‹ Des canaux navigables consideres d'une maniere generale, avec des recherches comparatives sur la navigation interieure de la France et celle de l'Angleterre; accompagne de cartes, profils, et dessins de machines et travaux d'art;Chapitre 66 sur 110 · Tome U. f · texte numérisé non relu

Tome U. f

CANAUX NAVIGABLES incr que par le grau du Roi, dont on vient de parler, et qui ne peut donner passage à des bàtimens d’un fort tirant d’eau.

Ces attcrrissemens ont offert un moyen de fortune considérable à dos particuliers qui en ont su profiter pour convertir successivement des marais infects en terres dont la culture et les récoltes , pour ainsi dire continues , ne peuvent épuiser la fertilité.

Cet exemple est un de ceux qui, en prouvant les résultats productifs des atterrissemens, doivent stimuler à cet égard l’émulation particulière;, il suffirait pour fair e applaudir à l’entreprise de la compagnie du Canal de Beaucaire , ainsi qu’aux actes du Gouvernement pour obtenir et propager des résultats pareils.

Le Canal de Beaucaire a 5o,a3g mètres de longueur, depuis sa prise d’eau dan.» le Rhône, à Beaucaire, jusqu’à Aigues- Mortes. Sa largeur commune est de 10 mètres au plafond, et environ de 20 mètres à la ligne d’eau. Sa profondeur moyenne est de a mètres. 11 a quatre écluses , qui composent quatre retenues : la première , en partant d’Aigues-Mortes à Broussan , est de 53, 000 mètres; la seconde , de Broussan à Nourrignier, a 9,000 mètres; la troisième, de Nourrignicr à Charrenconne , a 5;5oo mètres; enfin, la quatrième, de Charrenconne à la prise d’eau dans le Rhône , est de a,5oo mètres.

La chute de l’écluse de Broussan est, aux basses eaux de la mer,.

de 1“»,9

Celle de Nourriguicr est de 1 ,45

Celle de Charrenconne est de 2 ,36

Ce qui fuR, pour la pente totale du Canal 5" »

Mais il est à observer que la chute de l’écluse de Charrenconne, lors des plus basses eaux du Rhôue , se trouve réduite de près d’un mètre.

Les crues ordinaires du Rhône s’élèvent jusqu’à 4 mètres 20 centimètres au-dessus des plus basses eaux. Les plus hautes inondations que l’oncite ont été jusqu’à 6 mètres 5o centimètres. Tant que le Rhône ne s’élève

pas plus d’un métré au-dessus des plus basses eaux, k» chute de l’écluse de prise d’eau est nulle.

Lorsque les eaux s’élèvent au-dessus, on commence à fermer les portes d’iuondation dont on parlera ,- et la navigation cesse au moment où la chute est de deux mètres.

Les écluses de Broussan, de Nourrigoier et de Charrenconnc , sont faites sur les mêmes dispositions; il n’y a que leur chute qui varie, ainsi qu’on l’a fait observer. Elles ont toutes 36", 7 , depuis le mur de chute jusqu’à la chambre des portes en aval. Leur largeur, entre les portes, est de G", 66 ; mais elles éprouvent , depuis le mur de chute en amont, jusqu’à i“,65 de la chambre des portes en aval, par conséquent sur une longueur de 3»“, 44 un reuflemeut de a",6o de chaque côté. Ce rendement est formé par un arc de cercle dont la flèche est de a", 60, cc qui donne j i“,86 pour la largeur du sas de l’écluse à son milieu.

Ce renflement offre la facilité d’introduire dans le sas plusieurs barques à la fois, et quand il n’y en aurait qu’une seule , on n’est point retenu par la crainte de dépenser trop d’eau, comme sur un Canal à point de partage; celle que fournit le Rhône à voloulé étant toujours surabondante.

Les buses contre lesquels viennent s’appuyer les portes, ont a”,ao de flèche. Les sas s’emplissent et se vident au moyen de tambours qui communiquent, comme à l’ordinaire, d’amont en aval; ils ont 80 centimètres de largeur sur 1 mètre de hauteur. Cependant, la hauteur de leur ouverture eu aval, est, dnils l’intérieur de l’écluse, à 1 ”,53 , parce qu’étant en avant du buse, elle va jusqu’au radier qui est de 33 centimètres plus bas que le buse. Ces tambours se ferment par des vannes, au moyen de vis en bois mnnœuyrées par des leviers. On est souvent obligé d’ouvrir ces tambours en partie pour laisser écouler les eaux , soit lorsque l’on fait à la prise d’eau les chasses d’eau -dont on aura à rendre compte; soit lorsque la grande pression exercée contre les portes d’inondation , par le Rhône, lors de ses crues, occasionne un plus grand passage des

eaux.

Le bassin qui aJ.oulit à l’écluse de prise d’eau, dans le Rhône, et qui sert de gnrre , est un parallélogramme rectangle, qui a 810 mètres de longueur sur 3q de largeur à la ligne d’equ, et 33”, 44 au plafond; sa profondeur est de 2 mètres au-dessous des basses eaux du Rhône , mais il est susceptible, de même que la partie du Canal qui lui fuit suite, jusqu’à l'écluse de Charenconne, d’en contenir un mètre de hauteur de plus, ce qui présente le très grand avantage de pouvoir laisser toutes les portes de l’écluse de prise d’eau ouvertes tant que le Rhône n’est pas au-dessus de ce niveau.

Les bords de ce bassin sont en talus, de deux mètres sur un, recouverts d’un péré. Il est suffisamment large pour qu’on puisse y ranger deux rangs de barques du côté de la ville, et un de l'autre côté; il reste au milieu le passage pour une barque. C’est ainsi qu’elles y sont rangées pendant la tenue de la foire de Beaucaire, pour laquelle j’ai vu plus do 4oo bàtimens stationnes dans cette partie du Canal qui a offert, pour l’aflluence extraordinaire de cette foire, des avantages que l’on ne saurait trop apprécier.

L’écluse de prise d’eau du Canal de Beaucaire, dans le Rhône, est non-seulement l’ouvrage le plus remarquable de ce Canal, mais elle doit fixer particulièrement l’attention, parce qu’elle donne la solution la plus satisfaisante des divers problèmes ou difficultés que présentent, et les prises d’eau et les moyens d’assurer leur conservation , ainsi que la liberté des embouchures des Canaux dans les fleuves ou rivières auxquelles ils aboutissent.

Nulle part ces difficultés ne pouvaient se présenter d’une manière plus formidable. Ou connaît et l’impétuosité du Rhône , et les ravages trop ordinaires de scs crues, que nous avons dit aller jusqu’à 6",5o au-dessus des basses eaux. Cependant ces difficultés ont été si victorieusement surmontées, que, Don-seulement l’écluse de prise d’eau n’a souffert aucune dégradation depuis 1811, époque de sa confection et de la navigation du Canal, mais encore l’expérience acquise par la navigafoD,

depuis ce temps, a prouvé qu’on n’uurait rien pu làirc de mieux pour ce bel ouvrage, que ce qui a été exécuté.

La première condition à remplir était la direction de l’entrée de cette écluse; M. Ducro3, alors inspecteur général des Ponts et Chaussées, proposait de la diriger en amont dans la direction du courant du fleuve, ou au moips dans une direction perpendiculaire à cc courant; il fondait son avis sur les dépôts qui se formeraient inévitablement devant les portes busquées, dans l’espace ou les eaux sc trouveraient stagnantes, si la direction de l’entrée était en aval; niais on rejeta la direction en amont, en objectant qu’on ne pouvait se dissimuler, à la vérité, le dépôt des vases pour la direction en aval, mais que, pour 1a direction de l’entrée en amont, ou aurait des amas de gravier beaucoup plus difficiles à débarrasser, et que, de plus, on aurait à craindre et le choc des glaces ou corps flottans contre les portes, et même pour les bateaux, l’inconvénient de manquer l’entrée par la rapidité du courant, ou de sc briser contre les musoirs qui terminent les quais. Il y avait de plus encore la difficulté de la sortie pour passer de l'écluse dans lufleuve, contre la rapidité de son courant. L’inconvénient de manquer l’entrée, sur un fleuve aussi rapide, était encore plus sensible (quoiqu’offrant moins de dangers) pour la direction perpendiculaire de cette entrée au fleuve; et cet inconvénient devait être d'autant plus observé, qu’il a fait seutir, au Canal de Givors embouchant dans le même fleuve, la nécessité de construire une deuxième embouchure, dont l’entrée fût en aval, et qyi a été construite pour suppléer aux diflicultés de l'embouchure existant perpendiculairement au courant.

On se décida donc pour la direction en aval, et l’on observait, po»r l'appuyer, que lorsqu’on veut arrêter un bateau, sur un fleuve aussi rapide, les bateliers le font virer sur luftnême et l’assujettissent ensuite par des amarres; et cette manœuvre, qui s’effectue sans le moindre danger, dispose avec facilité l’entrée du bateau dans le Canal.

La même facilité existe pour passer de l’écluse dans le fleuve, en ayant soin que le bateau entre la poupe en avant, du bassin dans l'écluse; de-

sorte qu’en en sortant, et entrant dans le fleuve , il se trouve tout disposé

à le remonter.

Ces considérations étaient d’ailleurs appuyées sur des exemples existons, notamment pour les Canaux du Pô, de l’Adige, de la Brenta, dont les embouchures sont dirigées en avaL En construisant le Canal de Briare, on avait dirigé en aval l’embouchure en Loire; à la vérité, dfs ensablemens successifs ont obligé de porter cette embouchure beaucoup plus bas dans la Loire; mais la direction eu aval a été couservée, et cette emboechure, lorsque les eaux deviennent fortes, reste toujours préférée, quoiqu’il environ 800 toises plus bas que celle dite de Bars ban , que les propriétaires de ce Canal ont fait construire depuis quelque temps, perpendiculairement au fleuve, pour assurer la liberté de l’entrée du Canal lorsque les basses eaux font éprouver des obstacles à l'embouchure en aval, à cause des dépôts qui s’y forment, et pour lesquels on a vu, en parlant de ce Canal, l’emploi favorable qu’on pourrait faire des chasses d’eau analogues à celles qu’on opère à la prise d’eau du Canal de Beaucaire, par te moyen que l’on va décrire.

La direction en aval de l’écluse fut donc ainsi décidée, et fou s’occupa de la construire conformément à cette disposition.

Comme cette écluse de prise d’eau, dans un fleuve aussi grand et aussi impétueux que le Rhône l’est à Beaucaire, est l’ouvrage de cette nature le plus important et le plus difficile qui ait été exécuté en France, je pense qu’on verra ici avec quelqu’intérét les principaux détails de sa construction, surtout en observant que je les dois a la grande obligeance de M. Pouzolz, ingénieur et chef des Ponts et Chaussées, qui dirigea les plans et travaux du Canal de Beaucaire, et auquel on doit de plus le projet jugé préférable pour le desséchemeul des marais voisins.

Ce sera d’ailleurs faire de lui Ife plus juste éloge que d’exposer l’étendue des difficultés qui se sont multipliées, et la manière dout il a su les vaincre.

Elles dépassèrent tout ce que l’on avait jro prévoir, parce que, pour les fondations qu’il fallut faire, on eut le plus souvent à foncer duos un

M — ijpd " * - ■ * i

DE FRANCE. 53g

soi d’alluvion compact et en quelque aorte imperméable, au-dessous duquel on trouvait un gravier accessible à toutes les tiltrations, et qui laissait alors échapper l’eau avec une extrême violence.

Pour procéder aux travaux de cette écluse , il fallut commencer par se mettre en défense contre les eaux du Rbône. On construisit à cet effet , le long du fleuve, un batardeau qui était élevé de à",3o au-dessus de letiagc du fleuve , ce qui était suffisant pour se mettre à l’abri contre les crues les plus ordinaires. Mais sans se dissimuler que ce batardeau restait submersible dans les grandes inondations, la différence des basses aux hautes eaux allant alors jusqu’à 6“,5o , cette considération avait fait projeter une chaussée de défense en arrière de l’emplacement de l’écluse , pour préserver la ville , la plaine et le Canal qui était déjà fait jusqu’à Beaucaire ; mais M. Pouzokz suppléa à ce moyen dispendieux , en sc servant d’une ancienne digue qu’il remplaça ensuite par la construction du pont qui est à l’extrémité de la chambre d’aval et des chaussées- d’avenue de ce pont , après avoir eu l’attention d’en fermer hermétiquement l'arche.

Ce premier ouvrage , quoique sép iré du Rhône par un large terreplein , exigea des épuisemens plus considérables que ceux qu'il fallut employer ensuite pour le sas, la chambre d’amont des portes d’écluse et les quais. On y employa jusqu’à quarante-quatre vis d’Archimède, qui heureusement n’avaient à élever les eaux qu’à deux mètres, parce que M. Pouzolz avait eu la précaution de faire creuser, dans remplacement du bassin , une rigole qui , dégorgeant les eaux dans le contre-canal de ^uclic, avait dispensé d’établir un double rang de pompes, ce qui de plus avait permis de conserver la navigation du Canal,, dont le produit a fourni à une partie de 1a dépense.

Les maçonneries furent fondées parties par paFties, parce que'quand les déblais étaient parvenus au gravier sur lequel on devait établir les fondations, les filtrations devenaient si abondantes, que les pompes n’eussent pu suffire ; heureusement ces filtrations diminuèrent à mesure que l’on se rapprocha du fleuve , parce que le banc de gravier sc trou-

f)io

CANAUX NAVIGABLES vait plus bas , et était recouvert par un limon si compact, qu’il en était en quelque sorte imperméable, et qu’il suffisait d’une épaisseur de ao centimètres pour s'opposer à toute filtration.

Le Lâtardcau dont nous venons de parler fut construit avec les plus grandes précautions. Il était composé d’un double rapg de pieux joinlifc, quijpénctraicnt jusqu’au-dessous des plus basses fondations. Ils étaient entretenus par des entre-toises, par un double rang de moises, et consolidés en outre par un autre rang de pieux en arrière, à quatre mètres de distance l’un de l’autre. On avait dégravoyé l’intérieur jusqu’au niveau des fondations , et même plus bas dans quelques parties; mais malheureusement, par excès de précautions, on avait commencé à mettre dans le fond une couche de béton d’environ un mètre d’épaisseur, et on avait achevé de le remplir en bonne terre glaise. Cependant, avant que la totalité du sas de l’écluse fut fondée , ce bàtardeau , qui paraissait d’une solidité à toute épreuve , fut rompu sans néanmoins qu’il y eût eu autre chose .que sept à huit pieux un peu dérangés dans leur fond. M. Céard, inspecteur général des Ponts et Chaussées, avait, ce jour- là même, remarqué sa grande solidité.

En cherchant la cause la plus vraisemblable d’un accident si étonnant et si imprévu , M. Pouzolz a cru devoir PaUribuer à un travail de castors , au-dessous de la couche de béton; ccs animaux, que l’on avait vus souvent tout près de' là , ne pouvant se loger ailleurs , parce qu’il y avait un mur de quai sur la rive droite , et un banc de gravier sur la rive opposée : leur travail avait produit uue légère excavation sous la couche de béton, qui , formant alors plalc-bandc dans cet endroit, se rompit par son propre poids et par celui de la glaise dont elle était chargée, ce qui occasionna le subit affaissement de la glaise et l’introduction immédiate de l’eau dans l’intérieur. Il en résulta une augmentation considérable de dépense.

M. Pouzolz, en voulant bien me communiquer ces détails, me faisait remarquer combien il importe de ne pas employer deux matières différentes dans l’intérieur d’un batardeau , car s’il n’y eut eu que de la glaise,

t DE FRANCE. 34*

elle se serait affaissée à fur et mesure des affaissemens qui auraient etc opérés au-dessous, et on y aurait facilement remédié.

Les dépenses qu’exigea ce 'batardeau montèrent à environ 4oo,ooo fr. On y jeta plus de quatre cents sacs de glaise pour boucher les renards ( fissures qui donnent passage à l’eau ) qui s’y- étaient formés.

• Cette écluse de prise d’eau se rattache au Rhône par des murs de quai qui longent ce fleuve , conformément à la décision prise comme bn l’a exposé pour sa direction en aval. Elle forme, avec ces murs, un angle de 55 degrés, et communique, par son autre extrémité, au bassin que i’on a déjà décrit, et dont la direction est perpendiculaire au cours du fleuve.

D’après oes dispositions, le sas de cette écluse fut décrit par deux arcs de cercle concentriques de i5 degrés, et avec un rayon de 6g mètres de -longueur moyenne. La largeur eDtre les portes est, comme pour les autres écluses, de 6“,66; celle du sas est de S", 55. Ce sifrplus de largeur a été pris du côté du bajoyer de droite , par la nécessité de faciliter l’entrée des barques. La longueur du sas est d’un peu plus que 5o mètres; la hauteur des bajoyers, au-dessus du radier, est de g“,5o, dépassant de 86 centimètres le niveau des plus hautes eaux.

Cette hauteur est rachetée par deux paires, de portes placées les une? au-dessus des autres. Les portes inférieures servent habituellement seules pour la navigation; les portes supérieures ou d’inondation ne servent que dans les hautes eaux : celles-ci sont manœuvrées avec leurs flèches , mais les portes inférieures ne. peuvent l’ètre qu’au moyen de cabestans avec des poulies de renvoi, dans lesquelles passent des cordes arcrodhées à l’extrémité supérieure du poteau busqué. Leur manoeuvre est ainsi très facile, et la direction de l’écluse en aval du fleuve est on ne peut plus favorable à l’entrée et la sortie des barques.

. Il restait encore une condition indispensable à remplir , c’était de maintenir la liberté de l’entrée de celte écluse dans le Rhône, malgré l’inconvénient des dépôts vaseux qui se forment à l’entrée de l’écluse, en amont et même dans l’intérieur du sas. Cet inconvénient, qui avait été prévu. Tome II. * . 44

se trouva encore par l’expérience tellement au-dessus de ce que l’on aval! présumé, que tout moyen de draguage eût été insuffisant f malgré les plus grandes dépenses. Pour y suppléer eC remplir le but qu’on voulait atteindre, on a employé un moyen dont l’effet ne laisse rien à désirer , dont la simplicité et le peu de dépense rendraient l’application la plus efficace et la moins dispendieuse que l’on puisse obtenir, pour maintenir la liberté des embouchures des Canaux, en balayant avec célérité les dépôts de vases et graviers qui y sont habituellement formés par chaque crue des fleuves ou rivières où aboutissent ces embouchures.

Il s’agit de chasses d’eau de la plus grande énergie, produites au moyen d’un simple barrage en poutrelles mobiles, dont voici la description :

On a pratiqué des rainures en amont de la chambre des portes de l’écluse ; quand on veut établir la chasse d’eau, on lait glisser dans ces rainures des poutrelles en sapin qui ont 7",a6 de long , et 35 centimètre» d’équarrissage. Elles sont munies à leurs extrémités d’un crochet de fer, pour aider au besoin leur manœuvre , au moyen d’une corde qui s’attache à ces crochets.

La pesanteur spécifique de ces poutrelles étant moindre que celle de l’eau , elles ne s’enfoncent qu’à fur et mesure que celles qui sont inférieures acquièrent la surcharge de celles posées au-dessus d’elles, et on est même obligé, pour fixer le barrage, de surcharger la poutrelle supérieure par des poids suffisant pour faire porter la poutrelle inférieure au fond et l’y maintenir.

Lorsque le barrage est ainsi établi , on ouvre les perluis ou tambour» de fuite pratiqués dans l’épaisseur des bajoyers pour laisser échapper l’eau , jusqu’à ce qu’on ait obtenu une différence de niveau de trois à quatre pieds , qu’on ne dépasse pas pour ne point trop augmenter la pression que produit la charge de l’eau , et parce que cette différence de niveau suffit pour opérer une chasse d’eau très forte. '

Alors on ôte les poids qui avaient été mis pour maintenir les poutrelles immergées jusqu’au- fond; on soulève la poutrelle supérieure au moyen des cordes que fon passe dans les crochet» placés à cet effet à ses deux

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extrémités, et l’on a soin d’arrêter l’élévation des poutrelles au degré convenable, pour que la distance qui s’établit entre la poutrelle Inférieure et le fond ou le radier, ouvre passage à la chasse de l’eau pressée par la différence de uiveau. Cette chasse d’eau, par la force de sa rapidité, balaye et entraîne les dépôts de vase ou de gravier, souvent très élevés, qui s’étaient formés en avant des portes par la quantité de troubles que le Rhône charie dans ses crues. A la vérité, ces dépôts se trouvent ici eatraînés dans le sas de l’écluse , 'mais on les en chasse au moyen de barrages semblables , qu’on établit entre les murs des bajoyers de l’écluse ; la seule différence est que les poutrelles ont alors 8*,g3 de longueur, en raison de l’espace qui sépare ces murs.

En manœuvrant pour ces barrages comme on vient de le voir pour celui qu’on vient de décrire , les vases sont transportées dans le bassin en aval dont on a parlé, et elles eu sont facilement enlevées au moyen d’un ponton. Toute cette manœuvre u’exige qu’un jour. M. Pouzolz avait donné le plan d’un treuil pour effectuer cette manœuvre des poutrelles , mais ou n’eu a pas même eu bcsoiu . On se contente de placer un madrier qui va d’un bord à l’autre du barrage, et sur lequel on se place pour agir.

Celte chasse, à la prise d’eau du Rhône, s'effectue avec le succès le plus complet. La facilité , et surtout l’efficacité d’un procédé aussi peu dispendieux , en rendent l’application désirable pour les embouchures de Canaux, où la navigation est si souvent contrariée, et même paralysée j>ar les dépôts dont on a déjà parlé, et pour lesquels l’effet du draguage, toujours très dispendieux , ne peut se comparer à l’effet énergique des chasses d’eau que l’on vient de décrire.

En voyant les effets de ces chasses d’eau, et les énormes amas de vase qu’elles font disparaître, et en y comparant les peines, le temps et la dépense que j’avais vu employer ailleurs pour des draguages, qui le plus souvent encore ne faisaient que diminuer temporairement les obstacles sa us les faire disparaître, je suis resté persuadé que sans ce moyen, ou

tout autre équivalent , il aurait fallu abandonner l’écluse de prise d’eau ,

qu’on est obligé de nettoyer plusieurs fois dans une année (j).

C’est ainsique se trouve résolu, d’une manière positive, le double problème de la direction la plus convenable pour une prise d’eau dans les fleuves, ainsi que de la certitude d’en maintenir toujours la liberté et le service, et enfin, d’avoir le moyen le moins dispendieux et peut-être le plus efficace, pour faire disparaître , par des chasses d’eau, les obstacles que présentent , aux embouchures de presque tous les Canaux dans les fleuves, les dépôts de vases ou de gravief que presque toutes les crues déposeut à ces embouchures, en les rendant ainsi impraticables pour la navigation.

Il est superflu d’expliquer que les chasses d’eau que l’on vient de voir s’effectuer avec tant d’énergie pour un Canal de dérivation , en se servant de l’eau d’un fleuve dans une direction autre que celle du courant ( ce qui diminue toujours l’effet de la pression ), s’effectuerait avec le même avantage pour les Canaux à point de partage, an moyen d’un barrage à poutrelles, en aval des portes d’en bas de la dernière écluse, qui retiendrait l’eau jusqu’à la hauteur qu’on jugerait convenable; il est à remarquer que le dernier bief qui fournirait l’eau a toujours assez d’étendue pour servir de garre aux bateaux, et qu’on pourrait, le plus souvent, y diriger momentanément les eaux des rivières qui se trouvent habituellement voisines des embouchures. On doit observer, pour ces chasses d’eau, que leur force initiale serait toujours en raison de la hauteur du barrage qui pourrait s’élever jusqu’à celle des portes de garde , et des levées qui , près les embouchures des Canaux , doivent être au-dessus des plus hautes eaux dans les plus fortes crues ; qu'aiusi cette force ini-

(i) Ce moyen n'aurait pu être supplée par de» buses découpes dont on avait aussi eu Vidéo; effectivement , la pression de Veau eût élc si forte, qu’il en serait passé à travers ces buses une quantité telle, qu'il aurait été impossible, vraisemblablement, de vider le sas.

liale pourrait être calculée d’après une pression qui pourrait aller jusqy’à 4 ou 5 mètres de hauteur, et que l’effet de ces chasses pour les Canaux à point de partage, serait encore favorisé par la direction de l’embouchure en aval, c’est-à-dire dans le sens du courant du fleuve.

On a dû insister, ici sur cette circonstance, parce qu’on a l’occasion de la rappeler dans la plupart des descriptions de Canaux.

De tels résultats méritent assurément les cncouragcmcns du Gouvernement, et ici cet encouragement devient en quelque sorte une justice, quand on reconnaît les difficultés qui ont été surmontées , et à quel point les dépenses ont dépasse" les devis d’après lesquels ce Canal avait été entrepris. *

• On devait s’attendre à des frais d’épuisement extraordinaires *pour chaque écluse du Canal, d’après la nature et la position du sol oii on les établissait, et les concessionnaires auraient pu s’effrayer, quand en dressant l’état des dépenses faites depuis le î" vendémiaire an VI (aa septembre 1797) jusqu’au 1" janvier 1806, ils reconnurent qu’elles montaient à 3,6oa,8a6 fr. 10 cent. , et cependant on n’avait encore exécuté ni le bassin de Beaucairc ni l’écluse de prise d’eau. La seule écluse de Nourrignier avait occasionné une dépense de. 309,379 francs d’épuisement, l'eau ayant jailli avec tant de force quand on creusa pour établir la fondation, qu’elle entraînait tout ce qu’on voulait lui opposer. Les dépenses des fondations furent proportionnelles, de sorte que celte écluse coûta seule 5a3,ooo francs, y compris les frais d’épuisement dont on vient de parler, ce qui est décuple des dépenses ordinaires d’une écluse. Cependant, des causes de découragement aussi sensibles n’arrêtèrent point le zèle de la compagnie; elle eut la sagesse de reconnaître ce que l’inhabileté, peut-être même l’inexactitude de plusieurs de ceux qu’elle avait employés à exécuter les travaux, avaient pu donner à l’accroissement de dépenses aussi ^normes; il est certain qu’avant changé les agens et ouvriers qu’elle pouvait croire-inhahiles et’ même inexacts, les travaux qui ont été exécutés depuis, par des agens dont cite n’a eu qu’à se louer, ont etc incomparablement moins dispendieux.

Mais cet exemple n’eu est pas moins un de ceux qui prouvent que les concessions temporaires ne sont jamais proportionnées aux encouragemens , même aux indemnités que réclahient dans l’intérêt général un genre d’entreprise qûi demande toujours des avances aussi importantes , une rare réunion de connaissances, et le zèle le plus louable, car ses effets sont encore plus sensibles pour la prospérité de l’Etat que pour l’utilité particulière.

Je crois devoir ajouter Ici que je suis étranger à tout intérêt dans le Canal de Beaucaire, que je ne connais même aucun des associés, et qu’ainsi le seul motif qui ait pu me guider dans l'observation que je viens d’émettre est une considération d’intérêt public.

Effectivement, des circonstances qui n’eussent été qu’embarrassantes avec une concession à perpétuité, auraient pu être ruineuses avec une concession temporaire qui exclut nécessairement les principales ressources du crédit ; et si l’on eût vu l’entreprise du Canal de Beaucaire abandonnée comme ruineuse avant même d’avoir commencé les travaux de l’écluse de prise d’eau , qui semblait l’article de dépenses le plus inquiétant, l’État, c’est-à-dire l’intérêt général, se serait peut-être vu privé, par un découragement trop motivé, de ce Canal , qui devenait de jour en jour plus indispensable par la progression des obstacles qui paralysaient la navigation aux embouchures du Rhône. L'art pour la construction des Canaux aurait aussi pu être privé des expériences et des applications utiles que lui a offert l’écluse de prise d’eau dans le Rhône, ainsi que nous l’avons détaillé.

On n’aurait point eu cette communicatiou assurée par l’intérieur entre Lyon et Bordeaux, dont tes avantages s’accroissent de jour en jour, puisqu’un bateau parti de' Lyon pourra arriver en dix jours à Bordeaux, ainsi que nous l’avons déjà dit à la fin de l’article précédent, que nous *Vons terminé par le détail des améliorations que l’on exécutait pour CCtte navigation, notamment pour le Canal des étangs, et pour l’établissement d’un Canal latéral à l’étang deMauguio.

11 est à observer que, pour aller de Bordeaux à Lyon , il faut calculer

• • DigitizecLhg-Gg

le temps qu’exige de plus la remonte du Rhône depuis Beaucaire : mais on n’en sent pas moins combien cette communication est importante en temps de paix, et quelle le deviendrait bien aulfement en temps de guerre.

" Les plantations soignées qui existent déjà sur la majeure partie du développement du Canal de Beaucaire offrent on ornement remarquable de plus au beau pays qu'il parcourt. Nous ne devons point quitter l’article du Canal de Beaucaire sans parler de l’opération importante du dessèchement des marais compris dans la concession.

Ces marais sont des empiéletnens faits sur la mer, par les allcrrjssemens progressifs du Rhône et des lorreus du Vislre'et du Vidourle. Ces atterrissemens eussent été encore plus considérables, peut-être même n’aurait-on eu qu’une plaine fertile au lieu de marais, si les inondations du Rhône n’avaient été réprimées par la digue de défense, dont l’efleta été, comme on l’a vu , d’clevcr de plus de deux mètres le terrain situe entre cette digue et le fleuve, en y concentrant les inondations ; de sorte que , par suite de cette élévation progressive, il.faudra ou donner une nouvelle issue au petit Rhône en rompant ccttediguc, ou l’élever considérablement, pour qu’elle continue de préserver la plaine fertile de Beaucaire.

Plusieurs projets avaient été présentés pour le dessèchement de ccs marais , aux États de Languedoc , qui y portaient une grande sollicitude ; mais, depuis, on a distingué comme préférable le projet de M. Pouzolz, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées , attaché au Canal de Beaucaire , et qui eu dirige les travaux avec un talent très remarquable.

M. Pouzolz, dans un mémoire intéressant, et d’après des nivcllemens de la plus grande exactitude, a divisé ces marais en deux classes. II appelle marais supérieurs ceux dont le niveau, étant au-dessus des basses eaux de la mer , peuvent êt|e desséchés par écoulement. Les autres , qu'il appelle marais inférieurs, ne peuvent être desséches que par atterrissemens, évaporations et épuisemens.

Le projet de M. Pouzolz, pour ces derniers, est principalement basé sur cette observation importante, que les eaux pluviales qui tombent

3i8 CANAUX NAVIGABLES

sur une superficie déterminée, n’ont besoin, pour être évaporées, que d’une superficie éga|c au,quart du versant. Cette observation était le résultat des expériences faites sur divers étangs, par MM. Pouzolz et Bouvier, dans les départemens de l’Aude, de Vaucluse et de la Drôm^|

M. Pouzolz, d’après cette considération, propose d’isolcr les marais des eaux de la mer et de celles du Vistre et du Vidourle , ce qui se ferait avec la plus grande facilité, eu élevant à une hauteur convenable les francs-bords du Canal.

On creuserait alors une rigole de ceinture qui environncrail^les marais, recevrait les eaux des terres environnantes, et les évacuerait dans le Canal de Beaucaireà Aigues-Mortes, au moyen de déversoirs à clapets, qui se refermeraient aussitôt que les eaux du Canal menaceraient d’entrer dans les marais. ...

Alors les eaux pluviales , tombant dans ces marais , se rendraient dans leur partie la plus basse, qui est l’étang de Scamondre, et y occuperaient un espace égal au quart de ’a superficie du versant total, ce qui est la condition reconnue suffisante à l’évaporation, à laquelle on peut joindre encore cette observation , quêtant que les eaux rendues dans l’étang de Scamandrc ou dans te contre-canal qui les y conduit seront plus élevées que celles dc-la mer ou que celles du Canal, on pourra les évacuer au moyen des déversoirs à clapets dont on vient de parler. Les infiltrations doivent encore être calculées pour beaucoup, dans un terrain tel que celui de ccs marais , dans les nombreux fossés qui devront les couper pour faciliter l'écoulement des eaux , et dans le contre-canal qui les conduira à l’étang de Scamandrc.

L’étendue des marais q.uc M. Pouzolz propose de livrer ainsi à l'agriculture est de i5,5ia hectares, dont 6,o56 doivent être mis à l’abri de toute submersion , et 7,486 seront encore sujets à des submersions momentanées.

La rigole de ceinture projetée par M. Pouzolz présente encore l’avantage des irrigations, qui dans un climat aussi chaud seront désirables pour les prairies qu'on voudra établir dans les parties converties eu cul-

turc, et Ton connuilles effets inappréciables des irrigations que l’on pratique dans un climat pareil avec les eaux de la fontaine de Vaucluse et de la Durance, et celles du Canal de Craponne, qui a converti en une plaine de la plus grande fertilité une étendue de vingt-quatre lieues carrées, que son affreuse stérilité avait fait appeler Campus lapideus.

te zèle déjà si bien prouvé de la compagnie , et les tulens distingués de M. Pouzolz , donneront sûrement pour ccs dcsséchcmens un nouvel exemple des cncourageniens que ce genre d’entrejHisc mérite, et des avantages qu’il assure. * «»’•'.* * / ■

Le Canal de Beaucaire affranchit la navigation dcsob.ttaclcs et des dangers qui s’accroissaient pour le passage des bouches du Rhône. 11 assure entre Lyon et Bordeaux une cortnnunication navigable remarquable par sa célérité et sa commodité, et ect avantage sc reporte encore à la communication du Rhin avec Bordeaux, ainsi qu’on vient de le voir. Il rattache son utilité à l’importa ncc de cette belle ligne navigable entre la Mediterranée et les mers du Nord, par l’intérieur de la France, qui noos occupe ici. ' * ■

L’entière confection de cçtte ligne navigable doit ajouter de nouveaux avantages à ceux que présente déjà le Canaldc Beaucaire , et l’on pcutÔire qu’ators la foire de oette ville, déjà si célèbre, sc trouvera sans rivale lorsque les peuples commerçans du No Al pourront s’y rendre et y effectuer leurs envois et leurs retours, en faisant en peu de jours le trajet de cette ligne navigable par l’intérieur de la France, qui leur évitera la longueur et même les dangers de l’immense détour qu’il leur faut faire aujourd’hui par la vote de mer.

t , . • CAN'AJL DE GIVORS.

Quoique nous nous soyons proposé de ne parler, dans cette partie de l'Ouvrage, que des Canaux existons qui font partie de la ligne navigabio du nord au midi de la France, nous allons décrire ici le Canal de Givors, qui s'embouche dans ccttc ligne navigable, parce qu’il peut-prouver l’utilité des cmbrancheniens qù’ellc déterminerait à établir par les grands Tonie IL 45

avantages quelle leur présenterait. On peut s’en faire une idée en se-

rappelant ce qui a été dit au sujet des quarante-cinq embraoehemcii»

qui se sont rattachés successivement à In ligne navigable de Londres à.

Liverpool.

Le Canal de Givors prend son nom de la petite ville où il s'embouche dans le Rhône, à cinq lieues au-dessous de Lyon, en partant de Rive de Cier , autre petite viilc environnée de montagnes qui contiennent de» mines de charbon de terre qui paraissent inépuisables.

Ce Canal fut entrepris non-seulement comme devant offrir un débouché nécessaire à çcs mines de. charbon , mais encore pomme devant être la première partie d'un Canal qu’on désigna sous le. nom de Canal du- Forez. , - . • •

Le projet pour le Canal du Forez, était d« remonter jusqu’à Saint- Etienne , qui est environ dis inities plus haut que Rive de Gier , en passant par Saint-Cbamont et côtoyant la petite rivière de Junon.

Ce Canal devait servir de débouché, ainsi que celui du Giyors, aus

nombreuses mines de charbon de terre du pays, et comme le . Canal du centre n’était point encore construit, on avait de plus, le projet de Faire descendre le Canal du Forez vers la Loire, en passent près de Saint- Prieste, à trois milles de Saint-Etienne, pour le terminera Suint-Rambert, qù commence la navigation de la Loire, et qui est environ neuf milles au-dessous de Suinl-Priestc.

Zacharie, maître horloger à . Lyon, proposa au Gouvernement, err juillet 1751, de construire le Canal entre Givors et Rive de Gier, enexposant qu’il avait passé sept ans en peines et recherches pour assurer sa confection. Il fit commencer les travaux en 1763; ki concession r qui lui fut préalablement accordée, n’était que pour quarante ans, parce qu’on se faisait une grande illusion sur le» frais de construction , qu’on n’évaluait qu’à 65a,ooo francs, et sur lesquels Zaebarie espérait économiser s5o,r>oo francs, en se dispensant d’exécuter d’abord toutes les écluses en maçonnerie , ©n se croyant encore dispensé de faire des réservoirs, d’après la quantité d’eau qu’il prenait dans le Gier, et ensub-

DE FRANCE. 35i

stituant , au* portes d’écluses ordinaires , des portes à bascule d’usé seule pièce , arrêtées par deux pivots tourillons au rez du radier , en hors d’oeuvre des montons verticaux contre lesquels la porte appuyait quand elle était fermée. On voit par la que leur manœuvre «lait à peu près semblable à cetie des stop-gates shv les Canaux d’Angleterre ; mais on a vu que oel!es-ci agissent spontanément en obéissant à la pression de I’cau , et on peut juger des difficultés que présentait la manœuvre. des portes à bascule de Zacharie , qui au contraire devaient agir et résister contre la poussée de l’eau. Aussi furent-elies abandonnées, malgré la prévention et les dépenses que leur auteur mit â leur usage. Zacharie prouva , en formant cette entreprise ( dont une sage administration a rendu depuis le succès des plus remarquables ), combien les illusions, pour ces sortes de travaux , peuvent être déplorables, et combien il est essentiel de s’en garantir.

Ayant cru pouvoir se passer d’une compagnie, il fut trompé par scs ouvriers , trouva des causes de ruine dans ses prétendues économies , Art exposé à de nombreux procès , et mourut de chagrin en 1 768, n’ayant fait qu’ébaucher environ une Heuede son Canal, qui contenait huit écluses, et qui lui avait coûté i5o,ooo francs. . • •

If laissa sept enfans, avec leur mère, q*i’d fit son -héritière. Cette femme, aussi probe que son infortune mari, accepta sa succession pour faire honneur à sa mémoire; mais, encore chargée dè dettes après avoir épuisé scs ressources, elle ne survécut tjue deux-ans. Son fils aîné travailla, du vivant mémo de sa mère, à fermer une compagnie pour con-* » tinuer te louable entreprise de son père.

En 1771 , un nouveau devis, dressé par les ingénieurs, estima les dépenses à faire à 570,000 francs; savoir : 45o,ooo francs pour la construction de la partie qui restait à faire; 56, 000 francs pour celle du réservoir qui devait contenir les eaux nécessaires au Canal et à ses rigoles; et enfin 64, 000 francs pour les changcmens à faire dans lu partie déjà construite.

Il sc forma alors une compagnie qui partagea l'intérêt total en 72 ac ?

CANAUX NAVIGABLES lions, dont uo furent attribuées à Zacharie fifs, mais avec la clause d’être employées aux dépenses en cas d’insuffisance des fonds produits; 4o autres de ces actions, de chacune 1 5, ooo francs , formèrent Iss fonde pour subvenir aux dépenses; 10 autres actions étaient employées pour satisfaire d’anciens créanciers, et a dirent attribuées aux ingénieurs.

Les ao actions attribuées à Zacharie (ils furent bientôt absorbées , car les dépenses excédèrent de beaucoup les devis, quoique fuites avpc une économie telle, qu’il fallut ensuite refaire çn partie les écluses. Ainsi la famille Zacharie ne conserva rien de cet héritage, qui avec plus de prudence, et la formation d’une compagnie* aurait pu être pour «Me s* honorable et si. ulHe. . . . ... ' ,

Le Canal de Givors a 8,555 toises ( 16,2 il piètres) de longueur; s» largeur commune est de. a 4 pieds ( 7“, 79 ) au plafond, et de 56 pieds (Hi",f>9)à la ligne d’eau; sa profondeur est de 5 à 6 pieds. II a t8 écluses pour racheter a55 pieds ( 8a mètres ) de pente. .

Dans la construction primitive, ces écluses variaient, dans leur hauteur, depuis G pieds jusqu’:» 1 a- pieds , parce que dans le tracé de ec Canal, qui longe en grande partie le cours du G«ier, On a suivi à peu près le profil ou la penle rapide de ce torrent, qui est triple de celle du I\hôner et s’accroît en remontant vers sa source, suivant la loi commune des grands courans d’eau naturels. ‘

Ces écluses avaient 75 pieds (a-* mètres ) de long, et i4 pieds de large; leur construction primitive, généralement fajto eu briques et avec trop d’économie, a présenté de grands incoirvénicns pour lu solidité; mais la bonne administration de la compaguic qui possède acluellementce Canal, fait disparaître progressivement les vices.de la construction primitive.

La grande inégalité de la hauteur de ces écluses doit surtout fixer sou attention par l’excès des dépenses d’eau quiet) résultent, et par les in convenions attachés au passage et à la manœuvre, ainsi qu’aux dépenses et aux chances d’acoidens des écluses qui ont une trop grandp élévation.

Ce Canal a cinquante -cinq ponts pour bêtes de somme, et cinq, aqueducs; fl a un souterrain taillé dans le roc. (le Gneissc), à la

montagne dite deTartaras. Ce souterrain a 80 toises (i55 mètres ) de long, i5 piuds de haut, 18 de large; le.halagc s’y fuit au moyen de rampes placées horizontalement dans sa longueur. •

Le -conrs du Canal, e?t , dans sa plus grande. partie, très pittoresque , se trouvant pratiqué dans les .rochers escarpés au bas desquels roule le torrent do Gier, de sorte qo’iî parait comme suspeudu au-dessus de ce torrent Cette circonstance a beaucoup ajouté aux difficultés de la construction de ce Canal , à sçs dépenses, quoique le Gouvernement ait livré la poudre à 16 sous la livre, comme pour les ouvrages du Roi ; sou chemin de hulage se trouve, par suite de sa position, souvent réduit an Couronnement d'une levée presque à pic au-dessus du torrent qui , dans beaucoup d’endroits, ne laisse voir qu’à uue grande profondeur les cascades de ses Ilots à travers les quartiers de rochers qu’il a cliariés. Ce Canal avait deux prises d’eau dans le Gier , l’une prés de son origine , l’autre dans sa partie inférieure , pour alimenter les bicis bas.

La prise d’eau placée à son origine était suivie d’un vaste bassin qui forme réservoir, et ou l’eau arrive par une rigole qui a une partie souterraine de a6o toises ( 5o6 mètres); mais ces ressources en eau furent bientôt reconnues insuffisantes, et d’après la grande utilité que pouvait acquérir ce Canal par une navigation plus active, soit pour la compagnie qui le possédait , soit pour l’intérêt général , cette compagnie proposa au Gouvernement de rendre la concession du Canal illimitée, à la charge par ses propriétaires, de construire un barrage très dispendieux pour arrêter le torrent du Courson dans la partie de son cours la plus favorable à ce but , et établir ainsi un bassin ou réservoir à l’instar de ce que l’on avait £ùt pour le bassin de Suint-Féréol , au Canal de Languedoc, en barrant le passage du torrent de Laudot.

Celte proposilion reçut l’accueil favorable qui lui était dû; clic fut exécutée avec les plus grands soins. Les propriétaires surent reconnaître qu’iiayi’avaient rien de mieux à faire que d’imiter, sur une échelle moins grande et réduite d’après les localités , ce qui avait été fait pour établir le

beau bassin de Saint féréol , dont Itwr bassin et tout ce qui constitue

leur barrage présente effectivement la réduction la plus exacte:

Le torrent du Courson, qui part de la gorge des grands bois au nordouest du Mont-Pilat, et reçoit les nombreux versans dos montagnes élevées au bas desquelles il dirige scs nombreuses sinuosités* fut barré dans la partie la plus étroite de la vallée qu’il parcourt, par une chaussée de 720 pieds ( a55 mètres ) de long, composée par trois murs parallèles , qui ont chacun de 6 à g pieds d’épaisseur, dont les intervalles sont remplis par des terres et des corrois de glaise et un béton à chaux et à ciment. Les deux murs de soutènement ont 60 pieds (ig mètres) de haut ; le mur du milieu est encore plus élève , parce que le couronnement de celte chaussée présente de chaque côté On fort talus, pour que Peau pluviale 11e puisse y filtrer. Ce couronnement a 36 pieds (8",5o) de large; la base de la chaussée a environ 80 pieds ( a6 mètres).'

Les dimensions, la situation et la manœuvre des robinets sont proportionnellement semblables à ceux qu'on a vus pour ceux du bassin de Saiut Fcréol. I! y a, au-dessus de la partie inférieure de ces robinets, des grillages pour les préserver de rentrée de corps étrangers.

Les murs qui forment celte chaussée sont encastrés dans le granit, et présentèrent à cet égard des difficultés qui furent surmontées avec les plus grandesprécautions. E11 fondant le grand mur du milieu , on s’aperçut que le rocher de la rive droite était crevassé; on fit dans le rocher même une tranchée d’environ 3o pieds pour trouver le roc solide sans cfepasses.

Ce bassin contient a5o,oôô toiSes cubes "(1,850,970 mètres cubes) .d’eau, cl peut être rempli plusieurs fois dans Pannce , à cause de la grande quantité de versans que reçoit le Courson, et la hauteur des montagnes qui PaVoisinent. • ‘ ’ . "*

On donnera une idée des soins et des dépenses qu’a coûté ce barrage, en disant que Te pied cube de pierres, que l’on allait chercher au loin pour l’avoir de la meilleure qualité, est revenu, pour certaines parties, à

5o francs; il en coûtait 13 pour le transport de Rire de Gicr au barrage. Ce bel ouvrage, exécuté avec les soins les plus louables, a coùté^ environ 1,800,000 francs, avec 'es améliorations qu’il a déterminées.

Son eflèt est très rcmarqnable dans la gorge sauvage que forment les rochers escarpés au milieu desquels l’art a su le placer.

Une rigole, quia une partie souterraine d'environ Joo toises, conduit les eaux du barrage du Couraon au bassin qui Ibrmc la. tête oa commencement du Canal à Rive de Ctec* cl présente 110 port commode.

Une dépense aussi essentielle pour l’activité de la navigation, et aussi grandement exécutée, a eu, pourks propriétaires du Canal, les effets qu'ils devaient en attendre.

Les actions, qui furent réduites à 55 par l’abandon do celles du fils Zncbaric, et dont la mise de fonds originaire était de t5,ooo francs, ont

monté jusqu'à x 20,000 francs, peu de temps après la confection du barrage, et la dernière quia été vendue a monté jusqu a i5o,ooo francs. La majeure partie de ces actions appartient à des proprietaires de mines de charbon (1), qui ont éprouvé cHes-mèmcs un bénéfice proportionnel aux débouchés qu’elles ont acquis.

Le Canal transporte prés de 4,000,000 de quintaux de charbon de terre, tandis qu’avant qu’il fut établi on 11e transportait que ce que pouvaient porter deux cents mulets qui étaient employés journellement à cette destination.

(1) La reconnaissance doit une faire nommer, parmi eu», MAI. FIcur-de-Ly» frères, dont le bon accueil et l'obligeance ne m'ont rien laissé à désirer pour bien reconnaître et Ica détails du Canal çt la beauté de l'exploitation de leurs mines, dont le fonce inent excède 800 pieds et traverse plusieurs couches.

On doit à l'on d'eux, alors maire de Rive de Gier, U conservation du beau barrage dont oa vient de parler, et qtte, dans les cent jours, des «gens de Bonaparte voulaient faire crever pour opérer, dans la vallée étroite dn Gier, une inondation qui, par aa rapidité, n'aurait préaenté que lcITet destructeur d'un vaste torrent déchaîné pour quelques heures. La présence d'esprit et la fermeté de M. Fleor-do-Ly* sauva b la foi* le barrage at le pays, qui «àt pu être ravagé par sa rupture.

536 CANA.ÜX NAt IG ARLES

Le Canaf transporta en outre d'autres objets, tels que des Tins, des jylés, etc., et notamment des fers, qui viennent de Bourgogne pour les fabriques de Saint- Cbamond, et même de Saint-Étienne. H possède ù Rive de Gier de vastes et beaux magasins, qui servent de dépôt à ces sortes de marchandises , cl font encore l’objet d’uîi revenu intéressant. H a donné lien à l’établissement de belles verreries f mais son effet principal a été de donner à quelques-unes des inints de tiw-bon de Rive de Gier un développement qui présente une application utile des machines à vapeur, et divers procédés qui peuvent éncoinragèr féraulalion pour une branche de richesse publique qui peut devenir si importante pour noos. • ; ;

Ce Canal a deux embouchures dans le Rhône, pour l’une desquelles la chute de la dernière écluse a été divisée en deux sas , ce qui fait 29 écluses pour la totafilé du trajet, quand on passe par cette embouchure.

On avait commencé par établir l’embouchure, qui est perpendiculaire au cours du fleuve; mais les inconvénicns qu’on éprouvait, pour la manoeuvre des bateaux dans les hautes eaux, -détermina à construire une deuxième émbouchurc dirigée en aval , et faisant un angle de 3o degrés avec le courant dn fleuve , ainsi qu’on Ta dit du Canal de Beaucaire.

On a construit aussi , pour l’entrée de ce Canal , un beau port et un vaste bassin pour servir de gare aux bateaux. On a pris , pour les dimensions des portes des écluses, cl pour la haMcur et la solidité de diverses levées , toutes les précautions qu’exige le Voisinage d’un fleuve aussi redoutable qae le Rhône. , . . . . .

Mais les deux embouchures, malgré leurs positions différentes , sont encore souvent obstruées par la vase et le gravier que le Rhône charte devant leurs portes , dans les crues qu’il éprouve fréquemment.

On est obligé de recourir à uue machine à draguer pour rétablir le passage des écluses dans, ce fleuve. C’est pour chaque année uu objet notable de dépenses et un sujet d’interruption nuisible à la navigation. Il serait bien moins dispendieux et bien plus efficace , pour faire des chasses

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d’eau énergiques et nettoyer ainsi l’embouchure des écluses, d’établir en aval des portes un barrage à poutrelles mobiles en sapin, tel que celui qui est établi, et que l’on a décrit pour l’embouchure du Canal de Beaucairc, où les dépôts formés par le fleuve sont encore plus grands, et exigent par conséquent plus de force dans les chasses d’eau qui les balayent.

On peut se rappeler que, pour «balayer l’embouchure du Canal de Beaucaire, il suffisait d’établir une différence de niveau de 3 à 4 pieds rpour déterminer la pression qui opérait une chasse d’eau suffisamment énergique, en passant par-dessous les poutrelles , et ici on établirait facilement une différence de niveau beaucoup plus grande, en faisant usage de la dernière prise d’eau dans le Gier , pour élever l’eau au degré désirable dans l’intérieur de la dernière écluse et du barrage. Ce moyen si simple maintiendrait l’activité de la navigation, et éviterait non-seulement les inconvéniens qu’entraînent toujours les retards, mais encore les dépenses considérables qui résultent inévitablement des draguages.

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