C. PROVINCE DE POMÉRANIE
Les bractéates frappées en Poméranie sont, à bien peu
d'exceptions près, fort petites, comme, du reste, toutes les
bractéates du nord de TAllemagne. La plupart d'entre elles
sont muettes, et, par conséquent, le nombre de celles qui
sont indéterminées, est fort grand. Elles portent presque
toutes les emblèmes ou les armes de leur atelier monétaire,
et c'est la connaissance de ces armes qui a permis d'en
classer un certain nombre. Ce seront les seules dont nous
nous occuperons ici. Quoique beaucoup d'entre elles soient
d'époque relativement moderne, et rentrent plutôt dans la
classe des hohlpfennige, nous les énumérerons rapidement.
Les monnaies de Poméranie ont été étudiées avec grand
soin par M. Dannenberg dans la revue numismatique de
Berlin {Berliner Blàtter fur Mùnzkunde). Ce travail a été
'T^éimprimé ^séparément à Berlin, en 1864.
a. Ducs de Poméranie. — La bractéate décrite par Becker
^t attribuée par lui à Yratislas III, duc de Poméranie, est
^ rèS'probablement fausse. Celle attribuée également à un
"Yratislas, par Vossberg et de Kôhne, appartient à Breslau
( voyez Breslau). Quant à la belle et grande bractéale attri-
uée au prétendu duc Sobieslas I" (1150-1187), et qui
orte la légende DVX EVAE ou SVAE SOBELAVS, elle ne
;^eut appartenir à la Poméranie, et^ dans l'opinion de
^^. Dannenberg, elle serait fausse (voyez cependant aux
l^ractéates de Bohême). Pour cet auteur on peut jusqu'ici
attribuer avec quelque certitude aux ducs de Poméranie
xine seule bractéate, représentant le duc armé d'un bou-
clier sur lequel figure le griffon, emblème de la Poméranie; peut-être aussi d'autres bractéales muettes du commencement du treizième siècle, représentant un prince debout, avec l'épée, le sceptre ou la croix et la bannière, et se rapprochant beaucoup, par leur fabrique, des bractéates de Jaromar, seigneur de Rûgen.
Une foule de petits pfennigs à double face, frappés en Poméranie aux quatorzième et quinzième siècles, ont été fabriqués avec tant de négligence qu'ils ne portent la plupart du temps qu'une seule empreinte, mais ce ne sont nullement pour cela des bractéates véritables.
b. Évêché de Camin. — On attribue à cet évêché un certain nombre de bractéates, mais il est fort douteux qu'elles lui appartiennent véritablement. Quelques-unes d'entre elles, à l'effigie de Saint-Pierre, portent le nom d'un évêque Sigismond (1202-1219), mais le patron de l'évêché était Saint- Jean et non Saint-Pierre. Il faut donc plutôt chercher ailleurs la patrie de ces bractéates.
c. Seigneurs de Rûgen. — Jaromar I**^ (121 SX fondateur de Straisund, vers 1216, ou Jaromar II (1241-1260); bractéates portant une croix et la légende f IAROMAR6 entre deux cercles en relief, — ou bien la même croix sans légende. Ces bractéates sont de petile dimension et très* épaisses.
d. Ville dÂnklam (autrefois Tanglim). — Petites bractéates muettes, marquées d'un rayon, emblème de cette ville, qu'elle emprunta à celle de Straisund. Il est donc impossible de distinguer les bractéates de ces deux villes^ qui portent toutes deux le même type, sauf cependant celles qui sont marquées, en outre, d'un T, initiale de Tanglim, et qui appartiennent bien positivement à Anklam.
e. Ville (le Colherg. — Petites bracléales muettes, portant une mitre à*simple ou double pointe, seule ou avec deux crosses d'évêque placées en croix. Pour certains numismatistes, ce ne seraient point des crosses d'évêque, mais bien des instruments ou crocs de sauniers {pfannhaken)^ instruments destinés à nettoyer les chaudières des salines, et faisant allusion à celles de Golberg.
f. Ville de Demmin. — Petites bractéates portant une fleur de lis (diverses variétés); sur les plus anciennes, frappées vers 1250, la fleur de lis est placée sous la porte de la ville. Parfois une bannière figure à côté de la fleur de lis,
g. Ville de Garz-sur-tOder. — Très-anciennes bractéates avec le griffon poméranien, bondissant à gauche, entre deux tourelles, au-dessus de la feuille d'ortie (armes de la ville de Garz). Cette bractéate, plus grande que le type ordinaire de Poméranie, est probablement seigneuriale (comtes ou ducs de Poméranie), et non municipale.
On attribue à Garz, mais sans certitude, de petites bractéates portant la feuille d'ortie.
h. Ville de Gollnow. — Petites bractéates portant les armes de la ville, deux croissants et quatre étoiles; les étoiles manquent ordinairement; quelquefois on ne voit qu'un croissant et une étoile, etc., etc.
i. Ville de Greifswald. — Petites bractéates portant une tête couronnée de face, attribuées pendant longtemps au Danemark, et toutes pareilles à celles de la ville de Kônigsberg-in-der-Neumark. 11 est probable que toutes ces bractéates appartiennent à Greifsv^ald. On possède encore, aux archives de cette ville, un coin ayant servi à frapper des bractéates à ce type (pi. II, n"* 20).
j. Ville de Pasewalk, — Petites bractéâtes portant une serre d'oiseau.
k. Ville de Pyritz. — Petites bractéâtes portant une rose à cinq ou six feuilles (armes de la ville).
I. Ville de Siargard. — Petites bractéâtes : sous une grande porte de ville, surmontée d'une tour, une étoile, et de chaque côté une autre étoile (vers 1250); bractéâtes plutôt seigneuriales que municipales. Petites bractéâtes plus modernes, marquées d'une étoile seulement ou d'une croix cantonnée d'étoiles (nombreuses variétés).
m. Ville de Steitin. — Tête de grififon couronné (armes de la ville).
n. Ville de Stralsund. — Nombreuses petites bractéâtes, jusque vers la fin du quinzième siècle, presque toujours portant le rayon (armes parlantes de la ville; strahly rayon), accompagné ou non d'une banderole ou pavillon ; d'autres fois la banderole seule, avec ou sans rayon à la pointe, ou la banderole portant un S. Enfin parfois la bractéate porte simplement un grand 6 gothique avec un bord rayonné.
0. Ville d'Usedom. — Petites bractéâtes, portant un casque orné de quatre ou cinq plumes de paon.
p. Ville de Wolgast. — Petites bractéâtes : une, deux ou trois clefs ; clef et tête d'évêque ; deux clefs et fleur de lis , etc. Peut-être seraient-ce plutôt des bractéâtes épiscopales de Brème.
Beaucoup de bractéâtes de fabrique poméranienne sont
implement marquées d'une grande initiale, indiquant proablement Tannée de rémission.
Une foule de petites bractéates muettes, portant soit un riffon entier, soit la tète ou la partie antérieure d*un riffon, sont évidemment d'origine poméranienne (le griffon
^^était l'arme de Poméranie), mais pour le moment une attrilution plus précise de ces bractéates est impossible.
Beaucoup d'autres bractéates poméraniennes, muettes et indéterminées, portent des crosses, des tourelles, des couronnes, des portes, des calices, des bâtons de pèlerins, des airbres, des rosettes, des lions, des chevaux, des cornes de l)élier ou de cerf^ des aigles, des roues de moulin, etc., etc.
D. PROVINCE DE PRUSSE. (PI. ï , m- 6 et 7.)
L'ordre Teutonique, maître de toute cette contrée au moyen âge, y frappait monnaie dans une foule .d'ateliers, <dont les principaux sont encore actuellement les premières villes de la province.
Les grands-maîtres ont fait frapper de nombreuses petites bractéates (pi. I, n""* 6 et 7). Elles paraissent avoir été émises surtout pendant le cours du quatorzième siècle. Leurs petites dimensions et leur titre médiocre empêchent, au premier abord, de les classer aussi au treizième siècle, époque à laquelle les bractéates, en Allemagne, étaient encore relativement grandes et d'un titre plus élevé. Cependant, jusqu'au règne du grand-maltre Winrich de Kniprode (1351-1382)9 il ne semble pas qu'en Prusse, en Livonie, et dans toutes les provinces possédées par Tordre, il y ait eu d'autres monnaies en circulation que ces petits pfennigs. Après 1350, leur fabrication continua longtemps encore^ presque jusqu'à la chute de l'ordre, et les plus modernes de ces petites bractéates rentrent absolument dans la classe
des pfennigs unifaces, plus particulièrement noromés hohlpfennige par les numismatistes allemands.
De même qu'il est impossible de préciser la date de la première émission des petites bractéates de Tordre, ou de dire exactement quand elles cessèrent de paraître, de même il est presque inutile de chercher à les attribuer à tel ou tel grand-maître, à tel ou tel atelier monétaire de Tordre, comme Culm, Thorn, Dantzick, Kônigsberg, Elbing, Memel ou même Marienbourg, si longtemps la résidence des grands-maîtres. Bien plus, comme les évêques du pays possédaient le privilège de battre monnaie, et que quelquesuns d'entre eux semblent avoir usé de ce droit, il se pourrait fort bien qu'une portion de ces bractéates leur appartiennent. Enfin, il est également impossible de décider si ces bractéates ont toutes été frappées en Prusse, ou bien aussi en Livonie, et Ton ne sait à quels signes distinguer les monnaies de chacune de ces provinces. On sait seulement que Timmense majorité de ces petites bractéates, si semblables entre elles, qu'on retrouve encore très-fréquemment en Prusse, ont bien été frappées par les grands-maîtres de Tordre Teutonique ; toutes, du moins, sont marquées aux insignes de Tordre. Il se peut, du reste, que cette diversité possible d'attributions que nous venons de signaler, soit en partie la cause de Textrême variété qu'il est facile de constater dans la disposition des types [figurant sur ces bractéates. Il est évident, en effet, qu'on s'est évertué à les distinguer les unes des autres, par des signes divers, feuilles de trèfle, croix et croisettes de toutes espèces, étoiles, points, etc., placés dans une foule de positions différentes.
Il n'en est pas moins indispensable d'insister sur Taspect général si uniforme de ces petites bractéates ; celte uniformité constitue même un de leurs caractères les plus importants. Elles sont toutes de petites dimensions très-
tant la double croix des Jagellons (bractéates probable ment frappées à Thom); croix de l'ordre placée dans 1 champ de la bractéate et cantonnée de signes difiPérentiel divers, besants, croisettes, etc. (nombreuses variétés de ces bractéates peut-être épiscopales) ; croix surmontant un croissant (armes de Memel, bractéates peut-être frappées dans Talelier épiscopal de cette ville); porte de ville plus ou moins grossièrement représentée; dans la porte, croix de Tordre ou besant; figures rappelant, par leur forme, une porte, une barrière, etc. ; couronne surmontée d'une croix (Kônigsberg) ; carré en forme de D, terminé en haut et à droite par deux croisettes ou deux feuilles de trèfle (Dantzick); bannière ornée d'une étoile ou d'une croisette; étoile et croix; clef entre deux étoiles; un D ou unC gothiques (Conrad?); un B gothique (Berchthold?).
Ces petites bractéates constituèrent, nous l'avons dit, à une certaine époque, la seule monnaie en circulation dans la province de Prusse et dans les autres possessions de Tordre. Il fallait 720 de ces pfennigs pour faire un marc, et 12 pour faire un schilling. Us devaient être renouvelés tous les dix ans. En 1370, on commença à frapper des gros qui valaient seize pfennigs.
On attribue à la ville de Schlochau de petites bractéates, portant une tête de chèvre.
i\ PROVINCE DE POSEiN.
L'histoire numismatique de cette province appartient plutôt à la Pologne. On classe à l'archevêché de Gnesen des bractéates polonaises avec la légende Adalbertus, entou* rant une tête de Saint. C'est une attribution fort douteuse, ainsi que celle d'autres bractéates, appartenant peut-être à la ville de Krôben.
m ré I
' / Les ateliers de la province de Posen furent, en général
"""es ateliers royaux polonais.