CANAL D’AIRE A SAINT-OMER
Ce Canal fait suite à celui que nous tenons de décrire, et le fait communiquer, ainsi que la Lys, avec Saint-Omer sur l’Aa , qui s’embouche au port de Gravelines.
Avant sa construction , on voyait les restes de l’ancienne excavation qu’on appelle New-Fossé, sur environ 9 millimètres de longueur et avec une largeur considérable, et on attribuait cette excavation à Baudoin, comte de Flandres, en 1054.
Les Espagnols s’en servirent , comme d’une ligne de défense , contre les Français; depuis, le maréchal de Vauban proposa d'en faire un Canal de navigation ; il sentait l’importance de cette ligne de communication, qui devait présenter des moyens de défense et lier ensemble deux places fortes , telles qu’étaient alors Aire et SaiDt - Orner ; il calculait aussi l’avantage qu’en devait retirer le commerce.
Après des interruptions de travaux assez longues , la navigation fut ouverte en 1771.
On peut juger de l’utilité de ce Canal et de celle qu’elle doit acquérir . encore , par l’activité dont il jouit déjà.
Sa longueur, depuis le bassin d’Aire, dont nous parlerons, jusqu’à Ion entrée dans les fossés de Saint-Omer , est de 856o toises ( 1 6,294 mètres ) ; sa largeur est de 66 pieds entre scs deux crêtes , et de 3o au plafond ; sa profondeur est de 6 pieds 6 pouces ; on y trouve 5 qas accolés, ainsi qu’on va le voir. •
Comme le maréchal de Vauban le destinait à servir cfe ligne de défense, tous les déblais ont été rejetés du côté d’Artois , pour former un parapet , derrière letJViel on a ménagé une berme et des rampes , afin de pouvoir • placer des pièces d’artillerie à des embrasures pratiquées à cet effet.
On a évite de suivre l’ancienne ligne dans les endroits où elle s’ap-^
prochait trop des hauteurs de Flandre, par lesquelles elle se serait trouvée dominée. ,
Son exécution a été dirigée par le Génie militaire, qui en a conservé la direction ; on a employé des troupes pour une grande partie des travaux; on prenait dans les garnisons de Saint-Omer, d’Airc et de Saint- Venant , 3o hommes par compagnie, qui travaillaient pendant 8 jours , et qui occupaient des camps de barraques quand les travaux s’éloignaient des villes.
Scs dépenses ont monté à «nviron 4,000,000 fr., desquels on peut avoir employé 600,000 fr. pour les éboulemens qui eurent lieu à l’encaissement des Fontinettes dont nous allons parler.
Le Canal commence à Aire , en partant d’un bassin circulaire de 5o toises (97 mètres)dc diamètre, qui est capable de contenir un convoi. Il est couvert des feux -d’Airc et du fort do Saint-François. Pour le mettre à l’abri de toute insulte , on a rétabli une vieille redoute des Espagnols , et on a élevé une nouvelle lunetLe vers le nouveau lit de la Melle.
lia à son origine un pont pour faire communiquer le fort Saint-François avec la ville d’ Aire; on a pratiqué, prés de ce pont, des coulisses pour établir à volonté des barrages à poutrelles mobiles. Ce pont , qui a coûté 4o,ooo fr., est en charpente, ainsi que trois autres qui le suivent jusqu’à l’écluse des Fontinettes, afin qu’on puisse les cou[ffcr aisément, si l’ennemi voulait les forcer.
A partir du fort Saint-François jusqu’à fcclusc des Fontinettes, le Canal est de niveau; mais au-dessus de cette écluse, il a fallu faire un fort encaissement : sa plus grande profondeur est à i5o' toises des écluses , et elle y est de 37 pieds; Sa largeur entre les crêtes du sommelestdc 2i4pieds(u9“,24 ); les déblais qu’aproduits cette excavation ont 5i pieds de hauteur perpendiculaire , ai 3 pieds ( a8“,6o) de largeur à la base, et îaa pieds' ( 10”, 91 ) au sommet.
Jl y a eu, dans le commencement, des éboulemens considérables ; il a
fallu aller chercher au loin du gravier pour mettre entre des couches
de terre qui ne pouvaient prendre aucune liaison entre elles.
On a aussi éloigne les remblais. Les dépenses pour obvier à ces ébou- Icmens ont été telles, que M. Dclalandc'dit (t ) que, sur un espace -de 5oo toises ( 58o mètres ), on a dépensé jusqu’à 5oo,ooo fr.
On trouve, après cet encaissement, les 5 sas accolés appelés écluse des Fontinettes; ladxjte totale de ces 5 sas est de 38 pieds 8 pouces (i a", 5o), chaque sas a i4 toises a pieds ( 37*, 90 ) de longueur, et ao pieds ( 8", Go ) de largeur entre les portes.
Le nom de Fontinettes vient de ce qu’en. cet endroit il se trouve un grand nombre de sources qui ont renversé le radier du bassin inférieur ; il a fallu reprendre les maçonneries sous-œuvre pour y introduire une charpente , et depuis ce moyen dispendieux , mais assure , cette écluse n’a subi aucune altération t elle a coûté 4oo,ooo fr.
À environ 5oo toises ( 980 mètres ) de cette écluse, on trouve Pécluée carrée qui tient lieu d’aqueduc ; elle est la première qui ait clé laite en ce genre , et elle donne passage à la Bassc-Mcldick a travers le Canal , sans que les eaux se mêlent. Cette écluse est composée de deux paires de portes busquées , pour soutenir les eaux du Canal, et de deux vannages pour suspendre, pour le peu de temps nécessaire au passage des bateaux , les eaux de la rivière qui y coulent habituellement par 6 ouvertures, lesquels fori»cnt a4 pieds de largeur. Cette écluse a coûte i4o,ooo fr. ; elle a donné un exempte du danger de vouloir bâtir des foncjcmens sur des sources ; celle qui s’est trouvée en cet endroit ayant failli renverser l’écluse, on y a remédié ci! chargclan te radier d’un poids considérable ; la source s’est fait jour en aval des planches, et le danger a cessé.
Depuis cette écluse jusqu’à l’emb«uchure du Canal dans l’Aa, les eaux sont quelquefois à a ou 3 pieds au-dessus des prairies voisines.
L'écluse d’embouchure dans l’Aa , qu’on appelle Saint-Berlin, est
(1) Canaux de navigation , page 4"8.
bâtie sur un fonds rempli de sources ; la chute de cette écluse varie selon la hauteur des eaux de l’Aa ; elle a coûté 1 20,000 fr. par tes dépenses qu’ont exigées scs fondations.
On doit remarquer ici que de la jonction du Canal de Saint-Quentin à ceux de la Bassée et de la Sensée , lorsque ces deux derniers seront confectionnés, il résultera une ligne de communication en ligne droite et en même temps de défense, d’un développement d’environ 30 lieues de 4, 000 mètres, qui liera ensemble les places de Saint-Omer , Aire , Saint- Venant, Douai et Cambray; et on doit se rappeler que cette dernière ville doit être mise incessamment en communication navigable avec Landrecics par un Canal qui faisait partie du projet reconnu praticable d’unir nos places frontières jusqu’à Strasbourg par une communication «navigable.
En terminant cet article, nous devons parler du projet qui a existé et qu’ont présenté les Etats d’Artois , de construire un Canal latéral à l'Aa ( 1 ), propre à recevoir des bâti mens de mer qui auraient pu remonter depuis Gravelines jusqu’à Saint-Omer.
Ce projet, outre son importance pour la navigation intérieure , devait avoir l’avantage de donner une grande amélioration au port de Gravelines, et de pouvoir coopérer à l’assainissement des alentours marécageux de cette ville , au moyen de l’ouverture de portes d’écluses pour l’écoulement des eaux , à marée basse, et de précautions prises pour empêcher l’entrée des eaux à la marée montante.
Ce projet mériterait d’autant plus d’attention, que l’insalubrité déjà si connue de Gravelines s’accroît de plus en plus.
Dans ce moment, l’Aa canalisée a une largeur commune de 02 mètres (16 toises), y compris les digues. On y compte, de Saint-Omer à la mer, deux écluses: la première, à la sortie de Saint-Omer, est simple et à'
(1) Celle rivière, quoique canalisée, présente beaucoup d’incoiyéniens à la navigation , surtout par scs envasemens.
Cette considération doit rendre plus sensible ce que nous dirons en parlant du port de Dunkerque sur l’importance qu’aurait un Canal de grande communication pour des bàlimens d’un fort tonnage entre ces deux ports, à l’instar du Canal dit Canal royal militaire, construit en Angleterre en face de nos côtes, et dont nous avons parlé ( page i65).
Nous allons revenir aux autres communications de Saint-Omer avec la Manche.