‹ Des canaux navigables consideres d'une maniere generale, avec des recherches comparatives sur la navigation interieure de la France et celle de l'Angleterre; accompagne de cartes, profils, et dessins de machines et travaux d'art;Chapitre 27 sur 110 · CANAL CALEDONIAN · texte numérisé non relu

CANAL CALEDONIAN

M. Dulcns , dans son ouvrage sur les travaux publics d'Angleterre, a donné la traduction de l’article de l'Encyclopédie britannique qui contient un historique très détaillé de ce Canal.

AL Charles Dupin , dans ses Alémoires sur la marine et les ponts et chaussées de France et d’Angleterre, en avait déjà donné une savante description.

Quoique deux ouvrages aussi distingués soient nécessairement très répandus, il est essentiel, pour suivre le plan que nous nous sommes proposé, de consacrer ici un article k un Canal aussi important.

Les effets de l'etablissement du Canal de Forlh et Clyde , pour la prospérité de la Basse-Ecosse et la puissance du royaume-uni, durent d’autant plus déterminer le gouvernement anglais à créer un moyen semblable pour la Haute-Ecosse, que ce pays éprouvait annuellement une émigration pour le Nouveau-Monde, qui devenait de plus en plus inquiétante.

Cette cause , qui détermina principalement l’entreprise dispendieuse du Canal Caledonian, doit avoir ici quelque développement, parce que rien ne prouve mieux le degré d’importance que le gouvernement anglais attache à un établissement de cette nature, d’après ce que des expériences multipliées lui ont prouvé à cet égard.

Depuis 1745, époque où le dernier rejeton des Stuarts fit à l’ancien dévouement des montagnards écossais, en s’adressant à leurs clans ou chels, un appel auquel ils répondirent avec une valeur si éclatante, le gouvernement anglais, après avoir triomphé de leurs efforts, dont l’impétuosité avait porté l’alarme jusque dans Londres (1), prit les mesures qui lui parurent les plus propres à prévenir le retour du danger qu’il avait couru ,' par suite de la soumission que portaient

(1) On sait que le Prétendant, à la tète de 10,000 montagnards sans discipline et grossièrement armés, s'empara d'Edimbourg et de plusieurs autres places, battit les Anglais à Presto», et pénétra jusqu à Lancaster, à 14 lieues de Londres.

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à leurs chcls ces montagnards, qu’une bravoure célébré et leur attachement à leurs coutumes n’avaient jamais permis de dompter (1).

Pour détruire la puissante influence des clans, on employa des moyens dont les uns ( tels que des supplices et des confiscations) indignèrent des hommes chez qui le courage paraissait encore plus recommandable , alors qu’il devenait malheureux. D’autres mesures d’une politique plus efficace , appelèrent près du trône et dans la métropole , par l’attrait de l’ambition et de l’intérêt, ceux des anciens clans ou chefs écossais que la révolution qui venait de s’opérer u’avait point dépouillés de leurs grandes propriétés.

Mais en anéantissant ainsi la domination des clans sur les montagnards, on avait enlevé à ceux-ci les habitudes qui, depuis tant de siècles, constituaient leur manière de vivre, faisaient l’objet de leur affection et assuraient en quelque sorte leur existence.

Effectivement, l’existence des montagnards écossais et celle de leurs familles avaient été jusque là fondées sur l’espèce de patronage qui existait entre eux èt leurs clans. Ceux-ci leur amodiaient toutes les terres

(t) Les Romains n'ayant pn vaincre les Ecossais, avaient construit entre te Forth et la Civile une muraille qu'on appelait en Ecosse la digue de Graham, d’après une tradition qui en attribuait le premier passage à un guerrier écossais de ce nom. Elle fut commencée par Agricola et terminée par Antoninle-Pieux, pour arrêter les excursions que ces intrépides montagnards dirigeaient contre ceux qui avaient voulu les subjuguer.

Les Romains avaient construit dans le même but une autre muraille , entre le golfe Solway et Tinmonth, bourg maritime près do Newcasllc-L'pon-Tync , aujourd'hui si riche par l'exploitation de ses mines.

Il est remarquable de voir maintenant un Canal construit pour l'union et le bien-être réciproque de deux peuples , a l’endroit où il fallut autrefois opposer de tels obstacles à leur haine et à leurs ravages.

Nous avons observé, en donnant la description du Canal établi entre le Forth et la Clydc (p3ge 88), quelle différence on trouve pour Ica résultats entre les moyens de prospérité et les moyens de rigueur ou d’hostilité, et le Canal Calédonien en offrira , comme on l'a dit , un exemple de plus.

qui leur étaient necessaires; la rétribution qu’ils en retiraient était modique, mais ils trouvaient une forte compensation dans un dévouement inaltérable pour soutenir et défendre leurs intérêts.

Les nouveaux propriétaires des biens confisqués changèrent ce mode d’amodiation ; ils préférèrent convertir en grands pâturages les terres amodiées si anciennement aux familles des montagnards; car ces nouveaux propriétaires, étrangers aux antiques liens qui existaient entre leurs prédécesseurs et ces montagnards, ne calculaient que leur profit pécuniaire et croyaient en trouver un plus considérable dans le système des grands troupeaux.

Le défaut de résidence générale des clans ou des anciens grands propriétaires qui avaient conservé leurs domaines, les portaient aussi de plus en plus à suivre ce calcul, et le montagnard écossais joignait la perspective de la misère à l’amertume de scs regrets.

II ne reconnaissait plus pour sa patrie ce sol natal, où, toujours invincible , il avait maintenu pendant plusieurs milliers d’années ces coutumes qu’un esprit national lui faisait regarder comme la base de sa gloire ainsi que de son existence.

Ses souvenirs rendaient plus insupportable pour lui le sentiment des maux qu’il croyait voir dans le nouvel ordre de choses établi par les combinaisons de la politique anglaise. Ce concours de sentimens pénibles le faisait émigrer, et c’était en vain que le gouvernement anglais lui faisait les offres les plus séduisantes, pour le fixer dans les contrées fertiles du royaume-uni.

Le montagnard écossais, pour s’éloigner le plus qu’il pouvait du théâtre de ses regrets et de ses anciennes affections, allait jusque dans un autre hémisphère se créer une autre patrie , par des émigrations annuelles.

Au contraire, l’habitant de la Bassc-Ecosse avait oublié son antique animosité et ne rivalisait plus avec l’ADglais que de zèle et de fidélité, depuis que celui-ci lui avait présenté, au lieu des chaînes de l'oppression r ks liens de lois protectrices et d’un système de prospérité.

9i CANAUX NAVIGABLES

Le gouvernement anglais jugea que l’application d’un pareil système, pour la Haute-Ecosse, ne pouvait se faire d’une manière plus efficace qu’en y établissant le Canal Caledonian, qui la traverse dans sa partie la plus favorable, et réunit l’Océan atlantique avec la mer du Nord, en évitant à la navigation les longueurs et même les dangers que lui faisait éprouver jusque là la nécessité de doubler les îles Orcades.

Déjà ces considérations avaient fait inviter, en 1773, M. Watt, dont nous avons déjà parlé, à rechercher l’emplacement le plus convenable pour exécuter cette communication.

Il avait indiqué , comme le lieu le plus favorable à l’établissement du Canal, l’espèce de gorge qui se trouve entre Inverness et le fort Williams, et qui offre, ainsi qu’on va le voir, un emplacement unique dans la Haute-Ecosse, pour un tel projet.

Mais lorsque M. Watt donna ces indications satisfaisante , on se trouvait découragé, parce que le succès du Canal de Forth et Clyde paraissait encore douteux; il fallut même, comme on l’a vu (page 68), que le gouvernement fît vers celte époque uu prêt de 5o,ooo liv. sterl. à la compagnie de ce Canal, pour empêcher l’abandon d’une entreprise devenue depuis si importante pour l’état, et si productive pour ses propriétaires.

Aussitôt qu’on vit le Canal de Forth et Clyde surpasser les espérances qu’il avait fuit concevoir, et faire regretter, par l’activité de sa navigation , de ne lui avoir pas donné des dimensions plus grandes et propres à des bâtimens d’un plus fort tonnage, on apprécia toute l'importance qu’on pouvait donner au Canal Caledonian.

M. Thomas Telford, ingénieur d’une haute réputation, fut chargé défaire une nouvelle reconnaissance des localités désignées par M. Watt. Il confirma les indications données par celui-ci , et conclut, comme lui , qu’on ne pouvait trouver un emplacement plus favorable.

Effectivement cette gorge, formée par deux lignes de montagnes d'une élévation prodigieuse, se dirigeait, avec une régularité remarquable, entre le golfe Murray, sur la mer du Nord, et le lac Eil, qui forme

D’ANGLETERRE. g5

un golfe vers l’Atlantique. Elle traversait ainsi la Haute-Ecosse, dans sa partie la plus rétrécie, par suite de l’enfoncement de ccs deux golfes dans les terres; car la distance de l’un à l’autre n’est que d’environ 60 milles, et dans cette longueur il y a trois lacs qui ont ensemble une longueur d’environ 37 milles, savoir :

Le lac Oich, qui est le point le plus élevé de cette gorge, et qui est à 9* pieds au-dessus du niveau des basses eaux de la mer

du Nord. Ce lac a une longueur de.... 3 “it,c* j

11 déverse ses eaux parla rivière d’Oich, dans le lacNess,

qui a une longueur de 22

Celui-ci déverse ses eaux à la mer du Nord, par la rivière de Ncss, après qu’elles ont passé dans un petit lac attenant, appelé le lac Doughfour, dont la longueur est de 1 £

et qui leur sert pour ainsi dire décalé, avant qu’elles s’écoulent parla rivière deNcss, qui s’embouche à lirvcrness dans le golfe Murray.

A peu de distance du lac Oich on trouve dans la direction

vers l’Atlantique, le lac Lochy, qui a une longueur de 10

Longueur totale des lacs 56 |.

Il n’y a eu qu’une excavation à faire pour couper l’espèce de seuil qui, sur une longueur d’environ 3, 000 verges, séparait le lac Oich du lac Lochy, afin d’établir une communication entre les eaux qui se versaient à la mer du Nord et les eaux qui se versaient à l’Atlantique; niais pour assurer la navigation, il fut nécessaire de faire des parties de Canal latéralement aux rivières rapides de Ness , d’Oich et de Lochy, par lesquelles nous avons dit que les eaux des lacs sc déversaient vers les deux mers.

Les parties ainsi excavées en Canal forment un ensemble d’environ 22 milles, et le surplus du trajet des 60 milles sc fait en navigation sur les lacs.

Il est à remarquer que par la coupure du seuil qui séparait le lac

Oich et le lac Lochy, et qui était la seule interruption du cours dea eaux dans toute cette gorge, on formait un grand bief ou bassin de partage commençant du côté de la mer du Nord , à l’extrémité du lac Oich, et se terminant du côté de l’Atlantique, à l’extrémité du lac Lochy.

On a établi une écluse régulatrice à chacune de ces extrémités du bief de partage ainsi formé, à cause de l’exhaussement que le niveau des lacs éprouve, malgré leur étendue, dans les grandes crues d’eau, d’après la pente et la vaste superficie des versans qui y alfluent ; la même considération a fuit établir également une écluse régulatrice à l’extrémité du lac Ness.

Il fut constaté qu’il y avait 94 pieds à franchir pour monter, du niveau des basses eaux de la mer du Nord, au point de partage, lesquels seraient rachetés par îa écluses, et qu’il n’y avait que 90 pieds pour descendre de ce point 'de partage au niveau des basses eaux de la mer d’Irlande, lesquels seraient franchis par 11 écluses, ce qui fait, au total, a3 écluses, outre les écluses régulatrices.

On voit ainsi qu’il y a une différence de 4 pieds entre le niveau des basses eaux de ces deux mers.

On doit observer ici que la marée, à Inverness, sur le golfe Murray, même niveau que la mer du Nord, monte de 11 à i5 pieds, et qu’à Fort-Williams, sur le lac Eil, même niveau que l’Atlantique, elle monte de 5 à 13 pieds.

Les lacs Ness et Lochy étaient d’une grande profondeur; mais il était reconnu qu’il faudrait excaver le petit lac Doughfour, et en partie le lac Oich, pour avoir le tirant d’eau, que M. Telford proposait d’établir à ao pieds de profondeur, au lieu de 13 pieds que M. Watt avait proposé, ce qui était déjà 4 pieds de plus que le Canal de Forlh et Clydc.

M. Telford, en indiquant un tirant d'eau ou une profondeur aussi considérable, proposait en meme temps d'établir les écluses sur des dimensions telles qu’elles pussent recevoir des frégates de a8 canons; il donnait celte extension à son projet, d’après la grande quantité d'eau

dont on était maître de disposer, et l’exemple du Canal de Fort et Clyde était bien fait pour prouver le degré d’importance que pouvait acquérir le Canal Catedonian, en lui donnant des dimensions aussi supérieures à celles du Canal de Forlh et Clyde, qu’on regrettait de n’avoir pas établi sur un plus grand système.

©11 considérait aussi l’accroissement du commerce avec la Baltique, dont les bâtimens avaient fort augmenté leur tonnage; et enfin, quoique les avantages fussent moins sensibles et moins indispensables pour le trajet des frégates, on avait à calculer cependant combien, dans certaines circonstances; il pouvait devenir essentiel de leur éviter la navigation difficile et même périlleuse qu’il fallait suivre pour doubler les Tu&jiSktiMlea. 1

Des propositions de cette nature déterminèrent le gouvernement à prendre l’avis de MM. Jessop et Rennie, ingénieurs, dont les grands talcns ne laissaient rien à désirer à la confiance, et ils y joignirent l’avis d’habiles marins, qui examinèrent plus particulièrement ce qui tenait à la navigation des lacs et au mouillage des bàtimeus. Ce comité conclut à ce que le projet de M. Telford fût adopté « comme étant une me- » sure capable de contribuer efficacement à la prospérité de la partie » de l'Ecosse que traverserait ledit Canal , et d’une haute importance » pour les intérêts généraux du royaume-uni. »

Mais ensuite on se décida à rendre ce Canal propre au passage des frégates de 3a canons, en observant que ce serait accroître son importance sans augmenter beaucoup la dépense. On avait encore à observer que la force nécessaire pour le halagc diminue beaucoup lorsque le volume d’eau augmente.

D’après ces considérations , H fut décidé qu’on lui donnerait les dimensions suivantes. Largeur à la ligne de fond, 5o pieds; profondeur, 30 pieds , les talus des côtés ayant 3 pieds de base sa 3 de hauteur.

On doit remarquer ici une précaution que son utilité rendrait applicable aux Canaux de grandes dimensions. On a pratiqué à quelques pieds au-dessous de la ligue d’eau une banquette horizontale de G pied» Tome IL i5 '

de large, au-dessus de laquelle, le talus reprend la même peulo qu’il

avait eu jusqu’à la banquette.

Cette disposition a l’avantage de préserver les bord» du Canal des dégradations qu’ils pourraient éprouver, soit par le choc des bâtimens, soit par le remou de l’eau qui résulte de la rapidité de leur marche.

Cette banquette sert encore à retenir les éboulcmcns qui pourraient provenir du bord du Canal; elle les empêche ainsi d’arriver jusqu’au fond et de diminuer le tirant d’eau.

On voit, d’après ce qu’on vient de dire, que la largeur du Canal, à la ligne d’eau, est de îaa pieds, y compris la largeur de 6 pieds donnée à chacune des banquettes dont on vient de parler.

M. Tclford avait d’abord proposé de faire les côtés des écluses en talus, pour diminuer la dépense, en ne construisant en maçonnerie que les chambres des portes; mais on préféra faire les côtés ou bajoyers en pierre, malgré l’augmentation de dépense, parce que la pente des talus aurait exigé uue plus grande quantité d’eau et de temps pour le remplissage de l'écluse, ce qui eût trop ralenti la navigation.

On estime la dépense commune de ces écluses à environ 8,000 liv.sterl. , et la dépense eût été de 2,5oo liv. sterl. de moins, en faisant les côtés en talus en terre, comme le proposait M. Tclford.

Cet exemple est un de ceux qui prouvent l’importance qu’on met à la célérité de la navigation en Angleterre.

On avait aussi eu l’idée d’établir de petites écluses latérales aux grandes, pour les bâtimens d’un chargement dé 200 tonneaux, qui ne tirent que 12 pieds d’eau; ou devait mettre ainsi ces écluses latérales en rapport avec celles du Canal de Crinan; mais il fut observé que la construction de ces petites écluses latérales ferait une augmentation de dépense d’au moins 7,5oo liv. sterl. , sans être d’une utilité remarquable, puisqu’on pourrait faire passer deux et trois de ces bâtimens à la fois par les grandes écluses.

On ajourna cet objet de dépense jusqu’au moment où l’activité de la navigation ferait juger si elle serait necessaire.

On arrêta donc que les écluses, en conservant la profondeur du Canal, fixée à uo pieds, auraient une longueur de 173 pieds, et une largeur de io pieds entre les portes, dont chaque ventail sc trouve avoir 33 pieds de large , à cause de l’angle du buse sur lequel il s’appuie quand les portes sc ferment.

De telles dimensions ont di\ faire rechercher tous les moyens d’assurer la solidité de ces écluses, et entre autres on résolut de faire leurs radiers en arc renversé, afin qu’ils opposassent une résistance très considérable à la poussée de bas en haut que devaient opérer, dans le sol inférieur, l’effet des filtrations, d’après ia proximité des écluses, soit des lacs auxquels elles communiquent, soit des rivières rapides dont elles suivent latéralement le cours.

• On eut aussi à rechercher le moyen de diminuer les dépenses que de si grandes dimensions occasionnaient. Cette considération dut porter à accoler les sas d’écluses autant que le profil du terrain le permettait; car on sait qu’alors les piliors et les portes d’aval du sas supérieur, servent en même temps de piliers et de portes de tête au sas Inférieur.

C’est ainsi que sur a5 sas d’écluses on a accolé 4 sas prés de Murton, pour atteindre le ni. eau du lac Ness, lequel a été prolongé sur la plus grande longueur possible, par excavation du Canal, latéralcirîen» 5 la rivière de Ness, sur sa rive gauche.

On a accolé dchiènie , près le fort Augustus, les 4 sas d’écluses qui foui passer, du niveau du lac Ness, au niveau du lac Oich, que l’on atteint par une écluse que le profil du terrain 0 obligé de placer à quelque distance, le niveau du lac Oich ayant été aussi prolongé le plus qu’il 0 été possible , par excavation du Canal , parallèlement et sur la droite de la rivière d’Oich ,, qui déverse ses eaux dans le lac Ness.

Enfin on a prolongé le niveau dulacLochy, par excavation du Canal, latéralement et sur la droite db la rivière deLochy, jusqu’à faccolement des 8 sas d’cclusc qu’on a appelés escalier de Neptune > et qui sont à environ 8 milles de l’embouchure du Canal, vers l'Atlantique.

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La rareté, déjà observée ailleurs, des bois d’une dimension propre à la construction de portes d’écluse aussi grandes, se faisait sentir à cause de la quantité de bois de fortes proportions que consomme la marine; il en résultait une plus grande cherté, et ces considérations déterminèrent à employer le fer coulé , pour les membrures des portes intermédiaires des sas accolés , en laissant en bois de chêne du pays les portes supérieures et inférieures , parce qu’étant plus exposées que les portes intermédiaires, au choc des navires, elles doivent avoir plus de solidité et offrir plus de résistance.

Ainsi on se décida à appliquer ici, sur des dimensions imposantes par leur grandeur, les procédés que nous avons déjà vu employer ailleurs sur des dimensions plus petites.

Le tirant d’eau étant de 20 pieds, et chaque sas accolé ayant une chute commune de 8 pieds, la hauteur des portes intermédiaires est communément de 3 o pieds, et chaque ventait a 23 pieds de large, comme on l'a déjà dit.

L’économie de l’accolement des sas devient particulièrement remarquable pour les 8 sas accolés, dit Y escalier de Neptune , qui n’ont coûté que 5a,oooliv. stcrl., tandis qu’ils eussent coûté 64, 000 liv. sterl. s’ils eussent été séparés. Effectivement, il eût fallu 16 portes et appareils y tenant, tels que piliers, buses, chambres des portes -, etc., si les sas eussent été séparés, tandis qu’il n’en a fallu que 9, les sas étant accolés. ‘ *' *

Ces membrures en fer coulé ont éprouvé des pcrfcctionnéVnens que l’expérience a indiqués, dans la construction des premières, et dont on a profité pour la confection des dernières. Ces pcrfcctionncmcns ont réduit le poids de celles-ci à as tonneaux , tandis que les premières en pesaient a8.

Les poteaux- tourillons de ces portes, qui en forment la pièce principale, sont .des cylindres creux de fer, de ao pouces de diamètre,coulés d’un seul jet; leur base a la forme d’un D et repose sur un pivot qui est reçu et tourne dans un saucier métallique incrusté dans la

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maçonnerie du radier; leur partie supérieure s’emboîte dans une tète cylindrique revêtue d’un collier de fer, serré au degré convenable par des écrous à vis, et dont les extrémités, prolongées en plate-bande, sont incrustées dans la maçonnerie des piliers. •

Les pièces de. traverses, horizontales, qui vont du poteau- tourillon au poteau busqué, pour former l’assemblage des venteaux, sont aussi en fer coulé, et c’est sur elles que sont fixées, à boulons et écrous, les fortes planches de chêne dont tes portes sont revêtues Le poteau busqué est composé d’une plate-bande verticale en fer, revêtu d’un fort bordage en boig, taillé en biseau, pour éviter le choc du fer contre le fer, lorsque ces bordages viennent s’appliquer l’un contre l’autre pour la clôture des portes.

A l’extrémité inférieure du poteau busqué on a appliqué une forte roulette ou cylindre en fer, qui peut se lever ou se baisser, suivant la disposition du radier, sur lequel on a placé un segment de fer fondu, pour recevoir la roulette avec le moindre frottement possible dans l’arc qu’elle décrit, lorsqu’on ouvre ou qu’on ferme la porte.

En évitant ainsi le frottement de ces énormes portes, un seul homme placé de chaque côté dei’éduseisuffil pour la manœuvre de chaque venta^ au moyen d’une chaîne de fer qui s’enroule sur une roue à

pignon. - '

En juin i8o4, après quelques travaux préparatoires faits l’année antéricure, il y eut une nouvelle reconnaissance de la ligne du Canal, par MM. Telford et Jessop (décédé depuis), pour déterminer les travaux qui furent mis en activité cette, même année.

Ce Canal commence , dans sa partie -orientale* à Clacbnaharry , lieu où il n’y avait, eu jusque là qus cinq ou six cabanes de quelques misé-; râbles pêcheurs ; c’est là qu’est placé» l’écluse d’ontrée.

Les travaux qui eurent heu poqr cette écluse d’entrée , en foDt 1 ouvrage le plus remarquable du Canal ;jl8 donnèrent lieu à une mention honorable, dans le rapport qui en fût fait au Parlement, du zèle et des connaissances de M. Davidson , auquel on eu attribua le succès.

canaux navigables

On forma pour cette écluse d’entrée une espèce de chenal, en prolongeant les levées du Canal dans le lac Bcauly, sur une longueur de 4oo verges, et jusqu’à cc qu’on eût atteint une profondeur estimée au moins 5o pieds dans les hautes marées; on se servit d’un double chemin de fer pour établir 'ces jetées , qui furent formées par des pierres prises dans la carrière de Claclinnharryret par une sorte de glaise durcie prise dans une colline voisine.

Ou avait présumé que le tassement qui devait résulter de cet énorme enrochement tiendrait lieu de fondation sur pilotis.

Mais ces jetées, après avoir atteint la.hautcur qu’on voulait Iourdonncr, éprouvèrent un abaissement de 11 pieds au-dessous de leur couronnement ; on les rétablit au niveau qu’elles devaient avoir, en les chargeant de nouveaux- remblais pareils à ceux qu’on avait déjà employés.

Au surplus, on devait s’attendre à un tassement- quelconque, parce que les sondes préparatoires avaient prouvé que jusqu’à une profondeur de 54 pieds sous Peau, le» bords du lac Bcauly présentaient une couche d’argile bleuâtre recouvrant une couche d’argile blanchâtre pareille à celle qu’on tirait d’une colline voisine, pour l’employer à la formation des jetées.

L’enfoncement de ces jetées prouva la nécessité des précautions à prendre pour éviter un effet anateguç, pour la construction de l’écluse d’entrée. * . *

La grande cherté des bois faisait désirer d’éviter, ponr cette écluse, les pilotis , ainsi qu’on l’avait &it pour les jetées; on se décida à affermir et consolider le sol sur lequel devait reposer la construction, en y effectuant, cutrc les deux jetées, un chargement semblable à celui par lequel on avait effectué la soustraction des jetées. Cette forte compression consolida tellement ce sol, qne lorsqu’on creusa le bassin de l’écluse, on parvint à une profondeur considérable, sans- être obligé de recourir aux épuisemens. • • 'f-

Après l’excavation du bassin, on commença par poser sur le fond , et

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en suivant la ligne de milieu, une assise de pierres de taille de a pieds d’épaisseur, destinée à soutenir la clef de l’arc renversé du radier de l’écluse. Ce radier , par l’effet de la courbure de cet arc renversé , se trouve avoir acquis 5 pieds d’épaisseur, en y joignant l’assise inférieure des bajoyers.

Ces constructions furent faites avec la plus grande célérité, par pans de 18 pieds, jusqu’à la hauteur du radier , afin que la dernière assise ne fut point exposée aux variations de la sécheresse et de l’humidité, et l’on continua de même jusqu’à la confection totale du radier et des bajoyers.

Après cette écluse remarquable, on en trouve une antre à la hauteur des hautes eaux; cette dernière écluse sépare le bassin du lac Beauly du bassin du lac Murton, qui a environ ao acres de superficie. Ce bassin, d’une forme oblongue, a été élargi dans quelques parties, revêtu de digues dans d’autres ; il offre une gare aux vaisseaux qui entrent dans le Canal ou se disposent à en sortir. ,

Des écluses de Murton au lac Ness , il y a environ 5 milles.

Cette partie d’excavation s’est faite généralement dans un terrain de gravier rempli de cailloux roulés ; pour prévenir les pertes d’eau que cette mauvaise qualité de terrain occasionnait, on a revêtu le fond et les bords du Canal de forts conrois de glaise.

11 a fallu aussi faire de forts cncaissemcns vers la colline de Tomnahurich, et dans deux endroits on s’est emparé du lit de la Ness pour y faire passer le lit du Canal, en rejetant celle-ci dans un nouveau lit plus large.

On arrive ensuite à l’écluse régulatrice du lac Ness; la position et l’effet que produit cette écluse, méritent une attention particulière. Sa chute ou la hauteur d’eau qu’elle retient est de 6 pieds 6 pouces. On voulait d’abord la placer plus près du lac et la construire dans le courant même de la rivière, mais il a été impossible d’y établir des fondcmens solides; elle a été construite près cette rivière dont fe voisinage a nécessité beaucoup de précautions et des travaux d’une grande solidité.

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Le lac Ncss 9C termine de ce côté par un petif lac qu’on nomme le lac de Doughfour, qui n’a guère qu’un mille de longueur et 5 de mille do largeur. Ce petit lac communique au grand lac Ness par une espèce de détroit qu’on appelle le passage de Bonaferry.

Comme la pente et le courant rapide de la rivière Ness commençaient à se faire sentir fortement au passage de Bonaferry, le lac de Doughfour formait une espèce de cale pour les dépôts vaseux que les eaux du lao Ness entraînaient en se déversant vere la rivière rapide de Ness; il en est résulté une nécessité de lui donner plus de fond dans la direction du canal : on a employé, à cet effet, une forte machine à draguer consistant en deux chapelets à godets inclinés, placés aux /leux côtés d’une barque où est la machine à vapeur qui les fait agir.

, Cette machine, d’une construction et d’un effet remarquables, a enlevé environ 90,000 tonneaux de gravier dans le lac de Doughfour dans une année; elle est due à M. Hughes.

Lorsque l’on rencontrait dans l’exeavation des arbres ou des rocs enfouis, on adaptait aux chapelets des piques ou des espèces de grupins (1).

Le surplus d’élévation de l’eau nécessaire pour le tirant d’eau des bâtimeDS qui naviguent sur le canal s’acquiert au moyen d’un barrage au lieu où la rivière de Nfcss sort du lac de Dourghfour. Ce barrage a aussi l’avantage de diminuer la pente et par conséquent la force du courant dans le passage de Bonaferry dont nous venons de parler, et qui, dans son état actuel, contrarierait la navigation pour arriver dans le lac Ness. En diminuant ainsi la vitesse de ce courant et l’eau se trouvant en quelque sorte stagnante à l’endroit où elle sort du lac Ness pour

(1) On vient d'importer, d'Angleterre ii Paris, une machine de ce genre, qui est destinée en ce moment k curer ou approfondir les bas-fonds de la Seine , entre Paris et Rouen. Celte machine avait été employée, avec le plus grand succès, pour le curage des bassins de Londres. (Voir la description' qu’ou ru donnera en parlant de 1a Seine, It l'article de la ligne navigable dont ce ûeuva fait partie. )

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communiquer au lac de Dourghfour, il cliariera moins de troubles dans les grandes eaux, et il se fera par conséquent moins de dépôts dans ce dernier lac qui présentera un excellent mouillage, ou les bâtimens pourront relâcher et faire toutes les dispositions convenables , notamment pour la remorque, au moyen des bâtimens à vapeur pour le trajet du lac Ncss. *

On arrivera ainsi, par une navigation exempte de toute contrariété, au lac Ness dont le niveau est à 54 pieds au-dessus des basses eaux de la mer du Nord; et comme sa profondeur au milieu est de près de 780 pieds, il en résulte que sa ligne de fond dans cette partie est environ 726 pieds au-dessous du niveau de la mer du Nord.

Ce lac offre un trajet d’environ 22 milles de longueur; sa largeur varie de 1 mille à J de mille ; ses rives, au-dessous de la ligne d’eau, sont généralement escarpées, car on trouve promptement une profondeur d’environ 4 à 5oo pieds. Cependant , dans quelques baies, notamment à celle d’Urquhart, le fond est tenable; vers l’extrémité occidentale du lac, la profondeur se réduit de 120 à 72 pieds (1).

Cette grande profondeur se trouve si près du rivage, qu’on a pensé nécessaire de placer des bouées et des corps morts, pour faciliter la station des bâtimens, sans qu’ils fussent obligés de jeter l’ancre à cause des difficultés qu’ils éprouveraient pour le lever ensuite d’après la nature du fond.

Les inconvénicns du mouillage, les contrariétés des vents qui, au surplus, ont été reconnus par diverses expériences suivre dans cette partie les memes variations et le meme régime que dans la Basse-Écosse , rendront sûrement très désirable pour le trajet de ce lac l’emploi des vapeur qui remorqueraient les bâtimens.

Ou doit attendre un succès complet de ce moyen , d’après ce que

(1) Ce lac ne gèle jamais; près de lui on trouve une montagne qui u environ j8oo fathoms (toises) de hauteur verticale, au sommet de laquelle il yaun petit lac d’eau douce d’environ 5o fathoms, dont on 11’a point encore trouvé le fond, et qui ne gèle jamais, tandis que le lac Anvvipe, qui est à 5 ou 6* lieues de là, est couvert de glace toute l'année.

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