‹ Des canaux navigables consideres d'une maniere generale, avec des recherches comparatives sur la navigation interieure de la France et celle de l'Angleterre; accompagne de cartes, profils, et dessins de machines et travaux d'art;Chapitre 65 sur 110 · CANAL DE BEAUCAIRE · texte numérisé non relu

CANAL DE BEAUCAIRE

Le Canal de Beaucaire à Aigues -Mortes, a affranchi la navigation des obstacles et des dangers que lui faisaient éprouver lesalterrissemcns progressifs des bouches du R h Ane. Ces obstacles étaient assez importans, du temps de Strabon , pour qu’il exposât que les embouchures du Rhône n’étaient guère navigables, d’après les dépôts de limon qui s’ÿ formaient.

On a déjà vu que Marius fut obligé de creuser un Canal de Marseilleau Rhône , pour assurer le transport des vivres et des provisions qu’on lui envoyait par mer, et qu’il enrichit les Marseillais, en leur donnant ce Canal pour récompense des services qu’ils lui avaient rendus contre les Ambrons; ce Canal leur étant d’un très grand produit par les péages qu’ils faisaient acquitter aux bâlimens qui préféraient constamment ce passage pour entrer dans le Rhône ou en sortir.

Ces obstacles à la navigation s’accroissaient nécessairement par des causes constantes, telles qufe les allerrissemens aux embouchures des fleuves et courons dans la Méditerranée , d’après l’étendue ainsi que le nombre et la durée des crues de tant de versans qui partent des Alpes ,

* DE FRANCE. 5af(

des montagnes du Dauphiné, du Jura, du Vivaraia , et même des Cévennes, des Corbièrcs et des Montagnes Noires, pour venir se rendre dans la Méditerranée , et dont la plus grande partie est recueillie par le Rhône qui, en réunissant leurs cours nombreux, charie leurs troubles, par sa grande rapidité , jusqu’aux lieux où celle rapidité ne se fait plus sentir.

Ces allerrissemens sont encore déterminés dans la direction des vallées, comme aux débouchés des fleuves et courans , par le refoulement des eaux de la Méditerranée, que les vents, tenant au sud, font monter à un mètre sur cette partie de nos côtes , quoique cette mer n’aft ni flux ni reflux.

Une autre cause de ces allerrissemens est le courant littoral bien reconnu, comme sortant de l’Océan atlantique par le détroit de Gibraltar, et y rentrant après avoir successivement longé les côtes de l’Afrique;, de l’Asie et de l’Europe , sans excepter le golfe Adriatique.

Ce courant , d’après des expériences exactes faites par Géminien Montanari , parcourt environ 5,ooo et tout au plus 6,5oo mètres en vingtquatre heures. Malgré son peu de vitesse ( puisque celle de nos rivières dont le cours est le plus lent est trois à quatre fois plus grande ), la direction des fleuves ou aflluens se combinant avec la direction constante de ce courant littoral , il en résulte à la droite des graux qui reçoivent ces fleuves ou afHuens, une stagnation favorablo aux dépôts. Ces considérations font en même temps concevoir comment un fleuve peut avoir deux bancs à son embouchure , l’un à droite et l’autre à. gauche, lorsque son cours est tel , que tantôt il est assez faible pour laisser entrer les eaux? de la mer avec abondance dans sa partie inférieure, et dans d’autres mo» mens assez fort pour les en chasser.

On voit aussi que, par les mêmes motifs, l’effet de tout ouvrageavancé dans cette partie de la Méditerranée serait de faire déposer le* alluvioos, d’abord à sa gauche, et ensuite à- sa droite (1).

(v) Voir l'Hist. d« Canal du Midi , par le général Andréossi j in-4”, p. iSget jutr.

33o CANAUX NAVIGABLES

A l’appui de ces observations sur les effets de ce courant littoral , on doit ajouter que le vent d’est augmente son intensité, et soulève, dans les tempêtes, les saliles du fond de la mer jusqu’à 8 mètres de profondeur , ce qui contribue encore à ce que les dépôts s’avancent le long de la plage latéralement à cette direction.

Nous allons parler d’un exemple frappant et généralement connu de cet avancement, en remarquant que la ville d’Aigues-Mortcs, où saint Louis s’embarqua pour la Terre-Sainte, est distante de la mer de 6,ooo toises, et n’y communique que par un grau ou Canal, qu’on appelle le grau du Roi.

Cependant, il existait encore unecausc de plus pour les atterrissemens appartenant aux bouches du Rhône dans cette partie, depuis qu’on y avait conteuu les inondations par des digues de défense, qui, en limitant et concentrant les inondations, avaient nécessairement concentré de même les dépôts des troubles qu’elles chariaient, de sorte que le sol qui se trouve entre le fleuve et la digue de défense construite pour garantir la plaine fertile de Bcaucairc des inondations, est maintenant de deux mètres plus élevé que la partie du sol extérieure à cette digue.

On voit combien avait dû s’accroître, depuis près de deux mille ans, cette nécessité de construire un Canal latéral aux bouches du Rhône, puisqu’elle avait déterminé Marius à en faire établir un sur la rive orientale du fleuve ; mais il se présentait de nos jours un motif bien essentiel de plus pour en construire un sur la rive occidentale, dans la direction de Bcaucaire à Aigues-Mortes, parce que maintenant ce Canal se rattache fi la ligne navigable du Canal de Languedoc, par les moyens de communication favorable, dont nous venons d’exposer les détails et les améliorations dans l’article précédent.

Môme avant cette dernière considération d’intérêt public, Henri IV • avait rendu un édit pour la construction du Canal de Beaucaire et le dessèchement des marais circonvoisins (1). Louis XIV avait fait desconccs-

(t ) On verra ailleurs que ce bon roi avait même faic venir des ingénieurs ctrân !

sions très étendues pour le même objet. En 1740, un mémoire de M. Pilot, inséré dans les Mémoires de l’Académie des Sciences, pour 1741, prouva les avantages de la construction de ce Canal , et démontra que le dessèchement des marais, dont il .évaluait Pélenduc à 5o,ooo arpens pour celte partie, ne pouvait avoir aucun inconvénient pour les salines de Peccais. Enfin, en 1752, il fut décidé que les États de Languedoc se chargeraient de l'exécution d’une entreprise si utile. Cependant la concurrence d'autres travaux fil qu’au moment où la révolution commença , ce Canal n’avait encore été creusé que sur une longueur de 5o,5oo mètres , depuis Aigues-Mortes jusqu’auprès de Uroussan, à l’endroit où on a établi la première des quatre écluses qui rachètent la pente d’entre Bcaucaire et Aigues-Mortes.

La révolution avait laissé les choses en cet état. Le 17 prairial an IX ( 6 juin 1801 ), un arrêté des consuls ordonna la concession en vertu de' laquelle on a exécuté les travaux que l’on va décrire.

Cette concession fut laite pour quatre-vingts ans, à partir du 1" vendémiaire an X ( a3 septembre 1801 ). Elle transmet la perception de droits pareils à ceux du Canal de Languedoc sur les canaux de Beaucaire, de la Radclle, entre Aigues-Mortes cl l'étang de Mauguio, et sur ceux de Silvéréal et du Bourgidou , qui forment le prolongement de celui de lu Radelle jusqu'au Petit-Rhône. Ces derniers avaieul chacun quatre à cinq milles de longueur, cl ne servaient plus .qu’aux salines de Peccais", qui trouvent aujourd'hui un moyen de transport beaucoup plus favorable par le Canal de Beaucaire.

On a fait seulement quelques modifications pour diminuer le droit ddr pour les radeaux de planches de sapin ou de hêtre , qui ne doivent payer que 4 Centimes pour le cent de planches par espace de 5 kilomètres.

gers , réputés par leur expérience pour les desséchemens, afm d’entreprendre de dessécher tous les marais des cèles de. Provence et de Languedoc, ce qui eit livré à l’agriculture plusieurs centaines de milliers (Tarpons d'un sol de la plu» grande ferli Lilé.

53a CANAUX NAVIGABLES

La concession transmet ia propriété pleine et entière et à perpétuité de tous les marais, tant supérieurs qu’inférieurs , appartenant à l’État, dans le département du Gard, situés entre Beaucaire et Aigues -Mortes et l’étang de Mauguio.

Les concessionnaires, en vertu de la loi du 5 janvier 1791 , sont saisis du droit de réclamer, soit la propriété, soit les indemnités qui pourraient être ducs relativement aux autres marais et palus situés dans l’étendue ci-dessus désignée, et'apparlenaul à des particuliers ou à des communes, en se conformant, toutefois, aux dispositions de ladite loi. La compagnie s’engageait à construire à ses frais le Canal de Beaucaire à Aigues- Mortes, et celui d’Aigues-Mortes à l’étang de Mauguio, sous la conduite et direction et d’après les plans et devis des ingénieurs des Ponts et Chaussées, approuvés par le ministre de l’intérieur.

La réception de ces travaux devait être faite par le préfet du Gard et l’inspecteur général des Ponts et Chaussées.

L’entretien des ouvrages exécutés est sous la surveillance d’un ingénieur nommé par le Gouvernement, et la compagnie s’oblige ^remettre, au bout des quatre-vingts années, au Gouvernement et en état de neuf, lesdits Canaux et leurs dépendances. Elle s’oblige à exécuter tous les travaux qui seront portés par les devis, pour dessécher et mettre en état de culture les marais et palus qui lui sont concédés à perpétuité, sous la surveillance et la direction des ingénieurs des Ponts et Chaussées , et comme il est dit pour les travaux relatifs à la construction des Canaux. Elle s’engage aussi à faire planter à ses frais , sur les francs-bords des Canaux concédés, les arbres des espèces qui seront reconnues les plus favorables aux localités.

Nous venons d’observer que, comme la navigation de l’étang de Mauguio ne laisse pas d’étre dangereuse , il doit être construit un Canal latéral à cet étang, qui rendra la navigation plus sûre et plus expéditive; mais celle o.pération est indépendante de la concession primitive, n’ayant été proposée qu’en 1817.

c Canal de Beaucaire finit à Aigues - Mortes, et communique

avec la Méditerranée par legrau du Roi, espèce de Canal quia 6,000 toises de long, et traverse sur cette longueur les atterrissemens qui ont séparé progressivement la mer du lieu où saint Louis s’embarqua en 1 2 *8.

Ces atterrissemens ont été produits par les causes dont on a déjà parlé, et auxquelles ont puissamment coopéré ici les embouchures du Vislre et du Vidourle, pris Aigues-Mortes. Ce dernier torrent, partant des Cévennes, a quelquefois des crues de 7 mètres en quelques heures. Il est très considérable dans les temps de pluies , cl dépose à son embouchure les troubles qu’il cfanrie depuis les Cévennes. Ce torrent a aiusi rehaussé et rehausse encore journellement les terrains qui environnent Aigues- Mortes, et cette ville, au lieu d’être entourée d’eau et d’offrir un port de mer, comme du temps de saint Louis (1), n’a plus près d’elle que quelques étangs salés de peu de profondeur, et ne communique plus a la

(1) L’historien de saint Louis entre dans quelques détails intéressans pour les observations que nous faisons ici.

Four la première expédition delûTcrrc-Sainte, saint Louis s'embarqua à Aigues- Mortes le a5 août ia48, emmenant arec lui la reine, scs deux frères, les comtes d'Arles et d'Anjou , la femme de ce dernier , le cardinal légat, et le grand nombre de croisés qui avaient afflué de différons pays, le tout sur trente-huit grands vaisseaux , sans compter ceux qui portaient les vivres , les chevaux et l'équipage. L'embarquement fut effectué avec de grandes solennités, et toute l'armée demeura

deux jours à l’ancre pour attendre un vent favorable.

Pour la deuxième expédition à la Terre-Sainte , saint Louis se rendit à Aigues- Mortes , où tous les croises avaient rendex-vous , au commencement de mai 1 ajo. Mais les vaisseaux qui devaient être fournis par les Génois n’étant point encore prêts, il fallut qu’il attendit deux mois , logé à St. -Gilles, a cause dn mauvais air d'Aigues-Mortcs , qui rendait encore inutile, su bout de vingt ans, les soinsqu’il «'était donnés pour en faire une ville. Ces dernières circonstances prouvent combien on croyait alors le port d’Aigues-Mortes important ; elles portent aussi à croire qu'il existait, dans ces temps-là, au-dessus d'Aigues-Mortes, de grands étangs pareils à plusieurs de ccnx que l'on voit actuellement sur le littoral de U mer, comme par exemple, celui de Repaussct , que le grau du Roi irai erse près de son embouchure.

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