‹ Des Calcaneites InfectieusesChapitre 5 sur 28 · PEUT · texte numérisé non relu

PEUT

que Ja totalité de la moitié du poids du corps, l’expose

à subir des chocs et des contusions répétées, et que par suite, en vertu de cette loi pathologique qu’un tissu» qu’un organe traumatisé devient le siège de prédilection des lésions inflammatoires, il est à supposer que le calcanéum ne fait pas exception à la règle et a, par conséquent, le triste privilège d'attirer et de fixer chez lui les microbes infectieux.

Cette conception est rationnelle quoique discutable, tout au plus faut-il y voir simplement une cause occasionnelle. Si l’on réfléchit, d'autre part, que pour les os longs l'infection ostéomyélitique débute le plus souvent, pour ne pas dire toujours, dans ces portions osseuses, nommées « juxta-épiphysaires» par Ollier, « bulbes des os » par Lannelongue, n'est-il pas permis de supposer à priori, en vertu de cette unité de cause réclamée par Hutchinson pour les mêmes lésions, que si le calcanéum est le seul des os du tarse frappé par des accidents infectieux, c’est qu’il est le seul os court ressemblant le plus aux os longs.

C’est là, en effet, ce que le développement anatomique de cet os nous apprend. « À la naissance, nous disent Rambaud et Renault, le calcanéum possède un point osseux ayant environ 12 "/" de longueur, occupant la partie moyenne et inférieure de l'organe. Sa face externe et quadrilatère est légèrement convexe, ses faces supérieure et inférieure offrent des concavités : qui doivent engendrer les dépressions de l'os adulte. Ce point qui a une face libre est revêtu d’une lame compacte sur cette masse. De 9 à 10 ans, le calcanéum

présente en arrière une sorte de calotte cartilagineuse,

épaisse sur certains points de 3-4", En avant, il offre également un revêtement cartilagineux. Vers 10 ans, au point le plus convexe de la calotte cartilagineuse, qui recouvre la face postérieure du calcanéum, apparaît un point osseux, qui s'étend rapidement dans toute la masse cartilagineuse. Un autre point osseux se développe un peu plus tard dans le tubercule calcanéen externe, resté jusque-là cartilagineux.

À 14 ans, ces deux points épiphysaires ont acquis leur entier développement. L'épiphyse du tubercule calcanéen externe commence à se souder la première vers 16 ans.» L’épiphyse de la face postérieure se réunit d’abord par sa partie inférieure, vers 16-18 ans, d’après Sappey (Traité d'anatomie, tome I, p. 428) ; la supérieure reste un peu plus longtemps séparée. Rambaud et Renault auraient même trouvé encore des traces de séparation sur des squelettes de 22-24 ans.

On voit donc qu'il existe ainsi, pendant ce développement en deux temps du calcanéum, une assez longue période de la croissance, pouvant se prolonger jusqu’à

24 ans, où l’on trouve un foyer ostéogénique épiphy-.

saire tout-à-fait comparable à ceux que l’on observe dans les os longs. Aussi peut-on admettre, et ce me semble avec beaucoup de raison, que si le calcanéum, en dehors de la tuberculose, est frappé à l'exclusion des autres os du pied, il le doit surtout à son développement. D'ailleurs chez nos deux malades, c’est à l'union du corps du calcanéum et de son cartilage épiphysaire qu'ont apparu et évolué les accidents ostéomyélitiques, comme l’a prouvé le décollement de l’épiphyse postérieure, que nous avons constaté plus tard.

J. Hilton a vu aussi un cas de suppuration du cartilage juxta-épiphysaire chez un malade âgé de 19 ans, et un décollement consécutif de l’épiphyse (The Lancet, 1862). N'est-ce point du reste sur la face postérieure du talon, ou à son voisinage, sur les faces latérales et de préférence sur la face externe, que se montrent et s'ouvrent spontanément les abcès de cette région quand ils sont abandonnés à eux-mêmes ?

Un troisième facteur étiologique aussi important, est la vascularité extrême du calcanéum. Il suffit de jeter un coup d’œil sur cet os pour voir ses faces externe et interne criblées de trous vasculaires; ce qui n'existe pas pour les autres os du tarse. Or, on n'ignore pas que l’ostéomyélite est une affection hématogène, où les microbes sont charriés par le sang. On voit donc combien sont nombreuses les voies d’accès des microbes par le calcanéum.

Pour nous résumer, nous dirons donc que trois facteurs étiologiques d’inégale importance prédisposent le calcanéum aux accidents infectieux : le premier banal: sa situation; les deux autres plus importants, puisqu'ils reposent sur des bases anatomo-physiologiques : le mode de développement du calcanéum d’une part, et son extrême vascularité de l’autre.

Examinons maintenant rapidement l’étiologie proprement dite, car les conditions d'évolution de l’ostéomyélite sur le calcanéum sont à peu près identiques à celles invoquées pour l’ostéomyélite aiguë des os longs.

Nous ferons tout d’abord remarquer que le calcanéum vient le quatrième sur la liste, dressée par Früh-

DERÇE 1; Age

ner (Beiträge z. Kenntniss der akut. infect. osteom. der Kurz. und platt. Kn. — Beiträge z. Klin. Chir. 1889, p. 79) relative à la répartition de l’ostéomyélite sur les os courts.

La clavicule, l’omoplate, l'os iliaque ont le triste privilège d’être atteints plus souvent que lui.

Sur o1 cas d’ostéomyélite des os plats ou courts, on en compte 11 de la clavicule, 9 de l’omoplate, 9 de l'os iliaque et 7 du calcanéum. Ces 7 cas, rassemblés par Frôhner, ont été observés 2 par Lücke, sur 24 cas d'ostéomyélite des os, 1 par Volkmann sur 29, 1 par. Kocher sur 30 et 4 par Bruns sur 414 — Coïncidant avec des lésions des os longs, l’ostéite portait deux fois seulement sur le calcanéum; les autres os lésés étaient le fémur et le tibia.

Parmi les 19 cas que nous-même avons rassemblés, nous en notons un seul, où avec une lésion aiguë du calcanéum coexistait une ostéomyélite larvée de l’extrémité inférieure de l’humérus droit (Observation Je.-Bl.) — un autre, où il y eut périostite secondaire du fémur (Observation Lücke.) — une fois seulement nous avons trouvé la calcanéite secondaire à une lésion du tibia. — (Lücke.)

De toutes les conditions étiologiques prédisposantes à l’ostéomyélite, la moins contestée est sans aucun doute l’âge. — Nos 19 observations se rapportent ioutes, excepté deux où l’âge n’est pas indiqué, à des sujets âgés de moins de 22 ans, le plus âgé ayant 21 ans. Jusqu’à 10 ans inclusivement, nous n’avons pu rassembler que 3 cas, et un de ceux-ci a trait à une forme curieuse d’ostéite, l'ostéite albumineuse, dont on dis-

cute encore la pathogénie et la nature. — C’est donc de 10 à 21fans que l’on rencontre le plus souvent l'ostéite aiguë du calcanéum : le développement de cet os et les conditions générales de l’infection ostéomyélite nous donnent facilement la raison de cette prédisposition de l’adolescence.

Sexe.— Les jeunes garçons sont plus souvent atteints que les jeunes filles.

Ainsi 13 de nos observations se rapportent au sexe “masculin contre 4 au sexe féminin, deux fois le sexe n’est pas indiqué. Loin de voir dans ce fait une influence mystérieuse des sexes, il nous semble bien plus naturel de la rapporter à l’action, plus commune chez les jeunes garçons, de circonstances hygiéniques ou occasionnelles, dont nous parierons tout à l’heure.

Constitution. — Tempérament. — Intoxications. — Maladies générales et diathèses, — La pauvreté de la constitution et le lymphatisme du tempérament sont insuffisants à constituer des éléments étiologiques : tout au plus peut-on leur reconnaître quelque infiuence sur la marche des symplômes et la gravité de la maladie.

Contrairement aux idées anciennes, nous admettrons que c’est par relation de cause à effet que peuvent agir les fièvres générales au déclin desquelles on pourrait et on a pu observer des ostéites aiguës, (f. éruptives, etc. 1 cas). Nous ne citerons que pour mémoire le rhumatisme, qui a joué un si grand rôle dans les descriptions de Schützenberger, Klose, Chassaignac, Giraldès, Louvet, qu’on avait même décrit

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« une périostite rhumatismale ». Il faut ajouter cependant que c’est avec le rhumatisme que l’on confond le plus souvent l’ostéite aiguë.

Le froid humide paraît perdre de jour en jour son importance tant dans le rhumatisme que dans l’ostéite. Cependant nous pouvons le considérer comme une cause occasionnelle fréquente et puissante, que nous avons notée plusieurs fois dans nos observations.

Mais en résumé, pour nous la véritable cause prédisposante résulte surtout dans l’état anatomique fonctionnel de l’os, en vue de son ossification et de son accroissement alors que le moindre traumatisme peut détourner dans le sens pathologique, le processus d’irritation physiologique normal nécessaire à l’accroissement de l'os. | à

Hygiène. — Louvet et Sézary sont disposés à accorder une très grande influence à toutes les causes débilitantes et aux mauvaises conditions hygiéniques de toute nature. M. Gosselin, insiste surtout le surmenage, qui, on le conçoit, peut revêtir des formes diverses {subordonnées à la condition des malades : travail pénible et prématuré imposé à un adolescent (Observation Ch. L.) — station verticale trop longtemps soutenue (Observation Jacquet) — longues courses plusieurs fois répétées, toutes causes, qui, il faut en convenir, agissent de préfèrence sur les enfants de la classe ouvrière. Nous considèrerons donc comme causes occasionnelles le froid, les trausmatismes, les fatigues, etc., et sans vouloir amoindrir l’importance de toutes ces causes, nous dirons que la connaissance

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