxe, et d'autres princes contemporains.
On attribue aussi, mais sans grande certitude, à un des comtes Henri de Wettin, et plutôt au premier, quelques bractéates marquées des lettres H. C. O. et dans le champ.
emblèmes, la lour, la roue, Taigle impériale (à cause de la dignité de comtes palatins de Saxe), très-souvent le lion de Thuringe ; ou bien encore des lettres isolées. Au début, beaucoup de ces bractéates portent des légendes indiquant le nom du prince, ses titres et parfois aussi le nom de la ville d'Eisenach, atelier monétaire principal des landgraves. Plus tard elles deviennent muettes, ou du moins les légendes ne sont plus composées que d'une suite de lettres dépourvues de sens (pseudo-légendes).
Le principal atelier des landgraves fut, comme nous Pavons dit, la ville d'Eisenach; cependant quelques-unes de leurs monnaies furent frappées à diverses époques à Mûlhausen et même à Erfurt.
A la mort de Henri Raspe, la Thuringe échut à la maison de Misnie, alors représentée par le margrave Henri TIlluslre; la numismatique particulière des landgraves de Thuringe se termine à cette époque, pour se confondre avec celle des margraves de Misnie.
Les bractéates attribuées à Louis I" forment une belle et nombreuse série. Nous citerons tout d*abord les bractéates avec la légende tant discutée en Allemagne : LVTEGER ME FECIT* D'autres bractéates frappées vers la même époque, nous le verrons plus loin, portent aussi ce même nom de Luteger, qui n'est autre que celui d*un maître de la monnaie ou plutôt d'un graveur de coins. Sur une autre bractéate landgraviale plus moderne, on lit aussi Konrad me fecit.
Sur les bractéates de Louis V\ on lit parfois LVDVVVCVC PROLINA {promncialîs cornes)^ etc., etc.
Les bractéates de ses successeurs, Louis II, 1140-1172, et Louis III, H72-U90, sont fort nombreuses, et toujours frappées au type du landgrave chevauchant; mais elles sont très-difficiles à distinguer entre elles, parfois même d'avec celles de Louis I". Sur quelques-unes se lisent aussi les
bractéales, le landgrave est représenté à cheval. Sur quelques-unes, on lit les lettres V. H., souvent répétées plusieurs fois de suite et qu'on explique par Henricus Venerabilis.
Une Irès-rare et grande bractéate de Henri Raspe (1) porte sur ]a circonférence les quatre lettres H. E, N. R. (c'est la seule bractéate connue de ce prince qui porte une pareille légende).
b. Seigneurs, puis comtes de Clettenberg. — Ils possédaient dans le Harz des domaines importants, riches eu mines d'argent, et portaient sur leurs armes un cerf passant. A la mort du dernier comte, Frédéric, en 1279, les comtes de Hohnstein héritèrent de Clettenberg et des armes de la famille; mais la plupart des bractéates de ces derniers seigneurs ont plus probablement été frappées dans leurs ateliers d'Elbingerode ou d'EUrich, et fort peu paraissent appartenir à Clettenberg même.
On attribue aux premiers et vrais seigneurs de Clettenberg, avant 1279, une belle bractéate, publiée par Becker, et représentant un cerf poursuivi par un chien. (Cette bractéate, frappée vers 1230, avait été classée par Becker aux seigneurs de Hohnstein ou de Stolberg. Pour M. Leitzmann, elle ne peut appartenir à Stolberg, qui, d'après lui, ne portait pas encore, à cette époque, le cerf sur ses arnoies. M. Dannenberg, d'un avis contraire, penche pour l'attribution aux comtes de Stolberg.) On classe encore aux seigneurs de Clettenberg des bractéates bien plus petites où figure le cerf, tantôt seul dans le champ, tantôt enfermé dansunécu triangulaire (plusieurs variétés).
c. Ville (TEllrich. — Appartint aux comtes de Cletteii-
(i) Numismatiscfie Zeiiwig, 1836, n^ 25.
berg, dont elle était la ville principale, puis ensuite à ceux de Hohnstein.
Petites bractéates du quatorzième siècle, sur lesquelles
figurent un casque, et de chaque côté, sur la circonférence,
une corne de cerf (armes de Hohnstein), avec les lettres
A. L., ou bien un casque surmonté de deux cornes de cerf,
avec la légende €LRI.
d. Ville dErfurt {Erpesfurd. Erpisfort. Erfordia, etc.). — Capitale de la Thuringe, et de bonne heure possession des archevêques de Mayence. Ces puissants pré- Jats n'ont jamais frappé de bractéates pour Tarchevêché ixnême de Mayence et leurs possessions rhénanes, où cette ^asse de monnaies ne fut point en usage ; ils n'y ont fait :ffrapper que d'innombrables deniers à double face. Par ^contre, on connaît une longue et superbe série de bracéates émises par eux pour leurs possessions orientales ituées en. Thuringe, et principalement pour l'importante ille d'Erfurt, et pour celle de Heiligenstadt (voy. ce nom), apitale de TEichsfeld.
La ville d'Erfurt, sous la domination des archevêques e Mayence, a été non-seulement une des plus imporanles villes de la Thuringe, mais peut-être le plus conidérable atelier monétaire de tout le pays et un des plus onsidérables de toute l'Allemagne. C'est à Erfurt ou aux enirons que furent frappées les premières bractéates, et c'est e là que proviennent ces grandes et belles pièces des archeéques Henri et Arnold, qui sont parmi les plus connues t les plus caractéristiques de toutes. C'est à Erfurt aussi ue furent frappés ces innombrables /?/^nm^5-bractéates ti type de Saint-Martin mitre, avec la légende*. MARTINVS, V>Tactéates qui ont servi de type à une foule d'ateliers ecclésiastiques et seigneuriaux de Thuringe. (Voyez Ilm, Remda, Tanrode, Weissensee, etc., etc.) C'est enfin h Erfurt que se
prolongèrent le plus longtemps en Allemagne, et jusqu'au dix-septième siècle, de petites pièces unifaces, véritables bracléates, connues sous le nom de Freipfennige.
Presque toutes les bractéates frappées à Erfurt par les archevêques de Mayence, jusqu'à la fin du treizième siècle, sont belles, grandes, et d'un beau travail. Pendant toute cette période, elles portent des légendes belles et le plus souvent assez complètes, donnant les noms et le titre des prélats et les noms d'Erfurt ou de Mayence, siège de Tarchevêché.
Malheureusement la cupidité des faussaires, principalement de ceux du siècle dernier, n'a pas épargné les bractéates des archevêques de Mayence. Il existe de ces prélats un très-grand nombre de pièces fausses, souvent fort difficiles à reconnaître. Seelânder surtout, originaire d'Erfurt, a gravé et publié une foule de ces coins faux.
Les bractéates des archevêques de Mayence sont décrites dans l'ouvrage de M. de Posern-Klett, et dans celui deCappe(l).
Les archevêques, qui résidaient en général à Mayence, se faisaient représenter à Erfurt par des vice-domini ( yUzthumé)^ qui présidaient à l'émission de la monnaie épiscopale.
Voici la liste des archevêques de Mayence, dont on possède des bractéates frappées à Erfurt, et Ténumération des types principaux figurés sur ces bractéates :
Adalbertll, H38-H41.
Le prélat de face, la tête nue, vu à mi-corps ; bustes du prélat et de Saint-Martin de face. Légendes : ADCLBCR-
TVSOU MARTINVS-AD6LPRTVS, etc.
Ces bractéates sont de dimensions moyennes, très-plates, d'aspect très-archaïque ; elles constituent le véritable passage de la demi-bractéate àlabractéate, et sont frappées d'un seul
(1) BmhTBihmg det* Mainzer Mûnwi des Mittelalters, Dresde, 1856.
élevant les mains vers Saint-Martin, placé au-dessus de lui entre deux tourelles unies par une arcade qui sépare les deux personnages. Le Saint et le prélat sont ordinairement mitres; d'autres fois, ils paraissent la tête nue. La richesse d'ornementation et la finesse de détails de quelques-unes de ces bractéates sont extrêmes. Leurs variétés sont fort nombreuses et toutes d'un beau travail.
La légende, diversement figurée, est le plus généralement HEINRICVS. €RP€SFORDl. Rarement complète, elle est le plus ordinairement abrégée et légèrement incorrecte. II existe quelques >ares demi-pfennigs au même type.
On attribue également à l'archevêque Henri une série de demi-bractéates frappées très-probablement à Heiligenstadl. (V. Heiligenstadt.)
Arnold, H53-H60. (PI. IV, n° 49.)
Légende : ARNOLDVS ARCHI€PISC., etc., etc. — Nombreuses erreurs d'orthographe et transpositions de lettres. Parfois MA, initiales de Mkguntiœ. — Belles et grandes bractéates représentant généralement l'archevêque assis ou debout, quelquefois vu à mi-corps.
On admire sur ces bractéates, comme sur celles du prélat précédent, la beauté et la netteté des lettres de la légende, la richesse d'ornementation et de détails, tant du costunae que des parties accessoires, décors architecturaux, sièges ornés de têtes de chiens, cercles diversement ornés et séparant le champ de la circonférence, etc. Seelâuder a publié des bractéates très-probablement fausses de cet archevêque. Ici, comme toujours, l'attention est éveillée par la présence de légendes trop parfaites et trop complètes, telles que :
ARNOLDVS DI GRA MAGVNCI€ ARCHIEPISCOPVS.
Conrad, comte de Wittelsbach, 1162-H64, et de nouveau H83-1200.
Légendes : €PSCOPVS CVNRADVS IN €RFVRDIA. —
lue définitivement, SANC-S MAR-TINVS COVES, avec les mois suivants écrits sur l'arcade transversale : CRISTANVS ARCHTp. D'après M. Grote, il faut lire dans l'ordre suivant :
CHRISTANVS ARCHTRCOVES SANCTVS MARTINVS.
Sur une seconde variété de bractéates non moins belles, on lit la légende non moins controversée : SC-S MARTINVS MOGVNCI€ DOMINVS, et sur l'arcade transversale les mots : €RP.AR'€P'COP' [Erpesfurdiœ archiepiscopus ; telle est du moins la lecture donnée par Cappe). Il existe de nombreux exemplaires de cette dernière bractéate, et souvent on a cru y lire les lettres du mot CRISTIAM, peut-être arrangées par Seelànder , qui aurait transformé €RP-AR' en CRI' AN.
Pour M* Grote, toutes ces bractéates de la seconde variété sont fausses, et probablement fabriquées par Seelànder, d'après un exemplaire authentique différent et perdu aujourd'hui; en tout cas, elles sont fort douteuses. D'après le même auteur, MOguntia ne se trouverait guère que sur des bractéates fausses, et fAAgtmiia exclusivement sur des exemplaires authentiques ; enfin dommus Moguntiœ est par trop extraordinaire, surtout sur une monnaie frappée à Erfurt.
Les types qui paraissent encore sur les bractéates de l'archevêque Christian sont : le prélat assis; — le prélat et Saint- Martin assis; — le buste de Saint-Martin de face, au-dessus de celui du prélat placé de profil. — Légendes : S MARTINVS CRISTANVS ART€P€N, etc. Parfois Saint-Martin figure à mi-corps, coupant son manteau et le donnant à un mendiant couché au-dessous de lui; à sa gauche, on aperçoit le buste du prélat.
Les variétés des bractéates de cet archevêque sont fort nombreuses.
Lupold de Schônfeld en compétition avec Siegfried II d'Eppstein, 1200-1208.
Sous ce prélat, la monnaie archiépiscopale fut afTermée par le conseil de la \ille d'Erfurt, de 1341 à 1345. On attribue à son règne de nombreuses petites bractéates avec la légende MARTINYS, plus ou moins modifiée ou abrégée. Dans le champ, on aperçoit tantôt la tète du prélat, au-dessus de l'écu aux armes de Wirnebourg, tantôt le prélat seul et assis.
Plusieurs autres petites bractéates, d'aspect identique, n'ont probablement été frappées que dans la seconde moitié du quatorzième siècle. On y retrouve la même légende entourant des types variés : un écusson portant la roue à six rayons, deux roues, deux demi-roues, une tête d'évéque de face, deux crosses en pal, etc., etc.
Depuis la seconde moitié du treizième siècle, la ville d'Erfurt afferma du reste fréquemment la monnaie archiépiscopale, pour des espaces de temps variables, mais de plus en plus prolongés.
Les pfennigs d'Erfurt se frappaient une fois Tan, le jour de Saint- Jacques, et, ce jour-là, tous ceux de Tannée précédente, dont personne ne pouvait plus se servir sans encourir des peines sévères, devaient être refondus.
Les bourgeois, lésés par le continuel appauvrissement du titre de la monnaie annuelle , appauvrissement qui était au contraire une source de richesse pour les archevêques, conclurent avec ceux-ci de fréquentes conventions, portant que les prélats ne pourraient plus changer leur monnaie, pendant trois, pendant dix ans, etc., parfois même pendant toute la durée de leur règne.
La situation avantageuse d*Erfurt, son commerce étendu, en firent bientôt, nous Tavons vu, la première cité du pays; à chaque instant, dans les documents, même de localités et de contrées fort éloignées, on voit employer les expressions de poids d'Erfurt, argent d*Erfurt, etc.; il est même à peu près certain que les habiles ouvriers d'Erfurt fabri-
formes portant les armes de la ville, la roue et les trois pals, ou bien la roue seule, avec la légende 6RFORD.
Des bractéates impériales, des bractéates des landgraves de Thuringe, ont également été frappées à Erfurt.
Une longue série de petites bractéates d'Erfurt sont connues sous le nom de Freipfennige (pi. V, 59). Sous l'archevêque Adalbert, fut, en effet, créé un impôt particulier, connu sous le nom de Frdzins (impôt de libération). Cet impôt annuel et héréditaire, payé par les anciens tenanciers des terres archiépiscopales, devenus propriétaires à cette condition, se soldait au début en monnaie courante ; mais peu à peu, par suite de la dépréciation constante de celle-ci, les archevêques, craignant de voir par trop diminuer le revenu de cet impôt, créèrent pour son paiement une monnaie particulière qui, d'après le nom de la taxe, prit celui de Freipfennige {pfennigs de libération). Ces pfennigs dont l'émission se faisait chaque année dans certaines conditions spéciales , furent frappés par les archevêques à Heiligenstadt et à Erfurt, et persistèrent si longtemps, qu'on les retrouve encore à Erfurt , dans la seconde moitié du dix-septième siècle, en 1660. Les Freipfennige^ tels qu'ils sont publiés dans l'ouvrage de M. de Posern-Klelt, sont de petites bractéates soigneusement fabriquées, d'apparence uniforme, sur lesquelles figurent la roue, la crosse et la mitre archiépiscopales.
On en connaît une foule de variétés; sur toutes figure l'invariable légende MARTINI.
e. Ville de Heiligenstadt. — Cette ville, capitale de l'Eichsfeld (Haute-Saxe), était une possession des archevêques de Mayence, qui, au moyen âge, frappaient monnaie dans près de vingt-cinq ateliers monétaires. Quant aux prétendus abbés de Heiligenstadt, dont on a par erreur décrit des bractéates, ils n'ont jamais existé que dans l'imagi-
nation de quelgues numismatites ou de quelques faussaires.
Au douzième siècle, apparaissent les premières traces de Talelier monétaire que les archevêques de Mayence établirent à Heiligenstadt. On s'accorde à regarder comme frappées dans cette ville une série de demi-bractéates (pi. VIII, 102) selon toute apparence émises par divers archevêques de Mayence, dont quelques-uns sont nommés sur ces mon-* naies; ce sont : Henri II, 1142-1153, et surtout Conrad I, 1162-1200. — Pour M. Leitzmann, celles qui portent le nom de ce dernier prélat auraient plutôt été frappées à Aschaffenburg, autre atelier monétaire des archevêques de Mayence. Une partie de ces demi-bracléates sont encore par erreur attribuées à Goslar. (Y. aussi ce que nous en disons à Tarticle Worms.)
Sur une des faces de ces monnaies, figure le buste de l'archevêque mitre, avec la crosse et les évangiles ou la croix; quelquefois à ses côtés on aperçoit le buste de Saint-Martin. Sur l'autre face se voit toujours une croix, cantonnée des emblèmes les plus divers, parmi lesquels figure souvent la roue. On lit sur beaucoup d'entre elles le nom de Ct/onradus; souvent l'inscription n'a par contre aucun sens. Leur mode de fabrication les rendant presque toutes entièrement indistinctes, il est toujours nécessaire d'en examiner plu-^ sieurs pour parvenir à compléter une seule légende.
Plus tard ici aussi, mais cependant plus tard que presque partout ailleurs , les demi-bractéates furent abandonnées pour les bractéates véritables. Celles-ci ont été très-positivement émises à Heiligenstadt par les archevêques de Mayence, sans que cependant une seule d'entre elles soit parvenue jusqu'à nous portant le nom de cet atelier monétaire.
On en est donc réduit aux conjectures, et comme, en 1227, Heiligenstadt obtint les franchises municipales et un sceau particulier, sur lequel figurait Saint-Martin en costume
épiscopal, à cheval, avec la bannière et Técju aux armes de rarchevêclîé, on s'accorde à reconnatlre comme fabriquées dans cette ville de grandes bracléates muettes frappées exactement au même type (v. Erfurt et pi. VI, 70).
Plus tard, les archevêques firent à diverses reprises fabriquer leurs Freipfennige à Heiligenstadt, qui n'a jamais frappé de monnaie pour son compte particulier.
f. Ville de Mûlhausen. — Les bractéates de cet atelier ont été décrites par M. de Posern-KIett.
Mûlhausen fut, au douzième et au treizième siècle, une des plus importantes villes de l'Empire et un des principaux ateliers monétaires des empereurs.
Sous Frédéric I", H 55-1190, Mûlhausen avait déjà un atelier monétaire impérial. C'est laque furent frappées les grandes et belles bractéates, extraordinairement minces, sur lesquelles ce prince figure chevauchant, avec celte légende si complète : « Fridericus Imperator Mulehusigensis dena-rius ». Le type du cavalier se perpétua longtemps dans l'atelier de la ville, et l'empereur à cheval figure constamment sur les grandes bractéates impériales souvent fort belles de Mûlhausen, depuis Frédéric l" jusqu'à la fin du treizième siècle (pi. III, 37).
Il faut se garder cependant d'attribuer à Mûlhausen toutes les bractéates au type d'un prince chevauchant, car les landgraves de Thuringe, principalement, ont longtemps frappé monnaie à ce type, ainsi que d'autres seigneurs et comtes de la même région. Et comme, au treizième siècle, les légendes deviennent de plus en plus indéchifiTrables et surtout de plus en plus rares, on comprend combien il est souvent difficile de distinguer entre elles des bractéates d'un type très- uniforme. C'est ainsi qu'autrefois toute bractéate muette représentant un seigneur à cheval, pour peu qu'il portât une couronne ,, était attribuée invariablement à
Mûlhausen, et presque toujours à l'ancien landgrave de Thuringe, Henri Raspe, qui se fit proclamer roi des Romains, et battit à ce titre monnaie à Erfurt. On ne songeait pas à examiner si toutes ces monnaies, par leur travail et leur fabrique^ appartenaient bien à une seule et même époque. Qu'Henri Raspe se soit fait représenter sur ces bractéates avec les insignes de sa nouvelle dignité, ceci parait évident; mais Tatelier de Mùlhausen se servit du type du cavalier bien avant lui, dès Frédéric 1*', et il est au contraire probable que fort peu de ces bractéates appartiennent au dernier landgrave de Thuringe. La plupart de celles qui sont anépigraphes, et sur lesquelles le cavalier porte la couronne impériale, paraissent en effet avoir été frappées sous d'autres empereurs, surtout jusqu'à la fin de la lutte entre Philippe et Otton IV, sans préjudice de celles, probablement fort nombreuses, qui furent frappées par les seigneurs voisins, imitant la monnaie impériale et n'enlevant pas toujours la couronne pour la remplacer par une simple coiffure seigneuriale. Ce dernier cas fut cependant le plus fréquent, et c'est ce qui permet aujourd'hui de distinguer bien des bractéates impériales des bractéates des landgraves ou d'autres seigneurs.
Un document de 1290 nous apprend que les seigneurs de Schlotheim, non contents de monnayer au type du cavalier de Mùlhausen, pour rendre l'imitation plus parfaite, supprimèrent sur l'écu du cavalier leurs armes personnelles pour y mettre l'aigle de l'empire, et firent figurer derrière le cavalier l'anille de la ville de Mùlhausen.
Un grand nombre de ces bractéates de Mùlhausen portent des pseudo-légendes; quelques-unes paraissent devoir être a.ltribuées à l'empereur Henri VI ; les autres out été frappées par Frédéric 1", mais surtout par Philippe et Otton IV. beaucoup doivent rester incertaines, particulièrement entre t^hilippe et Otton. Parfois les noms de ces empereurs figurent
dans les légendes^ ou du moins se retrouvent facilement dans la longue série des lettres placées pêle-mêle à la suite les unes des autres. Le cavalier impérial est toujours représenté de la même manière, couronné, portant la bannière et le bouclier.
Ces bractéates sont presque toujours grandes, minces; pendant longtemps elles se conservèrent d'un beau travail. Leurs dimensions dimmuent à mesure qu'elles deviennent plus modernes. Derrière le cavalier figurent le globe impérial, une fleur de lis, un château, des tours, une aigle, etc.
Sur une de ces bractéates où le seigneur figure avec la couronne impériale, on lit distinctement le nom d'Hermann. Il est probable que cette pièce fut frappée à Mûlhausen, par le landgrave Hermann de Thuringe, à l'époque où ce prince fut en possession de cette ville, pendant la lutte entre les deux compétiteurs au trône impérial, Philippe et Otton IV. Le landgrave reçut de ce dernier, en H98, les villes de Mûlhausen et Nordhausen, etc., mais les reperdit bientôt après. 11 est probable que plusieurs bractéates incertaines, au type du cavalier couronné, ont aussi été frappées à Mûlhausen par le même landgrave.
Sous Frédéric 11, on ne retrouve presque plus pour légendes que des lettres isolées, sur des bractéates de dimensions beaucoup moindres, d'un travail de plus en plus négligé. Ce sont les monnaies de cette époque dont Tétude est entourée des plus grandes difficultés, et il est impossible d'affirmer que toutes ces bractéates muettes aient bien été frappées à Mûlhausen.
Nous avons déjà parlé des bractéates au cavalier qu'on attribue à Henri Raspe; sur Tune, classée par Cappe au règne de ce prince, on lit : HAHRICHVS. On attribue à l'empereur Adolphe de Nassau, 1292-1298, ou bien peut-être à son successeur, Albert d'Autriche, des bractéates au type du cavalier, portant sur leur bord, large, uni et plat^ les
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initiales A . A ; derrière le cavalier figurent une roue , Tanille, etc., etc. (pi. V, 80).
Quelques grandes bractéates impériales , au type du cavalier couronné et sur lesquelles figure un poisson, ont été frappées probablement dans l'atelier impérial de Saalfeld.
Au commencement du quatorzième siècle, le type du cavalier couronné fut abandonné à Mûlbausen , et sur les petites bractéates de celte époque figurent l'anille (pi. IV, 46) ou Taigle de l'empire ; celle-ci ne paraît jamais en entier, on n'en voit que la moitié supérieure ou seulement les ailes.
g. Vilk et abbaye de Nordhausen. — Jusqu'en 1220, Nordhausen fut sous la domination du couvent des Bénédictines de Sainte-Croix, fondé par Mathilde, femme de l'empereur Henri I•^ En 1220, Frédéric II éleva Nordhausen au rang de ville impériale.
On possède de belles et rares bractéates de la deuxième moitié du douzième siècle, frappées par les abbesses de Nordhausen, dont les noms suivent : Cécile, Judith (?), Bertha, ËdM^ige. Toutes ces bractéates se distinguent par la présence de la croix généralement de grandes proportions, qui y figure en commémoration du nom de Sainte-Croix porté par le couvent.
Voici les légendes les plus distinctes :
C6CILIA ABBA, etc.
se. S. €VSADCHIVS (Saint-Eustache, patron du couvent)
B€RT-H-A ABBATISS.
MADVVICA(E) NRTISSA-ANN-NROTNSADI (légende écrite à rebours).
L'abbesse est figurée en général de profil (disposition rai'e ^t curieuse, qu'on ne rencontre guère à cette époque que Sur des bractéates de Jakzâ), assise ou vue à mi-corps^ tenant un anneau; à côté d'elle se voit une grande croix
élevée sur un piédestal; d*autres fois Tabbesse est assise un livre à la main, devant un pupitre auprès duquel se voit encore la croix. Parfois elle est simplement assise de face ou vue à mi-corps. D'autres fois enfin, on aperçoit un personnage féminin nimbé et de face, tenant la palme et la croix (Sainte-Malhilde?); — deux personnages féminins assis (l'abbesseet la vierge Marie?), entre elles Saint-Ëustache agenouillé; — Saint-Eustache portant une croix, debout aux côtés de l'abbesse qui élève les deux mains vers le ciel.
Sur quelques-unes de ces bractéates des abbesses de Nordhausen, on signale une disposition curieuse de Tempreinte, dont nous avons déjà parlé, et qui se retrouve sur certaines bractéates très - anciennes des archevêques de Mayence, frappées à Erfurt.
Nordhausen devint ville impériale en 1220, mais l'empereur Frédéric II se réserva la jouissance de Tatelier monétaire, qui fut souvent dans la suite donné à ferme par ses successeurs à divers personnages, notamment aux comtes de Hohnstein. Beaucoup plus tard la monnaie de Nordhausen passa aux landgraves de Thuringe.
On connaît une série de grandes bractéates impériales, singulièrement minces et d'un aspect très -uniforme, qui ont été frappées très-probablement dans l'atelier de cette ville, surtout vers la fin du treizième siècle (pi, V, 53). Elles portent dans le champ deux personnages assis, presque toujours couronnés, et ne se distinguent les unes des autres que par quelques variations dans la disposition de ces personnages, et par des emblèmes divers, figurés sur leur bord plat, large et mince, souvent séparé du champ par deux gros cercles perlés d'un aspect caractéristique. Les emblèmes sont tantôt les cinq lettres NORTH, tantôt quatre aigles, deux écus portant l'échiquier des comtes de Hohnstein (pi. V, 54), un cerf et un A, ou bien encore de simples lettres, des rosettes, des points ; quelquefois le bord est absolument
vide. La légende NORTH, et les aigles indiquent évidemment Tatelier impérial de Nordhausen. Quant à Téchiquier et au cerf qui rappellent tous deux les armes de Hohnstein, ils marquent les monnaies frappées par les seigneurs de ce nom, soit pendant leur possession intérimaire de Tatelier monétaire de Nordhausen, soit plutôt dans leur propre ville d'Ellrich, voisine de Nordhausen, où, pour faciliter les transactions entre deux cités si rapprochées, ils imitèrent le plus possible les bractéates de Tatelier impérial. Quelques l3ractéates identiques, fort rares, marquées sur les côtés des armes de Hohnstein, échiquier ou bois et cerf, ne portent c]u*un seul personnage couronné au lieu de deux; elles ont probablement été frappées à Ellrich ou à Greussen, ^iteliers principaux des comtes de Hohnstein. Une bractéate fort rare montre, dans un double cercle perlé, un écu rné de deux cornes de buffle et portant une fasce avec a légende placée sur le bord intérieur NORTH.
Les deux personnages couronnés sont généralement sépaespar une tourelle surmontée d'une croix qui rappelle celle es bractéates abbatiales. Au début, ces deux personnages eprésentaienl l'empereur Frédéric II et son fils Henri VI ; uis, en se perpétuant, ils devinrent le type consacré, Temlème constant de Tatelier impérial de Nordhausen. Plus z>n avance, plus le style de ces bractéates devient grossier; es traits sont peu à peu remplacés par des lignes de gros oints qui finissent par envahir tout le champ. On n'y distinue plus que difficilement alors les effigies des deux per- ^sonnages, composées d'une série de points; souvent même lies se trouvent transformées, par une corruption insenible, en un assemblage de quatre tètes humaines opposées t séparées par deux corps, figurés eux-mêmes par un cercle c3e points ou de rayons.
Au quatorzième siècle, les bractéates de Nordhausen se transforment, elles deviennent beaucoup plus petites, plus
épaisses, et à la place des personnages couronnés on voit apparaître les types suivants: une tète couronnée, une aigle, une moitié d'aigle et une couronne, deux tètes d'aigle sous une couronne avec la légende NORT.
h. Ville et seigneurie de Salza ou Langensalza. — Bractéates frappées dans cette ville, par les seigneurs de Salza, avec ia légende SAL-ZA.
Types imités des bractéates de Saint-Martin, frappées à Erfurt. Le seigneur assis de face, tenant parfois une épée et une corne de bélier (armes des seigneurs de Salza), ou bleu un écu portant la même corne de bélier, ou un H gothique ; sur la circonférence deux M et deux cornes de bélier.
En 1397, Langensalza fut vendu par les seigneurs de Salza aux archevêques de Mayence, et passa peu après aux margraves de Misnie. Quelques bractéates portant la roue de Mayence, qui figure sous un édifice à tourelles, paraissent appartenir à l'époque de la souveraineté des archevêques sur Langensalza.
i. Seigneurs de Trefurt. — Leurs domaines étaient voisins de la ville de Mûlhausen; ils comptaient parmi les plus puissants seigneurs de la contrée.
On leur a attribué des bractéates du treizième siècle, au type thuringien du seigneur assis de face, tenant à la main différents emblèmes^ et frappées à l'imitation des pfennigs de Saint-Martin d'Erfurt. Cette attribution est douteuse. H serait peut-être plus exact de classer aux seigneurs de Trefurt de grandes bractéates muettes, longtemps attribuées, faute de mieux, à Erfurt, et qui dans un cercle grossièrement perlé, unique ou double, portent, tantôt une roue dgnt les rayons ont la forme de feuilles allongées, tantôt un sei-» gneur à grands cheveux bouclés, tenant de chaque main une l'eue * Sur les sceaux de ces seigneurs parait, en effets une
grande roue à huit rayons, figurés en forme de feuilles allongées.
j. Seigneurs de Vargula ou Varila. — Célèbres, dans l'histoire des landgraves de Thuringe, sous le nom d'échansons de Vargula, ces puissants seigneurs paraisseat avoir frappé de nombreuses bractéales. Une seule nous est restée qui puisse leur être attribuée avec quelque certitude. Elle appartient à la seconde moitié du treizième siècle. C'est toujours le même type thuringien, copié sur les pfennigs de Saint- Itfartin d'Erfurt, représentant un seigneur à chevelure bouclée, assis, tenant un écu aux armes de Vargula, qui étaient quatre bandes.
k. Ville de Weissensee. — Cette ville, située au cœur de la Thuringe, n'a jamais possédé en propre le droit de frap-^ »er monnaie. Ce fut un des ateliers des landgraves de Thuringe, puis de leurs successeurs, les margraves de Mislie. Aucune ville n'a frappé un plus grand nombre de ^ractéates à l'imitation des types voisins; aucun atelier n'est un exemple plus éloquent de l'impossibilité de classer avec cer-titude une bractéate, à telle ou telle localité, d'après la seule inspection du type ou des emblèmes héraldiques. On retrouve, m effet, sur les nombreuses bractéates si servilement imitées par l'atelier de Weissensee : tantôt le personnage seigneurial assis de face, couronné ou tête-nue, à l'imita-^ lion du type de Saint-Martin d'Erfurt, tenant une fleur de lis, un rameau, une tour, etc.; tantôt les poissons de Weisasensee< parfois figurés sur deux écus; puis les deux personnages couronnés de Nordhausen, le cavalier à casque cou- :ronné de Millhausen, les deux lions dressés de la Hesse, de Marburg, etc., etc. Sur des bractéates plus petites, on Retrouve le baron thuringien assis de face, vu à mi-corps dans «dix positions différentes, la tête mitrée de face d'Er-*
furt, la têle de maure de profil de Coburg et de Gotha, la fleur de lis, la roue d'Erfurt, le lion couronné de Schwarzbourg et d'Arnstadl, le casque de Thuringe avec les deux cornes de buffle, celui de Misnie, etc., etc.
La légende WIZ€NS€ ou WISS€N permet en général de classer facilement toutes ces bractéates de types si variés, dont nous n'avons énuméré cependant que les principaux. La même légende figure encore sur de nombreuses bractéales, frappées cette fois aux armes mêmes de Weissensee (deux poissons adossés en pal) et permet de les distinguer des bractéates de Wernigerode, de Stolberg, etc., portant les mêmes armes.