‹ Des canaux navigables consideres d'une maniere generale, avec des recherches comparatives sur la navigation interieure de la France et celle de l'Angleterre; accompagne de cartes, profils, et dessins de machines et travaux d'art;Chapitre 68 sur 110 · Tome II · texte numérisé non relu

Tome II

rv

Adam de Crnponne (i) avait donné la préférence au Canal du Charotlais, d’après les avantages de sa position; il y avait travaillé sous le régne de Ilenri II. Les malheurs des temps firent perdre de vue ce Canal ; mais il prit une tout autre importance par rétablissement de celui de Briarc, au moyen duquel il pouvait réunir la communication des mers du nord et de la Méditerranée à la jonction qu’il offrait déjà entre celle-ci et l’Occan atlantique, par .les bouches de la Loire.

Aussi le cardinal de Richelieu , dès qu’il vit la confection du Canal de- Briore, en i64a, fit-il ordonner l’exécution du projet de M. Descure, intendant des turcies et levées de la Loire , qu’il avait chargé d’une mission spéciale pour le Canal du Charollais; il fit conclure aussitôt un marché qui n’eut point d’exécution, ce ministre étant mort le 4 décembre de cette même année.

Sous Louis XIV , le Canal dit de Bourgogne se trouva de nouveau en concurrence avec le Canal du Centre. M. Thomossin , ingénieur du Roi, fut successivement chargé, par le maréehal dé Vauban, par les États de Bourgogne , et ensuite par le duc d’Orléans , régent, de l’examen de cinq projets de Canaux qu’on présentait pour ectte partie de la France, et donna constamment la préférence a ce dernier Canal (a). Colbert en avait lait dresser le projet, et Louis XIV l’avait ordonne par lettres-patentes de j665.

Mais alors le Canal de Languedoc avait fixé foute l’attention du Gou-

(l) On lui doit le beau Canal d'irrigation qui porte encore son nom et qui est! on des plus remarquables qui existent; ce Canal a fertilisé plus de vingt-qustre lieues carrées d une plaine (pie sa stérilité faisait appeler Campus hipideus.

(a) Voici ce que le maréchal de Vauban loi écrirait an sujet du projet do Canal du Charollais : a 11 me parait que les plus grandes difficultés sent levées , puisque » vous ave * assez d'eau au point de partage. Vous êtes plus capable quaucuo a autre d’examiner on travail de cette nature, et d’eu faire le projet arec exaclia tode, précision et connaissance de cause ; vous m’ôbligerex beaucoup si vous a roules bien continuer à m'informer des découvertes que vous ferex à ce sujet, a et ce que vous remarquerez dans les grands nivellement auxquels vous m*

DE FRANCE. 35g

▼crncruent, et on ne donna aucune suite aux projets faits pour le Canal du Centre. M. de Louvois , devenu propriétaire des terres de Tonnerre et d’Ancy-le-Franc, qui devaient être traversées par le Canal de Bourgogne, voulut le là ire établir. 11 eu fit faire la visite par M. Delacour, ingénieur et directeur des Fortifications , qui constata dans son rapport qu’il n’y aurait pas assez, d’eau. Cet avis fut confirmé lorsque Colbert eût acheté la terre de Seigneluy, et qu’il eût fait pareillement visiter les eaux affluentes par les ingénieurs les plus habiles. ( Voir l’Histoire de la Navigation .de Bourgogne, page 60. )

MM. Thomassin et Expilly observent que le célèbre Biquet, auteur du Canal de Languedoc, ayant aussi vérifié, en 1676, les projets existans pour le Canal de Bourgogne, jugea de même qu’on ne pourrait se procurer des eaux suffisantes.

Cependant, après un siècle d’indécisions et de recherches, le Canal de Bourgogne fut déclaré praticable en «773. On fixa les parts respectives des dépenses du Gouvernement , des États de Bourgogne et des pays circonvoisins , et en 1775 l’on entama les travaux avec activité, et on y employa même des bataillons provinciaux pour les ouvrages de terrasse. *

Mais lts États de Bourgogne , qui étaient les plus zélés partisans de co Canal, ne tardèrent pas à se convaincre, par expérience , de l’insuffisance de tous les moyens présentés jusqu'alors pour une navigation utile. A mesure qu on exécutait des travaux , on éprouvait uc plus en plus les

« mandez que voua allez travailler de Long-Pendu ù la Saine d'un Cité, et à la a Loire de l’autre. Cette jonction aérait d’une conséquence infinie pour tout le a royaume et surtout pour ce pays-ci et le CharolLia, qui , au lieu d'être un paya s ruiné, deviendrait riche; les bois, tes vins, les denrées se débiteraient sveo a avantage et se transporteraient avec facilité; les terres, que les paysans laissent a incultes pour aller aux charrois, se travailleraient, et monscignenr le duc y a serait même très intéressé , par le débit qo'it aurait de plusieurs vastes forêts a qui ne lui rapportent pop un toi. a (Lettre du maréchal de Vaubau , Mémoire de M. Thomassin, page tai.)

56o CANAUX NAVIGABLES

incouvéniens de l’éloignement des matériaux, dé la difficulté de leurs transports, car on était obligé de faire venir les pierres de Tonnerre, sur une distance réduite de onze lieues (Œuvres de Perronet, page 444 ). On calculait davantage les dépenses d’un si grand nombre d’écluses , qui était presque double de celui des écluses du Canal de Languedoc (1). Eu

(1) Il faut aujourd'hui faire venir les pierres d’une dislance encore plus grande, Celles que l'on prenait à Tonnerre ayant été reconnues attaquables par la gelée. Les accidens sur les Canaux étant en raison du nombre de leurs écloses, on pouvait être effrayé de cet éloignement, d'ailleurs si dispendieux pour lcntretien, dont les frais devaient être bien supérieurs & ceux du Canal de Languedoc. O» avait aussi, dès lors , un exemple frappant de la différence des dépenses effectives arec l'évaluation qu’on en avait faite.

Ou navail estimé la dépense totale du Canal qua 10,808,376 liv. pour sa longueur totale de toises-, et lorsqu'il fallut réaliser les marchés pour 1a

seule partie du Canal, de Tonnerre il l'Yonne, qui n'était guère que le sixième de sa longueur et avait moins que le dixième des écluses, ils montaient 1 7, 1 79,000 liv. Cependant on n'avait point à calculer, pour cet espace, les dépenses énormes indispensables à la partie du point de partage. .

Ainsi, les travaux de celle partie du Canal qui, sur a3, 193 toises, comprend 4,6oo toises vers son extrémité, dans le lit de l'Armanron (lesquels n’exigent que ■ de faibles dépenses), furent adjugés , par le bureau des finances de la généralité de Paris, le a8 novembre 1777, savoir :

A Barthélemy Santoyr» , la première partie entre la Roclic et la ferme de Buclty, près Brinou, de

Pour la somme de. ;

A Jacques-Clément Fromentin la deuxième partie suivante, un peu au-delà du camp de César, de

Pour là somme de.

Et à Adrien Laversine la troisième partie, faisant

suite et finissant au-delà de Tonnerre, de

•’ Pour la somme de. -

( Œuvres de Perronet , page 386.) Cependant on avait antérieurement travaillé depuis deux ans à l'approche des matériaux.

DE FRANCE. * 36l

observant la nature du sol pour les infiltrations, on perdait l’illusion qu’on s’était faite pour la quantité d’eau nécessaire à la navigation.

On avait avancé, pour un des principaux motifs de la construction du Canal de Bourgogne, que le Canal de Briarc était obligé de chômer tous les ans, faute d’eau, pendant les quatre mois qui précèdent la Toussaint.

Il était pourtant bieu aisé de s’assurer du contraire , et de vérifier que ce Canal avait alors en activité des ressources en eau ( on en a vu le détail) plus que doubles de celles qu’on disait suffisantes pour alimenter le Canal de Bourgogne, qtii devait avoir une longueur et un nombre d'écluses plus que quadruples.

On avait dit que le Canal de Briarc perdait l’eau au- dessus de Rogny, et la nature du terrain, en cet endroit très restreint, présentait bien moins d'inconvéniens pour les infiltrations que des parties de plusieurs lieues du Canal de Bourgogne, qui étaient entièrement en gravier sur des couches schisteuses perméables à l’eau. (Œuvres de Pcrronet, pagc35i).

On opposait la dépense d’eau des sept écluses accolées à Rogny, mais nous avons vu ( page a la ) à quoi se réduisait ce prétendu inconvénient. Au surplus, on doit remarquer que tous les reproches que l’on adressait an Canal de Briarc ne faisaient que prouver l’impossibilité absolue d’opérer une navigation jour le Canal de Bourgogne, d'après l’énorme

dilférèncc de leurs ressources en eau, de leurs dimensions et du nombre

de leurs écluses.

Effectivement, on a vu que le Canal de Bridre avait, pouf alimenter son point de partage , plus d’eau que tout ce qui a été reconnu disponible pour celui de Bourgogne , et que cependant il lui a fallu neuf prises d’eau successives dans la rivière de Loin g , entre le pôiut de partagé et Monta rgis, et trois prises d’eau entre ce point de partage cl Briare, quoiqu’il n’cùt pas le quart de la longueur duCaual de Bourgogne , ni le quart de scs écluses.

Enfin, les Etats de Bourgogne, voulant s’éclairer définitivement sur' tin objet si important pour la province, firent de nouveau jauger sépa;-

56a CANAUX NAVIGABLES

rénient , par deux ingénieurs distingué», toutes les eaux disponible* pour les Canaux du Centre et de Bourgogne. Les ingénieurs choisis par les Etats étaient M. Aubry, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, de la Bresse, du Bugey, et Valromey, auquel on devait des recherches savantes pour le Canal du Rhône. L’autre ingénieur était M. Gauthey, ingénieur en chef de la province de Bourgogne , qui exerçait ses fonctions depuis vingt ans, et avait pendant ce temps établi dans la Bourgogne cinq grandes routes , d’où il résultait pour lui une connaissance parfaite des localités. On devait déjà à M. Gauthey un mémoire présenté à l’Académie de Dijon, sur la théorie des écluses, rempli d'observations nouvelles , surtout pour la consommation de leurs eaux , qu’il a calculée le, premier d’une manière positive , et ce mémoire prouvait à la fois les connaissances les plus essentielles et l’étude la plus approfondie des Canaux existons, dont il avait soigneusement observé lui-même les localités..

Ces deux ingénieurs trouvèrent, comme MM. Abeille, Gabriel, De C.he/.y et Perronet (ces trois derniers successivement inspecteurs généraux des Ponts et Chaussées), que les eaux dont ou pouvait disposer pour le Canal de Bourgogne ne pouvaient être évaluées à plus de 4,0^7 pouces pour l’année, en reconnaissant qu’il ne fallait compter que i44q pouces pour les six mois" les plus secs, et pendant lesque’s lus besoins sont les plus grands; et la juugc des eaux facilement disponible* pour le Canal du Centre donnait eq résultat moyen 8,785 pouces, et on reconnaissait la possibilité d’en avoir bien davantage.

U était d’ailleurs aisé de constater la supériorité des avantages da point de partage du Canal du Centre fixé à l’étang de Long- Pendu, d’apres sa position remarquable.

Effectivement, li» chaîne des montagnes qui sépare le bassin de la Saône de ccluj de la Loire , et qu’il fallait franchir, a communément 8 à 900 pieds d’élévation au-dessus de la plaine, mais l’étang de Long-Pendu se trouve situé dans une espèce de gorge ou d’interruption de cette chaîne où le terrain n’est plus éje^ que de a4g pieds au-dessus des basses eaux du

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fciLoîrc, et de 4o5 pieds au-dessus des basses eaux de la Saône, taudis que les montagnes voisines sontbicn plus hautes; ainsi, au midi, le mont Saint-Vincent est à 715 pieds au-dessus des étangs de Long-Pendu; au nord, la ville de Monl-Cenis est à 43o pieds , et plusieurs rivières affluantes ont leur source à environ 4oo pieds au-dessus de ces mêmes étangs.

Cette position paraît unique dans cette chaîne de montagnes qui s’étend des Pyrénées aux Alpes : elle présentait deux grands avantages.

Le premier , de n’avoir besoin que d’un petit nombre d’éduses pour franchir cette chaîne ; le second, de pouvoir conduire au point de partage tous les ruisseaux qui prennent leurs sources dans les montagnes circonvoisines.

Il ne Cillait qu’une tranchée , dont on Verra ci-après les diménsions, pour réunir l’étang de Long- Pendu , où se trouve la source de la d’Heune, qui va à la Saône, avec l’étang de Montchanin, où sont les sources de la Bourbince, qui va à la Loire. MM. Gauthcy et Aubry constatèrent que ce point de partage était à environ 318 pieds plus bas que le seuil de Pouilly, où devait être celui du Canal de Bourgogne , et qu’il était environné de montagnes aussi élevées, avec des sommités plus étendues, qui présentaient des versatrs de quatre côtés de ce point de partage , dont la superficie alïlucnte Rit en même temps reconnue avoir quatorze lieues et demie d’étendue , tandis que celle du point de partage pour Pouilly n’avait que huit lieues et demie. D’après ces localités, MM. Gauthey èt Aubry reconnurent que les eaux disponibles pouvaient Fournir aisément, suivant leur jauge moyenne, 8,783 pouces, ce qui Eut environ 8,000,000de toises cubes (1), en ne prenant que la partie la plus aisée à recueillir de ces eaux , et en laissant encore comme non nécessaires, mais pou-

(i) M. Aubry n'irait trouvé que 7,18a ponoea, parce qu'il n’amit point calculél’eau qui passait par desans tca décbargcoira des moulina; ses jaugea, dans le» endroits où il n’y arsit point de moulins, «cédaient au contraire, de quelque chose, les jauges de M. Gauthey . Celte différence même proure Fera oit iode dutravail fait séparément par les deux ingénieur*.

vaut servir an besoin, i5,ooo pouces d’eau qu’on peut tirer à volonté

des ruisseaux affluons de la rivière de-la Sorme, du côlé de la rigole de

■E&êi * & 4 ! • ■.;* •

Torcy,* de ceux qui forment la rivière de Gourdon et même la Limace , du côté de la rigole de Marigny, et la rivière de Chàtel-Morun , du côté de'lhVïIeuue(l). ,

Le Canal du Cliarollais , outre la communication du midi au nord , élirait de [Jus celle de la Méditerranée et de Lyon -avec les ports de la Bretagne, sur l’Océan atlantique, par les bouches de la Loire, quoiqu’ayant moins que la moitié de la longueur, et moins que la moitié des écluses du Canal de Bourgogne , et cette seule considération eût pu sulfirc ; enfin , la facilité et les avantages d’un Canal latéral à la Loire jusqu’à Briare , qui supprimait les inconvéniciis de ce fleuve dans cette partie, faisait calculer encore les suites d’une communication réciproque, et bien plus générale, entre les mers extérieures et presque tqrttes les rivières de l’intérieur, établie à beaucoup moins de frais pour-la construction dçs deux Canaux du Centre et de la Loire, qu’il n’en fallait pour celui de Bourgogne, qui n’offrait à sa suite que la navigation des basses eaux de la Saône jusqu’au Doubs, et des basses eaux de l’Yonne jusqu’à Montereau.

M. Pcrronet, auquel on avait assuré ( ainsi qu’il Pa dit lui-même dans ses œuvres, page 357 ), qu’il ne pouvait y avoir que 5oo pouces d’eau pour le Canal du Cliarollais, s’était d’abord opposé à ce Canal, mais lorsqu’il vit démontrer au contraire qu’on trouvait le double , et qu’011 pourrait même avoir le quadruple des eaux disponibles pour celui de Bourgogne, il revint des préventions qu’on lui avait donpées, et le projet du Canal du Cbarollais, reconnu préférable, fut adopté en 1779, par le conseil des inspecteurs généraux des Ponts et Chaussées.

(«) Ces i3,ooo pouces d’esn joints aux 8,783 dont on faissit usage, donnaient plus du quintuple des eaux jaugées pour le Canal de Bourgogne. (Voir, pour ces détails, le Rapport fait aux Ému de Bourgogne, et le Mémoire de M. Caulhcy, inséré dans les Recueils de l’Académie de Dijon, deuxième semestre t;83, et j" septembre «784, et dans scs Œuvres. )

Des États de Bourgogne , après ces examens approfondis , et éclairés par l’expérience même des travaux, regardèrent comme plus utile d’acquérir, du comte de Brandon et de son frère, l’un mestre-de-camp, l’autre capitaine au corps royal du génie militaire , et moyennant t 0,000 fr. de rente pour chacun d’eux , le privilège qui leur avait été accordé pour le Canal du centre, et de le faire construire entièrement à leurs frais, en cessant de contribuer à la dépense repartie entre le Roi, ces États et les pays limitrophes polir le Canal de Bourgogne, qu’ils préférèrent alors restreindre à la navigation de Dijon à Saint-Jean-de-Lône.

Un arrêt du conseil-d’état, du 5o octobre 1779, et une délibération des États du aâ mai 1781 , restreignirent au Canal de Dijon à Saint- Jean-de-Lône , l’emploi des fonds destinés , depuis plusieurs années, par ces États, au grand Canal de Bourgogne, dont les travaux furent alors abandonnés, nonobstant les adjudications qui avaient été faites, et d«Dt on vient de parler.

Après avoir réalisé, avec MM. de Brancion, le traité du privilège du Canal du Charollais,les États de Bourgogne obtinrent des lettres-patentes des mois de janvier et septembre 1783, pour la concession et la cou* struction, à leurs frais, de ce Canal, et voulant donner à son exécution, reconnue enfin la plus avantageuse, l’appareil qu’elle méritait, ils obtinrent du Roi que le prince de Condé serait chargé d’en poser la première pierre ; et après cette cérèmonié , il ordonnèrent , par délibération du août 1786, l’érection d’un monument avec une inscription qui en perpétua le souvenir (1).

Leur empressement pour sa confection l’emporta sur le soin qu’ils portaient à maintenir leur privilège de n’avoir point de troupes stationnées

(0 « L’an de grâce 1784, a3 juillet, monteigneur le priuce de Condé, etc., ■ » posé la première pierre du Canal de Cliarollais , pour la communication de* » deux mera par la Saône et la Loire, entrepris par Ica Étals de Bourgogne, eu » vertu des édits du Roi , etc, , etc. a

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